L'aventure ambiguë de la France au Mali

Jeudi 17 Janvier 2013 - 01:00


L'aventure ambiguë de la France au Mali
L'intervention française au Mali suscite un bel enthousiasme. Mais les doutes et les critiques vont rapidement surgir.
Des  drapeaux tricolores en rupture de stock dans les rues de Bamako. Des Maliens qui crient «Vive François Hollande», «Vive la France».L’intervention des troupes françaises au Mali suscite l’enthousiasme de nombre d’Africains et de Français qui se disent que, pour une fois, l’ex-puissance coloniale intervient à bon escient dans son ancien pré carré.75 % des Français seraient favorables à l’intervention, selon un sondage publié ce 16 janvier par le Parisien.
Opération Serval, une bonne affaire pour Hollande

L'opération est d’autant plus saluée qu’elle semble pour l’instant couronnée de succès. L’intervention française a permis d’arrêter net des islamistes radicaux qui paraissaient en mesure de filer sur Bamako.
Même l’Algérie, longtemps hostile à un retour de la France dans le Sahel, semble s'accommoder de l’opération Serval. Elle a laissé des avions français survoler son territoire.  
De prime abord, l’opération malienne a tout d’une bonne affaire pour le régime de François Hollande. Elle lui permet de montrer qu’il n’est pas le président «mou», le «flamby» que ses adversaires avaient décrit lors de la campagne électorale pour la présidentielle d’avril 2012.
Alors que les mauvaises nouvelles s’accumulent sur le front économique (notamment les statistiques du chômage), les regards des Français se portent sur le Sahel. Autre avantage, la France apparaît à nouveau comme un grand pays qui a les moyens de changer le cours de l’Histoire. Une continuité apparaît entre l’activisme sarkozien et l’action de François Hollande.
Autre avantage pour Paris, l’image des islamistes radicaux du Nord-Mali est fortement dégradée. Les photos d’amputation et de flagellation ont fait le tour du monde. La communauté internationale s’est rangée aux côtés de la France.
Les réserves des Etats-Unis semblent oubliées: Susan Rice, représentante des Etats-Unis aux Nations unies avait apprécié en termes fort peu diplomatiques le plan français pour le Mali. Elle l'avait qualifié de «merde». Aujourd’hui, Paris et Washington semble se rapprocher.
Pour justifier son intervention au Mali, la France reprend d’ailleurs à son compte la terminologie américaine post 11-Septembre: elle affirme combattre les terroristes.
Les troupes françaises interviennent au sol, elles sont engagées directement dans des combats, tant l’armée malienne apparaît dépassée.
En France, il se trouve peu de voix pour s’interroger sur l’opportunité de cette opération. Dominique de Villepin et Noël Mamère ont fait part de leurs réserves, mais leurs discours sont presque inaudibles au milieu du concert de louanges.
Pourtant des questions essentielles demeurent sans réponse. Qui la France va-t-elle combattre exactement au Mali et dans quelles conditions?
La France ne sait pas où elle a mis les pieds
Les frappes aériennes ne risquent-elles pas de toucher des populations civiles. Les islamistes radicaux ont scellé de longue date des alliances avec les populations locales. Ils ont même établi des liens matrimoniaux et commerciaux avec des habitants du Nord-Mali.
Tous les hommes armés qui y circulent sont-ils des terroristes et des djihadistes qu’il faut combattre et avec quel mandat? Parmi eux, prennent rang nombre de trafiquants en tout genre. Qui décide quel islamiste radical mérite d’être combattu ou tué, dans quelles conditions? Faut-il mettre en place un tribunal pour les juger et avec quel mandat?
Les islamistes radicaux vont-ils accepter des batailles rangées ou plutôt recourir à la stratégie de la guérilla, en se cachant au sein de la population. Ne vont-ils pas se réfugier dans des pays voisins? Leur fuite ne risque-t-elle pas de déstabiliser ces pays?
AQMI dispose de longue date de cellules dormantes disséminées en Afrique de l’Ouest, jusqu’en Mauritanie et au Sénégal.
Après l'assassinat de touristes français au Mali en décembre 2007, les auteurs de l’assassinat s’étaient réfugiés au cours de leur fuite à Dakar, dans le quartier Yoff où ils bénéficiaient de bases arrière.
L’été dernier, les autorités sénégalaises ont annoncé l’arrestation de membres d’AQMI dans l’est du Sénégal.
La présence avérée de djihadistes au Sénégal pourrait avoir des conséquences dramatiques pour ce pays dont le tourisme est la première source de revenus.
Les ONG jouent un rôle essentiel dans le développement des régions les plus pauvres du Sénégal. Pourront-elles encore agir sur le terrain si des djihadistes s’y replient? Une inquiétude qui vaut aussi pour le Burkina Faso ou le Bénin.
Une autre question essentielle reste en suspens: qui la France défend-elle? Bien sûr, Paris protège les populations maliennes, à la demande des autorités de Bamako. Mais le pouvoir politique manque de légitimité: il est issu du coup d’Etat de mars 2012.
Le chef des putschistes, le capitaine Sanogo désigne les dirigeants de l’exécutif sans que les électeurs aient leur mot à dire. Il est vrai qu’il est difficile d’organiser des élections dès lors que les deux tiers du pays sont contrôlés par des islamistes radicaux.
La France peut irriter les puissances africaines
Une grande incertitude demeure également quant au passage de relais. Si la présence de la France s’éternise, les puissances africaines risquent d’en prendre ombrage.
L’Afrique du Sud s’était irritée du rôle essentiel joué par la France dans la chute de Laurent Gbagbo, en mars 2011, et dans la guerre contre le régime de Kadhafi.
Combien de temps la France va-t-elle rester en première ligne? Ne risque-t-elle pas d’être rapidement accusée de néocolonialisme. Déjà le quotidien algérien Liberté ironise:
 «L’intervention militaire française au Mali a été baptisée du nom de code Serval. Pour ceux qui ne le savent pas, le Serval est un petit félin africain qui a la particularité d’uriner 30 fois par heure pour marquer son territoire.»
Ce titre proche de certains cercles de pouvoir algérois ajoute une conclusion cinglante:
 «La France a ainsi décidé de faire l’impasse sur les résolutions onusiennes pour partir en guerre contre le terrorisme au Sahel. Toute seule. Comme le Serval, elle n’a pas résisté à la tentation épidermique de revenir dans son ancien précarré pour montrer à tout le monde qu’elle est la seule qui connaît le mieux les intérêts des Maliens. Leurs anciens colonisés.»
Des pays de la région se sont déclarés prêts à envoyer des troupes au Mali, mais cela fait des mois que les préparatifs durent. Au premier rang des pays prêts à envoyer des troupes se trouve le Nigeria. Pourtant, l’armée nigériane est réputée pour sa grande brutalité. Sa répression des islamistes radicaux dans le nord du pays s’est traduite par de graves exactions contre des civils qui n’étaient pas forcément des extrémistes. A la suite de ces violences, des habitants se sont rapprochés de Boko Haram.
Les troupes africaines pourront elles prendre le relais

