Interview/ Franck Lutté crache ses vérité au régime Ouattara: "Il faut continuer à résister en exigeant la justice pour le peuple de Côte d'Ivoire."

Franck Segot Lutté est le Secrétaire Général de "Enfants de Côte d'Ivoire", une Association de la société civile ivoirienne. Ayant pris en marche le train de la résistance ivoirienne et panafricaine sur la place parienne après le 11 avril 2011, il a su s'imposer. Depuis lors, il figure parmi les leaders qui comptent au sein de cette résistance, ceux dont les manifestants apprécient les "prédications". Leader de la société civile mais politiquement très engagé, Franck Lutté a bien voulu aborder avec nous certains sujets de l'actuatlité politique ivoirienne. De la Sécurité à la résistance pacifique ivoirienne et panafricaine, en passant par la présidentielle de 2015, la crise au FPI, la candidature unique du RHDP et le procès Gbagbo à la CPI, Franck Lutté, sans faux fuyant, livre son point de vue. Interview.

Samedi 18 Octobre 2014 - 17:03


Franck Segot Lutté est le Secrétaire Général de "Enfants de Côte d'Ivoire"
Franck Segot Lutté est le Secrétaire Général de "Enfants de Côte d'Ivoire"
Civox:   Bonjour Franck Lutté. Vous êtes le président de l'Association " Les enfants de Côte d'Ivoire", une Organisation de la société civile. Mais cela n'empêche que vous soyez politiquement marqué dans ce paysage bipolaire qui caractérise désormais la Côte d'Ivoire. C'est donc pour cette raison que nous aborderons dans cette interview des sujets de l'actualité politique ivoirienne, y compris de l'actualité internationale avec le cas particulier du Président Gbagbo incarcéré à la CPI. Le pays a connu une guerre dont la tragédie continue de marquer les esprits. Mais 3 ans après, peut- on dire que la sécurité est revenue?


Franck Lutté: Merci de me permettre de m'exprimer sur la situation de la Côte d'Ivoire.On ne peut pas dire que la sécurité est revenue lorsque des criminels de guerre sont en liberté et que des milices tribales foisonnent dans le pays. Le non désarmement des milices tribales est synonyme d'insécurité pour les populations.


Civox: La guerre que je viens d'évoquer a créé son "cortège" de réfugiés anonymes et politiques bien connus. Malgré tous les appels du nouveau régime dans le sens de leur retour, nombreux sont ceux d'entre eux qui s'obstinent à ne pas retourner au bercail, malgré les conditions difficiles de survie dans lesquelles la plupart d'entre eux se trouvent. Qu'est ce qui explique, selon vous, cette situation? Pourquoi les garanties de sécurité accordées à ceux qui sont rentrés ne suffisent pas à encourager le retour de la masse?


Franck Lutté: Vous savez, la sécurité s'évalue individuellement tout comme retour au pays est une décision individuelle.Les raisons qui ont justifié leur exil sont d'ordre sécuritaire. Donc si les uns ont estimé que leur sécurité était garantie en rentrant, d'autres trouvent que la leur n'est pas garantie. Et il faut faire la différence entre le réfugié politique et l'exilé. En plus, plusieurs réfugiés ont des problèmes avec la justice ivoirienne. Plusieurs mandats d'arrêt ont été émis contre eux. Beaucoup d'exilés ont tout perdu dans cette sale guerre déclarée aux ivoiriens pour installer une rébellion.Je crois que le retour ne doit pas être un slogan. Il doit s'accompagner de mesures fortes.


Civox: Qu'est ce qui, selon vous, empêche ou explique jusqu'à ce jour le désarmement effectif et total des ex-rebelles?


Franck Lutté: Monsieur Ouattara, lors de sa tournée dans la vallée du Bandama, avait demandé à ses hommes de garder leurs armes à la maison. Je crois que c'est à Ouattara de répondre à cette question sur le désarmement.


Civox:  Vous n'êtes pas du FPI mais cela n'empêche que vous soyez de ceux que l'on désigne sous le vocable de pro-Gbagbo pour parler de ses partisans. Je me permets donc d'imaginer que vous n'êtes pas étranger à ce qui se passe au sein de son parti politique, le FPI (Front populaire ivoirien). Ce parti connait une dissension quant à ses choix stratégiques pour son retour au pouvoir et pour la libération du président Gbagbo. Quel commentaire faites-vous de cette situation et quelle est votre position sur le sujet ?


