L'avenir de la Françafrique selon le camp socialiste.

Lundi 7 Mai 2012 - 07:08


L'avenir de la Françafrique selon le camp socialiste.
Le député socialiste Jean-Louis Bianco, l'ancien secrétaire général de l'Elysée et ancien ministre des Affaires sociales a donné ce qui sera, selon lui, la politique africaine de François Hollande. C’était sur RFI, le mercredi 2 avril derneir, dans une interview accordée à Christophe Boisbouvier sur RFI. En voici le contenu.


RFI : Qu’est-ce qui changera dans la politique africaine de la France si François Hollande est élu ?


Jean-Louis Bianco : Mais d’abord pour la politique africaine de la France comme pour la politique internationale en général, le grand changement c’est qu’on aura affaire à un président normal, c’est-à-dire un président qui sera constant, qui sera fiable, qui sera prévisible et dont les idées et les discours ne varieront pas au file du temps. On se rappelle de l’accueil enthousiaste de Mouammar Kadhafi. Il y a aujourd’hui une polémique sur le point de savoir si oui ou non il était prévu de vendre des centrales nucléaires. Et puis quelque temps après, Kadhafi devient l’ennemi numéro un. On se rappelle de Bachar el-Assad, le président syrien, reçu en vedette le 14 juillet et qui est devenu le nouvel ennemi public
numéro un. Et puis, il sera définitivement mis fin à la Françafrique, c’est-à-dire aux réseaux parallèles, aux réseaux occultes. François Hollande respectera l’Afrique. Il ne dira pas, lui, que « l’homme africain n’est pas rentré dans l’histoire ». Il sait qu’il y a une longue histoire africaine, même si elle n’est pas toujours écrite, il sait que l’homme, l’humanité vient d’Afrique. Et donc il y aura des relations d’égal à égal, des relations de respect. Puis dernier point, comme le dit Jean-Michel Severino, dans son livre Le
temps de l’Afrique est venu : nous croyons à l’Afrique.


RFI : La semaine dernière, François Hollande a déclaré « Si je suis élu, je n’accepterais pas des élections qui auront été frauduleuses où que ce soit ». Est-ce qu’il y a eu ces dernières années des élections frauduleuses sur lesquelles la France a fermé les yeux ?


Jean-Louis Bianco : A l’évidence, mais je n’ai pas envie d’aller dans la polémique. Mais c’est vrai que, plus que par le passé, on doit renouer le fil du grand discours de François Mitterrand à La Baule [16ème Sommet franco-africain du 19-21 juin 1990 ndlr], c’est-à-dire faire comme élément constitutif de notre relation bilatérale avec un pays africain, le respect des constitutions, le respect des processus démocratiques.


RFI : Sans aller dans la polémique, quand Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères, dit que la présidentielle d’octobre dernier au Cameroun a été convenable. Qu’est-ce que vous en pensez ?


Jean-Louis Bianco : Je trouve que c’est une expression…faible. Il y a des critères pour savoir si c’est convenable ou pas, je ne suis pas sûr qu’ils aient été totalement remplis. Il faut dire que c’est compliqué, même en dehors d’Afrique. Prenez les élections russes par exemple. Il y a des observateurs mais il y a les
inégalités de temps d’antenne à la radio et télévision, mais il y a les pressions politiques. Donc ce n’est pas d’une seule couleur. Mais il faut avoir, encore une fois, un jugement qui ne soit pas emprunt d’indulgence et de tolérance envers des pratiques qui doivent peu à peu disparaître.

RFI : On sait dans quelles conditions Joseph Kabila a été réélu en novembre dernier. Si François Hollande est élu, est-ce qu’il ira le saluer en octobre prochain à Kinshasa lors du prochain Sommet
de la francophonie ?

Jean-Louis Bianco : Je ne suis pas capable de répondre aujourd’hui à cette question, mais je dirais pour le moins que ce n’est pas évident, précisément pour la philosophie et la doctrine que nous venons de dire. Donc c’est une question qui se posera après l’élection de François Hollande, mais la visite n’est pas
acquise.

RFI : Vous en avez parlé avec lui déjà ?

Jean-Louis Bianco :  Oui.


RFI : Et alors ?


Jean-Louis Bianco :  Nous verrons après le 6 mai.

