Interview- Annonçant son retour en politique, Andrienne GAE à propos de la situation en Côte d'Ivoire: "C'est par le combat que nous gagnerons"

Jeune et dynamique, elle ne cache pas sa passion pour la politique. Elle refusant de la subir, elle a fait le choix d'en aussi une actrice. Andrienne Kpoyou Gaé, c'est d'elle qu'il s'agit, s'est engagée en politique il y a de cela quelques années. Cette patriote, élue Miss pagne à Paris en 2005 et qui a côtoyé le milieu de la mode, est aussi porteuse d'un rêve pour son pays. Un rêve qu'elle espère réaliser par la voie de la politique. Après moment de retrait de la politique dû à quelques contraintes, cette amazone originaire de Zikisso, jeune sous-préfecture située dans le sud-ouest de la Côte d'Ivoire, a décidé de refaire surface. Dans cette interview qu'elle nous a accordée, elle parle de son engagement et de ses ambitions politiques, sans manquer de s'exprimer sur la situation socio-politique de la Côte d'Ivoire. Interview.

Lundi 22 Décembre 2014 - 06:16


Andrienne GAE: " je pense que c'est à travers la politique que je peux faire avancer d'autres causes."
Andrienne GAE: " je pense que c'est à travers la politique que je peux faire avancer d'autres causes."

Civox: L'on vous a vu aux côtés de Blaise Pascal Logbo, président du NPR (Nouveau parti pour le Rassemblement), vous faisiez aussi partie de ces  amazones qui, dès les premières heures de la crise post-électorale de 2010, ont occupé les rues parisiennes pour dire "NON" à l'impérialisme occidental qui s'est activé à installer l'actuel régime ivoirien par la guerre. Mais l'on ne vous a plus revue depuis le 11 avril 2011. Qu'est ce qui  pourrait expliquer ou justifier ce retrait?

A. GAE: Je vous remercie monsieur, votre question est bien venue. C'est vrai que depuis tout ce temps l'on ne m'a plus revue, et les gens se posent beaucoup de questions. Aujourd’hui je voudrais donc en donner la raison. Avant le 11 avril, j'étais à Zikisso, dont je suis originaire, pour promouvoir L'ex-COPACI (Courant de Pensée et d'Action de Côte d'Ivoire), dont j'étais la présidente des Femmes. J'y étais pour organiser un grand tournoi de football et en profiter pour parler du COPACI. Mais les choses se sont très mal passées par la suite. A mon retour de cette campagne politique le 15 août 2009, j'ai été souffrante, j'ai eu des difficultés. Depuis lors, ma vie n'a plus été la même. Malgré tout cela je m'accrochais pour  pouvoir être au milieu de mes camarades politiques, parce que mon pays n'allait pas bien. Car je tiens à mon  pays, je l'aime comme une mère aime son enfant. Ainsi, malgré ma souffrance, mon état de santé, je m'accrochais pour pouvoir être au milieu de mes camarades. Le 3 février 2011, mon état de santé s'est aggravé, et j'ai été  hospitalisée ce jour-là. Par la suite la Côte d'Ivoire a été attaquée. j'étais sur mon lit d'hôpital quand j'ai su que le Côte d'Ivoire était tombée, que le pouvoir était tombé dans les mains des rebelles. J'étais très malheureuse en voyant les images. Les personnes présentes dans ma chambres étaient obligées d'arrêter la télévision, parce que ma tension ne cessait de monter. Quand je suis sortie de l'hôpital les choses n'ont cessé de s'aggraver. Mais quand on ne se sent pas bien, on ne peut pas mener le combat comme on le veut. Je devais donc  mener le combat de ma santé prioritairement avant de pouvoir mener un autre combat. C'est dans ce combat fondamental que j'étais. Et c'est la raison pour laquelle l'on ne me voyait plus.  En ce moment je ne saurai entrer dans plus de détails. Mais maintenant je me sens bien, et je pense que je peux reprendre à nouveau le combat là où je l'avais laissé.   

Civox: Depuis quelques temps, vous envisagez cependant de faire votre retour sur la scène politique. Quelles sont les motivations de ce retour?


