Kong et Gbéléban nos belles élues

Vendredi 6 Juillet 2012 - 07:00


Kong et Gbéléban nos belles élues
« Il s'agit d'un simple rattrapage. Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40 % de la population, étaient exclues des postes de responsabilité… » Alassane Ouattara, In L’Express, 25 Janvier 2012
 
Deux de nos plus grandes localités viennent de faire leur entrée triomphale dans le cercle très fermé des départements ivoiriens. Kong, la mythique ville, la ville des grands, celle qui s’était énervée parce que la loi avait vaincu un duc. A l’occasion, les singes et les moutons avaient reçu précairement des cartes d’électeurs pour narguer les gouvernants. « Ce sont les singes et les moutons qui iront voter » avait-on entendu dire. Leur « rébellion » vient de payer cash. Désormais, Kong est un département. Sa sœur ou mère Gbéléban, a elle aussi été élue. Voici une autre ville, géante, élancée, gravement belle qui avait été injustement abandonnée, déposée dans l’arrière cour de l’affection. Aujourd’hui, « la grande royale », vient d’être réhabilitée. Saluons hautement la famille Kong-Gbéléban !
Certaines langues jalouses disent que ces villes ne méritent pas d’être des départements. Je les regarde, les yeux pleins d’effroi. Mais pourquoi ? Pourquoi toute cette morgue ? Ceux qui ont été incapables de faire de Koukourandoumi, Gouessesso, Gnaliépa, Ouragahio, Mama des départements, retiennent leurs regrets. Mais c’est déjà trop tard. Les temps ont changé, de nouvelles théories ont germé. Il faut tout simplement les appliquer avec dextérité. Chez eux, on ne remet pas à demain, parce qu’à l’affût se trouve le malheur. En même temps est mieux !
Pour rassurer les aigris, les griots du couple leur ont offert un mouchoir sur lequel sont marqués les critères qui ont facilité l’élection de nos belles villes. D’abord sur le plan démographique, il est internationalement reconnu que la population de Gbéléban n’a rien à envier à Yamoussoukro, l’autre ville de notre Allah Gnissan. Cela est valable pour Kong. En effet, les Kongois (1) savent que sous ce critère, aucune autre ville ne peut leur arracher la palm d’or de la densité exemplaire. Kong et Gbéléban ont sous leur coupole, plusieurs grandes sous-préfectures, des villages et campements aussi peuplés qu’Abidjan. Ensuite du point de vue de la superficie, ces deux villes sont aussi vastes que le désert qui abrita Moïse et son peuple. Elles s’étendent à perte de vue, impossible de cerner leurs bornes. Enfin au niveau des infrastructures, les griots de ces deux villes nous ont appris qu’elles réunissent les infrastructures adéquates pour être érigées en département. Voici donc les critères qui ont pesé. Il était même prévu qu’elles deviennent immédiatement des districts autonomes. Mais par pudeur politique, elles ont été élues départements.
A ceux qui s’irritent, dois-je dire que le trône est à cheval entre Kong et Gbéléban ? Non. Ce sont Kong et Gbéléban qui ont les caisses, les signatures. C’est pourquoi, dans l’attribution des dotations, ces deux villes seront bien garnies puisque les critères cités seront pris en compte. Elles auront des budgets que le district d’Abidjan jalousera.
Dois-je encore dire qu’elles ont un statut particulier ? Bien sûr que non. La paire élue n’est pas le nid des « Kafri » (2) et autres « Boussoumani » (3), c’est quand même le grand nord et vous savez que le grand nord, en plus d’être un domaine réservé, il est une principauté tenue par le duc Warifatchè (4) et la duchesse Fanta Gbê (5). C’est ce grand nord qui est actuellement à l’honneur. C’est pour ce grand nord qu’a été conçue la belle théorie du rattrapage ethnique, théorie qui dame le pion à celle de l’ivoirité conçue par la petite rivière et magnifiée par ses petits suiveurs. Il n’y a donc pas lieu de se faire du mauvais sang ou se provoquer des ulcères d’estomac pour rien. Nous sommes à l’heure du rattrapage ethnique. C’est tout. Combien de villes « krafri » ont-elles eu la chance de s’asseoir à côté de dame kong et de « la grande royale » Gbéléban ? Peu. Celles qui ont eu cet honneur jouissent par extension, à titre spécial, des jets du rattrapage ethnique. Ce sont les villes du centre ou celles qui ont des cadres qui exaltent le rattrapage.
Vous souvenez-vous du découpage électoral fait à la veille du « désert électoral » du 11 Décembre 2011 ? Ce découpage qui pue à mille lieues, le rattrapage ethnique, annonçait déjà la nouvelle organisation administrative présentée. C’est cela la nouvelle Côte d’Ivoire.
L’autre nous disait que ceux qui détestent les FRCI quittent la Côte d’Ivoire. Moi je vous dis que si vous détestez le rattrapage ethnique, allez vivre à Banfora ou à Sindou, au moins là- bas, vous vivrez en paix. Mais en attendant d’emprunter le train, saluons hautement Kong et Gbéléban, nos belles élues.


Seul Dieu nous délivrera.

(1) Ressortissants de Kong
(2) Désigne dans le jargon malinké les non musulmans
(3) Synonyme de « Kafri», non musulman
(4) Désigne en Malinké, le diamantaire, riche homme
(5) Femme de teint clair, femme blanche, Fanta la blanche

Les pamphlets d’Alain Bouikalo
bouikhalaud10@gmail.com




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