Interview/ Anicet Djéhoury, Chef de cabinet du président Abel NAKI : "On veut tuer la démocratie dans notre pays...On veut contraindre le peuple ivoirien à une pensée unique..."

Anicet Maxime DJEHOURY né le 26 Juillet 1974 à Abidjan, Titulaire d'un Master I Mention Droit des Affaires et d'un Master II Banque Finance Assurance Spé. Gestion du Patrimoine obtenus à l'Université d'Angers en France, Anicet Maxime DJEHOURY est Gestionnaire d'Assurances de Profession dans une banque française.
Auteur de deux ouvrages parus aux Ed. l'Harmattan (Marcoussis: les Raisons d'Un Echec en Juillet 2005. La Guerre de Côte d'Ivoire, La Dernière Expédition Coloniale en Novembre 2007), il occupe également les fonctions de Chef de Cabinet du Président du Cri-Panafricain et de Responsable de la Section du Cri-Panafricain Bordeaux.

Dimanche 31 Mai 2015 - 22:49


Anicet Djéhoury, Chef de cabinet du président Abel NAKI
Anicet Djéhoury, Chef de cabinet du président Abel NAKI
Le Cri-Panafricain est membre de la plateforme de l'opposition contre le pouvoir actuel. Qu'est-ce qui explique votre alliance à cette coalition?


Intégrer la CNC n'est pas pour le Cri-Panafricain, une décision d'opportunité. C'est le fruit d'une profonde réflexion. Nous avons, il y a plus d'un an rédigé un projet d'alliance de l'opposition politique et civile parce que nous estimions déjà à l'époque que la seule façon de mettre la Côte d'Ivoire sur le droit chemin, sur la voie de l'apaisement, de la réconciliation nationale, était de réunir les filles et fils de notre pays autour d'un projet consensuel.
Voir la coalition Nationale pour le Changement naître au grand jour est une satisfaction et nous félicitons les camarades de la 3ème voie qui ont porté ce projet jusqu'à son aboutissement.
Les combats à venir pour une Côte d'Ivoire démocratique où se dérouleront des élections transparentes, libres et sans violences; une Côte d'Ivoire définitivement débarrassée des scories de la vengeance politique, du rattrapage ethnique  et de la justice des vainqueurs ne doivent pas être sous-estimés.
Ces combats difficiles n'aboutiront pas par la seule solidarité d'un club d'amis se fermant aux autres Ivoiriens. Ils aboutiront par une prise de conscience collective de l'ensemble des populations.
C'est pour cela qu'au Cri-Panafricain, nous militons depuis longtemps pour une coalition incluant tous ceux qui sans exception ne se reconnaissent plus du régime actuel. C'est-à-dire non seulement les partis politiques, les membres de la société civile ivoirienne mais aussi ceux de la diaspora qui ont joué un rôle très actif ces dernières années.

On connaît le Cri-Panafricain dans les mobilisations à la Haye. Qu'est-ce qui explique votre absence dans les derniers mouvements en faveur de Gbagbo?

Détrompez-vous Monsieur, nous sommes présents dans toutes les manifestations et mobilisations concernant le combat panafricain.
Lors de la grande Marche Internationale de l'Unité Africaine, le samedi 27 décembre 2014 dans les rues de la capitale française. Le Cri-Panafricain a avec Abel Naki mobilisé toute la diaspora africaine pour le respect de la souveraineté de notre continent.
Le 11 avril 2015, pendant que nos camarades  manifestaient avec d'autres africains à Paris, pour le respect des constitutions africaines,  j'étais personnellement à Lectoure dans le Gers en compagnie de l'ambassadeur du Sénégal en France, des autorités françaises et de l'association des travailleurs sénégalais de France.  Ce jour  particulier pour la Côte d'Ivoire est aussi un jour de commémoration et d'Hommage aux combattants africains tombés sur le champ d'honneur. Dans cette ville du Gers, repose en effet une majorité de combattants ivoiriens venus défendre l'intégrité territoriale française.
Depuis avril 2011,  le Cri-Panafricain est avec Abel Naki en tête de toutes les manifestations Pro-Gbagbo de la diaspora, nous nous réjouissons de voir aujourd'hui de nouvelles têtes prendre le relais du combat que nous avons initié et nous les accompagnons autant que faire se peut. Le 30 mai 2015 des camarades, et nous les  félicitons, organisent le déplacement à la Haye pour fêter les 70 ans du Président Gbagbo et la responsable des femmes du Cri-Panafricain est au four et au moulin pour la réussite de cet événement.
Je voudrais rassurer les uns et les autres que sur les questions fondamentales, sur nos valeurs, sur notre soutien au Président Laurent Gbagbo, il n' y a aucun compromis possible. Au Cri-Panafricain, nous sommes tous des Gbagboistes convaincus et non négociables.

