Interview -vérités de Blaise Pascal Logbo, président du NPR: "La situation actuelle est le résultat de l'échec des Marcoussistes"

Dans une interview accordée au quotidien LG Infos, Blaise Pascal Logbo parle de l'état de son parti politique, le NPR (Nouveau Parti pour le Rassemblement), de la CPI, de la démocratie en Côte d'Ivoire, de la politique d'Alassane Ouattara, etc.. Sans aucun ménagement, le leader du NPR dit sa part de vérité sur la politique ivoirienne et l'état de la nation.

Jeudi 12 Décembre 2013 - 15:00


"Pourquoi ces vieux partis pensent-ils avoir un droit exclusif de ce retrouver entre eux pour parler de l'état de la nation et de son avenir?"

Comment va votre parti, le NPR (Nouveau Parti pour le Rassemblement) ?

Le NPR vas très bien. Il fait son chemin. Il marche vers ses objectifs. Nos camarades militants et responsables du parti sont à l’œuvre pour le parti. Et nous avons de bon résultats sur le terrain. Car les ivoiriens sont réceptifs à notre discours et nous poursuivons sur cette base l’implantation du NPR dans les villes et villages de Côte d'Ivoire. Notre parti est jeune et nous constatons sont évolution. Dans l'état actuel des choses, nous ne pouvons être que satisfaits, tout en ayant conscience de l'immensité de la tâche qu'il nous reste à accomplir. Mais nous disposons de ressources humaines et intellectuelles suffisantes pour y parvenir. C'est ce qui nous rassure de l'avenir de notre parti.


Vous avez organisé la première convention de votre parti le 9 novembre dernier.De quoi a -t-il été question?

La Convention est un Organe formel de réflexions et de décisions de notre parti. A cette convention, à laquelle ont participé toutes nos Représentations européennes, il a été question de faire l'état des lieux du parti. Nous avons passé en revue son fonctionnement et son évolution. Nous avons également discuté et élaboré de nouvelles stratégies d'actions pour faire avancer le NPR. Cette Convention a été aussi pour nous  un cadre adéquat de préparation du Congrès d'avril 2014. Nous avons  mené des réflexions dans le sens de l'organisation de notre Congrès.

Peut-on  savoir davantage sur ce Congrès?

Il s'agit du premier Congrès ordinaire du NPR, qui aura lieu du12 au 19 avril 2014 à Abidjan. Tout comme la convention, le Congrès d'avril sera un cadre plus élargi de réflexions et de décisions. Il s'agira de décider des voies et moyens qui s'offrent à nous pour la consolidation de nos acquis politiques; il s'agira aussi de nous projeter dans le futur en ayant à l'esprit l'évolution dynamique du parti. Nous travaillerons aux stratégies d'implantation du NPR sur toute l'étendue du territoire ivoirien. L'un des points important de ce Congrès sera l''adoption de notre projet de société intitulé: "La Côte d'Ivoire que nous voulons". Car nous nous avons une vision pour notre pays, et nous voulons la partager avec nos concitoyens. Sans doute, cette sur cette base, qu'ils seront davantage convaincus de nous rejoindre, pour qu'ensemble nous menions le combat pour le bien-être socio-économique des ivoiriens, pour la justice, la démocratie et la paix. Nous avons donc de quoi à proposer aux ivoiriens, afin qu'ils face un choix clair entre les politiques rétrogrades sclérosées, qui ont montré leur limite,  et  une politique réaliste, porteuse d'espérance. Nous sommes pour la rupture et pour le changement. Nous parlons du véritablement et non d'un maquillage de l'ancien pour donner une fausse impression du neuf. A ce Congrès, le NPR décidera également si oui ou non il ira à la présidentielle de 2015 et à quelles conditions. Le Congrès d'avril 2014 sera donc l'occasion pour le parti de choisir son candidat pour la présidentielle de 2015, au cas où le principe de sa participation est adopté. Voilà donc grosso modo, les différents sujets qui meubleront notre Congrès.

Votre parti est basé en Europe et vous l'animez  depuis la France où vous résidez. Pourquoi n'entrez vous pas en Côte d'Ivoire pour faire la politique?