Dans le nord du Nigeria, l’armée n’a pas réussi à gagner les cœurs.«Nous avons aussi peur de l’armée que des islamistes radicaux», nous a déclaré un habitant de la ville de Jos, où les affrontements entre chrétiens et musulmans ont fait des centaines de morts au cours des dernières années et où Boko Haram est de plus en plus actif.
Autre écueil, les troupes ouest-africaines ont aussi joué un rôle trouble dans les guerres qui ont ensanglanté la Sierra Leone et le Liberia dans les années 90.
Des troupes nigérianes se sont livrées à des trafics lucratifs avec les mouvements rebelles. Elles n’avaient donc aucun intérêt à un règlement rapide du conflit.
Les débuts de l’intervention française sont considérés comme une réussite. Reste à espérer que «l’après- djihadiste» sera mieux pensé que «l’après Kadhafi».
Sans la chute du «Guide», la démocratie malienne serait sans doute encore en vie aujourd’hui. Le renversement de Kadhafi a entraîné un afflux de combattants et d’armes lourdes au Mali. Un pays fragile qui n’avait pas forcément les moyens de réagir.
En Côte d’Ivoire non plus, l’après-Gbagbo n’est pas forcément considéré comme une grande réussite: la réconciliation se fait toujours attendre.
Signe des temps, Alassane Ouattara, le président ivoirien, fidèle allié de la France, n’est pas certains de pouvoir envoyer en masse des troupes au Mali. Son pays n’étant pas encore stabilisé, il ne peut sans doute pas se permettre de dégarnir le front interieur.
La crise malienne est loin d’être réglée. Espérons qu’elle ne se répandra pas au-delà des frontières de ce pays en guerre depuis près d’un an.
L’Afrique de l’Ouest risquerait alors d’être profondément déstabilisée d’Abuja à Dakar. Les djihadistes auraient alors remporté une de leurs plus belles victoires.

