Isaac Bangoret (écrivain) : « Ne pas pouvoir survivre à Ouattara est un signe de sous développement et d'immaturité politique »

Samedi 8 Mars 2014 - 00:30


Leaders du RHDP
Leaders du RHDP
La vigilance des leaders politiques de l'opposition ivoirienne et le courage de certains journalistes ont permis d'attirer l'attention de tous sur l'une des nombreuses failles du régime d'Alassane Ouattara: l'usage du mensonge légitime comme forme de gouvernance. Dans un communiqué datant du 3 février 2014, l'Elysée dévoilait, par exemple, les conclusions d'un bilan médical et biologique de l'état de santé du président Hollande, après son opération à la prostate. En Côte d'Ivoire, malgré certaines dispositions prises par la Constitution de notre pays, les partisans d'Alassane Ouattara et la presse proche du pouvoir s'obstinent à faire de son état de santé un sujet tabou. Comment parler d'émergence de la Côte d'Ivoire à l'horizon 2020, quand le régime d'Abidjan est incapable de jeter les bases d'un État de droit où tous les citoyens (sans exception) ont des droits mais aussi des devoirs, et les Institutions de la République survivent aux gouvernants? Un éléphant aux pieds d'argile serait, en fait, l'allégorie qui représenterait assez bien L' Émergence 2020 de la Côte d'Ivoire, sous la direction d'Alassane Ouattara; un pays sans loi soumis à sa personne, bradé aux investisseurs étrangers. La publication du bulletin de santé d'Alassane Ouattara exigée, de manière particulière, par le Rpci-Ac est fondamentale voire vitale pour la Côte d'Ivoire, un pays rendu ingouvernable par le leader du RDR, le potentiel candidat du RHDP aux présidentielles de 2015. Son absence à la tête de l'État ivoirien due à sa maladie nous a permis de le constater. Alassane Ouattara s'emploie à construire une nation ivoirienne sur sa propre mesure; sans lui, ou les siens c'est le chaos. Craignant d'être dévoré par le monstre qu'il a lui-même suscité, il s'est empressé de faire de brèves apparitions à notre ambassade en France et le dimanche 2 mars 2014, lors de son arrivée à Abidjan, dans un style qui lui est propre: faire croire aux Ivoiriens que tout ce qui brille est de l'or. Alassane confirme l'intervention chirurgicale publiée par la presse proche de l'opposition ivoirienne mais affirme, en effet, malgré la présence de la canne sur laquelle il s'appuie, qu'il n'éprouve aucune douleur. Nous savons que l'un des principaux objectifs que s'est assignée la médecine moderne est sa victoire sur la douleur. Elle est cependant obligée d'admettre qu'elle ne peut vaincre la mort: la véritable taraudés par la maladie d'Alassane Ouattara. A travers sa plaisanterie de mauvais goût au sujet des bourses des étudiants ivoiriens payés grâce à son séjour (à sa maladie) en France, Alassane Ouattara a démontré, à la face du monde, que sa personne (son égo) est au centre de toutes ses actions politiques, au mépris de la loi, des Institutions chargées de répondre aux préoccupations des citoyens (des étudiants) dans un État de droit. Si sa maladie fut pour ces étudiants une aubaine, qu'aurait été sa mort? Simplement un désarroi! C'est justement pour éviter aux Ivoiriens un futur apocalyptique qu'il est d'abord impérieux de publier le bulletin de santé d'Alassane Ouattara, et de tirer sur- tout des leçons de son intervention chirurgicale précipitée qui démontre qu'il n'est plus le maître du jeu, étant incapable d'avoir une maîtrise de son calendrier politique, conséquence logique du mal qui le ronge. Sa candidature à la tête du RHDP aux présidentielles de 2015 est désormais conditionnée par la maladie, qui peut le terrasser d'un moment à l'autre. Alassane Ouattara a donc décidé d'accélérer le travail. Pourquoi cette course contre la montre? Pour qui court en réalité le leader du RDR? Lorsque nous analysons les actes posés par Alassane Ouattara, nous nous rendons compte qu'il ne court ni pour les Ivoiriens, ni pour ses propres partisans qu'il est prêt à sacrifier pour contenter ses riches amis de l'Occident, et la France. Au sujet de ses partisans, il est légitime de se demander pourquoi ce chef d'État africain, ami des grandes puissances, capable de s'opposer aux requêtes de la CPI, de menacer des experts de l'ONU, de faire emprisonner le président Laurent Gbagbo à la Haye, fut-il «incapable» d'empêcher ses proches collaborateurs (le PAN Soro Guillaume et ses chefs militaires) d'être menacés par la CPI? Il est en effet inutile de spéculer sur le véritable rôle de la CPI: c'est le goulag des grandes puissances où sont isolés tous les hommes politiques issus de pays satellites qui ne défendent pas leurs intérêts. Pour que la Haye paraisse crédible aux yeux du monde, on y enferme de véritables criminels de guerre, lorsque ces derniers décident de combattre pour l'unité nationale ou contre leurs intérêts. Ianoukovitch, le président de l'Ukraine, devant lequel la Procureure de la CPI semble avoir perdu sa verve, confirme nos propos. Défendu par la Russie, Ianoukovitch n'est plus un criminel de guerre mais un honnête citoyen qui n'a fait que son devoir. Inutile donc de tergiverser sur le dossier du président Laurent Gbagbo. Le président ivoirien proclamé par la Cour Constitutionnelle de son pays est enfermé à la Haye à la demande de la France, la puissance colonisatrice des pays afri- cains, avec la complicité d'Alassane Ouattara. Soro et ses chefs de guerre sont dans le collimateur de la CPI certainement à la demande d'Alassane