On accuse votre  leader Abel Naki d'avoir pactisé avec le régime d'Abidjan. Qu'en est-il exactement?

Il n'en est rien! Nous avons, avec Abel Naki, arpenté quatre années durant les rues d'Europe et d'Amérique pour dénoncer l'injustice faite aux Ivoiriens. Nous l'avons fait sans concession aucune et obtenu des victoires certes importantes au niveau international mais pas suffisantes pour faire changer le cours de l'histoire en Côte d'Ivoire. C'est ainsi qu'à Bordeaux au printemps 2014 est apparue la nécessité que nous ne nous détournions pas du sort de nos concitoyens en Côte d'Ivoire. C'est à cette date qu'est née notre projet d'union de l'opposition politique et civile ivoirienne. L'objectif était double d'une part parler à nos frères ivoiriens qu'ils soient à Abidjan, Duékoué, Grand Lahou, Guiglo, Bouaké, Dabou, Korhogo, Odienné, Gagnoa  et d'autre part rencontrer les différents responsables de l'opposition civile et politique ivoirienne en vue de les sensibiliser à la nécessité d'une union.
Nous avons dès lors décidé qu'un retour en Côte d’Ivoire, la terre de nos ancêtres s'imposait pour continuer la lutte là, où le président Gbagbo l'a menée avant son arrestation. C'est ainsi que notre organisation a donné un quitus à Abel Naki son Président pour qu'il se rende en Côte d'Ivoire. Ce qu'il a fait en obéissant strictement au cahier des charges qui avait été arrêté.
Nous avons peut-être à un certain moment pêché par défaut de communication, mais l'objet général de l'entrevue qui a fait tant de bruit avec Monsieur Hamed Bakoyoko, le ministre de l'intérieur, consistait simplement à obtenir les garanties sécuritaires nécessaires au bon déroulement de notre mission en Côte d'Ivoire.
Aujourd'hui, alors que les clameurs et les accusations injustifiées se sont tues, les faits parlent désormais pour nous. Tous les observateurs avisés de la vie politique ivoirienne savent qu'aujourd'hui en Côte d’Ivoire, en ce qui concerne l'opposition, il y a deux groupes.
D'une part la C.N.C avec en son sein le Cri-Panafricain qui estime qu'il il est primordial de mettre la pression sur le régime Ouattara pour obtenir des conditions d'une élection libre et transparente.
Et d'autre part, une opposition qui est disposée en l'état actuel des choses, avec une CEI monocolore, un conseil constitutionnel au service du régime, une armée tribale, des médias aux ordres, d'accompagner le régime actuel dans une opération de légitimation après son accession brutale au pouvoir.
La suite des événements nous a donné raison parce qu'en politique, seule la vérité du terrain rétablit les faits.

Qu'est-ce qui explique le silence de Naki sur le font patriotique?

Tout ce que je viens d'expliquer est la preuve contraire qu'Abel Naki et le Cri-Panafricain ne sont pas silencieux sur le front patriotique. Au niveau de la diaspora, nous avons montré la voie et je suis heureux de constater que d'autres camarades emboitent le pas d'Abel Naki dans les rues de Paris. Le Cri-Panafricain est à un autre stade de la lutte. Et le terrain ivoirien est désormais son nouveau lieu de prédilection. Nous ne le ferons pas seuls. Nous agirons dans le strict respect de la coalition dans laquelle nous sommes partie prenante. Vous verrez dans les prochains jours et surtout dans la campagne à venir la force de mobilisation de notre organisation, la force de la coalition de l'opposition ivoirienne. Allons seulement.

Si tel est que l'opinion publique ivoirienne pense que le patron du Cri-Panafricain n'est pas sur la bonne route quelle action d'envergure pour redorer son blason?

Comprenez cher Monsieur, et je suis obligé de me répéter que la suite des événements nous a déjà donné et continuera de nous donner raison parce qu'en politique, le terrain ne ment jamais.
Concernant les actions d'envergure pour redorer un quelconque blason, nous vous rappelons que membre d'une coalition de toute l'opposition, il n'est pas question pour notre mouvement de prendre des initiatives solitaires.
Par contre, connaissant les qualités de mon camarade et frère Abel Naki, je puis vous assurer qu'il saura prendre au sein de la C.N.C ses responsabilités notamment quand il s'agira de mobiliser la jeunesse de Côte d'Ivoire. Le président Gbagbo disait souvent, allons doucement car nous sommes pressés. Le calendrier ivoirien est riche d'événements. Il faudra aller arracher au gouvernement les conditions d'une élection libre. Il y a la campagne présidentielle à venir. Sachez simplement que sous sommes prêts et déterminés pour le combat pour la démocratie. Et vous nous verrez sur le terrain, il n'est pas dans nos habitudes de fuir nos responsabilités.

