Journalisme Engagé en Afrique–Révolutionner les Mœurs: Et la Presse Bleue en Côte d’Ivoire?

Jeudi 25 Juin 2015 - 10:32


Le métier des historiens au quotidien s’est transformé en une corporation d’hypocrites. Un cénacle de menteurs. Une secte qui promeut la propagande au détriment de l’information juste et vraie. Une chapelle d’intellectuels(?) mercenaires qui crachent sur toute analyse cohérente et convaincante. Un groupuscule de racailles qui logent toute opération de transformation d’une donnée, dans une série de mots et de propos fleuris mais creux; et dans des images parfois tournées en studio. Trucage ou canular qui déstructure les sociétés et les peuples.

Engager sans concession

Le foisonnement des titres, le nombre toujours croissant des stations de radio, et la profusion des chaines de télévision n’ont pas en ce qui concerne le continent contribué à sa libération. Ils ont emprunté le sentier battu. Une question de paresse intellectuelle.

Leur traitement de l’information n’est qu’une pâle copie des techniques et styles empruntés de l’occident.  Leur manière de décortiquer un sujet, une question, ne rend pas compte des divers courants de pensées politiques à l’intérieur, ni ne les distancie des lignes politiques externes en contradiction avec les objectifs fondamentaux de l’Afrique. Ces media jouent un rôle ambigu dans le processus de prise de grandes décisions dans les domaines politique, économique et social.

La querelle intellectuelle de ce papier porte sur le positionnement des journalistes Africains-tendance-gauche. Faut-il recentrer la ligne éditoriale vers l’ensemble des courants et des cultures de gauche? Ou lui donner un côté rebelle et le renforcer? Engager sans concession, fouiller jusqu'à l'obsession, traquer l’inacceptable, et produire des analyses qui mêlent la reconstitution des faits, le bon sens, l’enquête de terrain, et la recherche documentaire semblent être ce qui définit cette tendance éditoriale.

Il est du devoir des journalistes Africains et de tous ceux qui se réclament comme tel de comprendre qu’“un journaliste n’est pas un enfant de chœur et son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main dans une corbeille de pétales de roses. [Ce] métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire tort, il est de porter la plume dans la plaie,” comme écrivait Albert Londres, dans Terre d’ébène, en 1927.  Les Africains de cette corporation devraient s’approprier cette réflexion et en faire leur. Car la menace de plus en plus réelle de la montée du nazisme occidental sur le continent devrait les détourner de la position de fervent défenseur du pacifisme éditorial ainsi que de leur position d’adeptes des idéaux du colonialisme Européens.

Sortir du normatif insultant

Sortir du normatif insultant de l’occident est plus qu’un devoir. Un nouveau canevas doit définir la nouvelle race de journalistes Africains. Sa philosophie doit être celle qui défend les thèses de l’autodétermination du continent. Pour ce faire, sa plume doit être engagée. Une plume résistante. Une plume qui dénonce et critique. Une plume qui rappelle le sang et la sueur des Africains versés pour nourrir le totem criminel de l’occident. Une plume qui corrige l’histoire. Celle écrite par les occidentaux pour leurs intérêts.

Le chroniqueur, le correspondant, l’échotier, le publiciste, le rédacteur, ou le reporter Africain, ayant pour objectif l’indépendance du continent doit faire preuve d’une finesse d’analyse et d’une liberté de ton qui montre qu’il est “impossible d'enlever aux hommes les poux de la liberté” comme l’affirmait Bohumil Hrabal, dans “Vends maison où je ne veux plus vivre.” Les accords de dépendance qui lient les nations Africaines aux Etats occidentaux et ses conséquences néfastes pour l’avenir du continent ne devraient plus être des sujets tabous. Ils doivent passer à la loupe d’une analyse critique sans complaisance. Il s’agit de tuer les conventions, les dols internationaux qui maintiennent les Africains dans un esclavage sans joug ni chaîne.

Ces sujets et les tragédies Africaines, comme l’histoire des meurtres coloniaux et néocoloniaux,  la campagne de dénigrements des leaders du continent, ont quelque chose d'essentiel, et ne devraient pas tomber dans l'oubli. Ils contiennent souvent les graines du chagrin et de la colère qui façonnent les événements du présent.  Ces graines sont une clef dont une exploitation minutieuse pourrait éveiller la conscience d’une part de la génération pépinière de la nouvelle Afrique en construction, aiguiser d’autre part  son engagement et sa combattivité sur des formes nouvelles de son réengagement politique; pour en faire enfin des gens qui n’ont plus peur de dire qui ils sont et ce qu’ils pensent. Leur but étant, en luttant, de préserver les acquis naturels de l’Afrique. Donc, leurs intérêts.