RFI: Il y a trois semaines avec Pouria Amirshahi, candidat-député chez les Français de l’étranger, vous êtes allé rendre visite à Alassane Ouattara. Est-ce que sur la Côte d’Ivoire, vous n’êtes pas obligé de dire oui, Nicolas Sarkozy a fait une bonne politique ?


Jean-Louis Bianco : Je ne suis pas allé rendre visite à Alassane Ouattara. Je suis allé soutenir un ami, qui est candidat aux législatives. Et le président ivoirien Ouattara a souhaité me voir, ce qui évidemment m’a convenu. Et on a eu un long entretien dans lequel il m’a expliqué comment lui voyait le processus de réconciliation dans son pays, comment il voyait le développement. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, la France a été à la limite, mais permettre de respecter, finalement les résultats des élections, même s’ils ont été contestés de part et d’autre, n’était pas une mauvaise démarche. Donc je ne suis pas critique de l’intervention de la France en Côte d’Ivoire, pas plus que je ne le suis de l’intervention de la France en Libye, même si ça a manqué de suivi. On voit bien maintenant que des armes viennent dans tout le Sahel et que les troubles s’aggravent. Et en Côte d’Ivoire, je ne sais pas si nous faisons assez pression pour que la réconciliation se passe réellement, pour qu’il n’y ait pas d’ostracisation des adversaires d’hier.


RFI : Vous dites que vous étiez d’accord ces derniers mois avec Nicolas Sarkozy sur la Libye. En mars 2011, quand les chars de Kadhafi se sont approchés de Benghazi, n’est-ce pas Nicolas Sarkozy qui a sauvé la ville ? Et est-ce que François Hollande, que certains de ses amis jugent trop mous et surnomment même quelque fois « un capitaine de pédalo », est-ce que François Hollande aurait eu la même réaction, la même fermeté ?


Jean-Louis Bianco : La fermeté de François Hollande, vous la voyez dans toute cette campagne électorale où à la différence du candidat sortant, il ne change pas d’idées tous les jours, il ne manie pas l’insulte, il tient le cap et il tient le choc. Je n’ai aucune espèce de doute sur le fait que ces critiques de campagne, d’où qu’elles viennent, seront balayées très vite par l’épreuve des faits. Dire que Nicolas Sarkozy a sauvé Benghazi, c’est quand même exagéré. Je crois qu’il faut éviter de croire que dans les
affaires du monde telles qu’elles sont, il y a des hommes miraculeux ou des hommes qui sauvent des vies. Il y a une action de la communauté internationale dans laquelle la France a pris une place importante et qui était justifiée.


RFI : Le document de Mediapart selon lequel le colonel Kadhafi aurait décidé de financer la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy. Vous y croyez ou pas ?


Jean-Louis Bianco : Je n’en sais rien. C’est vrai que ça fait toute une série d’éléments qui sortent depuis des mois et des mois. Et je ne crois pas du tout à la thèse pour se défendre du candidat sortant et de ses amis, disant que tout cela est manipulé par François Hollande, « des boules puantes ». Nous n’y sommes pour rien. Il y a une liberté de la presse en France et je crois qu’il n’y a pas 36 solutions. Il faut qu’en effet la justice soit saisie, que si ce document est un faux, Mediapart présente ses excuses ; et si ce n’est pas un faux, le candidat sortant s’en explique.

RFI : Justement, Nicolas Sarkozy a porté plainte. Un versement de 50 millions d’euros alors que les frais d’une campagne sont limités à 18 et demi. Est-ce que c’est crédible ?


Jean-Louis Bianco : Je n’en sais rien. Dès lors que Nicolas Sarkozy a porté plainte, ce sera à la justice de dire si ces documents sont fiables ou sont des faux.

RFI : Si Hollande gagne, Jean-Louis Bianco aux Affaires étrangères, c’est possible ou pas ?


Jean-Louis Bianco : Il n’y a rien de plus indécent quand on n’a pas encore gagné, quand on voit que des tas de gens sont encore hésitants, que de commencer à se placer pour des postes ministériels. Je n’ai pas
organisé ma vie dans l’idée d’être à nouveau ministre. Pour moi, ce qui compte c’est qu’il y ait un vrai renouvellement de la gauche, qu’on gagne le 6 mai et qu’après, dans un monde très difficile, nous ne décevions pas. Où que je sois, c’est à ça que je veux travailler.
 


Interview réalisé Par Christophe BOISBOUVIER, sur RFI





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