L’appel de Daoukro ou une retraite politique scandaleuse

Samedi 28 Février 2015 - 04:30


Le 17 octobre dernier, au cours du meeting de clôture de la visite d’Etat de Ouattara dans le Grand Centre, Bédié proclamait l’ancien locataire de L’Hôtel du Golf  candidat unique et universel du PDCI et du RDR aux présidentielles de 2015, dans un discours peu inspiré et fortement contesté. Et depuis, Nzuéba essaie de faire avaler l’amère pilule aux militants  du parti du président Houphouët-Boigny en envoyant des délégations à travers le pays pour expliquer ce qui est pourtant clair et sans ambiguïté. Henri Konan Bédié a décidé de prendre sa retraite politique. Mais de la plus scandaleuse manière qui soit ! C’est, à la limite, insultant de prendre une si grave décision politique, de l’annoncer publiquement, face à la presse nationale et internationale, avant de l’expliquer aux militants de son parti ! Heureusement qu’ils ne sont pas tous dupes, au PDCI ! J’avais pourtant cru cet homme politique plus fin pour avoir été allaité, dès le berceau, aux mamelles politiques du sage de Yamoussokro. Nommé ambassadeur aux Etats-Unis à 27 ans, puis ministre de l’Economie et des Finances à 32 ans par un Houphouët au sommet de son long règne avant d’être élu député, puis imposé d’être comme Président du Parlement ivoirien, et enfin, président de la République lors d’une succession constitutionnelle plutôt monarchique, Bédié avait largement eu le temps d’apprendre que la politique n’est pas une course de relais.  Son espoir d’une alternance politique qui porterait le PDCI au pouvoir en 2020 est d’une naïveté infantile, sauf s’il s’agit d’un simple argument bidon pour camoufler une retraite politique, pourtant justifiée, vu son parcours et son âge aujourd’hui. Ainsi léguerait-il le PDCI en héritage à Ouattara, comme il l’a reçu lui-même des mains protectrices d’un Houphouët qui l’a imposé dauphin constitutionnel. Au crépuscule de sa longue et peu glorieuse odyssée  politique, Bédié rêverait-il de frapper le dernier et seul grand coup de sa carrière de reconstituer le PDCI-RDA, à une lettre près, en créant le PDCI-RDR ? Encore qu’ici, c’est le RDR qui phagocyte le PDCI ! Mon ami KKB a donc raison de refuser que Bédié entraîne le PDCI dans sa retraite comme une avalanche qui entraîne tout dans sa chute. Mais tout le monde sait que Bédié n’est pas un génie politique! L’hypothèse de reconstituer le PDCI-RDA est donc à écarter. Il reste celle, inavouable mais compréhensible, de protéger ses biens, en grande partie, en France. Le Sphinx de Daoukro avait déjà réussi le coup de s’avorter politiquement, aux présidentielles de 2010, en se désistant pratiquement au profit de Ouattara, alors qu’il était normalement arrivé au deuxième tour de ces élections avec le Président Laurent Gbagbo. La France de Sarkozy le lui avait exigé ! Bédié avait alors avalé la promesse de Ouattara de « gouverner sous son contrôle ». Comme si le fauteuil présidentiel était un banc ! A la vérité, Bédié n’a pas le choix ; il est sous le coup d’un odieux chantage de la part de la France prédatrice qui le contraint à adouber le pouvoir de Ouattara s’il ne veut pas voir gelés tous ses biens en Occident. L’appel de Daoukro n’est donc qu’un jeu d’intérêts matériels, Bédié ayant son avenir politique derrière lui. Il sait qu’il ne peut plus postuler à un poste politique au niveau étatique ; il lui reste la tête du PDCI pour écarter les empêcheurs de tourner en rond. En France, l’appel de De Gaule avait sauvé le pays du péril nazi ; en Côte d’Ivoire, l’appel de Bédié plonge le pays dans la nébuleuse d’une françafrique qui refuse de mourir. Une goutte de pétrole vaut une goutte de sang, avait dit Foccart ! Fort heureusement, ils ne sont pas tous dupes au PDCI ! KKB, Essy Amara et tous ceux qui, dans le plus vieux parti du pays, refusent de ramper sont dans le vrai du combat de la démocratie qui proscrit toute aliénation au nom de bas instincts. S’il est normal que Bédié prenne sa retraite, il est malsain et égocentrique qu’il veuille y entraîner tout un parti politique ; il est méchant de crucifier l’avenir politique d’hommes et de femmes, encore jeunes,  qui l’ont soutenu dans les moments difficiles de sa prise du pouvoir en 1993 et du coup d’Etat de 1999. L’appel de Daoukro a, dans le fond, le sens narcissique de « rien après moi ». Alpha Oumar Konaré a commis une forfaiture similaire au Mali ! L’histoire devrait nous instruire ! En 1995, KKB, mobilisant la jeunesse du parti plus que cinquantenaire, a courageusement tenu tête au boycott actif du défunt Front Républicain, à Port-Bouet, pour que Bédié, avalisé par Wodié, remporte un semblant d’élections présidentielles. Il serait tout simplement ingrat de la part de Bédié de précipiter ce jeunehomme dans les bas-fonds de sa retraite, lui  Bédié qui a tout eu du PDCI. Honneur, gloire et fortune ! Ils mènent le combat de la démocratie, ceux qui, au PDCI,  s’opposent à Bédié dans son désir de faire plébisciter Ouattara en 2015 ! Ils se joignent à notre Idéal d’une Côte d’Ivoire de confrontations d’idées et de projets de société ; ils nous retrouvent dans notre refus de transformer les Ivoiriens en un bétail électoral au nom de bas desseins ; comme nous, ils luttent pour que chaque Ivoirien ait sa part de chance dans ce pays qui appartient à chacun de nous ! Voilà pourquoi ils ont notre sympathie ! Puisse Dieu guérir les Ivoiriens pour que guérisse la Côte D’Ivoire !

Par Zêblê Azoumamé
Source: Aujourd’hui / N°836
 




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