Franck Lutté: Vous savez, il ne me revient pas de prendre des positions sur la gestion interne du FPI. Je suis un enfant du PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire) qui  fait le choix de dénoncer l'injustice faite au peuple ivoirien à travers le coup d'État du 11 avril et la déportation du président Gbagbo. J'ai fait de la libération du president Gbagbo et de tous les détenus politiques dont Simone et Blé la priorité de mon action. J'observe comme tout le monde que le FPI traverse une crise stratégique. Mais j'ose croire que la raison l'emportera sur l'émotion. Le FPI est un grand parti et saura tirer profit de cette crise pour présenter un projet rassembleur a ses militants et sympathisants. Je fais confiance à la direction actuelle quant à sa capacité à juguler cette énième crise stratégique depuis le 11 avril 2011.


Civox: Etes vous pour ou contre une participation du FPI à la prochaine présidentielle?


Franck Lutté: Il revient au FPI de se prononcer sur son éventuelle participation aux élections. Et je crois que le moment choisi est le congrès qui est prévu en décembre. Je préfère ne pas trop spéculer sur une participation du FPI aux élections de 2015.


Civox: 2015 est une année électorale. Le suffrage universel sera convoqué pour élire un président.  Pensez -vous que les conditions sont ou seront réunies pour des élections libres, transparentes et démocratiques?


Franck Lutté: Pour ma part, j'estime que les conditions de 2015 sont similaires à celles de 2010. A la différence que cette fois-ci ce sont les rebelles qui ont le soi- disant pouvoir. Il n'y a toujours pas de désarmement des milices tribales pro- Ouattara, le ficher électoral est toujours truffé de faux électeurs, il n'y a toujours pas de réconciliation, et la paix n'est toujours pas au rendez-vous. Ce sont ces conditions qui ont favorisé la fraude dans la zone CNO (Centre, Nord, Ouest) en 2010 et qui ont conduit a ce que nous savons.c'est a dire la guerre du pouvoir.


Civox: Que pensez vous de la candidature unique du RHDP (Rassemblement des Houphéistisme pour la démocratie et la paix) ?


Franck Lutté: La candidature unique est un slogan permettant de masquer la fraude en préparation. Je crois que les textes fondateurs du RHDP ont bien défini le cadre dans lequel cette union se tient. Nul ne peut s'imaginer une élection en 2015 avec un PDCI aux abonnés absents.Surtout que le contexte actuel lui sera favorable. Vous constaterez avec moi qu'il n'y a que les militants et cadres du RDR (Rassemblement des républicains) qui font et continueront de faire la promotion d'un slogan reposant sur une coquille vide. Au PDCI, la candidature unique n'est pas d'actualité. L'appel de Daoukro imposant une candidature unique est la meilleure façon de la rejeter.



Civox: Le Président Gbagbo sera en procès à la Cour pénale internationale. Quel regard portez-vous sur cette affaire qui met en jeu la crédibilité de la CPI?


Franck Lutté: La présence de Gbagbo à la CPI est une grosse escroquerie juridique. Gbagbo n'a pas sa place à la CPI pour tout ce que nous savons. Il est otage d'une certaine communauté dite internationale qui lui impose un exil.
N'oubliez pas qu'ils avaient propose l'exil un peu partout au Président Gbagbo pendant la période de crise dite post-électorale.
Mais je voudrais rassurer les uns et les autres sur sa prochaine libération. Le Président Gbagbo sera libéré, parce qu'il n'est pas ce qu'on raconte. Le temps jouera en notre faveur. Il faut continuer à résister en exigeant la justice pour le peuple de Côte d'Ivoire. Juger Gbagbo, c'est juger les commanditaires du drame ivoirien, à savoir la France et l'ONU. Donc le Président Gbagbo est serein. Il faut savoir que la CPI juge de la responsabilité politique des prévenus. Et comme Gbagbo était Président au moment des faits, il ne craint pas la justice. Je peux vous dire que ceux qui ricarnent aujourd'hui peuvent commencer à se faire des soucis quant à leur avenir. Les choses se débloqueront du côté de la CPI.


