Interview/Aimé Kabran appiah, professeur de droit et ancien ministre : "Gbagbo n’a jamais voulu faire la guerre"

Mardi 10 Septembre 2013 - 08:16


Interview/Aimé Kabran appiah, professeur de droit et ancien ministre : "Gbagbo n’a jamais voulu faire la guerre"
Merci de nous recevoir à votre cabinet M. le ministre Appiah Kabran. Vous revenez d’exil, au Ghana, contre toute attente alors que votre résidence est occupée. Pouvez-vous nous dire si vous avez pu récupérer vos biens ?

Kabran Appiah : C’est une vieille question que les journalistes ne cessent de me reposer. Je vous dirais qu’un matin, j’ai découvert que les occupants de ma résidence étaient partis, mais ils sont partis avec tout ce qu’il y avait. elle a été dévastée comme la plupart des maisons qui ont été occupées par ces gens. elles ont été pillées avant d’être dévastées. voilà où j’en suis pour ma maison.

Votre maison a été pillée mais l’Etat ne vous a-t-il pas promis la réhabilitation ?

Non, pas à ma connaissance, mais peut-être que vous voulez me l’apprendre. Sachez que je n’ai eu aucun projet de dédommagement.

Pourquoi êtes-vous donc rentré M. le ministre, parce que vous auriez quand même pu obtenir la garantie de la restitution de votre bien?

Pensez-vous que la libération du domicile était le sujet pour rentrer dans notre pays ?

Cela devrait constituer l’une de vos préoccupations dès lors que vous devez résider quelque part avec votre famille s’il vous vient à l’idée de rentrer dans votre pays.

Ce n’est pas aussi simple que vous le dites. d’abord, je ne souhaite à personne d’aller en exil, et puis être refu - gié n’est pas un statut enviable. Je sais que certains d’entre nous ont une conception du martyre, où il faut souffrir beaucoup pour qu’on sache qu’on est dans la lutte. C’est une conception infantile, comme les gens qui s’en vont se jeter en holocauste. les gens à qui tu as affaire sont parfois des gens qui s’en fichent complètement de ton niveau de souffrance. tu peux aller du simple jusqu’à la mort, ils n’en ont rien à foutre. si tu as des objectifs, il faut savoir les résumer et être rationnel dans la lutte. il faut savoir ce qui peut rapporter à la lutte et rapporter individuellement. Moi, j’avais besoin de rentrer chez moi où j’ai d’énormes responsabilités, ne serait-ce que parce que je suis chef chez moi, et que j’ai laissé des milliers de gens sans guide, et je suis un chef de famille. ici, c’est chez moi et je ne comptais pas le laisser à d’autres. donc je suis rentré même sans garantie de voir ma maison libérée, mes biens restitués, ou quoi que ce soit, je suis rentré. parce que c’était une préoccupation majeure. Cela a été notre combat de tous les jours, même quand on était à accra, de faire en sorte que nous soyons remis en capacité, en situation de pouvoir continuer la lutte. C’est un premier réflexe pour nous qui avons la chance de recevoir les enseignements idéologiques que je revendique. la stratégie ne doit jamais se confondre avec la tactique. Malheureusement, la lutte est allée trop vite et parfois la direction de la lutte n’est pas suffisamment éclairée.

M. le ministre, vous voulez nous dire que le gouvernement qui vous a longtemps démarché pour que vous puissiez rentrer en Côte d’Ivoire pour booster la réconciliation nationale, ne vous a donné aucune garantie pour votre retour, et vous semblez vouloir nous convaincre que la libération des résidences est un détail ?

