Interview/ Eligibilité d'Alassane Ouattara, CNC, etc...: Le vérités et révélations de Robert Gbaï Tagro

A 70 ans, Robert Gbaï Tagro représente un éléphant dans le marigot politique ivoirien. Quarante ans qu’il dirige le parti républicain de Côte d’Ivoire qui tient plus d’une envie d’être un acteur politique que de la réalité. Dans les années 80, il a pourtant été le seul à se déclarer candidat contre le père fondateur. Visage émacié mais plein de vie, Gbaï Tagro est persuadé qu’il a de l’expérience et n’a pas perdu sa foi de remporter la prochaine présidentielle…« Les gens se moquent de moi parce que je n’ai pas d’argent », admet-il lucide. Pour autant, Gbaï Tagro pense qu’il suffit qu’il trouve une tribune où il peut diffuser ses idées pour déclencher l’intérêt des militants qui manquent cruellement à son parti. Nous avons donc décidé de lui donner sa chance.

Vendredi 26 Juin 2015 - 08:21


Robert Gbaï Tagro
Robert Gbaï Tagro
Bonjour M. Gbaï Tagro, comment se porte votre parti ?

Le parti républicain de Côte d’Ivoire se porte très bien. J’ai formé le bureau exécutif en 2014 et déposé la liste au ministère de l’intérieur le 6 mars. Donc le PRCI se porte très bien et j’ai des militants qui sont là.

Comment peut-on dire qu’un parti se porte bien quand il n’a pas de militant et qu’il est inexistant sur le terrain ?

Oui c’est vrai, mais la définition d’un parti politique indique que c’est un groupement d’hommes qui travaillent ensemble pour faire valoir leurs idées en vue de prendre le pouvoir. Mais en face de ce groupement, il faut qu’il y ait des gens qui connaissent leur métier. Mais quand vous avez un président de la République qui ne connait pas la valeur des partis politiques et qui ne les reçoit pas ou alors qui les reçoit en fonction de ses amitiés, ça donne ce que vous voyez. Donc on peut dire que ces partis-là ne font rien. Parce que pour faire une petite conférence de presse, il faut au minimum 500.000 F. Or je n’ai ni argent ni salaire ni pension de retraite ni aucun revenu. Donc comment voulez-vous que je fonctionne ?

Pourquoi donc s’entêter à maintenir votre parti si vous n’avez pas tous ces moyens ?

C’est d’abord un idéal, celui d’être un homme politique. Nous sommes deux hommes politiques en Côte d’Ivoire : le président Houphouët-Boigny et moi.

Et les autres ?

Le reste, ce sont des intellectuels et des idéologues ou encore des politologues et des idéalistes qui ont profité de circonstances favorables pour se faire appeler hommes politiques.

Ils n’ont pas les pieds sur terre ? C’est ce que vous voulez dire ?

Effectivement, ils n’ont pas les pieds sur terre. Pour preuve, ils partagent discrètement le milliard (ndlr milliard donné récemment par Ouattara en guise de financement d’une dizaine de partis politiques). Moi je l’ai su parce que je suis du milieu.

Le ministre de l’intérieur vient de recevoir la CNC parce qu’elle mobilise des milliers d’Ivoiriens sur le terrain.

La CNC est l’envoyé d’Alassane Ouattara. Elle est dirigée par Mamadou Koulibaly qui a été mandaté par Alassane Dramane Ouattara pour qu’il lui livre la CNC au moment opportun.

Il est plutôt son porte-parole

Mais n’est-ce pas Mamadou Koulibaly qui a mis mon frère Gbagbo à la CPI ? Il n’est pas crédible.

Pourquoi avez-vous attaqué Alassane Dramane Ouattara sur ses origines en 2000 ?

Mais parce que ses parents sont d’origine étrangère même si, lui, il est né en Côte d’Ivoire.

Mais il a déjà été chef de l’Etat. Dans ces conditions, est-ce que ça sert à quelque chose de revenir dessus ?

Moi j’ai une position très claire làdessus. Il est déjà dans le fauteuil présidentiel mais il est inéligible. Et puisqu’il a déjà été président de la république, nous attendons de voir si la Côte d’Ivoire a des institutions fortes. Et, si lui, il a suffisamment d’honneur pour dire que j’ai été candidat à la demande d’un autre qui se retrouve à la CPI. Et que, dans ces conditions, ma dignité ne me permet pas de me présenter à nouveau. Il n’en a pas. Cela dit, il va présenter un document pour sa candidature. Or ce document a déjà été refusé en 2000.

C’est lui qui incarne   aujourd’hui ces institutions

Que non ! Dans une république, il y a la séparation des pouvoirs. Il y a le président de la République d’un côté, le président de l’assemblée nationale de l’autre et la cour suprême. Et si la Côte d’Ivoire a vraiment des institutions fortes, le président du conseil constitutionnel peut dire non à sa candidature.

Mais c’est lui qui l’a nommé

On peut aussi dire non à celui qui a nommé quelqu’un à un poste de responsabilité de l’administration. C’est de cette façon qu’on donne de la force aux institutions d’un pays.

Et si sa candidature est acceptée ?

Alors nous irons aux élections. Moi j’y serai pour faire passer mes idées.

Et vous pensez que la Côte d’Ivoire a besoin de vos idées ?

Oui la Côte d’Ivoire a besoin de mes idées pour revenir à la notion d’aide à la paysannerie. Bédié a détruit la Satmaci pour la remplacer par l’Anader. Aujourd’hui, l’Anader n’existe plus et a été remplacée par la bourse café-cacao et ses dirigeants roulent carrosse dans les villes. Il n’y a plus personne dans les villages pour encadrer les paysans. Conséquence, des plantations entières sont détruites, ravagées par une maladie qu’on appelle sidacacao. Il faut aussi revenir à la caisse de stabilisation. Mais je suis aussi candidat pour dénoncer le rattrapage ethnique. Il faut donc battre Alassane Dramane Ouattara qui représente une ethnie.

