L’Occident en voie de déconnexion

Mercredi 13 Mars 2013 - 07:15


L’Occident en voie de déconnexion
Deux événements ont, parmi tant d’autres, marqué l’actualité internationale de ces derniers jours. Il s’agit de la mort du président vénézuélien Hugo Chavez et de l’élection à la tête du Kenya d’Uhuru Kenyatta, qui devient le premier homme politique à être démocratiquement porté au pouvoir alors qu’il est poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI). Les commentaires et prises de position qu’ont suscités ces deux faits d’actualité témoignent de l’imperceptible déconnexion du reste du monde d’un Occcident qui ne se rend pas encore compte que son arrogance et son aveuglement nourrissent une défiance généralisée qui pourrait bien précipiter son déclin. L’indécente condescendance qui s’est manifestée aux Etats-Unis et dans un grand nombre de pays européens à l’annonce du décès du «Commandante» bolivarien passera- t-elle comme une lettre à la poste ou laissera-t-elle des traces durables ? Qu’on en juge. Barack Obama, s’il a affirmé «soutenir» le peuple vénézuélien et espérer des «relations constructives» avec le futur gouvernement de ce pays, n’a pas daigné présenter ses condoléances à une nation dont l’affliction était pourtant pour le moins manifeste. Son opposi - tion républicaine est allée, quant à elle, loin dans l’indignité. «Hugo Chavez était un tyran qui forçait les Vénézuéliens à vivre dans la peur. Sa mort entame l’alliance des dirigeants gauchistes antiaméricains en Amérique du Sud», a osé Ed Royce, le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, allant jusqu’à s’excla - mer «bon débarras !». En France, si le sommet de l’Etat a su se contenter de déclarations plutôt consensuelles, mi-chèvre mi-chou, c’est la presse majoritaire qui a choisi de faire dans le mauvais goût le plus discutable. Ainsi, le dessinateur-éditorialiste du Monde Plantu a dessiné le président syrien Bachar El Assad dans un char en train de «massacrer son peuple» avec, derrière lui, un portrait de Chavez. Misérable diffamation d’un mort qui ne peut se défendre ! Le «cercle de la raison» occidental qui estime quen dehors de la concep - tion quil se fait du centre-droit, du centre-gauche et de la préservation du statu quo international, il n’y a rien de fondamentalement «recevable» sest-il rendu compte, alors quil tentait de «dézinguer» le mythe Chavez, que dans le reste du monde Amérique latine, Afrique, Asie, monde arabe , on pleurait un leader qui, en dépit de ses échecs et de ses outrances, prouvait par l’exem - ple que l’orthodoxie libérale et le perpétuel agenouillement devant l’oncle Sam ne constituaient pas le seul horizon de l’humanité ? La profonde «unité spirituelle» du sous- continent sud-américain, toutes tendances politiques confondues, autour de la dépouille de Chavez, montre bien qu’au-delà des querelles idéologiques, le «marqueur historique» qu’il représente et la volonté d’indépendance qu’il incarne sont en quelque sorte les symboles d’un «temps politique» dans des pays qui étaient, il y a quelques décennies, des Républiques bananières dont les Etats-Unis «tenaient» la destinée.
 
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Quand est-ce que «nos chers maîtres» se rendront-ils compte que quand ils «tapent» sur un leader africain, ils finissent par le légitimer ? Fils du «père de l’indépendance» de son pays, Uhuru Kenyatta a été porté, au Kenya, à la magistrature suprême avec plus de 50% de voix au premier tour et à peu près 800 000 voix de plus que son adversaire, le Premier ministre sortant Raila Odinga, chouchou des Occidentaux. Il a réussi à transformer ce qui apparaissait comme un désavantage son inculpation par une Cour pénale internationale (CPI) dont l’instrumentalisation politique par les Occidentaux ne fait plus guère de doute pour «la rue africaine» en force. Les menaces de Johnnie Carson, sous-secrétaire américain aux Affaires africaines, qui a tenté de dissuader les Kenyans de voter pour Kenyatta en disant avec arrogance que «les choix ont des conséquences» ont sans doute eu un effet contre-productif pour le pays de Barack Obama. L’hebdomadaire Time a eu en tout cas le mérite d’avoir pris toute la mesure du signal. L’élection de Kenyatta représente «l’expression la plus étonnante du renouvellement d’une volonté africaine d’affirmation de soi» qui s’était exprimée il y a cinquante ans lors de la célébration des indépendances. L’heure est à la délégitimation des fatwas des dirigeants occidentaux dont l’hypocrisie et les doubles standards moraux n’échappent plus à personne, des interférences d’une CPI qui n’ose s’attaquer qu’aux Africains et des leçons de bonne gouvernance d’institutions de Bretton Woods dont la vulgate libérale n’impressionne plus personne alors que l’Europe s’effondre de tout son long.Il y a quelques mois, l’élection à la tête de l’Union africaine de Nkozasana Dlamini-Zuma qui portait les thématiques de l’Afrique digne mais aussi la rancœur non dissimulée du continent face aux ingérences armées meurtrières de l’Occident en Côte d’Ivoire et en Libye face au french puppet gabonais Jean Ping, était déjà un signe des temps.
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Au regard de «l’humeur» des pays du Sud et des pays africains en particulier, le régime qui règne sur Abidjan apparaît comme voguant à contre- courant de l’Histoire. Mais il n’est que le signe d’une «domestication» somme toute provisoire d’institutions dont le fonctionnement normal a été violenté. Derrière le visage rassurant d’un Alassane Ouattara qui se vante sans complexe d’être le relais régional de l’ancienne puissance coloniale, le peuple ivoirien, qui constate au quotidien la complicité des «donneurs de leçons» occidentaux avec un pouvoir qui se caractérise pourtant par ses prédations économiques et ses violations continues des droits de l’Homme, mûrit imperceptiblement. Il se rend compte que la presse française, qui ne cessait de se poser en procureure du Parti socialiste (PS) coupable d’avoir des relations pourtant distendues avec le régime Gbagbo, se tait aujourd’hui alors que Jean-François Copé fait le voyage d’Abidjan, en dépit des graves révélations d’Amnesty International sur la dictature de Ouattara. Il constate que François Hollande qui jugeait Laurent Gbagbo «infréquentable» alors qu’il était chef de l’opposition, fait fi aujourd’hui de la criminalisation patente du pouvoir d’un Ouattara qui, bien qu’étant de droite, est un obligé de Paris. Il voit bien que le cri qu’il pousse ne réveille personne, et que les droits de l’Homme sont une reli gion laïque bien élastique dont les prêtres sont des sacrés tartuffes. En mourant à ses illusions anciennes, il renaît à un rapport décomplexé avec lui-même, son histoire propre, sa destinée naturelle : l’Afrique. Quelque chose va se passer !
Par Théophile Kouamouo
Source: Le Nouveau Courrier N°747 Du Lundi 11 mars 2013




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