L’Afrique francophone ne s’en sortira pas toute seule

Jeudi 8 Mai 2014 - 02:53


Quand Sékou Touré, Sylvanius Olympio, Modibo Keïta et Thomas Sankara se battaient contre la Françafrique, quand ils réclamaient justice et liberté pour l’Afrique, les consciences africaines n’étaient pas encore suffisamment éveillées. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car, si la jeunesse qui constitue la majorité de la population africaine a compris qu’un demi-siècle de “coopération” franco-africaine n’a rien apporté aux Africains de langue française, elle pense aussi que le salut de l’Afrique francophone ne se trouve que dans la rupture avec la France comme en témoignent les propos d’un jeune camerounais. « Depuis la destruction et l’occupation de la Côte d’Ivoire et l’assassinat du président Kadhafi par Sarkozy et ses agents, écrit-il, les forces profondes à l’œuvre au sein de la société civile camerounaise ne demandent qu’une seule chose : la France et  les Français doivent quitter l’Afrique. French, go home, telle est la lame de fond qui traverse les sociétés africaines… Le mépris et l’arrogance  sur lesquels vous avez bâti votre politique de coopération en Afrique ont montré leurs limites. Dès lors, la confrontation  entre  les peuples africains et  une France plus impériale  que jamais, bien que décadente, paraît inévitable; l’on s’y prépare déjà. C’est la tâche que s’assigne notre génération . »

Si les Olympio, Keïta, Sankara et Gbagbo ont été vaincus, il n’est pas certain que les leaders que produira la nouvelle génération seront écrasés, eux aussi.  Des échecs de leurs devanciers ils tireront sûrement des leçons. De plus, ils ne lésineront sur aucun moyen pour assimiler et maîtriser ce que Cheikh Hamidou Kane appelait « l’art de vaincre sans avoir raison » (cf. L’Aventure ambiguë). Si elle ne veut pas tout perdre, la France gagnerait donc à changer d’approche dans son rapport à ses ex-colonies. Elle devrait cesser de se prendre pour le nombril du monde. Elle devrait surtout arrêter de croire que la force et la violence lui permettront de soumettre et de voler indéfiniment les Africains. Ceci n’est ni une prière qui lui est adressée ni une faveur qui lui est demandée mais un conseil qui est donné à cette France qui se considère comme un grand pays alors que ses choix et décisions à l’endroit de l’Afrique la rangent plutôt du côté de la bassesse et de la barbarie. En un mot, je lui conseille de ne plus se comporter comme si elle était le centre du monde. D’ailleurs, qui peut prétendre que le monde est sa propriété privée ? Et qu’avons-nous que nous n’ayons reçu ? Comme l’a bien perçu l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, le monde dans lequel nous vivons “n’appartient à aucune race en particulier, à aucune nation en particulier [mais] à tous ceux qui veulent s’y tailler une place, à tous ceux qui cherchent à saisir les nouvelles règles du jeu   ̶   aussi déroutantes soient-elles  ̶  pour les utiliser à leur avantage ”.

Mensonges grossiers relayés par des médias sous influence, instrumentalisation de l’ONU pour qu’elle adopte des résolutions scélérates, armes et logistique fournies à un groupuscule de bandits pour renverser des chefs d’État refusant de s’aplatir devant elle et de brader les richesses de leur pays est une des nouvelles trouvailles d’une France qui se dit pourtant attachée à la démocratie et à la conquête du pouvoir par le vote. Que faire face à ceux qui en déstabilisant les pays pour mieux piller les ressources des Africains espèrent renflouer les caisses de l’État français et empêcher ainsi le déclin de la France ? La guerre froide entre la Russie et les pays de l’OTAN est de retour et la question qui se pose actuellement à l’Afrique n’est pas de savoir si cette confrontation est une bonne chose ou non. La question est plutôt de savoir quels sont nos intérêts et quelle puissance pourra nous aider à défendre ces intérêts sans nous donner constamment des leçons sur l’organisation d’élections justes et transparentes, sur le respect des droits de l’homme, sur la bonne gouvernance, etc. Le Syrien Bachar El Assad a choisi de s’appuyer sur la Russie, membre du Conseil de sécurité de l’ONU et grande puissance militaire et jusqu’ici les faits ne semblent pas lui donner tort. Et ce n’est pas un hasard si le Cubain Fidel Castro a tenu tête pendant 50 ans à ceux qui voulaient sa peau. L’Afrique francophone ne s’en sortira pas toute seule. Militairement démunie et n’étant pas présente au Conseil de sécurité de l’ONU, elle ne peut compter sur ses seules forces pour se défaire de la France. Elle a besoin d’un puissant allié pour se débarrasser enfin de ceux qui n’excellent que dans le mensonge, le vol, le viol, la violence, le pillage et la diabolisation des Africains dignes, libres et indépendants d’esprit. Le moment est venu pour elle de signer des accords gagnant-gagnant avec cet allié.

Clément-Jonas Damiba
Clermont-Ferrand (France)






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