La presse Bleue

La ligne éditoriale de gauche est celle qui définit les media qui affûtent leur plume et dissèquent le mal sociétal d’où qu’il vienne. Ils sont de ce fait calibrer comme media de combat. Et donc, une arme contre la déstabilisation et l’oppression. Mais aussi un moyen de lutte pour attaquer et combattre l’adversaire. Ceci impose des devoirs particuliers au journaliste engagé qui se définit comme tel, ou à qui on colle ou attribut une telle épithète.

Media de combat! Si en Côte d’Ivoire la presse Bleue est ainsi circonscrite, il est important qu’elle réajuste sa ligne éditoriale. Car, “un journaliste en possession de faits est un réformateur plus efficace qu’un éditorialiste qui se contente de tonitruer en chaire, aussi éloquent soit-il,” disait  Robert Park, ancien journaliste.  Il ajoutait, “ce sont les informations plutôt que les commentaires qui font l’opinion.” A cela, il insistait qu’il “ne peut y avoir d’opinion publique sur aucune action politique si la population ne sait pas ce qui se passe, ne serait-ce que dans les grandes lignes.” Malheureusement, si la presse Bleue fait mieux que le presque ensemble de la presse Ivoirienne, elle n’applique pas suffisamment ces préceptes pourtant élémentaires. Sur certains sujets, elle répète à de nuances légères ce que les media de la cour du roi: L’intelligent d’Abidjan, l’Inter, Soir Info, Le Nouveau Réveil, Le Patriote, Le Mandat, Le Démocrate, Le Matinal, Fraternité Matin,…au service des intérêts occidentaux prêchent. Sur d’autres, elle peut être identifiée à une presse copiste des dépêches de l’AFP ou de RFI, et autres media publics Français, ennemis des peuples Africains. Pourtant, il est de connaissance générale qu’“une copie ne pourra jamais égaler l’original,”  comme aimait à le dire le président Gbagbo.

Nul ne peut contester à Le Patriote ou Le Nouveau Réveil, et autres organes de presse qui soutiennent la droite et la droite de la droite Ivoirienne de se spécialiser dans l’aplaventrisme et les profondes génuflexions journalistiques. Ils ne peuvent pas faire mieux. Ils sont simplement incapables de penser contre eux et encore moins contre le réseau extérieur pour qui, ils assurent le service après-vente, en retour duquel, il leur jette des miettes qui tombe de table. Ainsi,  ils s’inscrivent dans la démarche tortueuse empruntée par les animateurs politiques occidentaux –de la France en particulier–, sans chercher à capter les nuances du verbiage occidental.

La presse Ivoirienne de “gauche” qui comprend entre autres Le Nouveau Courrier, LG Info, Le Temps, Le Quotidien,… –notre classification– s’est éloignée de la ligne droitière et liquidationniste non pas parce que ceux qui les animent et leur donnent vie à travers leurs analyses ont été traumatisés par le traumatisme de leurs parents et en portent les blessures. Ils ne se sont pas engagés à faire reconnaitre la tragédie des victimes oubliées de la guerre occidentale dans ce pays pour les apaiser. Ils ont répondu au devoir du journalisme citoyen qui niche dans la reconstitution des événements qui plombent la Côte d’Ivoire, afin de rendre à ce pays son histoire et sa liberté….Mais il y a un problème.

Ce courant d’écriture et d’analyse ne s’exerce pas pleinement pour trouver les témoins des faits. Il raconte mal le quotidien sans issue des populations retranchées dans la peur et recroquevillées sur elles.  Il ne dénonce pas avec le verbe fort et effervescent la duplicité de certaines chancellerie ni la duperie des différentes structure du système des nations unies en Côte d’Ivoire. Il est muet sur les questions monétaires. Il se fait rarement accompagner de spécialistes panafricains pour démêler la malice analytique des media occidentaux ou l’escroquerie politique, morale, et judiciaire de la CPI, et des organisations dites humanitaires et leurs excroissances en Côte d’Ivoire d’abord, et en Afrique ensuite. Il a la frousse d’aller au front de la contradiction et du défi contre l’ordre établi. Il est plus que incapable de sauter pieds joints dans le futur analytique en exhumant le passé et en interrogeant le présent. Il est donc évident que la construction des faits historiques ne soit pas précédé d’une enquête sérieuse afin d’apporter un faisceau de lumière sur le récit glaçant des événements comme les massacres de la rébellion du trio Ouattara-Soro-Dominique, ou les raids de la soldatesque Française et onusienne sur les sites stratégiques de l’Eburnie; ou encore l’implication des forces endogènes dans la défiguration de leur pays. Aucun article de presse fouillé, argumenté et documenté n’a été produit pour ressusciter les événements qui ont plongé la Côte d’Ivoire dans les abimes des ténèbres, dont il n’existe presqu’aucune source documentaire constituée par les historiens de ce pays.