Ouattara et de la France. Il nous suffit, pour le comprendre, de parcourir brièvement les événements qui ont succédé à la rébellion de 2002. Dans le nouvel observateur du 30/07/2007, nous pouvons lire ces propos de Soro Guillaume tenus à Bouaké, dans le cadre de la réconciliation entre les Ivoiriens: «En mettant le feu à ces armes qui étaient les graines de la destruction, nous marquons la fin de la guerre». Puis se tournant vers son ancien ennemi, il adressa au président Laurent Gbagbo cette phrase: «Votre venue à Bouaké signifie que la Côte est réunifiée.» «Peuple de Côte d'Ivoire la guerre est finie» a de son côté déclaré le président ivoirien. Tous les rebelles ne partagèrent pas cependant l'idée de cette réconciliation. L'avion de Soro Guillaume fut attaqué par des inconnus lors de son atterrissage. Plus tard Soro Guillaume et ses chefs de guerre seront poursuivis par la CPI parce que la réconciliation entre les ex-rebelles et le président Gbagbo était préjudiciable aux intérêts de la France. Recherchés théoriquement par la CPI, des officiers comme Wattao ne pouvaient plus se retirer, comme souhaité, de l'armée, pour entreprendre leurs activités commerciales. Soro Guillaume se doit, de gré ou de force, d'être fidèle à Alassane Ouattara, de peur d'être aussi déporté à la Haye. Ces fils du Nord qui ont pris des armes, croyant défendre une cause juste sont désormais des otages de la France et d'Alassane Ouattara à qui ils «doivent leur salut». Ils sont devenus les boucs émissaires de crimes commis dans notre pays par des mercenaires ano- nymes. A tous les Ivoiriens et les populations vivant en Côte d’Ivoire, qui ont payé un lourd tribut à cette crise polico-militaire, et autres, nous disons: «Condoléances, courage!». Il ne faut pas qu'aveuglés par notre douleur ou notre haine, nous ignorions l'angoisse éprouvée par notre prochain; car Dieu ne désire pas la mort du pécheur, il veut qu'il se convertisse et qu'il vive pour annoncer ses merveilles. Pécheurs, nous le sommes tous! Voilà pourquoi, il nous appartient de faire en sorte que nous ne tombions pas dans le piège de la France, qui a choisi de livrer ces ex-rebelles à la vindicte populaire, s'ils décident d'exprimer leur désaccord, quant aux actions politiques d'Alassane Ouattara, contraires à leurs principaux objectifs. Les partisans d'Alassane Ouattara incapables d'avoir une lecture objective des faits politiques en Côte d'Ivoire pourraient-ils apporter une réponse satis- faisante à la question suivante? «Pourquoi le leader du RDR refuse- t-il d'accorder une amnistie générale à tous les protagonistes de la guerre ivoirienne pour éviter, avant tout, que ses proches collaborateurs (le PAN et ses chefs de guerre) soient poursuivis par la CPI?» Alassane Ouattara sait en effet qu'une amnistie générale sera accompagnée d'une défection de milliers de soldats au sein de l’armée. Wattao sera certainement l'un des premiers officiers à se dédier aux activités commerciales qui le passionnent. Beaucoup d'officiers ivoiriens ont choisi certainement de défendre publiquement la cause d'Alasssane Ouattara par crainte de la CPI; le puissant instrument d'oppression de la France en Afrique. Quant à l'opposition ivoirienne, Alassane Ouattara n'en a cure. Elle peut s'égosiller, aucune grande puissance ne viendra réellement à son aide, car les nations africaines colonisées par la France sont ses pays satellites. L'invasion de la Crimée par les troupes russes est en fait le message adressé par Poutine à l'Occident: «Le monde est déjà partagé entre les grandes puissances, que l'Occident cesse de jouer sa comédie car leurs intérêts respectifs prévalent sur les valeurs démocratiques». Que doit faire dans un tel contexte la Côte d'Ivoire? Elle doit s'inspirer simplement des pays qui se sont battus pour leur liberté. Si nous ne luttons pas, unis pour notre dignité, nous périrons ensemble. La Chine, le Brésil, autrefois pays sous-développés, doivent leur croissance à l'unité nationale. Tant que l'Ukraine, par exemple, reste un pays divisé, son avenir est incertain. Tant que les Ivoiriens sont divisés, la France ne signera pas avec notre pays des accords gagnant- gagnant. Nous avons besoin de tous les fils du pays pour bâtir une nation nouvelle. Les grandes puissances sont sorties de guerres plus atroces que les nôtres, mais elles sont aujourd'hui fortes parce que les ennemis d'hier (France et Allemagne) ont eu le courage de s'asseoir à la même table pour créer pour les générations futures, les conditions d'une paix sociable durable. Meurtri par l'oppression dont étaient victimes les gens de sa race, Martin Luther King a fait son rêve d'une Nation américaine unie. Ce rêve, nous pouvons aussi le faire et le réaliser: voir le président Laurent Gbagbo, Soro Guillaume, les officiers de l'ex rébellion et les hommes du général Dogbo Blé assis à la même table, signant avec les pays occidentaux, des accords gagnant-gagnant. Pour survivre à Alassane Ouattara et devenir véritablement un pays émergent, il faut simplement permettre aux Institutions de la République de survivre aux hommes politiques. Cela n'est possible que si nous avons une armée républicaine unie capable d'assurer la sécurité de tous les Ivoiriens et des hommes politiques au service du peuple et non de leur égo.

Une contribution d'Isaac Pierre Bangoret (Écrivain)

Source: Aujourd’hui / N°592 du Vendredi 07 Mars 2014




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