Je vais vous dire une chose. La seule chose vraiment déterminante pour moi, c’était qu’il n’y ait aucun acte de poursuite contre ma personne. C’est la seule chose qui me préoccupait. evidemment, j’ai pris quelques garanties de sécurité, que je ne serais pas poursuivi, ni recherché, ni tué.  Je vous raconte une anecdote : Même dans l’avion qui nous ramenait, on continuait de recevoir des messages, dont beaucoup venaient d’ailleurs de certains de nos camarades, farceurs ou non. Qui nous ont envoyé des menaces de mort pour avoir été aux élections sans rien comprendre. C’est ceux que j’appelle les ignorants et ils sont nombreux dans nos rangs. hélas ! Je ne leur en veux pas particulièrement parce que chacun agit en fonction de son niveau d’information et de culture. C’est un problème de niveau de formation et cela nous incombe, nous autres leaders. C’est à nous de former nos militants. on a eu quelque surprise en arrivant avec un accueil officiel. On nous a mis dans des hôtels que nous avons dû payer de notre poche. On m’a affecté deux gardes de corps qui ne sont d’ailleurs pas armés jusqu’à ce jour. Je n’ai aucune sécurité particulière mais je ne suis pas particulièrement surexcité par rapport à ça. La vraie sécurité réside dans la politique, parce que même avec un bataillon, je ne me serais pas senti plus en sécurité. Personne n’est d’ailleurs en sécurité. J’ai balayé tout cela pour faire de la politique. Je suis rentré pour faire de la politique avec des objectifs très clairs. Notre souci, c’était de faire en sorte que nous avancions dans le remembrement de la politique, de la démocratie.

Croyez-vous, sur la question, que vos adversaires perçoivent-ils un tel message de faire la politique ? Le gouvernement qui vous a fait venir a-t-il réellement envie de faire la politique si des domiciles sont encore occupés, des avoirs gelés, etc ? Est- ce dans son intérêt ?

Les biens sont confisqués, les gens sont en exil, des gens sont tués et j’étais là quand il y a eu encore des tueries, partout. Il n’y a donc pas que les résidences qui sont occupées. Je m’excuse de le dire ainsi mais c’est un dé - tail. Sachez que ma maison a coûté des centaines de millions et ma plantation a été brûlée, et vous voyez que je ne veux même pas en parler. Les résidences occupées constituent des détails, parce qu’on est en vie, là où beaucoup de personnes sont mortes, tuées. Savez-vous qu’il y a eu 35 mille pillages à abidjan ? Pourquoi Appiah devrait-il mettre en exergue le pillage de sa seule maison, là où il y a eu autant de pillages, de villages entiers dévastés dans certaines zones, etc.? Mais ce que je veux vous dire, c’est qu’il y a des objectifs globaux stratégiques d’intérêt national et des objectifs spécifiques. Les avoirs des individus sont spécifiques. et ce n’est pas ça qui est important. Ce qui est important, c’est le remembrement du pays. Et cela passe par la politique. Que le gouvernement soit compréhensif ou non, ce n’est pas cela que j’attendais. Je n’attends pas de ce gouvernement qu’il soit en accord avec nous. on n’est pas les mêmes et c’est pour cela qu’ils nous ont fait la guerre. Nous, nous avons des dizaines d’années de lutte derrière nous par rapport à des objectifs précis, stratégiques, globaux. Donc je ne m’attends pas que des gens qui sont arrivés avant-hier, qui ont des objectifs précis, individuels, qui ne sont pas les mêmes que les nôtres, soient compréhensifs, qu’ils adhèrent à notre idéologie. Ce n’est pas cela. Je m’attends cependant à des accords. Il ne faut pas confondre les choses et c’est parce qu’on a confondu tout ça qu’on est là où on est. On croit que quand quelqu’un rit avec toi, il est forcément ton ami. On n’a pas forcément besoin de s’embrasser sur la bouche pour avoir un accord. Les européens se sont fait la guerre et je prendrai juste l’exemple des français et des allemands dont les guerres ont quasiment configuré le paysage européen actuel. La france et l’allemagne se sont fait la guerre 109 fois depuis françois 1 er . Ce n’est pas parce qu’ils sont amoureux l’un de l’autre qu’ils sont maintenant en paix. Mais c’est parce qu’ils ont fait le point et ils ont vu ce qui est dans leurs intérêts respectifs en ce moment. Ce n’est nullement parce qu’ils étaient amoureux l’un de l’autre. Ils avaient compris l’un et l’autre qu’il fallait reverser leurs contradictions dans autre chose, par exemple dans la politique, l’économie et autre. C’est un peu cela. nous, on est rentré pour voir si avec ce gouvernement, il pouvait y avoir des accords sur l’essentiel de ce que nous cherchons, tout en ne leur nuisant pas trop, de manière à ce qu’ils comprennent, dans leur propre intérêt. J’ai passé une bonne dizaine d’années de ma vie à prévenir tout le monde, y compris les nôtres sur tout ce qu’ils signaient, comme Marcoussis et autres accords. l’objectif de nos adversaires était très clair et ils nous l’ont montré. Vous savez, quand quelqu’un veut t’enlever de ta maison, tu ne discutes pas avec lui de voir si cet appartement t’appartient. Je suis donc rentré pour participer aux négociations et vous voyez bien que je ne parle pas de ré - conciliation qui est un objectif. la réconciliation est un effet de ce à quoi on veut parvenir et elle viendra peut-être, mais il faut avoir un accord politique. on commence par le remembrement de la politique, du pays. les gens ont été tués, dévastés, détruits, l’économie du pays est à terre et j’ai entendu des gens soutenir que l’argent ne circule pas, ce qui me surprend du reste, même si je ne suis pas un spécialiste de l’économie. Je connais l’objectif principal de ceux qui nous ont battus par la guerre, ce n’est pas ce que nous croyons.
 
