Interview( ème partie) / Toussaint Alain: «Je suis écœuré »

Dans cette 2e partie de l’entretien, Toussaint Alain se prononce sur la crise qui secoue le FPI. Il revient aussi sur les visites qu’il a rendues à Laurent Gbagbo, à La Haye.

Vendredi 12 Mai 2017 - 01:16


Alain TOussaint
Alain TOussaint

C’est un secret de polichinelle ! Ce parti est déchiré par deux tendances farouchement opposées. Avec d’un côté Affi N’Guessan et de l’autre Abou Drahamane Sangaré, même si, Affi N’Guessan reste le président statutaire ! Quel est votre sentiment ?


Je suis réellement écœuré par le spectacle donné par les compagnons de route du président Gbagbo. Le conflit s’éternise. Depuis juillet 2014, deux blocs se sont formés au FPI. Les protagonistes s’affrontent avec une rare violence sur la place publique et les réseaux sociaux. Donnant le sentiment d’être irréconciliables. C’est politiquement et moralement insoutenable. Pourtant, il n’y a pas d’alternative à l’unité si les concernés veulent encore sauver leur parti et rejouer les grands rôles dans la vie politique nationale. Je pense que dans les périodes de grandes tensions, il faut toujours essayer d'avoir le maximum de hauteur possible, de recul, et ne surtout pas céder aux pressions des plus radicaux. J’invite les deux tendances à faire un pas l’une vers l’autre afin de trouver le bon chemin. Un compromis me semble urgent pour régler tous les désaccords à l’origine de cette querelle d’appareil. Car, cette guéguerre rend inaudible le FPI face à l’action du gouvernement actuel. Il y aurait pourtant beaucoup à dire en la matière.


Quelles relations entretenez-vous avec Affi N’Guessan et Abou Drahamane Sangaré, les têtes de fil de ces deux tendances ?


J'ai toujours affirmé ma neutralité dans ce conflit. Je ne vais pas déroger pas à cette règle. C’est une affaire qui concerne avant tout les adhérents du FPI, dont je ne fais pas partie. Mais en tant qu’acteur politique extérieur, j’observe les développements de ces graves divisions internes avec intérêt. Pascal Affi N’Guessan, ancien Premier ministre, et Abou Drahamane Sangaré, ancien ministre des Affaires étrangères, ont été deux grands serviteurs de l’Etat sous la présidence de Laurent Gbagbo. Ces deux responsables ont fortement contribué à repositionner à l’international la Côte d’Ivoire à la fin de la transition militaire. J’ai eu à mener des missions avec le gouvernement de l’époque. Un peu plus tard, avec Affi N’Guessan, nous avons travaillé, dès janvier 2010, à l’élaboration du programme présidentiel du candidat Gbagbo. En 2011, au plus fort de la crise, j’ai parfois été en contact téléphonique avec Sangaré, alors en compagnie du couple Gbagbo à la Résidence présidentielle, afin de mieux cerner l’orientation politique du moment. Cela a duré jusqu’aux dernières heures du régime. Je fais ces petits rappels pour souligner que je n’ai aucun contentieux personnel avec ces deux ténors politiques. La raison et le souci de l’intérêt général doivent prévaloir afin de normaliser rapidement l’atmosphère dans cette famille politique. La bataille des clans au sein du FPI affaiblit l’opposition.


Vous avez été un proche collaborateur de l’ancien président Gbagbo, lorsqu’il était au pouvoir. Vous avez été son conseiller en communication et son porte-parole. Depuis la fin de la crise post-électorale jusqu’à aujourd’hui, quel a été l’état de vos relations ?


Quand on a collaboré avec un homme d’Etat comme le président Gbagbo, il est difficile de poursuivre son chemin en demeurant le même. Je lui dois d’être entré en politique en 2001 en rejoignant son cabinet. J’ai été très fier de travailler pour la première fois aux côtés d’une personnalité politique de mon pays. Son parcours et sa vision m’ont toujours inspiré. Je crois bien avoir saisi le sens de son combat. J’ai pensé à lui lorsque j’ai entamé ma rencontre avec le président de l’Assemblée nationale. En dialoguant avec Guillaume Soro, je fais écho à la ligne de Laurent Gbagbo, un homme clairvoyant, tolérant et pas sectaire. Sa situation actuelle me peine profondément. Ce fut un crève-cœur de l’apercevoir le 5 décembre 2011 lors de son audience de comparution initiale devant la Cour pénale internationale (CPI). Je faisais partie des quelques privilégiés admis dans la salle. Lors de mes quatre visites à la Cour pénale internationale (CPI), il a toujours manifesté à mon égard une attitude bienveillante et respectueuse. Je le lui rends bien également. Je ne l’ai pas revu depuis mai 2016, date à laquelle remonte mon dernier passage à La Haye (Pays-Bas).

Beaucoup de personnes sont allées au Centre de détention de la CPI à La Haye (Pays-Bas), pour rendre visite à Laurent Gbagbo. Vous y êtes allés, « quatre fois » (vous le dites, vous-même). Quel est son état d’esprit ? Avez-vous parlé de la réconciliation entre Ivoiriens ?


Je peux juste m’autoriser à vous dire qu’il reste combatif. Tout comme Charles Blé Goudé. Je n’ai pas l’habitude de me répandre sur mes visites aux détenus de la CPI. Sachez simplement que le président Gbagbo est le père du dialogue direct avec l’ex-rébellion. Un vrai chantre de la négociation politique. Pour la paix, il a accepté des compromis, parfois rejetés par ses partisans. Il est sincèrement épris de paix. De sa prison, je sais aussi sa peine de voir des Ivoiriens emprisonnés parce qu’ils ont adhéré à son projet politique ou géré les affaires publiques sous son administration. De même, je peux aisément deviner que du plus profond de son cœur il désire la réconciliation des enfants de la Côte d’Ivoire.


Pensez-vous que Laurent Gbagbo constitue véritablement une des pièces maitresses dans le processus de réconciliation nationale en terre ivoirienne ?


La libération du président Gbagbo peut grandement contribuer à apaiser le climat politico-social en Côte d’Ivoire. Celle de tous les autres prisonniers de la crise post-électorale aussi. Au nom de la paix, des défis de la nouvelle Côte d'Ivoire et des générations futures, aucun sacrifice ne saurait être trop grand : ces libérations scelleraient définitivement le retour de la paix dans notre beau pays.

Réalisée par
Marcel APPENA via internet.

Marcel.appena@fratmat.info

Source:
https://www.fratmat.info/index.php/nos-unes/tousaint-alain-je-suis-ecoeure
 

 





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