Le NPR n'est pas basé en Europe, contrairement à ce que vous pensez. Il est vrai que, par la force des circonstances, quelques uns de ses principaux leaders sont en Europe et y agissent efficacement pour l'avancement du parti. Le NPR n'est pas basé en Europe, c'est pourquoi nous y avons, tout quelques partis politiques ivoiriens, des représentations. Et en l’occurrence, on ne parle logique de représentation que quand la présence ou la base  nationale du parti veut porter sa voix à l'extérieur, conquérir ou entretenir des militants au sein de la diaspora. Dans la réalité, vous devez le savoir, le NPR est basé en Côte d'Ivoire où réside son siège national. Nos camarades sur place y travaillent aussi efficacement pour l'implantation du parti. Il n'y a pas que les partis traditionnels appelés les grands partis qui occupent le terrain. Nous sommes sur le terrain. Nous y travaillons et l'occupons par petits morceaux, dans une dynamique de progrès. Nous allons à la rencontre des ivoiriens et plusieurs de nos compatriotes nous découvrent. En sus, même s'il n'est pas interdit ou malséant de faire la politique de son pays depuis l'étranger, il est clair pour nous que nous ne comptons pas nous éterniser en Europe. Nous ne sommes pas des réfugies politiques, et le moment venu, nous rejoindrons nos camarades restés au pays pour continuer le travail politique avec sur le terrain. Pour nous cela est une évidence et relève de la logique politique.



Votre parti est depuis sa création aussi engagé dans le combat pour la démocratie, la justice et les libertés. C'est en ce sens que vous êtes de ceux qui mènent le combat pour la libération du président Gbagbo. Après  plusieurs rejets de sa demande liberté provisoire, pensez vous qu'il y  a encore espoir qu'il soit libéré?


Pour nous il n'y a pas lieu de désespérer, tant que les charges contre le président Gbagbo ne sont pas confirmées par les juges de la CPI. Même si les charges venaient à être confirmées, ce que nous ne pensons pas d'ailleurs, il  faudra encore attendre que les juges en charge du procès donne leur verdict. Il est vrai que Gbagbo est victime d'un complot international qui l'a conduit dans un procès politique à la CPI, mais il ne faut pas pour autant désespérer. Les juges de la Chambres préliminaire I nous ont donné des raisons d' espérer, depuis leur décision du 3 juin dernier. Des preuves suffisantes à charge contre le président Gbagbo manquent au dossier, parce qu'elles n'existent pas. Nous attendons donc de voir le tour de magie que fera la Procureure pour brandir de telles preuves face à des juges lucides et à une Défense efficace.

 Dans le camp de l'actuel régime, d'aucuns disent que la réconciliation en Côte d'Ivoire peut se faire sans Laurent Gbagbo. Qu'en pensez-vous?

Veulent-ils fondamentalement  la réconciliation? Qu'entendent-ils par réconciliation ? Leurs discours démontrent bien qu'ils ne veulent pas réellement de la réconciliation. Qu'est-ce qui est à la base de la discorde dans notre pays? Ignorer ou feindre de l'ignorer, ce n'est pas agir dans le sens de la réconciliation.  Une injustice a été causée à une partie des ivoiriens. Leur leaders, leur candidat a remporté la présidentielle du 28 novembre 2013. Il a été renversé le 11 avril 2013 par un coup d'Etat militaire consécutif à une guerre dans laquelle l'ONU et la France ont été impliqués. Gbagbo a été emprisonné à Korhogo puis déporté à La Haye pour y être jugé. Ses partisans et sympathisants sont sur le choc de cette situation injuste. Cette situation a accentué la division des ivoiriens, qui existait déjà par la faute des promoteurs des discours  tribalistes et des acteurs de la rébellion de 2002. La libération de Gbagbo est indispensable pour la réconciliation nationale. Mieux, je considère quelle est la condition sine qua non de la réconciliation nationale. La libération de Gbagbo pourra soulager et apporter la joie chez un grand nombre d'ivoirien frustrés par son éviction du pouvoir et son incarcération. Et Gbagbo libéré pourra porter haut le discours de la réconciliation. Il sera écouté et suivi dans cette voie. C'est pourquoi nous disons que "libérer Gbagbo c'est réconcilier les ivoiriens".  Gbagbo a déjà montré qu'il est un promoteur de la réconciliation entre les ivoiriens. Tous les accords politiques qu'il a signés suite à la rébellion du 19 septembre 2002 sont la preuve qu'il étaient à l’œuvre pour la paix et la réconciliation des ivoiriens. Ne l'oublions pas, en 2001 il a organisé le Forum national pour la réconciliation. Malheureusement, sa vision n'a pas été suivie par les auteurs et les responsables de la rébellion du 19 septembre 2002, qui avaient aussi participé à ce forum, mais pour y exposer leur hypocrisie, comme l'ont démontrée les évènements qui ont suivi. Aujourd'hui encore, ils continuent d'exposer leur hypocrisie. Car la réalité est que depuis deux ans qu'ils parlent de réconciliation, ils n'agissent pas concrètement pour la rendre perceptible dans la réalité. Ils croient l'obtenir à force de discours incantatoires, sans chercher à réparer dans la mesure du possible toutes les injustices et les frustrations commises.


