Interview : Crise post-électorale : Alpha Blondy (artiste ivoirien): « Ce n’est pas fini »

Il n’a pas trahi sa réputation d’artiste engagé, qui parle à « livre ouvert ». Avant-hier jeudi 07 mars 2013, sur la Radio mondiale (Rfi) où il était l’invité de Clady Siar, célèbre animateur de « Couleur tropicale », pour présenter son dernier album « Mystic power » Alpha a mis le doigt, là où ça fait mal. France-Afrique, chefs d’Etat africains bonobos (marionettes), crise ivoirienne, ivoirité, rien n’a échappé au « scalpel » de la critique de Seydou Koné…

Samedi 9 Mars 2013 - 07:38


Interview : Crise post-électorale : Alpha Blondy (artiste ivoirien): « Ce n’est pas fini »
« L’horizon est très dangereux » Voici les présidents « bonobos »

La chanson «  Seydou », c’est toi ?

Alpha Blondy : Ce n’est pas vraiment moi, ça aurait pu être moi. Parce que je voulais mettre mon doigt sur le traumatisme post-électoral, j’ai choisi un combattant qui s’appelle Seydou qui est traumatisé, qui marche seul, qui parle seul. Qui rit et qui pleure avec ce long fusil qu’il trimballe. Donc, je lui dis « Seydou, calme-toi. Pardonne, accroches-toi à ta foi, on dit que la guerre est finie donc, Seydou, pardonne ».

Ça pourrait être toi parce que toi aussi tu as pleuré, tu as dis ta colère par rapport à tout ce qui s’est passé depuis de longues années en Côte d’Ivoire. Tu t’es engagé, tu as été ambassadeur de bonne volonté, tu as mis toutes tes forces dans la bataille pour trouver des solutions.

A.B : C’est vrai, mais, malheureusement, ceux qui voulaient la guerre ont eu raison.

« Mystic power » est un album important parce qu’il arrive à un moment crucial de l’histoire de la Côte d’Ivoire et les chansons qui sont dans cet album sont des chansons qui traduisent  la réalité des gens, les difficultés d’un pays ?

A.B : En effet. Nous avons la chance de voyager, d’être à l’écoute de notre continent, de notre monde. Cet album m’a permis de chanter mes pleurs, mes blessures et même mes mea-culpa.

Alpha, lorsque certains souhaitent dénoncer un certain obscurantisme, l’islamisme, le terrorisme, ils ont des propos blessants, gênants, insultants. Toi, tu fais une chanson et on a vraiment l’impression que c’est un musulman qui prie et qui partage avec les autres

A.B : Plusieurs fois, il y a eu cet amalgame. Les gens ont confondus musulman et terroriste. Ce n’est pas vrai. Il y a dans le Coran, un passage dans lequel Dieu nous met en garde contre les prévaricateurs. Et les prévaricateurs, il y en a dans toutes les religions. Ce sont des gens qui se mélangent avec les croyants mais qui posent des actes qui vont contre Dieu. Comment est-ce qu’un musulman  peut se substituer à Dieu et enlever une vie ? Allah n’est pas un Dieu criminel, terroriste. Mahomet n’est pas un prophète terroriste. Ce que je voudrais dire, c’est que ceux qui ont des griefs personnels et qui veulent commettre des crimes, de grâce, qu’ils le fassent en leur nom.  Dieu n’est pas leur propriété.

Il y a quelques années tu avais interprété une chanson où tu disais « Armée française, allez-vous en ». Est-ce qu’aujourd’hui, tu chanterais la même chose face à l’intervention française dans le Mali qui a permis de repousser ces islamistes dans les montagnes ?

A.B : Je vais vous dire une chose. Cette chanson a été écrite en 1995 et chantée en 1998.  Il n’y avait pas tous ces problèmes. Je vais te dire quelque chose, c’est que la souveraineté se mérite. Des fois, j’ai l’impression que les Etats africains hypothèquent leurs souverainetés.

Est-ce que cette intervention française ne fait pas que révéler l’impuissance, les faiblesses des Etats africains ?

A.B : Je vais conjuguer dans ton sens. Regardons le problème ivoirien. Si nos élections s’étaient passées de façon démocratiques, cool, fair-play comme on nous l’a dit, comme les politiques nous l’on dit. Comme au Sénégal où le vaincu appela le vainqueur et le félicita… C’est ce que j’ai cru, parce que j’ai été naïf. Ça n’a pas été le cas. C’est devenu une guerre, et il a fallu que l’armée française, la France, intervienne pour éviter que les nègres se « génocident » une fois de plus. Ils ont hypothéqué  notre souveraineté parce que le pouvoir qui est en place aujourd’hui sera redevable à la France. Donc, il ne faut pas que les  Africains posent des actes qui compromettent notre souveraineté.  Au Mali, l’Union africaine fait quoi ? L’Union africaine devrait avoir une force d’intervention rapide pour que quand un pays comme le Mali est soumis à l’invasion d’une certaine force islamisante, ils puissent intervenir. Ils n’ont pas à attendre que ce soit la France qui vienne encore intervenir. Et je voulais, dans le même élan, rappeler aux bérets rouges et aux bérets verts du Mali qu’ils arrêtent de se ridiculiser.

