Interview/ Martine Kéi Vao, présidente de l'ARDEF: "Alassane Ouattara, Paul Lazare Koffi Koffi, Soumaïla Bakayoko et Soro Guillaume sont tous responsables des crimes d'Amadé Ouréimi"

Suite à l'arrestation de Amadé Ouréimi, Martine Kéi Vao, présidente de l'ARDEF, (Association des Ressortissants de Douékoué en France ), répond aux questions de civox.net. Son Association a engagé une procédure judiciaire auprès de la Cour Pénale Internationale pour que justice soit rendue aux victimes de l'Ouest depuis le 19 septembre 2002. Elle donne ses impressions sur cette arrestation. Selon elle, Amadé Ouréimi n'est qu'un bouc émissaire pour protéger les autres responsables des crimes commis contre le peuple Wê.

Mercredi 22 Mai 2013 - 13:07


Interview/ Martine Kéi Vao, présidente de l'ARDEF: "Alassane Ouattara, Paul Lazare Koffi Koffi, Soumaïla Bakayoko et Soro Guillaume sont tous responsables des crimes d'Amadé Ouréimi"
Civox: Madame Martine Kéi Vao, vous êtes la présidente de l'ARDEF , depuis le wee-end dernier, le gouvernement ivoirien a annoncé l'arrêstation du milicien Amadé Oureimi, que vous inspire cette nouvelle?

Martine Kéi Vao
: Tout d’abord, je vous remercie de me donner la parole encore une fois afin de m’exprimer sur la tragédie que vit le peuple Wê depuis des décennies. Reçu par la rédaction du journal pro-gouvernemental Fraternité Matin il y a quelques mois, en vu d’évoquer la situation sécuritaire du pays, le général Soumaila Bakayoko des Frci avait affirmé parlant d’Amade Ourémi, l’un des chefs Frci de l’ouest de la Côte d’Ivoire en disant ceci : ‘’ Pour parler d’un milicien qui serait dans la forêt du mont péko, c’est le lieu de rappeler que hormis les militaires et agents de sécurité (police, gendarmerie), personne n’a le droit de porter une arme, encore moins d’en faire usage. Nous l’avons dit encore une fois, lors de notre passage, récemment, a Duékoué. C’est pourquoi nous avons rencontré les chasseurs traditionnels communément appelés dozo, pour leur dire que cette règle s’applique à eux également. Avec l’arrivée des forces, il n’est pas question que chacun se fasse justice. Il en sera de même pour tous les miliciens. Nous irons ratisser toute la région de Duékoué. Une opération ‘’le mont péko’’ sera lancée et nous rencontrerons le milicien dont vous parlez. Il faut qu’on arrête ces pratiques.’’ Pour ma part, je pense que c’est la suite logique des évènements.



Civox: Pensez vous que Amadé Ouréimi peut-être utilisé par le régime Ouattara comme un bouc-émissaire, afin de protéger ses chefs de guerre, et pour contenter les ONG de défenses des droits de l'hommequi critiquent les graves violations des droits de l'homme en Côte d'Ivoire?

M.K.V: L’appareil sécuritaire hétérogène du gouvernement Ouattara est composé d’un premier noyau formé du Gspr sous la supervision du colonel Vagondo Diomandé, c’est l’unité la plus professionnalisée, la plupart de ses éléments ayant subi une formation complémentaire à Adiaké.
Le reste des unités n’a de bataillon que de nom, elles ont été vidées pour la plupart de leur substance militaire. Elles sont en fait les gardes prétoriennes des chefs de guerre de Soro depuis 2002, les noms fantaisistes de « Fansara 101 », « Atchengue », « anaconda » et autres ont été substitués par les noms d’unités régulières comme la compagnie territoriale de Korhogo (CTK) et la garde républicaine. Les âmes comme celles de la marine nationale ou de la gendarmerie sont dirigées par des officiers supérieurs réguliers proches de Ouattara.
Les dozo venus de Sikasso, Boundiali, Tingréla, Sindou et Banfora constituent avec les unités des burkinabè de Lansana Kouanda, Issiaka Tiendrébéogo et surtout Amadé Ouréimi, sont les derniers maillons de la chaîne des troupes de Dramane Ouattara. Il n’y a donc aucun milicien dans les Frci ou alors pour être plus précis tous les Frci sont des miliciens. La plupart des « soldats » composant les Frci étant analphabètes et ou étrangers, ceci ne les empêche cependant pas d’arborer Uniformes et Bérets prestigieux de l’Armée Ivoirienne.
En ce qui concerne les exigences de la CPI, la vérité est que les récents évènements du camp de refugiés de Nahibly de Duékoué ont choqué la conscience collective et celle de la communauté internationale de sorte que partout où Ouattara est passé lors de ses nombreux voyages à l’étranger, les dirigeants de ces pays ont exigé des sanctions exemplaires contre les auteurs. Les Ong internationales de défense des droits de l’homme sont aux aguets et attendent que l’Etat prenne des mesures disciplinaires à l’ endroit de ses soldats.
A défaut de sanctionner les haut gradés de son armée, le coupable idéal a été facilement trouvé : Amade Ourémi, le ‘’milicien’’ du mont Péko. En effet, les tentatives de faire passer Amadé Ourémi l’étranger et analphabète pour le principal exécutant ou pour le commanditaire des différents massacres à l’ouest qui occupe illégalement le Mont Péko ne doivent abuser personne. Amadé Ourémi qu’une certaine presse tente de faire passer pour un milicien, n’en est pas un car il répond aux critères pour être un Frci digne de ce nom, « il est analphabète, étranger et n’a aucune compétence requise pour le métier des armes ». Il répond logiquement aux ordres de son supérieur hiérarchique qui est le commandant Fofana Losseni. Ce dernier est donc le premier responsable de tous les massacres commis sous la férule d’Ourémi et des autres chefs de guerre burkinabè qui infectent l’ouest ivoirien. La responsabilité est donc celle du commandant Losseni Fofana et de l’autorité qui l’a nommé, en l’occurrence le chef de l’Etat Alassane Dramane Ouattara qui, au passage signalons-le, est aussi Ministre de la Défense de la Côte d’Ivoire, de Paul Lazare Koffi Koffi, Ministre délégué à la Défense, du chef d’état major des armées, Soumaïla Bakayoko et sans oublier bien sur le tristement célèbre chef rebelle, Guillaume Soro Kigbafori qui a installé ses troupes un peu partout sur le territoire national.