 

 A. GAE: J'ai toujours aimé la politique. Comme on le dit : "En politique, on appelle pas, on s'impose". Mais pour s'imposer il faut d'abord l'aimer, il faut avoir une vision. Et je pense que c'est à travers la politique que je peux faire avancer d'autres causes.

CIvox: La politique se présente parfois comme une jungle où tous les coups sont permis, où les loups prennent plaisir à dévorer les agneaux. Sous les tropiques, elle est parfois présentée comme une affaire de sorciers. Mais vous ,en tant que femme, pensez -vous pouvoir émerger dans un tel milieu ?

A.GAE: Je vous remercie pour cette question pertinente. En tant que politicienne, je ne dois reculer devant rien, parce que la politique a toujours été un combat très difficile. On peut y recevoir des coups mystiques ou physiques. Mais quand on tombe après avoir reçu ces coups, la plus grande qualité est de savoir se relever. Je pense avoir toute la force pour foncer. Je foncerai quelques soient les obstacles qui se présenteront devant moi.

Civox: Votre "carapace" reste donc solide malgré tout..

 

A. GAE: Je pense que je suis de Dieu. Et comme il m'a sauvée la première fois, je place toujours ma confiance en lui. Avec la foi l'on parvient à déplacer des montages. Donc avec cette foi, je déplacerai des montagnes en politique.

Civox: Vous faites votre retour dans un autre parti politique ou au NPR que vous aviez quitté?

A. GAE: Je tiens à préciser que l'ex-COPACI devenu NPR (Nouveau parti pour le Rassemblement ) a toujours été ma maison. Je n'ai donc jamais quitté le NPR. Malgré ma souffrance, mes camarades étaient toujours à mes côtés. Ils savaient exactement ce qui se passait. Il savaient que j'avais un problème de santé. C'est ma vie privée, on ne pouvait pas le dire. Il n'y avait que moi seule qui pouvais dire ce qui m'arrivait. Maintenant je fais mon retour au NPR, parce que je sais que c'est là que j'ai toujours été et c'est là que se trouve ma place. On n'avait le projet ensemble pour que l'ex-COPACI qui était une Association de la société civile devienne un parti politique. Quand il est devenu parti politique j'étais toujours là. Et maintenant je suis très heureuse d'être là, de faire partie des membres de ce grand parti qui a un nom qui me touche énormément, le Nouveau Parti pour le rassemblement. Je suis vraiment très heureuse de faire partie de ces Rassembleurs -là. Car nous voulons rassembler les ivoiriens du sud, du nord, de l'est, de l'ouest et du centre autour d'un idéal républicain, afin qu'ensemble nous bâtissions une Côte d'Ivoire de la justice sociale, plus démocratique, plus juste, où règnent les libertés, la paix et la prospérité pour tous.

Civox: Votre retour est-il accompagné d'ambitions nouvelles ?

A. GAE: J'ai toujours eu des ambitions, comme toute personne qui vient militer dans un parti politique. A l'époque, ce n'était pas un parti, mais on avait toujours un rêve, des ambitions pour que l'ex-COPACI devienne un jour un parti.   C'est donc maintenant l'occasion, étant donné qu'il est devenu parti. Je suis très heureuse que je puisse demain réaliser mes ambitions. Pour l'instant je ne les dévoilerai pas. Mais j'ai des ambitions comme tout politicien et toute politicienne.

Civox: Il est vrai que vous annoncez votre retour en politique. Mais il est pour quand ce retour?

A. GAE: J'ai décidé de faire mon retour en 2015. Je commencerai donc cette nouvelle année en laissant 5 ans de souffrance derrière moi. 2015 sera pour moi l'année d'un nouveau départ en politique.

Civox: L'on vous sait, pour ceux qui vous connaissent bien, très engagée, quand vous défendez une cause à bras- le -corps. D'où tirez vous cette force qui vous pousse à vous engager de la sorte?

A. GAE: Je me suis toujours appelée "Madame Andrienne Gaé, sans niveau, mais une femme de vision et très déterminée". C''est de la sorte que je me qualifie. C'est vrai que quand je fais quelque chose, je vais jusqu'au bout, parce que je le fais avec le cœur et non en étant sous influence. Je le fais parce que j'ai envie de le faire. Et en politique, quand on est une personne déterminée, on finit par y arriver, on finit par accomplir ce qu'on a dans le cœur.  J'ai toujours été une personne déterminée dans tous les combats que je décide de mener.