Monsieur le ministre, pouvons-nous faire un bilan à mi-parcours des objectifs que vous vous êtes fixés depuis votre retour au pays ?

Beaucoup de comptes ont été dégelés, je n’ai pas les chiffres sous les yeux mais je peux vous l’affirmer.

Mais des sources affirment aussi que ces comptes dégelés ont été vidés.

Je ne sais pas. Je n’ai pas d’éléments précis pour l’affirmer mais seuls les avocats constitués  pourraient vous donner plus de précisions. nous attendons que vous autres journalistes, vous nous présentiez des éléments de preuves et les avocats pourraient vous aider à la matière. Mais sachez que nous avons obtenu, après le dégel des comptes, la libération de prisonniers. Malheureusement ce n’est pas tout qu’on peut claironner. Nous faisons un travail qui nécessite parfois le secret, de la patience et il y a des choses qu’on doit obtenir et qui vous étonneraient si on devait vous le dire. Vous pouvez parfois entendre des choses désagréables au cours des négociations mais il faut et le faire et travailler par objectif. Il ne faut jamais oublier les objectifs parce qu’on peut vous mettre des choses sur le chemin en vue de vous détourner de l’objectif. On a obtenu la libération de prisonniers pendant qu’on était encore à accra et je ne voudrais pas revenir sur des polémiques inutiles parce que ça ne nous a pas freinés.
 
Des gens pourraient vous rétorquer que la libération des premiers prisonniers dont vous parlez n’est pas de votre fait puisque vous étiez encore au Ghana.

Laissez-moi dire que j’ai entendu de certaines personnes que les avocats ont été performants. Je suis avocat et je suis bien placé pour vous dire que ce n’est pas vrai. Ils ne sont parfois même pas au courant du nombre de prisonniers qui doivent être libérés et ils sont ainsi performants ?

Et si vous nous éclairiez un peu plus monsieur le ministre, puisque l’action de certaines organisations internationales de respect des droits humains peut en être la raison ?

Je ne suis pas en train d’engager une polémique inutile et je ne dis pas que c’est seulement nous qui avons obtenu la libération des prisonniers. vous n’avez jamais entendu personne affirmer que c’est elle seule qui a fait le travail. C’est forcément un faisceau d’actions et vous ne m’avez jamais entendu parler ainsi, parce que je ne cherche aucune gloire personnelle, je ne veux plaire à personne. Je veux juste servir mon pays parce que les dangers que nous courons sont plus graves que vous ne pensez, parce que ce n’est ni le succès d’un parti, ni celui d’une tribu…

A quel danger pensez-vous monsieur le ministre ?

