L’Union africaine, est-elle encore utile ?

Dépassée par les crises en Libye, au Mali, en Côte d’Ivoire, en Centrafrique, etc., l’Union africaine est l’objet de toutes les critiques. Selon de nombreux analystes, l’UA doit se réinventer pour pou- voir répondre aux vrais défis du continent et envisager de meilleures perspectives pour l’avenir.

Vendredi 12 Septembre 2014 - 05:00



L’Union africaine (UA) cristallise de nombreuses critiques à cause du manque de résultats dans ses actions aussi bien sur le plan sécuritaire que sur les questions de développement. Pourtant, sa création en 2002 avait suscité de nombreux espoirs. Pour rappel, l’UA a été créée sur les cendres de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) qu’elle devait remplacer. Car juste- ment, l’OUA qui a été mise en place au lendemain des indépendances des pays africains en 1963 avait enregistré toute une série d’échecs durant son existence. La nouvelle organisation devrait donc permettre d’aller de l’avant en ramenant la paix et la démocratie et œuvrer pour le développement. Mais malheureuse, dans tous les dossiers brulants qui ont affecté le continent au cours de ces dernières années (droits de l’homme, crises politiques, guerre contre le terrorisme, etc.), l’UA n’a pas été à la hauteur des attentes. Pire encore, on peut constater une in- suffisance de l’engagement des 54 pays membres à soutenir cette institution pour lui donner les moyens de ses ambitions.

L’impuissance de l’UA

 Face aux nombreux conflits africains, en Libye, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Centrafrique, au Soudan, au Sud-Soudan, etc., l’UA s’est montrée pratiquement impuissante. Pour le dossier malien par exemple, l’institution africaine n’a pas pu prendre les devants pour restaurer la paix dans le pays. Elle a dû attendre l’intervention militaire française... Au début de la crise en Libye, l’organisation n’a pas pu arracher un cessez-le-feu immédiat, et avait dû constater avec impuissance l’intervention de l’OTAN dans le pays et le reversement du régime de Kadhafi. Même face à des problèmes socio-économiques comme les crises alimentaires, l’insécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté, l’organisation tend la main à l’extérieur, au lieu d’élaborer des programmes de développement du secteur agricole, sur ce continent naturellement favorable à l’agriculture. Même constat dans le domaine des droits de l’homme, où l’UA n’a pas non plus brillé en fermant les yeux des répressions sanglantes dans plusieurs pays et au non-respect des libertés individuelles. Sur tous les tableaux, l’actuelle présidente de la commission de l’Union africaine, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini Zuma, semble dépassée par les évènements. D’ailleurs, selon
l’analyse d’Yves Ekoué Amaïzo, directeur du groupe de réflexion Afrocentricity, la Commission de l’Union africaine est devenue comme un simple secrétariat pour les chefs d’État, et n’arrive pas à les mobiliser pour prendre des décisions urgentes. Parmi les critiques qui fusent pour dénoncer les insuffisances de cette organisation, on peut aussi noter la réaction de l’ex-président brésilien, Lula Da Silva, qui assistait en Guinée équatoriale à la dernière réunion des chefs d’État africain, en juin dernier lors du 23e Sommet de l’union. Selon lui, «suivant l’exemple de l’Amérique latine, l’Afrique devrait décider de prendre sa vraie indépendance qui est entre les mains des Occidentaux». Notons que même la force africaine en attente, qui devrait devenir le bras armé de l’union et dont les besoins de financement sont évalués à 10 milliards de francs CFA, reste inactive car les États africains refusent de la financer.  Pour le docteur Robert Kappel, chercheur à l’Institut GIGA de Hambourg en Allemagne, l’Union africaine devrait être plus forte pour faire face aux crises que traverse le continent. «L’Union africaine, en tant que représentante des États africains, devrait être plus forte afin de trouver une solution africaine à cette crise (sécuritaire). Sinon cela ne peut pas être réglé par la France et les États-Unis.»

L’UA est-elle la solution aux problèmes de l’Afrique ?

Là où le bât blesse, c’est que malgré la création de cette institution qui est censée les unir et les représenter sur la scène internationale, les dirigeants africains ne semblent pas s’engager pleinement. En effet, l’organisation fonctionne essentiellement grâce aux financements étrangers (notamment ceux de l’Union européenne), car en dehors de quelques pays (on évoque souvent le nombre de 5 pays seulement), la plupart des États africains ne cotisent même pas pour financer le fonctionnement de l’UA. Dans ces conditions, comment attendre un engagement ferme des chefs d’État pour appliquer les décisions de l’UA ? Le président Lula avait d’ailleurs accusé les chefs africains de trahir leurs propres pays et de défendre les intérêts de l’Occident qui saccage le continent africain et bafoue sa souveraineté. Pour pouvoir aller de l’avant, certains préconisent de calquer le fonctionnement de l’UA sur les modèles des organisations qui marchent mieux, comme l’Union européenne. Aujourd’hui, plus de 50 ans après la création de l’institution qui rassemble les 54 pays africains, beaucoup de questions se posent encore. L’UA peut-elle résoudre les problèmes de l’Afrique ? Est-elle vraiment une institution représentative ? Quel rôle peut-elle jouer dans la gouvernance mondiale ? Pourrait-elle un jour fonctionner comme l’Union européenne ? Pour tenter de sauver la face, suite aux nombreux échecs notamment sur le plan sécuritaire, l’institution semble se tourner vers la résolution des problèmes socio-économiques. Puisque le dernier sommet de l’Union africaine, qui s’est tenu le 20 juin à Malabo en Gui- née équatoriale, était placé sous le thème «L’agriculture et la sécurité alimentaire en Afrique», alors que le continent est en feu… L’UA s’attaque donc désormais à ce secteur de l’économie africaine, qui emploie deux tiers de la population du continent. Reste à savoir si sur ce plan au moins, le bilan de l’institution sera plus honorable dans les années à venir.
I.S.

Source: Les Afriques Diplomatie AOÛT/SEPTEMBRE 2014 • 3




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