Civox: Depuis le 19 septembre 2002 des patriotes ivoiriens de la diaspora ont fait le choix de mener une résistance pacifique contre la rébellion militaro-civile qui a attaqué le pays. Cette résistance s'est remise en branle au lendemain du second tour de la présidentielle de 2010, suite à la crise post-électorale et à la guerre qu'elle a engendrée. Aujourd'hui cette résistance est manifestement à bout de souffle qui ne survit plus que par un noyau d'irréductibles. Alors pensez vous que cette résistance est utile, efficace? Ne faut-il pas penser à une autre forme de résistance? Et pouvez vous dire quelles sont, selon vous, les maux de cette résistance et les causes de son affaiblissement?


Franck Lutté: C'est une erreur de croire que la résistance est à bout de souffle. C'est la raison qui maintient dans les rues et non l'émotion des premières heures. Ceux que vous appelez noyau d'irréductibles sont ces femmes et ces hommes qui croient en cette lutte et qui iront jusqu'au bout pour la voir aboutir. Je profite de Civox pour remercier et féliciter toutes ses personnes que vous appelez communément " les marcheurs". Je tiens particulièrement a saluer le camarade de lutte Willy Bla, président du Cri panafricain, pour sa détermination à aller jusqu'au bout. Qu'est ce que vous appelez autre forme de résistance ? Je veux vous dire que la résistance existe déjà sous plusieurs formes. Il y a ceux qui résistent en écrivant, il y a ceux qui résistent en chantant, il y a ceux qui résistent à travers le théâtre. Il y a ceux qui résistent à travers les rues pour diffuser leur message à une cible plus large. Il y a ceux qui résistent à travers la diplomatie et le lobbying. Donc vous voyez que la résistance est déjà sous plusieurs formes.( rires)
Parlant des maux de la résistance, vous savez, ce sont des problèmes inhérents à toutes les organisations humaines. On ne va pas s'attarder sur ce qui ne fera pas avancer le débat. Mais retenez surtout qu'il n'existe pas de division dans la résistance mais plutôt une divergence de visions.
Je profite de l'occasion qui m'est offerte pour présenter mes condoléances au camarade résistant Stanley Prager qui a perdu son épouse la semaine dernère. C'était une vraie résistante. Yvette Prager est celle que j'appelle "Le symbole de la résistance ivoirienne en France."  Que son âme repose en paix.
Je peux vous dire que cette résistance a permis que le dossier Côté d'Ivoire à la CPI soit ouvert à partir de 2002 au lieu de 2010 comme programmé par les agresseurs de la République. Cette résistance y est aussi pour la libération de détenus politiques. Sans oublier qu'elle contribue à renforcer les capacités de l'opposition à la rébellion sur le terrain. Vous voyez que la résistance est positive.


Civox: Vous parlez de la positivité, mieux de l'efficacité d'une résistance menée à 6000 km du régime d'Abidjan. Ne pensez-vous pas que l'inertie des forces de l'opposition sur le terrain rendent la cause perdue d'avance? Car il faut se rappeler que la phase décisive du combat pour le retour au multipartisme a été menée concrètement sur le terrain et non depuis l'étranger, particulièrement en France où Gbagbo était en exil...


Franck Lutté: Notre combat n'est pas contre les ivoiriens, mais contre les oppresseurs occidentaux. Nous nous devons d'être chez eux pour exprimer notre mécontentement. Ce n'est pas en étant à Abidjan que nous lutterons contre cette nébuleuse France-africaine. C'est en France qu'il rapportera le combat. Notre position avancée est celle d'attaquants se retrouvant dans la défense adverse soit pour porter le danger ou ralentir la progression de l'adversaire. La notre permet de ralentir l'avancée des adversaires.
C'est pour ça que nous menons le combat étant chez l'adversaire. La France doit savoir ce qui se passe chez nous. Ce n'est pas en étant à Abidjan que les français sauront ce que leurs dirigeants ont fait de notre pays. Car n'oubliez pas que l'information est très orientée en France.

Civox: Quel est votre mot de  fin?

J'espère que les ivoiriens arriveront à s'entendre sur l'essentiel et proposer une solution gagnante pour la Côte d'Ivoire. C'est à dire faire chuter le régime issu de la rébellion des forces incarnées par le dictateur Ouattara.Que Dieu bénisse la cote d'Ivoire. Que Dieu bénisse le Président Gbagbo, le camarade Blé Goudé, Simone Gbagbo et tous les détenus politiques civils et militaires. Et que Dieu bénisse nos frères et soeurs en exil et que leur retour soit pour bientôt.

Interview réalisée par Zéka Togui.
 




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !