Interview/ Blaise Pascal Logbo, président du NPR: "Présidentielle de 2015, nous y serons tous"

Blaise Pascal Logbo, président du NPR, dans une interview accordée au quotidien Le Temps, aborde sans détour l'actualité de la politique ivoirienne. Gestion du pouvoir par Ouattara, CPI , présidentielle de 2015, opposition, congrès du NPR ..., dit ses vérités.

Samedi 25 Janvier 2014 - 00:58


Blaise Pascal Logbo, président du NPR
Blaise Pascal Logbo, président du NPR
Le Temps: Quelle est votre analyse du discours des vœux à la nation du chef de l'Etat Alassane Ouattara ?

Blaise Pascal Logbo: Nous voudrions saisir cette occasion pour présenter nos vœux aux ivoiriens et aux étrangers vivant en Côte d'Ivoire. A tous nous souhaitons une très bonne et heureuse année 2014. Nous leur souhaitons une très bonne santé, beaucoup de courage pour affronter le quotidien difficile qui est le leur, et la réussite dans toutes leurs entreprises.
Pour revenir à votre question, nous voulons juger le chef de l'Etat sur ses actes et non sur ses discours. Rappelez-vous de toutes ses promesses de campagne non tenues, les ivoiriens attendent toujours la pluie des milliards promise.
Il faut par ailleurs souligner que son message est douteux et relève de la propagande politique. Ouattara parle de croissance. Mais de quelle croissance parle-t-il? Un pays en croissance, qui part quémander secrètement un prêt de quelques milliards au Congo? Nous doutons fortement de cette croissance d'un pays surendetté. Mais en réalité, la croissance dont il s'agit concerne des entreprises étrangères, des multinationales. Pendant que leurs activités économiques croissent, le pouvoir financier de l'Etat décroit. C'est cela la réalité. Dans le fond, la prospérité de ces multinationales, préoccupées à rapatrier leurs bénéfices, ne profite pas considérablement aux populations des pays où elles sont installées. C'est ce qui explique la paupérisation croissante des ivoiriens. Mais il ne faut pas brandir la croissance des entreprises pour dire que le pays se porte économiquement bien. Les ivoiriens attendent le gouvernement sur le terrain de la micro-économie. Que fait Ouattara pour créer des emplois, après en avoir détruit par milliers dès sa prise du pouvoir? Que fait-il concrètement pour réduire le coût de la vie en croissance exponentielle, qui annule considérablement tout effort d'augmentation de salaire? Des entreprises riches face à un Etat pauvre, cela est fort inquiétant pour l'économie globale. Ce que nous disons est soutenu par Ouattara lui-même, lorsqu'il dit ceci dans son discours: "Nous avons d’importantes réformes à achever pour faire sentir les effets de nos performances économiques sur votre quotidien." Il a au moins l'honnêteté de reconnaitre que sa macro-économie qui le fait jubiler, comme s'il était le gérant de ces entreprises prospères, n'a aucun effet sur le quotidien des ivoiriens. Reconnaitre ce fait c'est faire l'aveu de son échec. Donc pour nous, le Chef de l'Etat, dans son message à la nation, a dit haut et fort aux ivoiriens qu'il a échoué à leur apporter le bonheur promis, lui qui se ventait d'être la solution. "ADO solution" est ,a posteriori,  un slogan mensonger. Et cela les ivoiriens l'ont bien compris et, nous l'espérons, ne seront pas dupe la prochaine fois.
Il a évoqué l'augmentation du SMIG. Mais fondamentalement cette augmentation n'est pas la solution à la vie chère que reconnait Ouattara, soulignant lui-même que nombreux sont les ivoiriens qui éprouvent des difficultés à joindre les deux bouts. Il faut combattre l'inflation en s'attaquant vigoureusement à ses causes. Sans cela, l'augmentation des salaires n'aura aucun  effet réel sur le pouvoir d'achat des consommateurs. Car les prix flambent tous les jours. Aujourd'hui, dans quelle condition se loge-t-on particulièrement à Abidjan avec un SMIG de 60.000 franc cfa? L'on nous parle des logements sociaux. Peut-on avoir accès à un logement social avec ce SMIG? Depuis plus d'une décennie le problème immobilier est devenu le champ libre de tous les abus dans notre pays. La cherté de la vie et le logement sont  des problèmes qui nécessitent des réponses vigoureuses. Car si l'on n'y prend garde, nous assisterons malheureusement, dans les années à venir,  à une clochardisation des ivoiriens dans la ville d'Abidjan.
Dans son discours à la nation, Ouattara a parlé de paix, de réconciliation et de cohésion nationale, sans aborder la question des droits de l'homme. Cette question a été sciemment éludée. Or sans le respect scrupuleux des droits de l'homme, c'est vouloir bâtir un édifice sans fondement en recherchant la paix, la réconciliation et la cohésion nationale. L’embrasement d'une société part généralement des injustices et des frustrations causées par le non respect des droits de l'homme. Aujourd'hui les exactions et autres crimes impunies des FRCI et des milices dozo continuent. Il faut y mettre fin par des actes. Il faut libérer tous les prisonniers politiques sans distinction. Il faut favoriser le retour des exilés, en annulant déjà les mandats d'arrêt internationaux lancés contre certains d'entre eux. La libération de tous les prisonniers politiques sans distinction pourra les rassurer que le régime ne veut plus de prisonniers politiques dans notre pays. Cela pourra les encourager à opérer le grand retour. Il faut sortir des incantations pour passer aux actes. Il faut cesser d'utiliser consciencieusement les fausses clés pour tenter d'ouvrir la porte, afin de faire croire qu'on n'a fait des efforts pour la réconciliation sans y parvenir. Pour une fois, ADO doit au moins prouver qu'il est la solution.
Il a également évoqué la question de la sécurité, qu'il juge mieux assurée partout dans le pays. Certes il argumente son jugement avec des chiffres. Mais sur le terrain, concrètement, a -t-il créé les conditions d'une véritable sécurité. Les ivoiriens doivent savoir que des milliers d'ex-combattants rebelles ne sont toujours pas désarmés. Dans plusieurs quartiers d'Abidjan, ces ex-combattants s'adonnent aux agressions, au grand banditisme en usant de leurs armes. Il faut mettre fin à cette situation en désarmant ces ex-combattants. Sans cela, tout laissera penser que le régime entretient volontairement cette situation à des fins militaro-politiques.
 
