Interview / Le Secrétaire Général du syndicat des agriculteurs de Côte d'Ivoire explique le contexte de blocage de la vente du cacao ivoirien. ( Interview réalisée par Sylla Arouna)

CIVOX.NET
Mercredi 8 Février 2017 - 22:26


 
Entretien/Blocage de la vente du cacao
Guilahou Gbéhé Marcel (Sg du Sya-CI) : « Nous nous sentons abandonnés. Nous proposons à l'Etat de déclencher le mécanisme de stabilisation. Nous serons obligés de prendre nos responsabilités... »

Le Secrétaire général (Sg) du Syndicat des agriculteurs de Côte d'Ivoire (Sya-CI), Guilahou Gbéhé Marcel, propose à l’État ivoirien de déclencher le mécanisme de stabilisation face au blocage de la vente du cacao. Il annonce, au nom de sa structure qui a été mise « sur pied par les producteurs de plusieurs filières dont le café-cacao, le coton et l'anacarde, le palmier à huile, l'hévéa, la pêche, l'élevage, le vivrier », des actions...

Qu'est-ce que votre syndicat fait exactement ?
On a mis sur pied ce syndicat, le 10 décembre 2016, à Yamoussoukro, dans un premier temps, pour que tous les producteurs de Côte d'Ivoire puissent se connecter, et créer l'union et l'harmonie entre eux. Ce qui va favoriser aussi la connaissance de tous nos problèmes au sein de nos différentes filières. Le syndicat, c'est aussi pour porter à bras le corps tous les problèmes qui minent notre secteur parce que vous n'ignorez pas que l'agriculture est le poumon de l'économie de la Côte d'Ivoire. Malheureusement, c'est nous qui portons l'économie, qui avons vraiment tous les problèmes. Même pour scolariser nos enfants, nous avons des problèmes. Donc nous pensons qu'unis, nous pouvons vraiment régler tous ces problèmes. Nous pouvons les porter auprès de nos autorités, pour que nos conditions de vie soient meilleures.

Comment votre syndicat réagit-il face à la crise au sein de la filière cacao actuellement ?
C'est une situation déplorable. C'est vraiment une crise parce que depuis la mi-novembre 2016, le cacao ne se vend plus. Nous avons notre cacao dans nos champs, et malheureusement, nous n'avons pas vraiment bénéficié du travail de notre dur labeur.  Parce que depuis que cette situation existe, ni le Conseil café-cacao (Ccc) ni l’État de Côte d'Ivoire, ne font une sortie pour nous rassurer. Nous pensons que le comité de gestion de la filière café-cacao avait trouvé un mécanisme de stabilisation des prix, qu'on nous avait proposé depuis le début de la campagne, qui est de 1100 F Cfa bord champ au niveau du cacao.  Et en fixant ce prix, il nous avait promis qu'en cas de baisse du prix sur le marché mondial, les paysans que nous sommes, n'allaient pas ressentir cela.

Voulez-vous dire que ce qui a été annoncé ne s'applique pas ?
Malheureusement, c'est le cas.  Ils ne soutiennent pas le prix.  Nous nous sentons abandonnés, et nous sommes aujourd'hui à la merci des individus véreux qui nous prennent notre cacao à vil prix.

A combien vous prennent-ils le kilogramme du cacao ?
A 500 ou à 600 F Cfa.
Avez-vous les preuves de ce que vous dites?
Nous avons les preuves. Les planteurs vendent leur cacao à 500 F Cfa parce qu'ils n'ont pas le choix. Imaginez-vous, quand vous avez un enfant à scolariser, un parent malade ou vous-même malade, qu'est-ce que vous allez faire ? Le cacao, on ne le consomme pas. Même si quelqu'un vient vous voir pour vous proposer de prendre votre cacao à crédit, vous le donnez parce que le cacao est un produit périssable.

 
L'arrivée des bateaux annoncés aux ports de San Pedro et d'Abidjan, n'a-t-elle pas permis l'évacuation du cacao ?
Je vous dis qu'aujourd'hui, le problème persiste.
La solution, selon vous, c'est quoi ?
Pour nous, la solution se trouve entre les mains du Conseil café-cacao et l'Etat de Côte d'Ivoire.

Que proposez-vous à l'Etat ?
Nous lui proposons de déclencher le mécanisme de stabilisation.

 
En quoi consiste ce mécanisme ?
Ce mécanisme est simple. C'est que, lorsque le cacao est vendu, il y a un prélèvement. Et, ce prélèvement est logé dans un fonds. C'est ce fonds qui doit soutenir le prix lorsqu'il y a une situation comme ce que nous traversons. Et le fonds est dirigé par le Conseil café-cacao ou bien par l’État de Côte d'Ivoire. Chaque année, on nous dit que le cacao sera vendu à un tel prix, et on s'en tient à cela parce que nous faisons confiance au Conseil café-cacao, à notre État.

Si le problème n'est pas réglé, qu'allez-vous faire ? 
C'est l'objectif de la conférence de presse que nous allons animer le samedi 4 février 2017, à la Chambre de l'agriculture au Plateau. Nous allons interpeller, à cette occasion, le Conseil café-cacao, l’État de Côte d'Ivoire, sur l'état de délabrement dans lequel se trouvent les producteurs de cacao. Voyez-vous, les producteurs de café-cacao ne sont pas entrés dans l'année 2017 dans la joie, du fait de ce problème.

Après la conférence de presse, qu'allez-vous faire d'autre ?
Nous allons faire une tournée auprès de tous les producteurs de cacao, pour qu'ensemble, nous puissions poser ce problème devant nos autorités, afin qu'elles nous expliquent ce qui se passe réellement. Pourquoi est-ce que le fonds de stabilisation n'est pas déclenché. Il faut qu'on nous explique.

Et, si rien n'est fait après ces activités, que ferez-vous ?
Si rien n'est fait, nous serons obligés de prendre nos responsabilités.

Que faut-il entendre par ''prendre nos responsabilités'' ?
En clair, nous allons appeler à une Assemblée générale, et puis décider de ce qu'il y aura à faire. Parce que nous travaillons avec nos membres, nos délégués et nos coordinateurs. Et, nous allons décider de la démarche à suivre, mais nous espérons que nous n'allons pas en arriver là. Notre souhait, c'est qu'on n'arrive pas à cela, et que l'Etat et le Conseil café-cacao puissent trouver une solution pour que la joie revienne dans la famille des producteurs.

En quoi consiste l'identification des terres des paysans, contenue dans votre programme d'activités ?
L'identification des terres et le conflit foncier sont liés. Parce qu'aujourd'hui, la procédure d'identification des terres est une procédure compliquée et onéreuse. Cela fait la 2ème fois que l’État lance un délai, mais pourquoi est-ce que ce délai n'est pas respecté par les producteurs ? Ce n'est pas la volonté qui manque. Identifier, c'est donner la carte d'identité de la terre. Quel père va refuser de donner un extrait de naissance à son fils ? C'est la procédure qui est onéreuse. Elle coûte cher, en tout cas, pour les producteurs. C'est pourquoi, nous allons proposer à l’État de le faire gratuitement parce qu'il y a des prélèvements qui se font. Cela va aussi éviter les conflits fonciers car souvent, même pendant l'identification, il y a l'enquête foncière. Donc en réglant le problème de l'identification, on règle aussi, même si ce n'est pas dans la totalité, le problème du foncier rural qu'on vit partout en Côte d'Ivoire.

Quelle partition allez-vous jouer dans cette identification, en tant que syndicat ?
C'est d'informer déjà nos membres parce qu'il faut dire qu'il y a un déficit d'informations. Si les gens ne sont pas largement informés, comment est-ce qu'ils peuvent s'inscrire dans l'identification ? Il faut non seulement les informer, mais aussi les form




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