Interview En prélude à la journée nationale de l’Indignation/ Samba David (Pdt de la coalition des Indignés de C.I) : "Seule notre mobilisation peut améliorer le quotidien des Ivoiriens"

Le 22 mai prochain, les Indignés de Côte d’Ivoire vont subir un test grandeur na- ture de leur capacité à mobiliser tous leurs pairs, laissés en bordure du chemin par le régime Ouattara. A quelques jours de ce grand rendez-vous, samba David, le coordonnateur du mouvement, présente ici les enjeux de la manifestation. La conviction, profonde, et le verbe haut, il en parle avec beaucoup d’enthousiasme car à l’image de Prométhée, qui apporta le feu aux humains, lui, Samba se sent investi d’une mission presque divine: améliorer le quotidien de ses concitoyens, clochardisés un peu plus, chaque jour, par un régime ultra libéral qui, depuis trois ans, laisse peu de places au social, en Côte d’Ivoire. Entretien.

Lundi 19 Mai 2014 - 05:15


Samba David , président de la coalition des Indignés de Côte d'Ivoire
Samba David , président de la coalition des Indignés de Côte d'Ivoire
La coalition des Indignés de Côte d’Ivoire annonce pour le 20 mai prochain, une « journée nationale d’indignation ». Pouvez-vous, nous décliner ce concept ?

 Je voudrais préciser, qu’initialement prévue pour le 20 mai, la manifestation aura finalement lieu le 22 mai 2014. Ce jour-là, les Indignés de toutes les couches socio-pressionnelles viendront crier à la face de la nation et même du monde entier, leur profonde indignation relativement à leurs conditions de vie et de travail qui se dégradent de jour en jour. Et comme, la société civile n’a pas d’espace d’expression, nous offrons à tous ceux-là, la tribune adéquate pour se faire entendre.

Où et comment la journée de l’indignation se déroulera t-elle ?

Elle se déroulera dans un endroit que nous tenons pour l’instant secret, pour des raisons de pure stratégie. Mais il faut savoir que la manifestation se tiendra dans un cadre qui est lui-même, le symbole par excellence de l’indignation dans notre pays. C’est un rassemblement  au cours duquel, seront mis à nu, tous les manquements à la démocratie, les violations des droits humains, les promesses non tenues du régime et l’impunité qui continue de régner an Côte d’Ivoire, trois ans après l’arrivée de Ouattara aux affaires. C’est l’occasion pour toutes les populations vivant en Côte d’Ivoire, qu’elles aient voté ou non, M. Ouattara, de venir dresser le bilan du régime en termes de gains sociaux surtout.


Avez-vous pris toutes les dispositions pour que la manifestation se déroule dans de bonnes conditions surtout que récemment, vous-même, avez été interpellé  avant d’être relâché par la suite par les autorités policières ?


Sachez que nous avons toujours pris les dispositions qu’il faut. Cette fois-ci encore, nous avons adressé des correspondances, au maire de la commune qui va abriter la manifestation, au Ministère de l’Intérieur, à l’Onuci, aux ambassades de France et des Etats- Unis, ainsi qu’à toutes les organisations des droits de l’homme, pour les tenir informés de ce que nous préparons. C’est un rassemblement pacifique et qui par conséquent, ne devrait nullement inquiéter les autorités. Ces dernières  savent que ce n’est pas nous qui causons l’insécurité qui est plutôt du fait de l’action combinée des armes qui continuent toujours de circuler dans le pays, de certains hommes politiques qui entretiennent des milices et des supplétifs FRCI, sans soldes et qui se paient sur le terrain. Mais je puis vous assurer que pour notre manifestation, le problème sécuritaire ne se posera pas à notre niveau. Nous viendrons manifester pacifiquement et nous ne céderons ni aux provo- cations, ni aux intimidations du pouvoir. D’ailleurs que valent quelques brimades devant la possibilité de faire changer en bien, nos conditions de vie et de travail ? Au contraire, nous nous mettrons volontairement en insécurité durable si nous refusons de nous mobiliser pour la lutte. Nous ne voulons pas être complices de la souffrance des Ivoiriens, c’est pourquoi nous braverons toutes sortes de menaces pour clamer ce jour-là, notre indignation.