Le Temps: Vous êtes l'initiateur des grandes manifestations d'ivoiriens à La Haye avec l'ex copaci (Courant de pensée et d'Action de Côte d'Ivoire), aujourd'hui NPR. Où en sommes nous avec le dossier dans l'affaire Gbagbo contre le procureur ?

B.P.L: Nous voudrions juste préciser que nous ne sommes pas gérant de l'affaire Gbagbo contre le procureur. Une équipe d'avocats, avec à sa tête maître Emmanuel Altit, est commise à cette tâche et l'assure très efficacement. Nous  ne pouvons  que donner l'avis d'homme politique,  observateur de la vie politique nationale et internationale. Cette précision étant faite, nous constatons comme bon nombre de personnes que plus de deux ans après le renversement du Président Gbagbo le Bureau du Procureur de la Cour Pénale Internationale, malgré tous les grands moyens mis à sa disposition, fait de facto l'aveu d'un manque de preuves à charge contre Gbagbo. Partant de ce constat, j'estime que les juges de la CPI auront à faire face à l'évidence. Pour nous, cette évidence n'est rien d'autre que la non confirmation des charges et la libération du Président Gbagbo.  Pour donner une certaine crédibilité à la CPI, les juges de la Chambre Préliminaire I ne devront pas se dérober de la logique. Si les charges n'ont pu être confirmées le  3 juin 2013 pour insuffisance de preuves, elles ne doivent pas non plus l'être  après le 13 janvier 2014 pour le même motif. Mieux, ces charges doivent être infirmées et Gbagbo libéré. C'est cela la logique juridique à laquelle nous  assisterons dans les mois à venir, faute de quoi, la CPI confirmera sa partialité, sa dépendance, sa politisation. Pour toutes ces raisons, nous pensons que Gbagbo revient bientôt en Côte d'Ivoire, parce que Bensounda n'a aucune preuve contre lui, la CPI est donc devant l'obligation de le libérer sans condition.
 
Le Temps: Certains partis de  gauche,  dont votre parti fait partie, appellent à une coalition pour battre Ouattara aux élections de 2015, qu'en pensez vous ?
 