Civox: Vous êtes une femme, et certaines femmes pensent que la politique est une affaire  d'hommes. Avez vous un message à adresser à ces femmes?

A.GAE: Je peux  leur dire qu'il fut une époque où les choses se passaient ainsi, où la politique était une affaire d'hommes. Mais de nos jours, nous voyons qu' au Brézile et même en Afrique, des femmes sont des Chefs d'Etat. Donc  la réalité de notre temps est que la politique n'est pas qu'une affaire d'hommes. Et je peux dire heureusement d'ailleurs, parce que quand une femme est quelque part, elle est plus sensible, elle est d'une sensibilité qui la pousse à poser des actes positifs et bénéfiques à tous. Je pense que partout en Afrique s'il y avait des femmes à la tête des Etat,  les guerres pourraient prendre fin.

 


 


 Civox: Vous êtes une jeune dame engagée en politique. Bien qu'ignorant si vous êtes mariée ou pas, je voudrais savoir si vous ne craignez pas que votre engagement politique mette en mal votre vie privée ...

A. GAE: Je voudrais vous rappeler que je ne suis pas la première femme qui fait la politique. Il y a des milliers de femmes qui ont toujours fait la politique et qui ont une vie privée, c'est-à-dire des femmes qui ont aussi des foyers, qui sont des mamans et qui pourtant donnent le meilleur d'elles mêmes en politique. Je ne pourrai pas entrer dans les détails.Mais je pense que j'ai suffisamment de force pour pouvoir mener ma vie de couple ou de mère tout en faisant la politique.

Civox: Vous voulez donc dire que vous êtes mariée,  que vous menez une vie couple?

A. GAE: Cette question est indiscrète. C'est ma vie privée, je n'en dirai pas plus.                                                                                                                 

Civox: Malgré votre retrait de la politique pendant un moment, vous suiviez les événements politiques de la Côte d'Ivoire. Le régime Ouattara continue de faire des prisonniers politiques. Nous avons Simone Gbagbo en prison. Il y a eu le transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye, suivi de celui de Blé Goudé. Tous deux attendent leurs procès, après la confirmation des charges. Que pensez- vous de cette situation ?

A. GAE: Je voudrais tout simplement dire que  c'est quand même honteux que les choses se passent comme ça de nos jours en Afrique. Les africains doivent être capables de juger leurs prisonniers sur le continent. Ces transfèrements nous rappellent une certaine époque où des africains étaient déportés, parce qu'ils refusaient de se soumettre à l'homme blanc. Je pense que s'il doit y avoir justice, il ne faut pas juger des personnes d'un seul camp, pendant que l'on s'accorde à dire qu'il y a eu des crimes dans les deux camps. Je trouve que ce qui se passe en ce moment est de l'injustice. Je condamne cette injustice dont le monde entier est témoin.

Civox: Avez -vous un message particulier à adresser à vos camarades du NPR et aux ivoiriens ?

A. GAE: Je voudrais saluer les braves et dynamiques femmes du NPR qui ont mené le combat pour maintenir le parti en éveil. Elles travaillent nuit et jour pour entretenir la maison . Je voudrais les saluer pour tout le travail de préparatif du Congrès d'avril dernier qu'elles ont effectué. J'ai suivi tout cela de près. Je salue leur bravoure. Je viens pour consolider leurs efforts, pour que tous ensemble nous puissions donner le meilleur de nous-mêmes. Je salue aussi les braves hommes du parti. Car comme on le dit :« derrière un grand homme se  trouve une grande dame ». Je salue en particulier le président Blaise Pascal Logbo pour son combat. Je salue son Bureau. Je leur dit simplement que je suis très heureuse qu'il m'ouvrent à nouveau les portes du parti. Je voudrais aussi saluer tous les ivoiriens qui se battent nuit et jour pour que la Côte d'Ivoire ne sombre pas, afin qu'elle puisse être toujours debout. Il faut qu'ils sachent que c'est par le combat que nous gagnerons. Malgré ma souffrance, j'étais là quand je pouvais. Qu'ils sachent que je n'étais pas ailleurs  et j'avais pas baissé les bras pendant ces moments-là.

 Interview réalisée par Claude Ossadi


 






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