Après la libération du président du FPI, Pascal Affi, il mène librement, mais relativement, ses activités politiques pour le compte de son parti. Au regard de ce fait, peut-on dire que la démocratie est en marche en Côte d'Ivoire ?


Vous évoquez un fait qui ne saurait en lui seul être l'expression de la démocratie, telle que nous la concevons. La démocratie est une totalité qui ne saurait se réduire à l'un de ses éléments; elle est un processus qui ne saurait se réduire à l'une de ses étapes. Il est vrai que le président du FPI, sorti de prison, mène librement ses activités politiques pour le compte de son parti. Mais faut-il en déduire que le pays est devenu démocratique? Je répond par la négative. Récemment les vieux démons anti-démocratiques ont repris leurs tristes agitations. Ils ont tenter d'empêcher violemment le meeting du président du FPI à Oumé. Nous condamnons de tels agissements rétrograde. Nous pensons que ce genres d'entraves à la démocratique doivent être inscrites comme des crimes dans notre code pénal, afin que les contrevenants soit sanctionnés par de lourdes peines de prison. Car ce genres d'entraves sont des atteintes à la bonne marche de la République et à la consolidation de la paix sociale. Mais très souvent le pouvoir régnant se fait complice directement ou indirectement de tels agissements et les coupables jouissent inéluctablement d'une impunité, au détriment de l'avenir démocratique de notre pays. Je voudrais aussi souligner un autre aspect de la situation anti-démocratique qui prévaut dans notre pays. Il s'agit de l'existence de prisonniers politiques. Il n'y a pas de démocratie là où il existe des prisonniers politiques. Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé, Plusieurs proches du président Gbagbo et des centaines d'anonymes sont encore en détentions pour leur opinions , leurs choix et actions politiques. Le NPR demande leur libération. Ils doivent être libérés dans l'intérêt de la démocratie, de la justice et de la paix sociale. A ce fait s'ajoute le cas des exilés politiques. Le pouvoir actuel doit donner de solides garantis pour assurer leur retour sans qu'ils soient inquités. Il ne faut pas frapper d'ostracisme des dignes fils et filles de la Côte d'ivoire et faire la propagande d'une démocratie, qui dans les faits est un non sens. Parlant de démocratie, il y a lieu aussi de s'interroger sur la situation des droits de l'homme dans le pays. Les FRCI et les Dozos ont-ils cessé d'opprimer le peuple ivoirien? Le droit du fort a t-il pris fin? La réalité est là et ne saurait être occultée.Récemment, L'ONU a évoqué dans un rapport les crimes commis par les Dozos en Côte d'Ivoire sur  228 personnes. Et ces crimes, continuent de jouir d'une impunité déconcertante. Nous sommes donc dans un état de non droit dans lequel règne l'impunité. Dans un pays dozoïfié, il est claire que nous assistons à la messe de requiem des droits de l'homme. La démocratie c'est aussi le système électoral. Dans quel système électoral sommes en ce moment en Côte d'Ivoire? On n'a suspendu le code électoral de 2000 pour faire plaisir à la rébellion et ses alliés politiques.  Est resté en l'état la recomposition de la CEI (Commission électorale indépendante) suite aux accords de Pretoria, au profit du RHDP et de sa branche armée. Dans le font la CEI dans sa constitution et sa composition actuelles est très loin d'être indépendante. Elle est politiquement composée et donc inéluctablement partisane. Cette CEI ne saurait dans sa composition actuelle garantir des élections démocratiques pour 2015. La démocratie est un combat de tous les jours. Et sous Ouattara ce combat apparait titanesque. C'est pourquoi, nous appelons à l'union de toutes les forces de gauche pour mener ce combat, mais sur la base d'accord préalable, fixant des objectifs et une stratégie clairs.


Il vous arrive par moments d'attaquer ceux que vous appelez les  "vieux partis", notamment les partis signataires de l'Accord de Linas Marcoussis et ayant participé aux différents gouvernements sous Gbagbo. Pourquoi toutes ces attaques?

