Jeu trouble de la rébellion, reports des élections, DNC du procureur … Arsène Dogba : «La plus grande erreur de Gbagbo…»

Dans son article visant à démontrer la vacuité de la thèse de Fatou Bensouda contre Gbagbo, le politologue Arsène Dogba a structuré sa pensée autour de trois grands axes : (1)-Le refus du Président Gbagbo d'aller aux élections et (2)-La mise en place d'un plan commun. Dans le traitement de ce dossier, nous analyserons, évidemment, ces affirmations gratuites, mais aussi et surtout, dans la troisième partie (3) La longue tradition de paix du Président Gbagbo et les douloureuses concessions qu'il a faites au nom de la paix et la stabilité en Côte d'Ivoire. Après avoir entamé le premier point dans notre parution du mercredi 21 mai, nous vous proposons la suite de l’article qui finit par convaincre que le président Gbagbo était véritablement un démocrate. Même s’il a commis, selon notre politologue, «une grande erreur». Il s’en explique.

Vendredi 23 Mai 2014 - 07:10


3- La complicité du Procureur avec le camp Ouattara

Le Bureau du Procureur dont la complicité avec les rebelles et les impérialistes occidentaux qui les soutiennent n'est donc plus à démontrer a décidé de traquer un homme dont la lutte politique a conduit la Côte d'Ivoire au multipartisme en Avril 1990 ; c'est bien Laurent Gbagbo qui a per- mis à la Côte d'Ivoire de jouir des acquis démocratiques considérables dont elle pouvait se vanter jusqu'à la date du 11 Avril 2011; telles que la Commission Electorale Indépendante (CEI), la limitation du mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une seule fois, la réduction de la majorité électorale de 21 à 18 ans, etc. Comme le premier, ce dossier amendé est également vide. Le procès que le Bureau de Bensouda cherche inexorablement contre Gbagbo n'aura pas lieu si la procédure engagée et la décision des juges restent conformes aux exigences du droit international; c'est-à-dire, une procédure dont les enquêtes sont faites avec professionnalisme et un verdict des juges guidé par la justice et l'équité. Revenons aux arguments principaux.

4- La reconnaissance du Traité de Rome par Gbagbo

 Les arguments de l'accusation se heurtent à la déclaration de reconnaissance du 18 Avril 2003 à laquelle la Procureure fait référence. Dans ce DNC amendé, Bensouda rappelle que la République de Côte d’Ivoire est devenue un Etat partie au Statut de Rome "depuis le 15 février 2013". Toutefois, l'accusation reconnait que "Déjà, le 1er octobre 2003, le Gouvernement de la Côte d’Ivoire a reconnu, par déclaration datée du 18 avril 2003, la compétence de la Cour pour juger les crimes commis sur le territoire ivoirien à compter du 19 septembre 2002". Mais pour tenter de cacher son cynisme, Bensouda ne dit pas clairement que c'est Laurent Gbagbo qui a signé la déclaration à laquelle elle fait allusion. Or, élu le 28 Octobre 2000 et régulièrement investi comme Président de la République de Côte d'Ivoire par le Conseil Constitutionnel, Laurent Gbagbo était aux commandes de son pays en 2003 malgré la tentative de coup d'Etat de 2002; c'est bien lui le signataire de cette déclaration de reconnaissance de la CPI du 18 Avril 2003 dont parle l'accusation. Alors, la question que suscite l'attitude du Bureau du Procureur est de savoir pourquoi, Gbagbo, qui " était déterminé à rester au pouvoir" et qui " Dès son accession à la Présidence en 2000, (..) a eu pour objectif de se main- tenir au pouvoir, y compris en réprimant ou en attaquant violemment ceux qui constituaient une menace pour son régime" a pris une telle décision?  Autrement dit, le Président Gbagbo aurait-il pris une telle décision si son intention dès son accession au pouvoir était réellement de le garder par "tous les moyens y compris par la force létale" comme l'affirme l'accusation ? Nous pensons que non. Si Gbagbo avait l'intention de commettre des crimes à grande échelle, il n'aurait pas dissout son gouvernement et cédé une partie de ses prérogatives institutionnelles aux Premiers Ministres Seydou Diarra et Konan Banny, issus de l'opposition. Et, il n'aurait pas non plus initié le dialogue direct qui a abouti à l'Accord Politique de Ouagadougou et à la nomination de Soro Guillaume, chef rebelle, comme Premier Ministre. Au lieu de cela, il aurait mis en exécution ledit plan. Mais faut-il le rappeler, c'est sous aucune menace que le Président Gbagbo a signé la déclaration reconnaissant la CPI. Que cherche donc Bensouda en faisant ce genre d'allégations grossières ? Veut-elle faire croire à l'opinion que Gbagbo a signé la déclaration de reconnaissance de la CPI parce qu'il se croyait investi d'une immunité spéciale qui le mettrait à l'abri de toute poursuite de la CPI après avoir commis des crimes relevant de la compétence de cette institution onusienne ? Ou sim- plement, est-ce à dire que le prisonnier de Bensouda ne savait pas à quoi il s'exposait et dans quelle voie il engageait son peuple en signant un tel document? Non, Bensouda, Gbagbo était bien conscient de l'engagement qu'il prenait en signant cette déclaration de reconnaissance de la CPI.