Raconte l’état d’esprit dans lequel tu étais pour l’enregistrement de cet album  

A.B : « Mystic power » a été fait de façon tout à fait normale. Dans ma chambre à Paris, j’ai fait d’abord la chanson « Réconciliation ». J’ai appelé mon frère Wyper Saberty. Il est venu dans ma chambre à Paris, dans mon studio mobile, il a posé sa voix. Ensuite, j’ai appelé mon frère Meiway, il est venu et a posé sa voix. Et puis, j’ai appelé aussi Tiken Jah. Fakoly est venu à mon hôtel, il a écouté la musique, a pris ses musiciens et a posé sa voix.

C’est donc une double réconciliation, d’abord pour la Côte d’Ivoire et ensuite entre Tiken et toi ?

A.B : Je vais te dire une chose. J’avais un chimpanzé. Et il a agressé son image devant le miroir. C’est Tiken et moi. Tiken est mon image, ma projection, c’est comme mon fils et j’en suis très fier. Et il m’a rendu hommage en acceptant de travailler sur cet album. Il y a aussi les petits frères de Magic System qui ont travaillé mais, malheureusement, on n’a pas pu mettre leur travail sur l’album international. Il y a Ismaël Isaac, un autre petit frère qui a fait un très bon travail. Je voulais aussi dire merci à Monique Séka qui n’est pas venu à la Caravane parce que son manager ne  s’est pas mis d’accord avec les organisateurs.

Le titre « France-Afrique » montre qu’avec l’âge, Alpha ne se calme pas dans ses propos. Tu dis par exemple : « Les chefs d’Etats africains se sentent redevable, cette aliénation est inacceptable… », Complexe du colonisé ?

A.B : Ce que je veux dire, c’est que la démocratie va nous aider à nous défaire de tous les Présidents africains bonobos qui se sentent redevable. Parce que, quand quelqu’un est arrivé au pouvoir de façon anti-démocratique, et qu’il est la marionnette de quelqu’un qui est à Paris, Londres, New-York,  comment voulez-vous que celui-ci puisse défendre nos intérêts ? C’est cela les Présidents-Bonobos, c’est à cette relation cheval-cavalier et nous les Africains, on ne veut pas être les chevaux de cette relation.

Dans le titre « la bataille d’Abidjan », tu dis et je te cite : « Ils disaient dans ce pays qu’il faut qu’on se frappe un jour, qu’on se frappe bien et après, on va se respecter ». Qui a dit ca ?

A.B : Eux tous. Durant ma mission, j’ai entendu ça. Des gens qui disaient : « Jagger, vieux père, ton histoire de paix-là, en Côte d’Ivoire, si on ne se frappe pas normalement, on ne va pas se respecter. Qu’il y ait un vainqueur et un vaincu et à partir de là, on va repartir à zéro ». C’est ce qu’ils ont dit. Tous les deux ou trois camps.  Ils ont tous dit la même chose.

Il y a-t-il encore le danger de l’Ivoirité en Côte d’Ivoire ?

A.B : Oui, bien sûr. Je crois que ce qu’on a vu est « petit » par rapport à ce qui arrive à l’horizon. L’horizon est très très dangereux.  C’est un horizon très effrayant qui se présente à l’horizon. Ils prennent tous ce concept de l’Ivoirité à la légère. Le grand frère Gbagbo a refusé de céder le pouvoir au grand frère Ouattara, parce que dans ce concept de l’Ivoirité, il a été dit au début « tout sauf Ouattara ». Donc, il a appliqué « le tout sauf Ouattara ». Et ce n’est pas fini.

Mais c’est quand même lui qui l’avait ramené dans le jeu au moment où Guéi était au pouvoir ?

A.B : A propos, je vais te dire. M. Bédié qui était au pouvoir au moment où ce concept est arrivé, a été lui-même dépassé, brûlé par ce concept. M. Bédié dit que pour lui, c’est un concept culturel. Quand Bédié est tombé par ça, Guéi est arrivé et il a fait entrer l’Ivoirité dans l’armée. Les soldats d’origine nordiques, les Wattao, Chérif Ousmane en ont été victimes. Et les survivants ont fui, ils sont allés au Burkina, enfin bref, quand Gbagbo est arrivé au pouvoir, ces mêmes ivoiritaires sont allés se mettre derrière lui. Je lui ai dis : « Attention grand frère, les ivoiritaires sont en train de te prendre comme bouclier », et ça n’ pas raté.
 
                              Propos recueillis par  Armand B. DEPEYLA
 
 
Source: Soir Info


 




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