Ces vieux partis partis et la rébellion  armées du 19 septembre 2002  sont signataires de l'accord de Marcoussis. et de tous les autres accords qui en ont découlé. Hélas! Aucun de ces accords n'a pu apporter la paix aux ivoiriens, parce que ces accords sur papier masquaient difficilement le désaccord qui régnait dans les cœurs et les esprits, et qui a fini par prendre le dessus. Alors ce désaccord profond à causé la situation que nous vivons depuis le 28 novembre 2010, date du second tour de la présidentielle. Nous considérons la situation actuelle comme le résultat de l'échec des Marcoussistes, qui se sont retrouvés dans un gouvernement de réconciliation nationale pendant plus de 8 ans. Malgré cet échec de leur part, c'est toujours eux qui se retrouvent pour discuter des problèmes de la Côte d'Ivoire et parler de son avenir. Alors face à cela, nous disons que ceux qui n'ont pu s'entendre hier pour accorder la paix aux ivoiriens, ne doivent pas se retrouver seuls pour discuter des problèmes de notre pays. Ayant montré leur échec à s'accorder pour garantir la paix durable aux ivoiriens, nous pensons que les marcousistes doivent aujourd'hui élargir la table de discussion. Il faut inviter toutes les forces vives de la Nation, y compris les jeunes partis comme le notre, à la table de discussion. C'est à cette condition que les problèmes de la Côte d'Ivoire peuvent avoir un début de solution. Pourquoi ces vieux partis pensent-ils avoir un droit exclusif de ce retrouver entre eux pour parler de l'état de la nation et de son avenir? Nous disons vivement non à cette exclusion et nous ne serons jamais prêts à l'accepter. Les vieux partis veulent nous ignorer, nous négliger ou nous écraser à travers leurs agissements. Mais nous restons et resterons débout en face d'eux pour leur faire comprendre qu'ils n'ont pas intérêt à se comporter de la sorte. En tout cas, en de ce fait, il y a aussi le fait que sur le champ de bataille idéologique et démocratique, nous ne voulons pas nous laisser faire. Nous porterons la flamme de la vérité là où il faut, afin qu'à sa lumière les ivoiriens choisissent librement l'avenir qu'il veulent pour leur pays.

Récemment un rapport des experts de l'ONU sur le Liberia a porter le doigt accusateur sur le régime d'Alassane Ouattara, révélant qu'il a mené des entreprises d'enlèvement et d'assassinats des opposants pro-Gbagbo en exil. Ce même rapport a révélé d'importantes sommes d'argent déboursées par le régime pour soudoyer des mercenaires libériens, afin d'instaurer la sécurité à la frontière avec Liberia. Quel commentaire vous inspire cette situation?


Cette situation est gravissime. Que Ouattara ne nous dise pas que son avènement au pouvoir équivaut à un permis de tuer. Les révélations contenues dans le dernier rapport des experts de l'ONU montrent bien que le régime qu'elle a installé en Côte d'Ivoire à coup de bombes, en  soutenant l'armée Française, n'est pas un régime démocratique. Et il faut qu'à ce niveau l'ONU en tire toutes les conséquences, en toute logique, sans se limiter à une simple dénonciation. Pourquoi ce régime a t-il autant peur? De quoi a t-il peur face à des exilés, désarmés, et menant une lutte quotidienne  de survie? Le sang des ivoiriens n'a t-il pas déjà assez coulé? Le Ouattarisme, est-ce du vampirisme politique? Nous pensons que  ce pouvoir doit faire preuve de sérénité. Dans son programme de gouvernement, annoncé aux ivoiriens, nul part, il n'a été question d'enlèvements et d'assassinats d'opposants. Alors nous sommes indignés de découvrir un tel funeste et lugubre programme politique caché. En inquiétant les exilés, est-ce les encourager à rentrer au pays, est-ce agir dans le sens de la réconciliation? Il y a un minimum de logique, de moralité, de bon sens et de sincérité qui doit guider les actions d'un chef d'Etat.
Le soudoiement des mercenaires libériens est une honte pour ce régime. Ainsi, nous apprenons que l'argent des ivoiriens, qui ne circule pas, parce qu'il travaille, travaille à soudoyer des mercenaires. A quoi sert le budget alloué à la défense nationale? A quoi sert l'armée du régime, s'il faut soudoyer des mercenaires à coût de milliards. Ouattara a-t-il une armée?Que vaut réellement cette armée? Si Alassane Ouattara  trouve son armée incapable de protéger la frontière Ouest du pays, qu'il en tire les conséquences, sans emprunter la voie honteuse et douteuse qui consiste à soudoyer des mercenaires, pendant que des millions d'ivoiriens croupissent sous le poids de la faim, du chômage, de la précarité sociale, et désespèrent du lendemain. Les ivoiriens ont surtout besoin d'une paix intérieure, leurs âmes ne doivent pas être troublées par la faim et tous  les autres problèmes quotidiens qui les assaillent.


In LG Infos du jeudi 12 décembre 2013




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