Quelle lecture fait le Cri-Panafricain de la politique et de la gouvernance actuelles de Ouattara?

Sur le plan économique, le gouvernement ivoirien a une approche des investissements qui tient plus de la parade que de l'efficacité. En dépit des effets d'annonce d'une croissance exponentielle à deux chiffres, le désarroi des acteurs économiques nationaux et la méfiance des investisseurs subsistent. Le recours à un endettement sans précédent ainsi que les dérives sur la gestion des finances publiques sont autant de signes qui ne peuvent tromper sur l'état économique du pays.
Le front social est lui en ébullition tant le gouvernement actuel méprise les étudiants, les professeurs, les policiers et l'ensemble des travailleurs. Plutôt que de répondre aux revendications légitimes des différentes organisations syndicales, le régime actuel s'entête à arrêter, menacer et réprimer les différentes manifestations.
Sur le plan politique le Cri-Panafricain s’indigne de la recrudescence d’une campagne d’intimidation de l’opposition entreprise par le gouvernement de M. Ouattara depuis son accession au pouvoir.
En lieu et place d'un dialogue politique constructif pour mettre les Ivoiriens et la Côte d'Ivoire au centre du jeu politique, à quoi assistons-nous? Le chef d'Etat qui n'a jamais reçu en audience un seul leader de l’opposition depuis sa prise de fonction s’attelle plutôt à déstabiliser les partis politiques en choisissant en leur sein ceux qui sont prêts à l'accompagner sans sourciller vers un deuxième mandat. Les cas du PDCI, FPI, MFA sont des illustrations parfaites.

Quelles réactions du Cri-Panafricain par rapport aux dernières arrestations dans les rangs du FPI?

On assiste malheureusement depuis l’accession au pouvoir d'Alassane Ouattara a un recul net de la démocratie en Côte d'Ivoire. On veut tuer la démocratie dans notre pays. On veut emprisonner les esprits en Eburnie. On veut contraindre le peuple ivoirien à une pensée unique dictée par une conceptualisation erronée de la démocratie moderne. Cinq ans maintenant que les dirigeants du FPI et les membres de l'opposition subissent des brimades. Laurent Gbagbo et Blé Goudé déportés à la Haye, Simone Gbagbo détenue depuis près de cinq ans en prison.
Le CRI-Panafricain exige des autorités ivoiriennes la libération pure, simple et sans condition aucune des ministres Danon Djédjé, Hubert Oulaye, et du Secrétaire National du FPI M. Justin Koua et l’ensemble de tous les autres prisonniers politiques détenus injustement dans des prisons de fortunes en Côte d’ Ivoire.

Votre dernier mot?

Je voudrais avant tout m'incliner devant la mémoire de toutes les victimes civiles et militaires de la crise en Côte d'Ivoire de septembre 2002 à nos jours. J'apporte toute ma compassion à leurs familles. Et souhaite un prompt rétablissement à tous ceux qui portent des blessures physiques et morales. Une pensée à tous les prisonniers politiques et leurs familles qui souffrent tant de leur éloignement. Il est enfin temps pour notre pays de sortir de la politique de vengeance. Le seul combat qui mérite d'être mené aujourd'hui est celui qui fait passer le sort et l'avenir des Ivoiriens avant les intérêts partisans de quelques hommes politiques. Les Ivoiriens ont de tout temps été un peuple hospitalier, épris de paix. Depuis quelques années, nous constatons malheureusement que nous nous éloignons années après années de ce qui fait notre ADN, un peuple pacifique. C'est pour cela que nous sommes engagés en politique pour retrouver nos valeurs qui se perdent.
Je veux dire aux Ivoiriens que nous viendrons vers eux pour emprunter définitivement la démarche pour une vraie réconciliation nationale. Et cela passe par le départ du pouvoir de ceux qui refusent de réconcilier les Ivoiriens. Je veux dire à nos frères du Nord qu'ils ne doivent pas hésiter à rejoindre la CNC, au sein de laquelle se trouvent d'éminents cadres tels que KKB, Mamadou Koulibaly, Banny, Aboudramane Sangaré et surtout Essy Amara. Cette coalition n'est pas une coalition anti-Ouattara. Il s'agit d'une coalition pour  la Côte d'Ivoire.  

Je vous remercie.

Source: Cri-Panafricain


 




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