Révolu le temps de tutelle

De quoi les journalistes citoyens ont-ils peur? Certains textes déontologiques, pour prévenir les excès de la presse en cas de tension ou lorsque les valeurs qui sous-tendent la stabilité d’un pays sont en péril, préconisent dans le traitement de l’information une vigilance particulière afin de ne pas les aggraver. Le langage, le vocabulaire doivent être appropriés. Dans cette démarche, il est conseillé “d’éviter le plus possible les polarisations du type nous-eux.... Éviter de créer inutilement des problèmes et de dramatiser,…assurer le suivi maximal de chaque sujet.” Cette approche louable correspond à la vision théorique occidentale d’études de conflits. Leurs media sont plutôt agressifs lorsqu’ils doivent défendre les intérêts de leurs pays et ceux des  multinationales qui les financent. Cette thèse déontologique correspond également au traitement de conflits sans ingérence étrangère. Ce qui est une recette rare en Afrique.  

Ce code déontologique ne doit pas refroidir la hardiesse des journalistes citoyens lorsqu’ils ont le devoir de défendre la souveraineté de leurs nations. D’abord, parce que cette perception d’analyse de conflits ne s’emboîte pas dans la réalité Ivoirienne en particulier et Africaine en général. Ensuite, il est une obligation pour eux de planter le fer chaud de leur plume dans le mensonge des media occidentaux et de leurs relais, les prendre de front et dénoncer leurs énormités.  A la plume comme à la plume, pourrait-on dire.

L’Afrique a besoin du journalisme qui révolutionne les mœurs. Pour ce continent, le temps de la tutelle est révolu. Les Africains connaissent leurs intérêts et en sont jaloux. Par conséquent, si un medium se réclame de gauche, il est tenu de ne pas se décrédibiliser en suivant le carcan du journalisme plat. Sa plume n’aura pas à craindre d’être traitée de pas saine ou de pas sainte. Elle ne doit pas avoir peur de cracher du venin. Tant que cette plume est citoyenne, elle pourra être confrontée à divulguer ou à traiter les informations en empruntant des angles qui dérangent non seulement ses opinions, ses croyances, ses fidélités ou ses relations,  mais également celles de ceux qu’elle égratigne en interne et en externe. Mais cette plume devrait malgré tout, les affronter sauf à renier son objectif: l’indépendance de sa profession, de son pays, et la souveraineté de son peuple.

Défendre une telle ligne n’est pas chose aisée dans la mesure où le journaliste ne réside pas dans une société en même temps qu’il vit en dehors d’elle. Il a ses convictions et ses amitiés puisque,  “un journaliste, c’est d’abord et avant tout un homme qui a sa famille, ses ambitions, ses amitiés passées et qui durent et aussi ses passions politiques,” écrit Le Soleil de Dakar. Cependant, poursuit ce quotidien, “si le journaliste, en tant que membre de la société ayant des intérêts et des sensibilités, n’a pas une claire conscience de sa mission sociale et de son devoir d’objectivité, il prend parti, être de connivence et aliéner l’exigence professionnelle.” Ce qui a fait dire à El Hadji Kasse, ancien Directeur du Le Soleil “qu’un journaliste qui privilégie les affects sur son devoir d’objectivité, peut se transformer en un vulgaire propagandiste.” Ce qu’on constate malheureusement au sein des media donneurs de leçon.

Les animateurs de la presse Bleue ou de la presse de gauche ne devraient en aucun cas casser le bec de leur plume et/ou briser leur encrier parce que l’on les accuserait de sympathie, d’alignement sur un ordre donné ou de parti pris parce qu’ils défendent la cause de la veuve et de l’orphelin. La cause nationale. La patrie. Pour tout cela, ils ne doivent pas rester neutres. En plus ils doivent avoir “le courage de se fier à [leur] propre entendement, de se soustraire aux moniteurs et aux tutelles de la pensée.” Ce précepte Kantien, devrait figurer au fronton de leur cœur.

Dr. Feumba Samen,
Galena, Ohio, USA.



 




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