Invité Afrique de RFI/ Affi N’Guessan: «Nous sommes tous des partisans de Laurent Gbagbo»

Laurent Gbagbo va-t-il être candidat à la présidence de son parti malgré son incarcération à la Haye, aux Pays-Bas ? C’est ce qu’affirment plusieurs de ses partisans, qui ont déjà déposé un acte de candidature en son nom. L’élection du président du Front populaire ivoirien (FPI) aura lieu à la mi-décembre, lors du congrès de ce parti d’opposition. Et l’actuel président du FPI, Pascal Affi N’Guessan, est candidat à sa succession. Alors, va-t-on vers un schisme à l’intérieur du FPI ? En ligne d’Abidjan, l’ex-Premier ministre Affi N’Guessan répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

Samedi 15 Novembre 2014 - 07:55


Invité Afrique de RFI/ Affi N’Guessan: «Nous sommes tous des partisans de Laurent Gbagbo»
RFI: Vous êtes candidat à un nouveau mandat à la tête du FPI. Mais cette année, il y a une fronde à l’intérieur du parti. Est-ce que vous êtes confiant quand même ?

Pascal Affi N'Guessan : Oui, nous sommes confiants et nous comptons sur notre expérience à la tête du parti. Ça fait plusieurs années que je dirige ce parti et je peux dire que je l’ai fait dans des conditions très difficiles. Depuis septembre, octobre 2013, après ma sortie de prison, j’ai relancé le parti pour le restaurer. Nous sommes donc dans une dynamique de restauration. Cette confiance doit s’exprimer à l’issue du congrès de décembre prochain.

Il y a quelques jours, quatre cadres du parti dont Michel Gbagbo, le fils de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, ont déposé un acte de candidature au nom de Laurent Gbagbo, le célèbre prisonnier de La Haye. Qu’est-ce que vous en pensez ?

C’est une erreur de penser que le président Laurent Gbagbo peut être le meilleur acteur pour le Front populaire ivoirien à l’heure actuelle. Aujourd’hui il est en difficulté à La Haye, c’est à nous de nous organiser, de mobiliser les militants, la population ivoirienne, tous les amis du président Gbagbo à travers le monde pour obtenir sa libération.
Et par rapport au dossier judiciaire devant la CPI, ce n’est pas une solution de sagesse que de considérer le président Gbagbo comme candidat. Déjà le procureur de la CPI utilise un certain nombre d’initiatives que nous menons ici pour demander que la libération provisoire du président Laurent Gbagbo soit refusée aux motifs que certains cadres du parti mènent des activités qui ne contribuent pas à rassurer la justice internationale. Je ne crois pas que le proposer comme candidat à la présidence du FPI soit un acte qui va conforter les thèses, les arguments de la défense.

Vous voulez dire que ça peut compliquer le travail des avocats de la défense ?

Ça peut compliquer le dossier du président Gbagbo.

Il y a quatre mois, les charges retenues contre lui ont été jugées recevables. On a donc su qu’il y aurait un procès Laurent Gbagbo et qu’il serait donc absent de Côte d’Ivoire pendant plusieurs années. Du coup, est-ce que vous vous posez comme son successeur ?

Mais la question fondamentale aujourd’hui, c’est comment faire pour que d’ici le procès, nous puissions obtenir la libération du président Gbagbo. Et pour cela, nous devons prendre toute notre place sur l’échiquier politique national. Cela signifie que le FPI doit être présent également dans les compétitions électorales à venir. C’est en jouant tout ce jeu-là, que nous pouvons véritablement servir la cause du président Laurent Gbagbo.

Vous voulez prendre toute votre place. Mais du coup, les partisans de Laurent Gbagbo vous accusent de vouloir prendre sa place ?

Nous sommes tous des partisans de Laurent Gbagbo. Il faut aller dans le sens de la réconciliation nationale et inscrire la libération du président Laurent Gbagbo comme une condition essentielle de la réconciliation. 

Oui, mais derrière les quatre camarades qui ont déposé sa candidature et notamment derrière Michel Gbagbo, il y a Laurent Gbagbo lui-même. Est-ce que ça ne vous gêne pas d’être candidat contre le fondateur de votre parti, l’ancien président ivoirien ?

Je ne suis pas candidat contre le fondateur du parti. Je suis candidat pour ma propre succession à la tête du parti. Et jusqu’à ce jour, aucun message venant du président Laurent Gbagbo ne m’a amené à penser qu’il soutient cette initiative. L’acte formel qui signifierait que le président Gbagbo est candidat, ce serait la demande de candidature parce que pour être candidat à la tête du parti à l’occasion de ce congrès, il y a un ensemble de dossiers qu’il faut fournir, notamment une lettre manuscrite de candidature.
Je ne crois pas que le président Gbagbo ait écrit personnellement et délibéremment pour manifester sa candidature. Donc je considère que ce sont les militants qui souhaitent que le président Gbagbo soit candidat. Mais jusqu’à ce moment précis, je n’ai pas la confirmation que le président Gbagbo a fait formellement acte de candidature lui-même. 

Est-ce que vous avez parlé avec Laurent Gbagbo par téléphone ces derniers temps ?

La communication entre détenus de La Haye et l’opinion est réglementée. Mais par divers moyens, nous avons la possibilité d’échanger.

Justement, est-ce qu’il approuve ou désapprouve votre candidature ? 

Cette question n’a pas du tout été au centre des discussions, des échanges de ces derniers temps.

Dans un an a lieu la présidentielle. Si vous êtes élu à la présidence du FPI, est-ce que vous défendrez les couleurs de votre parti ?

Si telle est la volonté des militants du Front populaire ivoirien.

Est-ce que vous n’allez pas cautionner du coup la réélection du grand favori à ce scrutin, le président sortant Alassane Ouattara ?

Rien ne dit qu’il sera nécessairement élu. Donc rien ne dit que le président et candidat sortant part avec toutes les chances. Si non on le verrait à travers son attitude. Aujourd’hui il cherche désespérément à être le candidat unique du RHDP [Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix], ce qui signifie qu’il est conscient qu’il y a un risque qu’il soit battu, si non il ne rechercherait pas la candidature unique.

Vous êtes libre depuis un peu plus d’un an, mais vous êtes toujours inculpé . Vous allez comparaître très prochainement devant un tribunal d’Abidjan. Est-ce que cela ne va pas compliquer votre éventuelle candidature ?

Je ne me pose pas cette question parce que le procès auquel vous faites référence est un procès politique. Nous sommes aujourd’hui dans le moment de la normalisation de la relance du processus démocratique. Je ne vois pas comment le pouvoir s’amuserait à nous ramener en arrière en cherchant à mettre des leaders politiques de premier plan, à les remettre en prison ou à les exclure par des décisions judiciaires fantaisistes et politiciennes.

Le 31 octobre dernier, comment avez-vous vécu la chute du régime de Blaise Compaoré ?

Tout se paye sur cette terre. Et ce n’est pas en Côte d’Ivoire qu’il faut que monsieur Blaise Compaoré atterrisse, mais plutôt devant les tribunaux, soit au Burkina Faso ou devant la justice internationale, si telle est la volonté des Burkinabè.

Par Christophe Boisbouvier

Ci-dessous la version audio de cette interview en pièce jointe

inv_afr__14_11__civ_pascal_affi_nguessan.mp3 INV_AFR_-14_11-_CIV_Pascal_AFFI_NGUESSAN.mp3  (2.47 Mo)






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