5- L'exécution du plan Commun

Le bureau du procureur affirme aussi que "GBAGBO était déterminé à rester au pou- voir. Au plus tard avant le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2010, aidé par son entourage immédiat, Gbagbo a élaboré un Plan visant à attaquer son rival poli- tique Alassane Dramane Ouattara ainsi que des membres du cercle politique de celui- ci et des civils considérés comme ses partisans,....". C'est ici que se trouve toute la légèreté de ce document. Pourquoi Gbagbo qui "Dès son accession à la Présidence en 2000, .....a eu pour objectif de se maintenir au pouvoir, y compris en réprimant ou en attaquant violemment ceux qui constituaient une menace pour son régime" a-t- il attendu "..plus tard avant le deuxième tour de l'élection de 2010" pour "élaborer un Plan visant à attaquer son rival poli- tique, Alassane Dramane Ouattara, ainsi que des membres du cercle politique de celui-ci et des civiles considérés comme ses partisans....". Pourquoi n'a-t-il pas élaboré ce Plan Commun "salvateur" au lendemain de sa prise de pouvoir où, comme l'affirme l'accusation, le sentiment de le garder " par tous les moyens, y compris par la force létale",  l'animait déjà ou même juste après l'attaque du 19 Septembre 2002 et il a préféré attendre huit ou dix années avant d'élaborer un tel Plan qui selon le Procureur devait le maintenir au pouvoir contre l'avis de son peuple ? Le Bureau du Procureur soutient mordicus que " les partisans de Gbagbo ont continué à commettre des crimes contre les civils pris pour des partisans de Ouattara jusqu’au 8 mai 2011 au moins". Et cela bien que leur leader ait été déjà kidnappé le 11 Avril 2011; c'est-à-dire dans une période où la victoire militaire de la coalition FAFN, ONUCI, Licorne et mercenaires ouest-africains était déjà reconnue par tous et que tous les pro-Gbagbo étaient littéralement traqués, arrêtés et exécutés à travers le pays. Pour pousser le ridicule le plus loin possi- ble et conforter la position des anti-CPI, la "puissante" Procureure de la CPI affirme que "Les crimes en question s’inscrivaient dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique menée contre la population civile à l’initiative de Gbagbo et de son entourage immédiat dans la poursuite du Plan commun". Cela voudrait dire que de leurs différents lieux de détention ou d'asile, Gbagbo et ses proches continuaient à conduire les opérations militaires sur le terrain toujours dans le but de se maintenir au pouvoir. Soyons sérieux ! Personne ne l'ignore, l'affaire le Procureur c. Gbagbo n'est pas une procédure judiciaire contre un criminel reconnu comme tel, mais un acharnement contre une véritable icone politique qui incarne une nouvelle génération de leaders africains soucieux de la souveraineté des Etats de leur continent. Par conséquent, son procès est celui d'une partie du peuple africain; celle qui est très réservée sur l'utilité de cette cour internationale qui, de  son point de vue, semble être créée pour persécuter les leaders Africains très proches de leurs peuples. Ils sont nombreux ces Africains qui ont suivi et qui continuent de suivre l'homme depuis le début de sa carrière politique, il y a près d'un demi-siècle. Ce sont eux qui appellent de tout leur vœu une procédure judiciaire qui respecte le standard d'une justice équitable. Ce sont ces hommes et ces femmes de cette Afrique nouvelle en construction qui pensent qu'il serait judicieux que la CPI tienne absolument compte du passé politique du prévenu dans sa recherche de vérité en rapport avec la crise postélectorale en Côte d'Ivoire.

III.  Les traces du prévenu qui peuvent illuminer le verdict des juges

Pour mieux analyser l'allégation selon laquelle, pour se maintenir au pouvoir, le président Gbagbo a manœuvré en utilisant "les mercenaires libériens, les jeunes patriotes, les milices tribales" et une partie de l'armée régulière, il nous paraît judicieux de revenir sur les traces politiques laissées par l'homme pendant les nombreuses années de sa carrière. Surtout pendant la période où il était dans l'opposition et pouvait facilement être tenté d'utiliser n'importe quel moyen, y compris la violence politique, pour accéder au pouvoir. Le 03 Juin 2012, la Chambre Préliminaire 1 rendait la décision des premières audiences dans laquelle elle déclarait "qu'il n'existe pas de preuves suffisantes donnant des motifs substantiels de croire que Laurent Gbagbo a commis chacun des crimes qui lui sont imputés". Curieusement, au lieu de la relaxe pure et simple du prévenu, la cour a préféré donner plus de temps au bureau du Procureur pour fournir des preuves additionnelles conformément à l'article 67 (7) (c)(i) du Statut de Rome. La Chambre Préliminaire 1 justifie sa position par le fait que, " dans l'ensemble, les éléments de preuves présentés par l'Accusation, bien qu'apparemment insuffisantes, ne semblent pas manquer de pertinence et de valeur probante...". C'est dans le DNC amendé que le Bureau du Procureur soutient que, Laurent Gbagbo, le père de la démocratie ivoirienne, a usé de tous les subterfuges et a manœuvré pour se maintenir au pouvoir entre 2005 et 2010. Le bureau du Procureur a pris soin d'ignorer délibérément les obstacles constitutionnels (partition du pays, rebelles en armes, etc..) qui ont contraint la CEI et le Président Gbagbo à ajourner les consultations électorales à plusieurs reprises avant les ultimes occasions des 31 Octobre et 28 Novembre 2010. Heureusement d'ailleurs pour elle puisque cet argument ne la conduirait nulle part étant donné que l'article 38 de la Constitution ivoirienne stipule que "En cas d'événements ou de circonstances graves, notamment d'atteinte à l'intégrité du territoire, ou de catastrophes naturelles rendant impossible le déroulement normal des élections ou la proclamation des résultats, le Président de la Commission chargée des élections saisit immédiate- ment le Conseil constitutionnel aux fins de constatation de cette situation". Du point de vue du droit ivoirien, la CEI et le Président Gbagbo avaient le droit de refuser la tenue de ces élections avec la Côte d'Ivoire divisée en deux et les rebelles en armes. Mais, limitons-nous aux arguments relatifs à l'utilisation des milices, mercenaires et des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) ivoirienne pour se main- tenir au pouvoir entre 2005 et 2010. A notre avis, il est impossible de faire une analyse objective et complète de cette affaire sans s'informer sur la perception de Gbagbo de la transition politique et, sans connaitre sa vision de l'exercice du pouvoir avant son accession à la magistrature suprême. Si la CPI veut donc être crédible aux yeux des nombreuses personnes qui suivent avec beaucoup d'intérêt cette Affaire Procureur c. Gbagbo, il serait sage ou simplement professionnel pour les juges de parcourir, à la recherche de la vérité, le long et remarquable chemin politique de leur prisonnier. Le Président Gbagbo l'a si bien dit lors de son audition à la CPI en Février 2013: ” l’homme, il marche, il marche et sur son parcourt il laisse des traces pour que ceux qui viennent après lui le retrouvent”. Il ne croyait pas si bien dire, parce que, ce sont les traces laissées par l'Homme qui ont permis aux archéologues de retrouver ses origines ancestrales. C'est aussi par les traces qu'un homme politique ou un citoyen ordinaire laisse à travers les réalisations et/ou ses écrits que les politologues, historiens et autres chercheurs retrouvent ses aspirations, ses origines idéologiques, philosophiques ou politiques. Mais ce sont les empreintes qui permettent à la police d'appréhender et confondre un criminel. C'est bien sur les "empreintes" laissées par l'Homme que les générations futures se penchent pour le juger. Si le souci de la CPI est donc de dire le droit, rien que le droit, elle est obligée de procéder par cette démarche scientifique qui consiste, nous le répétons, à repartir sur les traces du prévenu pour y extraire les éléments qui peuvent contribuer à sa culpabilité ou à sa relaxe pure et simple. Pour une personnalité politique de l'envergure de Laurent Gbagbo, il y a moins de mal à se faire parce que l'homme a laissé de nombreuses publications qui expriment sa philosophie, l'idéologie politique à laquelle il appartient et même son idéal politique. Il n'y a donc rien à inventer dans l'histoire de cette personnalité qui a passé 3/4 de sa vie au service d'une cause, d'un idéal : la démocratie. Les enquêteurs de la CPI n'auront pas à rechercher loin, tout est là, dans le domaine public.

1- Laurent Gbagbo et la transition pacifique à la démocratie

 Ici, nous allons revenir sur quelques faits historiques pour démontrer qu'il est absolument impossible que le démocrate Gbagbo ait pu se convertir en dictateur en moins de deux années de pouvoir. Oui, dictateur, parce que ce sont les dictateurs qui font fi des lois de leurs pays quand celles- ci ne sont pas à leur faveur, et qui n'hésitent pas à manipuler leurs Constitutions dans le seul but de conserver le pouvoir ou de le garantir à leurs descendants. Le Président Houphouët-Boigny, en Côte d'Ivoire, l'a fait à de nombreuses occasions pour permettre à Konan Bédié d'assurer sa succession. Ce sont les dictateurs qui uti- lisent des méthodes non-démocratiques pour accéder au pouvoir et qui, une fois au pouvoir, créent des subterfuges pour s'y maintenir. M. Laurent Gbagbo, Secrétaire Général (1990-1995), puis président (1995-2000) du FPI, que ses détracteurs traitent de dictateur, a-t-il usé de méthodes antidémocratiques pour accéder au pouvoir en 2000 et une fois le pouvoir obtenu, a-t-il changé ou tenté de changer la Constitution ivoirienne pour se maintenir au pouvoir ? C'est à cette série de questions capitales qu'il faut répondre en toute responsabilité dans cette affaire. Ici, nous allons répondre à la question de savoir comment Gbagbo a tou- jours perçu la transition au sommet de l'Etat. Alors que s'offrait à l'opposant Laurent Gbagbo l'occasion de renverser le Président Houphouët-Boigny par coup d'Etat pour accéder au pouvoir en 1990, le choix de la transition pacifique à la démocratie est resté pour lui, la seule et unique option possible. Ce choix républicain ne l'a-t-il pas séparé définitivement de son frère et ex-amis de lutte Louis André Dakouri Tabley ? Cet ancien militant du FPI devenu rebelle et militant du Rassemblement des Républicains (RDR) après la tentative du coup d'Etat du 19 septembre 2002 contre Gbagbo, exigeait que le Président Houphouët soit victime d'un coup d'Etat du FPI. Gbagbo avait alors pris ses distances vis-à-vis de ce put- schiste qui s'est par la suite retrouvé au RDR, auteur des coups d'Etat de 1999, 2002 et 2010. Le Président Houphouët-Boigny était devenu impopulaire à partir de 1989 à cause de la crise économique que traversait le pays; l'armée, les élèves et étudiants et presque tout le corps social était en ébullition et un quelconque coup d'Etat aurait eu le soutien populaire. Mais, bien qu'interpellé par certains cadres du pays, y compris ceux du parti au pouvoir, Laurent Gbagbo a décliné l'option du coup de force pour accéder au pouvoir.  Cette opportunité lui a été offerte une fois encore à la mort du Président Houphouët Boigny, le 7 Décembre 1993 ; pendant que Bédié et Ouattara s'empoignaient pour occuper le trône du défunt, l'opposant Gbagbo appe- lait à la retenue et au respect de la Constitution du 03 Novembre 1960 qui avait déjà réglé la question de la vacance. Si Gbagbo avait l'âme d'un assoiffé de pou- voir, il aurait usé de sa popularité et du soutien de l'armée pour occuper ce poste et combler ainsi le désir du changement qu'éprouvait le peuple ivoirien. Mais encore plus édifiant, quand les militaires ont chassé Konan Bédié du pouvoir, le 24 Décembre 1999, et que Ouattara refusait d'assumer la paternité du coup, c'est encore vers le seul opposant crédible, Laurent Gbagbo, que les putschistes se sont dirigés avant que cette offre ne revienne au Général Guéi. A cette occasion encore, Gbagbo a refusé d'accéder au pou- voir sans les élections. A partir de ces faits, l'on pourrait se poser la question suivante : peut-on chercher à conserver le pouvoir politique par tous les moyens sans en être obsédé ? Si le Président Gbagbo aimait tant le pouvoir au point de ne pas vouloir le laisser, comment pouvait-il laisser passer autant d'opportunités qui se sont offertes à lui entre 1989 et 2000 ? Ou alors, d'où est subitement venue cette volonté de conserver le pouvoir après l'avoir acquis par les urnes et conformé- ment aux règles établies par la Constitution de son pays ? Serait-ce la gloire, le pouvoir ou le prestige ? Non, nous n'y croyons pas, vu que l'homme a plus de quarante années de carrière politique. Sans y être, Gbagbo a étudié et même côtoyé les pouvoirs d'Etat; il connaissait donc les avantages liés au poste de Président de la République avant qu'il ne devienne Président. Il n'a donc pas été surpris par les honneurs, le prestige et autres avantages liés à sa nouvelle fonction. Aussi, nous savons tous la relation de l'homme avec l'argent et son avis sur la richesse; Gbagbo n'a pas voulu le pouvoir à cause de l'argent, soutient la majorité des Ivoiriens. Et la CPI même nous l'a confirmé en le déclarant indigent. Ce n'est donc pas le prestige, ni la gloire qui amèneraient Gbagbo à conserver le pouvoir, parce que l'humilité de Gbagbo est connue de tous. Alors qu'est ce qui pouvait encore justifier son maintien au pouvoir par la force des armes ? Un antécédent juridique ? Mais, il n'en a pas du tout; alors il n'avait aucune raison de redouter une quelconque chasse à l'homme après son départ du pouvoir. Les USA, pays très attaché au respect des Droits de l'Homme, lui avaient même pro- posé un poste d'enseignant dans une des universités du pays. L'Administration Obama aurait-elle offert un tel emploi à un criminel ? Non, Gbagbo n'est ni un crimi- nel, ni un dictateur. La Constitution du 28 Juillet 2000 a été largement inspirée par les cadres du FPI, le parti de Laurent Gbagbo. Mais, c'est particulièrement lui qui, estimant qu'un pouvoir longtemps conservé amène son détenteur à se comporter en propriétaire alors qu'il n'en est que le locataire, a demandé et obtenu la limitation du mandat présidentiel à 5 ans, renouvelable une seule fois. Dans son combat pour la limitation du mandat présidentiel, Gbagbo soutient qu'en dix ans, un citoyen élu président peut donner le maximum de lui-même pour contribuer à la construction de son pays. Les mandats illimités, soutient-il, usent la démocratie. Tous les acquis démocratiques dont a joui la Côte d'Ivoire entre 1990 et Avril 2011, et qui sont malheureusement remis en cause par le régime Ouattara aujourd'hui sont bien le fruit du long et difficile combat pour la démocratie conduit par Gbagbo contre Houphouët-Boigny, Bédié et Ouattara Alassane. Ces acquis ont été obtenus au prix du sang de plusieurs centaines d'Ivoiriens militants du FPI froidement assassinés par les régimes sous l'autorité de ces trois personnalités. Mais aussi, ces acquis démocratiques ont coûté la prison à plusieurs leaders de l'opposition dont Laurent Gbagbo lui-même. Parmi les acquis démocratiques, l'on peut citer à titre d'exemple, la Commission électorale indépendante (CEI), la nouvelle majorité électorale (18 ans), la limitation du mandat présidentiel, le bulletin unique, les différentes lois qui consacrent les libertés civiques et politiques.