Pourquoi vous ramenez tout à l’ethnie, aux étrangers ?

Mais regardez vous-même : aujourd’hui, toute l’armée, la police, l’administration, les institutions, la bourse café-cacao, les deux ports… sont dirigés par les membres d’une seule ethnie. Et vous voulez que je dise que c’est bon ? Moi je suis un politicien. Je ne parle pas dans mon intérêt mais dans celui de la Côte d’Ivoire. Notre pays est défiguré. Moi je veux être président pour nommer les députés et instaurer la carte de séjour pour qu’on différencie les Ivoiriens des étrangers.

Et vous croyez que quarante après, les Ivoiriens d’aujourd’hui peuvent vous écouter ?

La Côte d’Ivoire arrive en 2015 à un carrefour. Est-ce que vous qui avez avalisé tout ce qui nous est arrivé, vous méritez d’être écouté ? Non. Moi Gbaï Tagro, j’ai vu Gbagbo être transféré à la CPI. Je dois parler haut et fort. Je ne suis pas là pour faire l’apologie de Pierre ou Paul ; je parle de la Côte d’Ivoire.

La présidente de l’URD Danielle Boni Claverie propose une transition pour régler tous ces problèmes dont vous parlez. Que pensez-vous de son idée ?

J’ai lu ce qu’elle a dit. Les journaux sont là. Elle affirme qu’elle est une « ou » comme Alassane Dramane Ouattara et donc qu’il faut que les élections soient reportées pour permettre des réglages avant que tout le monde soit candidat.

Elle demande qu’on révise l’article 35

C’est ce que je vous explique. Je vous dis que ce ne sont pas des politiciens. En politique, on ne cherche pas le consensus. Elle demande qu’on s’arrange pour enlever l’article 35. Mais sur 20 millions d’habitants, 86% disent oui à une constitution. Et vous voulez qu’à cause de vous, on revienne sur ce qui a été décidé dans le but de faire plaisir à la minorité ? Quand vous passez le concours de police, allez-vous dire au directeur de l’école que comme vous faites 1,15 mètre, il faut qu’on revienne sur les critères pour que vous soyez admissible ?

Mais c’est la constitution qui mentionne qu’on peut réviser l’article 35 à condition d’aller au référendum

Ce n’est pas ce qu’elle dit.

Que si

Dans ce cas, qu’on engage le référendum. Car on voit bien son jeu qui consiste à dire qu’en attendant qu’on règle la question du référendum, que Ouattara reste encore au pouvoir un an ou deux ans de plus. Ainsi, on serait déjà dans le deuxième mandat.

Est-ce qu’on peut vous prendre au sérieux ?

Ça dépend de vous. Si vous voulez me prendre au sérieux, vous me prenez au sérieux. Mais si vous ne voulez pas, vous ne me prenez pas au sérieux. Vous ne voulez pas me prendre au sérieux parce que je n’ai pas d’argent.

Je n’ai pas parlé pas d’argent mais d’idées

Mais quelles sont les idées qui vous semblent farfelues et que j’ai sorties ?

Vous voulez nommer les députés en 2015

Oui, Houphouët-Boigny les nommait

Jusqu’en 1990

Allons-y doucement ! Comment dans un pays, il peut y avoir à chaque élection des morts, des refugiés avec des gens qu’on emprisonne ; d’autres qu’on envoie à la CPI sans jugement et vous voulez qu’au nom de la démocratie, on continue dans cette voie ? Je dis démocratie d’accord mais il faut d’abord prendre des décisions pour ne pas qu’on s’entretue. C’est pour cela que je propose que l’élection du président de la république se fasse au suffrage universel indirect.

Depuis cinq années, le président Laurent Gbagbo est emprisonné. Quel est votre point de vue sur cette question ?

Mais que voulez-vous que je dise, je ne suis pas content. Mais son entourage qui l’a trahi se retrouve à la CNC. N’est-ce pas Mamadou Koulibaly qui disait que le palais présidentiel, l’eau et l’électricité de Côte d’Ivoire sont la propriété de la France ? N’est-ce pas lui qui disait que tant que la Côte d’Ivoire n’a pas sa propre monnaie, elle ne sera pas souveraine. Mais où se trouve-t-il aujourd’hui ?

Pour vous, le problème c’est Koulibaly ?

Puisqu’après avoir mis Gbagbo dans le feu, il s’est retrouvé au Golfe pour dire : « on a perdu ! » C’est lui qu’Alassane Dramane Ouattara a envoyé au Ghana convaincre Paul Yao N’dré de venir investir Ouattara. Je dis les choses telles que la Côte d’Ivoire les a vécues.

Quelle est votre solution pour sa libération ?

Je remets avant tout sa libération à Dieu parce que je n’ai pas d’armes à donner aux bétés pour dire allons tuer ceux qui sont au pouvoir. Ensuite, dès que je suis élu président de la République, je vais demander à la CPI de me restituer le président Gbagbo et Charles Blé Goudé étant donné que la Côte d’Ivoire n’a pas ratifié les statuts de la CPI.

Mais vous-même vous savez que vous ne pouvez pas gagner

Ce n’est pas ce que vous dites qui compte en politique. Car en politique, c’est l’électeur qui décide. Moi ça me fait quarante de présence sur le terrain et le moment n’était pas encore venu. Mais j’ai 70 ans et depuis mars, j’ai atteint la plénitude spirituelle.

Interview réalisée par Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°917
NB: Le titre est civox.
 




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