Vous n’avez toujours pas indiqué le lieu de la manifestation

 Rassurez-vous, il sera connu le lundi prochain, lors de la conférence de presse que votre serviteur animera à Yopougon. En attendant, ce que je peux dire, c’est que c’est un endroit qui cadre parfaitement avec notre concept. Un lieu où des gens ont vécu pendant de longues années et un matin, ont été chassés comme des malpropres parce que n’ayant pas droit, dit-on. Soit, mais un terrain qui appartient à l’Etat, s’il doit être déguerpi, il y a quand même des modalités, des procédures à observer. Tout comme obligation est faite à l’Etat d’offrir des mesures compensatoires. Mais en cet endroit- là, les choses ne se sont pas faites dans les règles de l’art, il y a eu plutôt, usage de la violence avec mort d’homme à l’appui. C’est encore une indignation. C’est vrai que les dirigeants ont leurs priorités, mais il ne faut pas que celles-ci se fassent au détriment de l’homme qui devrait être le moteur de l’action gouvernementale. Malheureusement ce n’est pas le cas et nous, société civile avons le devoir de faire corriger les choses car nous ne pouvons pas accepter que les Ivoiriens subissent les choix du pouvoir exécutif.

Combien de personnes attendez-vous jeudi prochain ?

Nous attendons tous ceux qui sont indignés, tous ceux qui pensent qu’ils méritent mieux que la situation qu’ils vivent en ce moment, tous ceux qui pensent que la Côte d’Ivoire mérite mieux que ce qu’elle a aujourd’hui, tous ceux qui sont fatigués du mensonge d’Etat, de la propagande politicienne, tous les frustrés de la politique du rattrapage ethnique etc., pour ne citer que ceux-là. Dans toutes les couches socio- professionnelles, nous revendiquons au moins 50% d’indignés. A l’université, par exemple, les étudiants qui attendent leurs chambres et le matériel didactique pour travailler, sont des indignés au même titre que les enseignants qui réclament leur dû aux autorités académiques. Les fonctionnaires et agents de l’Etat non bénéficiaires du déblocage des salaires, sont aussi des indignés. Idem pour les médecins auxquels l’on demande de faire des miracles alors qu’il n’existe ni médicament ni équipement adéquat dans les hôpitaux, sont également des indignés. Dans l’armée, les soldats qui n’ont ni matricule, ni solde, sont objet d’indignation au même titre que les automobilistes et les transporteurs qui devront désormais débourser une fortune pour emprunter l’autoroute du nord. Les commerçantes dont le racket bouffe pratiquement les bénéfices, sont aussi des indignées. Vous voyez bien qu’on ne peut pas citer tout le monde, sinon on n’en finira pas. C’est dire en somme, que nous attendons du monde.

Vous avez récemment tourné sur des sites déguerpis tels que Washington et le cité-Ran de Marcory. Quel est le sentiment qui remonte chez ces populations visitées ?

Un sentiment de révolte doublé de celui de la trahison. Les familles se sentent abandonnées par l’Etat qui devrait plutôt les protéger, dans leur entendement. Si bien qu’aujourd’hui, elles disent avoir du dégoût pour ce régime pour lequel nombre d’entre elles confient avoir voté en 2010. Re- gardez par exemple, le cas de la cité Ran de Marcory, où un individu, se prévalant d’un faux titre foncier d’ailleurs, vient à 4h du matin, tout casser et jeter dehors, 41 familles qui n’ont même pas eu le temps d’emporter ne serait- ce qu’une brosse à dents. Et aujourd’hui, cet individu se promène tranquillement dans la cité, il n’est point inquiété parce qu’ayant certainement de solides amitiés au sein du régime. A ‘Washington’, lors du déguerpissement, les gens ont été frappés et ont enregistré deux décès dans leurs rangs en même temps que de nombreux blessés. Et en tant que leader, nous nous devions de soutenir ces indignés et porter haut leurs voix. Car l’indignation n’est ni de gauche, ni de droite, elle est partout où se trouve la misère et l’injustice. C’est pourquoi, nous n’avons pas de siège ; notre siège se trouve là où est l’indignation.

Si vous aviez un appel à lancer

 Je dirais que tout ce qui nous arrive aujourd’hui est soit de notre fait ou se fait avec notre complicité. Si à Attécoubé, un adolescent peut être abattu par un FRCI pour avoir satisfait à un besoin pressant sur un terrain broussailleux, cela est de notre faute. Si à Marcory, un seul individu peut nuitamment jeter dehors, 41 fa- milles, sans raison valable, cela est de notre faute. Si à "Washington’, si les forces régulières casent, blessent et tuent de pauvres personnes alors que l’Etat n’a rien mis en place pour les recaser, c’est de notre faute. Parce que nous regardons faire les choses, oubliant que cela n’arrive pas qu’aux autres. Il est temps de se lever, de se montrer solidaires, de venir crier notre indignation et faire changer les choses. Et c’est notre grande mobilisation qui annoncera le printemps de la société civile ivoirienne car les partis politiques ont échoué à ce niveau. ■

réalisée par Géraldine Diomandé

Source: Aujourd’hui / N°644 du Samedi 17 au Dimanche 18 Mai 2014




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