Ivoiriens, on vous ment sur l’état de votre économie !

Mardi 26 Novembre 2013 - 13:02


C’ est une toute petite phrase dans un long discours. Mais c’est une phrase qui dévoile une réalité préoccupante. A l’occasion de la signature de quatre conventions d’affectation dans le cadre du Contrat de désendettement et de développement (C2D) entre la France et la Côte d’Ivoire (qui consiste à orienter les fonds devant servir à l’apurement de la dette bilatérale vers des projets d’investissements décidés de commun accord), Anne Paugam, la directrice générale de l’Agence française de développement (AFD), a glissé une petite phrase qui sonne comme une révélation. « En complément de ces trois conventions, nous allons également signer un appui budgétaire ciblé de plus de 15 milliards de FCFA, à décaissement quasi-immédiat, qui permettra à la fois de soulager la trésorerie de l’Etat et de régler des arriérés à des fournisseurs du secteur privé dans les secteurs sociaux », a-t-elle dit. Ce faisant, elle a mis le doigt sur un problème dont on parle beaucoup dans les « milieux autorisés », mais à demi-mot, très vite, en passant ou en chuchotant : l’état désastreux des finances publiques ivoiriennes. Elle a également avoué que la France viole elle- même les règles du jeu qu’elle avait édictées lors de la mise en place du mécanisme C2D. Il n’était pas question, serinait-on sur tous les tons, d’affecter des fonds concernés par le dispositif au règlement des dépenses courantes des Etats. L’argent du C2D doit bénéficier uniquement à des projets concrets de lutte contre la pauvreté et de développement durable, disait-on à Paris. Mais que ne ferait-on pas pour l’ami Ouattara, chouchou de la droite et de la gauche de gouvernement en France en dépit de l’extrême corruption de son régime et des violations graves des droits de l’Homme qui le caractérisent ? La Côte d’Ivoire, malgré un afflux inédit d’aides, de subventions et de crédits internationaux, n’arrive pas à réaliser des budgets prévisionnels que le Parlement vote toujours nettement à la hausse, pour alimenter la propagande officielle sur la « forte » croissance que connait le pays sous la férule de son grand timonier, ci-devant expert très très compétent venu tout droit du Fonds monétaire international. Devant nos yeux fascinés, « Magellan » transforme le pays d’Houphouët-Boigny en « Etat mendiant », qui fait la manche à Brazzaville, à Malabo, à Paris, à Pékin… partout où l’occasion se présente.
Des données soigneusement dissi- mulées aux citoyens Pourquoi les ressources « traditionnelles » dégagées par les régies financières de l’Etat, les prêts et aides des partenaires au développement ainsi que les sommes collectées lors des emprunts obligataires lancés chaque année par le gouvernement ne suffisent-elles pas ? Pourquoi les primes trimestrielles de nombreux fonctionnaires ne sont-elles pas payées ? Pourquoi certains salaires sont-ils positionnés avec du retard ? Pour avoir des éléments de réponse satisfaisants à ces questions, le citoyen doit disposer d’un certain nombre de données d’intérêt public qui lui sont soigneusement dissimulées.
Quelles sont les régies financières de l’Etat qui ne parviennent pas à atteindre les objectifs qui leur ont été assignés dans le cadre du budget prévisionnel voté par les députés ? Pourquoi, en dépit du recouvrement de l’intégrité du territoire national, les Douanes, les Impôts et le Trésor peinent-ils ? De deux choses l’une. Soit les chiffres de la croissance brandis par le régime sont trafiqués et cest techniquement possible dans la mesure où les données qui servent de base de calcul à la quasi-totalité des agrégats sont fournies à toutes les institutions internationales par l’Institut national de la statistique, inféodé au pouvoir. Soit une vaste opération de « privatisation » de larges pans de l’économie voire du territoire national empêche aux régies de l’Etat d’avoir accès à certains opérateurs économiques, à certaines ressources et cest tout à fait possible lorsque l’on sait que les experts de l’ONU chargés de la surveillance de l’embargo, en dépit de leur parti pris pro-communauté internationale donc pro-Ouattara, ont pointé du doigt la persistance du phénomène des comzones, qui ont étendu leurs rapines à l’ensemble du pays.
 
Une propagande contre-productive
 
Un autre phénomène inquiétant est également occulté par le pouvoir, et par de nombreux observateurs. C'est celui de la baisse préoccupante de la production nationale ivoirienne, qui se manifeste notamment par le fait que le pays, traditionnellement exportateur net, est désormais en déficit commercial. Selon des données rendues publiques par la Fédération nationale des industries et services de Côte d’Ivoire (FNISCI), les exportations ivoiriennes ont été, au premier semestre 2013, en légère baisse, alors que les importations sont en forte hausse, l’automobile étant le secteur le plus dynamique. Qu’on en juge. Durant la campagne 2012-2013, la production de cacao a été en baisse de 13% par rapport à la campagne 2011-2012, et de nombreuses usines de transformation ont fermé, en raison des politiques inadéquates du gouvernement. La filière hévéa connaît une situation difficile, avec un prix au kilo qui a été brutalement divisé par trois. Fin juin 2013, la production pétrolière était en baisse de plus de 12%, à un peu plus de 27 000 barils par jour, alors qu’elle était montée à 50 000 barils par jour sous Gbagbo qui était, ironie de l’histoire, accusé par les actuels dirigeants de minorer les chiffres… Cette accumulation de facteurs ne vise pas à attribuer au pouvoir RDR la paternité de tout ce qui ne va pas, même s’il est indubitable qu’il est responsable de la corruption, de la gabegie et du mensonge éhonté sur les vrais chiffres de l’économie. Elle vise à replacer la vérité des faits au centre du discours sur la Côte d’Ivoire, là où l’illusionnisme prédomine. Un illusionnisme qui est finalement contre-productif pour le pouvoir. En choisissant de dire que tout va bien, il s’aliène sa propre base politique, qui est tout aussi bien placée que le reste de la population pour se rendre compte que tout va mal.
 
Par Théophile Kouamouo
 
Source: Le Nouveau Courrier N° 934 Du Lundi 25 Novembre 2013




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