Pierre Cherruau

 

Source: www.slateafrique.com

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Algérie : de nombreux travailleurs retenus en otage sur le site gazier d'In Amenas
Une attaque terroriste menée par des jihadistes a visé, dans la nuit du mardi 15 au mercredi 16 janvier, la base du site gazier d’In Amenas, dans le sud-est de l’Algérie. Les ravisseurs détiennent 41 otages étrangers à l’intérieur de la base. Ils sont encerclés par l’armée algérienne.
Un groupe islamiste lourdement armé a attaqué, mercredi 16 janvier, aux alentours de 5h00 du matin, la base du site gazier d’In Amenas (sud-est), exploité par le consortium Sonatrach-British Petroleum. L’assaut a été perpétré par plusieurs dizaines de jihadistes, arrivés à bord de véhicules banalisés au petit matin.
Selon un communiqué du ministère algérien de l’Intérieur, « l'attaque a d’abord porté sur un bus qui quittait la base de Tiguentourine, transportant des étrangers vers l'aéroport d'In Amenas ». Un Algérien et un Britannique ont été tués et six personnes blessées lors de cette première attaque. D’après les autorités algériennes, le groupe terroriste s'est ensuite « dirigé vers la base-vie dont il a investi une partie et y a pris en otage un nombre indéterminé de travailleurs, dont des ressortissants étrangers ». Parmi ces expatriés figureraient des Français, des Américains, des Britanniques, des Norvégiens et des Japonais, travaillant notamment pour les compagnies British Petroleum (Grande-Bretagne), Statoil (Norvège) et Japan Gas Corporation (JGC), partenaires de la Sonatrach sur le site d’In Amenas.
Les ravisseurs, cités par l’agence mauritanienne ANI, prétendent, eux, détenir 41 Occidentaux et n’ont pas précisé le nombre d’Algériens qui pourraient figurer parmi les otages.
Les troupes du "Borgne"
Une partie de ces terroristes, pour beaucoup algériens, sont issus de la katiba Al-Mouthalimine (« Les signataires par le sang »), dirigée par Moktar Belmokhtar, un  ancien lieutenant d’Aqmi au Sahel. Brouillé depuis de longs mois avec la direction du mouvement terroriste, le « Borgne » avait annoncé fin novembre qu’il lançait sa propre mouvance jihadiste. Sa katiba, se réclamant toujours d’Al-Qaida, opère principalement dans le nord-est du Mali et le sud de l’Algérie. Un des membres du commando d’In Amenas a d’ailleurs affirmé qu’ils avaient agi depuis le nord malien. D’après le porte-parole du groupe, cette opération, baptisée Al-Mauritani, du nom d’un combattant décédé, a été minutieusement préparée à l’avance. Elle a été déclenchée en réaction au soutien d’Alger à l’intervention militaire en cours contre les islamistes radicaux du Nord-Mali. Dimanche, l’Algérie a annoncé qu’elle autorisait les avions français à survoler son territoire.
Sur place, des militaires algériens ont encerclé la base. La zone est également survolée par des hélicoptères de l’armée. En fin d’après-midi, les ravisseurs ont libéré des petits groupes d’otages algériens. Ils réclament maintenant la libération de 100 islamistes détenus en Algérie avant d’en libérer davantage. Ils ont également demandé une vingtaine de véhicules 4x4 aux réservoirs pleins pour pouvoir rentrer au Mali, ainsi que des réserves d’eau et de nourriture. D’après l’ANI, les ravisseurs assurent que toute tentative pour libérer les otages conduirait à une « fin tragique ».
Les jihadistes sont par ailleurs munis d’explosifs. Selon un témoin interrogé par Le Figaro, ils auraient « miné la base ». Le ministre algérien de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, a déclaré mercredi soir que les autorités algériennes « refusaient toutes négociations avec les terroristes ».


Benjamin Roger (@benja_roger)

Source: www.jeuneafrique.com




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