L’avenir des rapports entre la France et ses colonies africaines

Mercredi 17 Février 2016 - 07:56


Feu Félix Houphouët-Boigny a dit dans une boutade que l’avenir appartient à celui qui aura l’Afrique. La France qui sait ne pas détenir beaucoup de richesses naturelles a vite compris la préoccupation du vieux leader africain. Cependant, il faut noter que l’avenir de l’Afrique se trouve entre les mains des Africains eux-mêmes. Ils n’ont pas besoin de parrains pour évoluer. Si la colonisation a commis l’erreur de l’assimilation,  du moins en ce qui concerne la France, les Africains ne doivent pas se complaire dans le regard qu’un autre peuple a sur eux. C’est dans les profondeurs abyssales des contradictions de leurs cultures qu’ils doivent puiser, les ressorts qui les feront émerger. Ce n’est pas à coups de décrets. C’est pourquoi, nous sommes interloqués de voir que des gens comme Nicolas Sarkozy ou François Hollande, veuillent exporter leur démocratie en rapport avec leur vision du monde. Ces gens croient sincèrement que l’Afrique a besoin de suivre le même cheminement qu’eux pour arriver à se développer  ; ce qui est tout à fait faux et mal venu. Les Asiatiques ont conjugué leurs cultures avec le modernisme et  ils s’en sortent. Pourquoi l’Afrique serait-elle toujours accrochée à la mamelle européenne  ? Déjà, les dirigeants africains n’arrivent pas à comprendre que les institutions de Brettons Wood n’ont pas été créées pour  développer l’Afrique. Les Occidentaux les ont élargies à tous les pays du monde pour se donner bonne conscience. A preuve, il n’existe  pas de pays qui se soit développé  à partir de la pratique de ces institutions. Les quelques pays émergents appelés   «  Brics  »  et autres, ne doivent pas leur niveau de développement entièrement à ces institutions. Le système étant pervers et  fait pour maintenir les pays pauvres dans un endettement chronique  croissant...
Depuis quelques temps, certains intellectuels comme le professeur Nicolas Agbohou* ont pris leur bâton de pèlerin pour expliquer que le franc des colonies françaises d’Afrique appelé Franc CFA ne permettra jamais aux pays africains de la zone de se développer. Combien de pays les écoutent-ils  ? Et pourtant, il ne faut pas grand-chose pour exercer la souveraineté monétaire d’un pays...
 Il n’y a pas si longtemps, le français Nicolas Sarkozy menaçait d’abattre en vol, les présidents africains qui se hasarderaient dans les airs,  à vouloir intervenir en Libye. La peur a tétanisé ces présidents et ils ont laissé faire. Sarkozy a fait tuer Mouhammar el Kadhafi, celui-là même qui voulait faire de l’Afrique un continent autosuffisant...Ce leader n’était-il pas mieux que le désordre actuel dans son pays  ?
Après Lumuba, N’krumah et Sankara, voici Laurent Gbagbo et son petit Blé Goudé déportés à La Haye, pour avoir refusé la tutelle française. Des voix s’élèvent pour dénoncer le maintien  en prison des deux dignes fils de la Côte d’Ivoire. Pendant ce temps, des gens comme Guillaume Soro et Alassane Dramane Ouattara sont à la botte des occidentaux pour vendre leur pays à la France. Mais qu’est-ce donc la France  ? Un pays endetté jusqu’au cou qui utilise les devises et richesses africaines pour son propre développement  ; en clair, c’est une puissance moyenne. Tant que les dirigeants africains voudront laisser la France les gérer individuellement, ils seront toujours faibles et vulnérables devant elle. Cependant, une action collective de rejet de celle-ci la ramera à sa juste dimension économique. Lorsque le président Kagamé a rompu avec la France, le ciel n’est pas tombé sur son pays. C’est la France de Sarkozy qui a couru pour implorer ce pays afin de reprendre les relations diplomatiques. En réalité, les pays africains n’ont pas besoin tant que ça de la France, mais le contraire est-il  vrai  ? Si la France est toujours prête à tuer ceux qui veulent se passer de ses services, c’est qu’elle ne peut exister sans eux. Avec un peu de courage, si les chefs d’Etats Africains sautent le pas,  ils verront que le trésor public français  deviendra l’ombre de lui-même et ils  savent bien pourquoi. Il leur suffira de réclamer toutes les devises accumulées là-bas depuis des années  pour que la France soit ébranlée.
C’est bien connu, les (hommes) politiques français ne regardent que les intérêts de leur pays, ils n’ont que faire de  l’amitié  avec les Peuples Africains. Expurgez les rapports entre la France et la Côte d’Ivoire des intérêts de la première et vous verrez que la seconde n’aura plus droit de cité. Mieux, demandez à ADO de flirter avec d’autres pays que la France au détriment de celle-ci et le coup d’Etat contre lui sera sanglant et sans bavure le lendemain matin. Tel est le triste sort réservé au «  sous-préfet  » de la France en Côte d’Ivoire.
La question centrale est de savoir pourquoi ceux qui sont les commis de service de la France dans leur pays sont-ils traversés par l’Histoire alors que les résistants sont retenus par celle-ci  ? Pour le cas de la Côte d’Ivoire, Houphouët-Boigny fut un stratège, le bâtisseur de la nation ivoirienne. L’Histoire l’a retenu et reconnu comme tel. A l’inverse, Bédié,  Gueï et Ouattara ne resteront pas dans l’Histoire. Il est même à parier que les monuments et institutions portant leurs noms  soient débaptisés un jour. Cependant, Laurent Gbagbo rejoindra Houphouët-Boigny au panthéon de l’histoire de leur pays. ..
Ce n’est pas un problème de sentiment vis-à-vis des uns et des autres. Le fait est que ceux qui ont décolonisé leur propre mental et tenté de le faire pour l’ancien colon, ont marqué forcément les esprits. Les autres n’auront droit à aucune reconnaissance, parce que ceux dont ils auront servi les intérêts les auront changés en cours de route parce qu’interchangeables. Par contre, ceux qui  par un processus de maturation auront eu prise sur la conscience de leurs concitoyens  pour les amener à participer objectivement et matériellement aux développements humain et économique de leur pays, resteront indélébilement dans le cœur de la patrie. Simplement parce qu’ils auront orienté, dynamisé l’ardeur citoyenne de chacun. Ceux qui croient que tout doit venir de l’étranger ou alors servent des intérêts tribaux ou ethniques, ne réussiront qu’à dresser les uns contre les autres parmi la population.
C’est pourquoi, l’avenir des rapports entre la France et ses ex-colonies, passe par la décolonisation mentale de la France elle-même. Il faut l’y préparer et la forcer à accepter qu’une recolonisation quel que soit son nom, ne passera plus. Il faut par conséquent laisser chaque peuple tracer les sillons de son avenir par son génie propre et non par l’assimilation et autres artifices inutiles.


                                                                                                                         Julius Blawa Aguisso
 




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