B.P.L: Nous appelons et ne cesserons d'appeler à une coalition des partis de gauche. Le réalisme politique nous interpelle tous sur la nécessité d'une telle coalition. Si une différence d'une voix peut faire perdre même une élection présidentielle, il faut donc reconnaitre que toute voix compte en démocratie et des partis comme le notre doivent être considérés. La gauche ivoirienne doit savoir et pouvoir s'unir, quand il le faut, pour espérer gagner une élection présidentielle. A côté de cette union de la gauche, la vie politique nationale nous impose aussi d'adopter une bonne stratégie pour rallier à notre combat tous les déçus et désenchantés du régime actuel. Voilà ce qui, en notre sens , pourra constituer les bases sûres d'une victoire de la gauche, à la présidentielle de 2015. Sans cela, tous nos actes et discours ne seront  qu'agitations  de rêveurs plongés dans un sommeil dogmatique, face à un Ouattara prêt à s'accrocher au pouvoir.Le NPR est pour une coalition de partis  de la gauche. Mais nous soutenons que si ceux qui aujourd'hui préconisent cette coalition le font pour la trahir demain, il ne sert à rien de la créer.
 
Le Temps : Que pensez vous du dialogue entre le pouvoir et l'opposition ?
 
B. P.L: Malheureusement ce sont les mêmes qui discutent depuis Marcoussis, nous espérons que leur mésentente traditionnelle ne va pas provoquer une autre guerre plus meurtrière. Pour le NPR, c'est un dialogue de sourds. Le dialogue politique, devant servir à résoudre des problèmes de fond, est malheureusement, depuis quelques temps, utilisé comme une pratique dilatoire pour avoir l'adversaire à l'usure. Nous pensons que le problème actuel de la Côte d'Ivoire est trop grand pour que quelques partis se retrouvent entre eux, comme à leurs habitudes, pour en parler, en excluant d'autres partis politiques et plusieurs Organisations de la société civile.  Il faut élargir la table de discussion. Car les partis politiques, ne doivent pas avoir la prétention de se donner le monopole de décider du présent et de l'avenir de la Côte d'Ivoire. Nous pensons que cela est essentiel car il y a des ivoiriens qui ne se retrouvent ni ne se reconnaissent dans aucun parti politique. Mais leurs avis comptent aussi à travers les différentes Organisations qui les représentent ou sont sensées les défendre, même s'ils n'en sont pas effectivement membres. Nous disons cela, parce que nous pensons que le problème actuel de la Côte d'Ivoire nécessite un débat national et non un débat entre gouvernement et quelques partis politiques.
 
Le Temps: Que pensez vous d'une éventuelle candidature de Bédié à la présidentielle de 2015 ?
 

B.P.L: C'est le PDCI qui décidera. Mais pour nous, la constitution de notre pays disqualifie Monsieur Bédié qui a dépassé l'âge constitutionnel requis pour y prétendre. Bédié oublie que nous sommes dans une démocratie et non dans une gérontocratie. C'est pourquoi la constitution impose une limite d'âge pour être candidat en Côte d'Ivoire. Il y a besoin de le lui rappeler, lui le président du parti démocratique et non gérontocratique de Côte d'Ivoire.
Nous sommes attristés de constater que des hommes politiques se comportent comme si la constitution ivoirienne n'existe plus. Vouloir fouler aux pieds les lois de la République, après avoir dirigé ce pays, cela est bien grotesque, incongru et regrettable. Quel exemple veut-on donner à la génération actuelle et aux générations à venir? Évitons l'anarchie et respectons la constitution dans sa lettre et dans son esprit.
 
Le Temps: Votre parti le NPR, prépare son premier ordinaire en avril prochain, à l'hôtel pullman, quel sera votre message au peuple de Côte d'ivoire ?

B.P.L: Notre message sera une  adresse historique de la diaspora au peuple de Côte d'Ivoire. Nous pensons qu'il faut appeler au changement et à la rupture, parce que nous considérons que tous les partis politiques signataires des accords de Marcoussis, qui ont d'ailleurs été les seuls bénéficiaires desdits accords dans un gouvernement d'union nationale qui a pillé impunément la Côte d'ivoire, ont montré leurs limites. Pour nous ces partis ont une responsabilité directe dans la crise post-électorale qui a décimé et endeuillé encore notre pays, pour n'avoir pas respecté les accords qu'ils ont eux- mêmes signés. Des élections organisées sans désarmement constituent un manquement constitutionnel (article 38) grave. Le NPR accuse tous les responsables de ce manquement.
 
LeTemps: Le NPR sera t -il aux élections de 2015 ?
 
B.P.L: Les partis politiques sont faits pour aller aux élections; donc à la présidentielle de 2015, nous y serons tous. Mais nous n' irons pas aux élections n'importe comment. Il faut qu'un minimum de conditions démocratiques soient réunies, entre autres le désarmement, la révision des listes électorales, la recomposition de la CEI, la réconciliation nationale, qui inclut le retour de tous les exilés et la libération des prisonniers politiques.

Source: Le Temps du vendredi 24 janvier 2014




Tags : Logbo, NPR

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