Civox: Cette arrestation d'Amadé  Annonce t-elle la fin de la tragédie du peuple Wê?

M.K.V: Le sieur Ouréimi est arrivé dans la région depuis 1986.  De son vrai nom Ouédraogo Rémi venu de son Burkina-faso plus précisément du plateau mossi. Arrivé dans la région de Duékoué, il dépose ses pénates dans le village de Bagohouo. Au début de la crise de 2002, il se convertit progressivement en planteur. Profitant du laxisme des autorités d’alors, il investit progressivement la forêt classée du mont Péko avec une couaque de Burkinabès armés jusqu’aux dents. Si la parodie d’arrestation d’Amadè est une bonne chose, force est d’insister sur le désarmement des trente mille (30 000) hommes qu’il revendiquait sous son commandement car ce sont ces bandits de grand chemin, enrôlés par les chefs de Guerre de Ouattara qui ne font que massacrer, piller, incendier, exproprier et violer nos parents depuis des décennies.

Civox: Pensez-vous que justice sera rendu à toutes les victimes d'Amadé Ouréimi?

M.K.V:Au cours d’un point de presse, Bert Koeenders le patron de l’Onuci avait fait savoir que le Conseil de Sécurité prie instamment le gouvernement ivoirien de veiller à ce que quelques soient leur Statut ou leur Appartenance politique, tous les auteurs de violations graves des droits de l’Homme ou d’atteintes au droit humanitaire, en particulier celles commises pendant la crise postélectorale soient traduits en justice comme le lui imposent ses obligations internationales. Bert Koeeders a beau crié, le pouvoir Ouattara et ses sbires restent sourds comme pour dire que les exactions dont nous sommes victimes sont de simples faits divers.
En effet, les massacres perpétrés par les hommes qui se réclament de Ouattara et Soro contre les Wê depuis Septembre 2002 ont été officiellement dénoncés par les organisations humanitaires et relayés par les médias internationaux lors des événements post-électoraux. Ces rapports ont fait état de milliers de morts pour Duékoué-Carrefour le 30 mars 2011 par les soldats de Ouattara (Frci) et ses milices composées de chasseurs traditionnels Dozos, venus du Nord qui font actuellement la pluie et le beau temps en Côte d'Ivoire (l’Ouest du pays). A ceux-la, s'ajoutent les allogènes Burkinabé en majorité, Guinéens, Maliens, dont le porte-parole est Amandé Ouréimi qui règne en maître incontesté et incontestable dans la forêt du mont Péko (Duékoué) occupant illégalement nos terres.
A Diéhiba par exemple, sur ordre du Préfet de Duékoué, des Dozos sont stationnés dans le village pour soi-disant des raisons de sécurité et se sont appropriés des terres pour des cultures vivrières et pratiquent le racket sur les populations.
Même l’enquête gouvernementale concernant les massacres de Nahibly et l’autopsie des corps retrouvés dans des puits peu après n’ont toujours pas été rendues public. Pourtant, lorsqu’il s’agit de victimes « Malinké » le pouvoir prend automatiquement des mesures qui s’imposent. Depuis 2 ans Ouattara nargue les ivoiriens en nous imposant la justice des vainqueurs. A quand donc la réconciliation si nos bourreaux vaquent à leurs occupations et nous autres victimes sommes laissés pour compte ?
Si le souci de la Cour Pénale Internationale, tel que l’avait exposé Madame Bensouda lors de l’audience de confirmation ou d'infirmation des charges contre le Président GBAGBO, est la recherche de la vérité et la lutte contre l'impunité, alors le génocide du peuple Wê sera bel et bien reconnu un jour et justice nous sera rendue.
Pour l’heure, cette mascarade d’arrestation  d’Amadé ne répond donc en rien aux attentes des Wê. Nos villages et nos terres sont toujours aux mains des hommes d’Amadé puissamment armés. D’ailleurs dès l’annonce de cette nouvelle les populations de Nidrou, Bagohouo, Yorozon ou autres ont à nouveau fui vers toutes destinations  selon une source sur place à Duékoué.


Interview réalisée par Zéka Togui.





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