La Côte d’ivoire court le danger de la soumission. Nous risquons tous, avec ceux qui nous ont vaincu militairement et qui sont beaucoup naïfs, quelques uns sont tout de même éclairés puisque quand on leur parle en privé, ils comprennent, nous avons tous le même danger sur la tête. C’est le danger global de la soumission. Nous sommes dans une phase de l’expansion de l’impérialisme internationale. Depuis des millénaires, les plus forts ont mangé les plus faibles et nous les africains, nous sommes les héritiers de la défaite. Nous sommes tous globalement les héritiers de la défaite ancienne multiséculaire qui a frappé l’Afrique, à l’issue de laquelle nous avons connu huit siècles d’esclavage, avec 4 siècles arabe, 3 siècles européens, 5 siècles de colonisation. La suite, c’est l’impérialisme international. C’est-à-dire des plans de captation à des fins uniques de financement de la vie des pays les plus forts. Tout le reste, ce sont des stratégies, tactiques pour arriver à cette stratégie globale. De temps en temps, ils créent des crises et la mode aujourd’hui, c’est de créer des rébellions. Il fut un  temps où c’était les coups d’Etat. C’était plus direct et plus rapide. Et j’ai entendu, lu, écouté beaucoup de littératures complètement naïves sur le sujet. Et l’un des sujets sur lesquels nous sommes tous naïfs, c’est le préjugé complètement faux de l’endogénéité historique de nos crises : « ça vient de chez nous, c’est la guerre entre les tribus, les clans », comme on entend dire. Savez- vous seulement que la France est un pays complètement artificiel comme nous, avec les normands venus du danemark, les francs, etc qui se sont retrouvés avec d’autres? C’est l’histoire des guerres et autres conflits qui ont fini par créer une nation. Et toutes les nations du monde se créent et se fabriquent sur cette base. Il n’y a donc rien ici comme problèmes qui n’existent ailleurs.

La Cdvr se base sur une liste, un répertoire des causes profondes de la crise ivoirienne dans lequel on découvre la terre, le foncier, etc.

Ce n’est pas ça. Je vous parlerai en tant que juriste de la thèse de la causalité des phénomènes complexes, où il faut plutôt choir les causes ultimes. Un individu a été tué de plusieurs coups, les légistes vont établir quels sont les coups exacts qui ont pu le tuer, même si d’autres ont pu le blesser. A partir du moment où vous avez compris ça, que nous avons affaire à un objectif global stratégique tenu par des gens qui sont les vrais pilotes ultimes et que le reste, ce ne sont que des stratégies, des tactiques plutôt pour parvenir à leur fin, vous ne gérez pas ça de la même manière. Tous les problèmes domestiques sont des problèmes faux. Et il faut discuter avec les vrais décideurs et sur les vrais sujets si ce n’était pas dramatique, on en rirait. Mais c’est complètement à côté quand la Cdvr se base sur un certain nombre de concepts dont je viens de parler.    

J’étais de ceux qui disaient : « faites attention ! ». oui, d’accord pour discu - ter, mais il faut discuter avec les vrais  interlocuteurs et sur les vrais sujets. nous avons par exemple suivi l’histoire des grades ‘‘bonbons’’ ici que l’on réclamait. Ce n’est pas pour des grades que les gens ont pris les armes. Même pour les cartes d’identité, les gens s’en moquent. C’est un détail pour eux. des gens peuvent mourir par centaines de millions, ce ne sera pas un souci pour eux tant qu’ils n’auront pas atteint leur objectif. Quand vous avez compris cela, vous allez à l’essentiel. C’est la soumission et la captation des gens qui les intéressent. voici l’objec - tif stratégique dans lequel nous sommes situés. nous avons affaire un phénomène de braquage du monde. regardez bien la cartographie des conflits en afrique. elle épouse la cartographie des richesses. il y a du pétrole dans tel endroit, il y a une crise qui y éclate. il y a de l’uranium à tel autre endroit, il  y a une crise. Ça se passe au Mali comme ça s’est passé en Côte d’ivoire. Comme ça s’est passé au libéria. dans le positionnement géostratégique, les gens veulent avoir le contrôle d’une zone donnée pour des raisons militaires, politiques, économiques. Derrière ça, ils trouveront toujours des rebelles, ils trouveront toujours des contradictions politiques internes. d’ailleurs ils passent de l’un à l’autre. La façon dont robert Minangoua de rfi, célébrait les mérites de l’opposition ivoirienne - le fpi était adoubé hier - et puis les mêmes journalistes tapent sur le fpi aujourd’hui. Ce sont les mêmes. hier c’était dans leur intérêt, aujourd’hui encore ils le font dans leur intérêt. Ils ne perdent pas de vue leur intérêt.