2. Gbagbo et l'exercice du pouvoir

 Les hommes politiques qui s'accrochent au pouvoir ont, entre autres, ceci en commun : l'amour du pouvoir et des avantages qui y sont attachés tels que la fortune, la gloire, le prestige, etc. Pour ceux qui connaissent Gbagbo parce qu'ils l'ont pratiqué, sa gestion du pouvoir était vue plus comme celle d'une grande famille où le père met en priorité les enfants que celle du père égoïste. Ses plus grands détracteurs l'ont accusé de tout sauf de détournement de fonds à son profit ou au profit de sa famille. Sa générosité et son humilité  continuent d'être reconnues par tous. La CPI l'a trouvé indigent même si certains de ses détracteurs lui ont attribué trois ans après son arrestation des comptes bancaires fictifs. La plus grande erreur du Président Gbagbo a été d'avoir fait usage de l'article 48 de la Constitution de 2000 pour permettre au sponsor de la rébellion, Alassane Ouattara, de faire acte de candidature aux élections de 2010 alors que la Constitution Ivoirienne l'en empêchait pour "nationalité douteuse". L'homme voulait la paix pour son pays et pour cela il a fait les concessions les plus douloureuses aux rebelles; il a gouverné avec l'ex-rébellion et a même fait Premier Ministre le chef rebelle, Soro Guillaume. Mais plus grave, Gbagbo a accepté que la coalition houphoüetiste et rebelles soit majoritaire dans la Commission Electorale Indépendante. Erreur politique certes, mais erreur de jugement aussi puisque le Président Gbagbo a fait toutes ces concessions pour exprimer sa bonne foi et sa volonté de ramener la paix dans son pays. Mais aussi et surtout, parce que le prisonnier de Scheveningen a cru en la bonne foi de la communauté internationale; celle d'aider la Côte d'Ivoire à recouvrer la paix par le respect des accords signés. Il a cru fermement que les démocraties occidentales représentées en Côte d'Ivoire étaient à même d'accompagner son pays en toute impartialité et dans le respect de la Constitution ivoirienne sur le chemin de la démocratie. Malheureusement pour lui, ce sont les ambassadeurs de France et des Etats-Unis qui ont kidnappé Youssouf Bakayoko, Président de la Commission Electorale Indépendante, et qui l'ont sommé de déclarer Alassane vainqueur au quartier général de sa campagne, en violation de la Constitution ivoirienne. Conclusion De ce qui précède, nous pouvons conclure sans risque de nous tromper que le Président Gbagbo qui a combattu toute sa vie pour l'accession au pouvoir par les urnes et pour la promotion de la démocratie en Côte d'Ivoire n'a trouvé aucun dérivatif pour se maintenir au pouvoir. Les reports successifs des élections entre 2005 et 2010 ont été motivés par la partition de la Côte d'Ivoire et le refus des rebelles de déposer les armes. Cette responsabilité revient donc aux rebelles et à leur branche politique conduite par Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. Quant au président Gbagbo, il a fait sa part de sacrifice pour ramener son pays sur la voie de la paix et la stabilité. La Côte d'Ivoire s'est donnée  librement des lois que tout citoyen et toute institution ivoirienne sont appelés à respecter. La responsabilité de l'organisation des élections en Côte d'Ivoire revient en premier à la Commission Electorale Indépendante et dernier ressort au Conseil Constitutionnel et non au gouvernement comme ce fut le cas sous, Houphouët-Boigny, Ouattara et Bédié. C'est la CEI qui propose des dates au gouvernement quand les conditions constitutionnelles de la tenue des élections sont réunies. Et cela en toute indépendance. S'il n'y a pas eu d'élections entre Octobre 2005 et Septembre 2010 en Côte d'Ivoire la responsabilité revient à la rébellion, à Alassane Ouattara, aux Premiers Ministres Seydou Diarra, Charles Konan Banny, Soro Guillaume et la CEI qui apprécie les conditions de leur organisation selon l'article 38 susmentionné et non au Président de la République. Quant au fameux Plan Commun auquel Gbagbo aurait pensé en 2000 et élaboré seulement en 2010 pour commettre des crimes à grande échelle dans le but de se maintenir au pouvoir, c'est une vue de l'esprit des agents impérialistes et du Bureau du Procureur de la CPI qui veulent sortir définitivement Gbagbo, le panafricain, du jeu politique ivoirien pour mieux s'accaparer les richesses de la Côte d'Ivoire sous Ouattara. Gbagbo l'a si bien dit, c'est parce qu'il a respecté la Constitution ivoirienne qu'il se trouve aujourd'hui en prison, non pas pour une autre raison.

Arsène Dogba NB : la titraille est de la Rédaction.

Source: Le Nouveau Courrier N° 1035 Du Jeudi 22 Mai  2014




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