L’Akanité dans la république ivoirienne

Mercredi 1 Octobre 2014 - 00:34


Bédié et Ouattara
Bédié et Ouattara
En tant qu’Ivoiriens, chacun de nous est fier de l’akanité, sagesse africaine du groupe Akan de Côte d’Ivoire et au-delà. Ce concept en d’autres temps et sous d’autres cieux  est recherché parce qu’il constitue une vision du monde, une philosophie sociétale qui rime avec la convivialité et l’ordre, mais seulement dans un régime monarchique. D’ailleurs, toute son ossature est bâtie autour du monarque petit ou grand. Sa traduction sensible est le nanaïsme. Qui oserait-il défier la parole du «  nanan  » à plus forte raison son autorité   en pays Akan  ? La personne du roi est inviolable et par conséquent, le nanaïsme qui est son attribut l’est également.
A son opposé, il y a la république dont la signification est antinomique de l’akanité. Du vocable latin «  res  » qui veut dire «  chose  » et publica signifiant publique donc appartenant à tous  ; la république ne peut s’accommoder d’une gestion patrimoniale du pouvoir fut-il de parti ou d’Etat. En général, en Afrique, la plupart des chefs de parti ou d’Etat issus de culture monarchique du pouvoir veulent un pouvoir à vie. Rares sont ceux qui échappent à cette règle.
Vouloir conjuguer la culture monarchique avec la culture républicaine, c’est ne rien comprendre au sens de l’histoire. A l’évidence, le monarque reste  souverain, même avec une limite à son pouvoir eu égard à la constitution. Ce qui est sûr,  il est le détenteur du pouvoir politique devant l’Eternel (de qui lui provient celui-ci). Par principe, on est roi à vie.  C’est en cela que nous disons qu’en république, vouloir mélanger la gestion patrimoniale d’un pouvoir personnel avec celle d’un pouvoir qui est confié temporairement devient impossible pour ne pas dire incompatible. Être de culture akan c’est être pétri d’un savoir monarchique. Ainsi, on ne peut avoir les pieds cimentés dans l’akanité et vouloir diriger un parti ou un pouvoir d’état en république sans se laisser pénétrer par l’aspect temporaire du pouvoir confié. Incontestablement, il y a une confusion des genres qui s’installe. 
Tous les désagréments rencontrés actuellement au parti démocratique de Côte d’Ivoire  ont leur origine dans cette bouillabaisse politique. Il y a ceux qui pour des raisons alimentaires mais surtout pour des raisons culturelles, ne veulent pas que le «  Likê  » des Akans soit perturbé par des agitateurs et les autres plutôt républicains qui prônent  l’égalité de tous devant  la loi et les textes du parti. A chacun revient une seule voix. Il y a des procédures imposées par les textes qu’il faut scrupuleusement observer, qu’on soit chef ou non. Au PDCI, nombreux sont ceux qui font le lien de sang entre le parti et ses fondateurs.  Ce comportement se vérifie mieux dans ce parti,  quand on offre une tribune aux petits Enfants  des pères fondateurs (cf. Ínter n°4893 du 29/09/14. P4). Naturellement, ceux-ci s’insurgent contre tous ceux qui osent défier la position du prince des Nabès en la personne du président Bédié. Cependant, le côté loufoque de cette position vient de ce que dans le même quotidien, l’on exprime l’étonnement du président Bédié quant à l’agitation qui se fait autour de  son annonce de soutien à ADO. Or, justement M. Bédié dit-on, s’est exprimé à titre personnel. Quelle contradiction  !
Un monarque est-il différent de son pouvoir  ? Ceci  laisse penser que le pouvoir bédiéïste est sélectivement monarchique ou républicain selon le cas. Dans ce cas, le PDCI devra nous montrer le calendrier complet des différents visages du prince des Nabès.  Quand on s’est trompé, n’est-il pas plus facile de le reconnaître au lieu de chercher à prendre des détours plus compliqués  ? Il y a des «  suiveurs alimentaires  » pour chercher à justifier  l’injustifiable, c’est tout cela qui constitue l’akanité dans la république. Non pas que l’akanité soit  réduite au suivisme en général et alimentaire en particulier, mais plutôt le refus obstiné de désavouer le chef qui s’est grossièrement trompé. Houphouët-Boigny traduisait  différemment sa culture akan en y ajoutant  parfois un sursaut républicain de reconnaître son tort, puisqu’il lui est arrivé de dire «  je sais que vous avez raison, mais demandez-moi pardon parce qu’un chef n’a jamais tort  ».
Le pouvoir d’ADO porte en filigrane la marque de l’akanité étant donné que pendant l’entre deux tour, il a pris l’engagement de gouverner sous l’autorité morale de Bédié. Il doit donc co-assumer.
Quand le côté monarchiste épouse le tribalisme alassaniste, le cocktail devient mortifère. Pauvre Côte d’Ivoire  !
 
Julius Blawa Aguisso
 




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