Monsieur le ministre, vous concluez que le bilan est positif. Cela veut dire que vous avez obtenu la libération de plusieurs prisonniers politiques
 

Je ne vous ai pas dit que le bilan est négatif ou positif, je ne cherche jamais à faire des évaluations normatives dans un travail qui n’est pas fini. Même quand on aura fini, il nous faudra re - prendre le pays en main. Même en ce moment, on ne sera pas  au bout de nos peines parce qu’ils n’auront pas fini tant qu’ils n’auront pas eu l’assurance des objectifs stratégiques que je vous ai expliqué, c’est-à-dire la soumission des dirigeants quels qu’ils soient. ils doivent avoir des gens qui leur permettent de piller les ressources, qui leur produisent des revenus, et être sûrs de leur soumission et de leur docilité. donc ne cherchez pas de bilan positif, je vous explique les détails de ce qui a été fait. Je vous ai seulement parlé de la libération des prisonniers et de la levée des séquestres des avoirs, car ces mesures sont totalement irrégulières. nous avons demandé et obtenu la disparition des frCi dans les rues, ce sont aussi des choses que nous avons obtenues. Ce que nous cherchons, c’est la disparition totale de toutes les forces irrégulières dans ce pays. pas leur cantonnement, mais leur disparition, au profit de forces régulières de ce pays. nous n’avons pas progressé aussi vite que le souhaitions. et ça aussi est normal parce que nous ne nous attendions pas que cela aille comme sur des roulettes, car ils ont gagné la guerre et ils sont soucieux d’une chose, c’est la conservation de leur pouvoir.

Partagez-vous aujourd’hui le point de vue du FPI qui dit qu’il n’y aura pas de réconciliation sans Laurent Gbagbo ?

Je ne veux même pas juger à partir de l’opinion du fpi. Le fpi est un parti allié et frère. Je ne veux pas m’occuper de leur point de vue, non  pas parce que cela ne m’intéresse pas, d’abord, nous, à la lMp, à laquelle, je participe, nous avons une plate-forme et un accord signé avec le fpi et nous avons en commun un calendrier et un répertoire de chose notamment, la libération de Laurent  Gbagbo que nous demandons, pas en tant que dévots de Gbagbo. Quand je parle de Gbagbo, je ne veux pas me laisser complexer, car il est mon vieux camarade. Je n’ai pas son âge, comme lui n’a pas l’âge d’autres anciens. Mais la lutte de ce pays est ancienne. Elle n’est pas de 1990 ni de 2010. La lutte de la Côte d’ivoire a commencé en 1893, lorsque les blancs ont pris possession de ce pays. beaucoup y ont laissé la vie. Le parti qui a peut être payé le tribut le plus lourd en dehors de la période récente, est le PDCI, je ne parle pas de celui de maintenant mais plutôt du rda. Ils ont payé un prix très lourd. si vous voulez, toutes les luttes de ce pays ont un héritage. C’est tous les anciens et bien avant le pdCi, il y a eu des résistances de Zokou Gbeuli, de sanogo et autres… On a écrit un livre à l’assemblée nationale où on a fait le bilan de la résistance de la Côte d’ivoire. Je voudrais vous révéler un secret très peu connu. Le premier génocide de la Côte d’ivoire est un génocide du peuple baoulé avec la politique de pacification du gouverneur angoulvant, qui, après, n’a laissé que 200 mille baoulé sur les 500 mille âmes que comptait ce peuple. Toutes les tribus de ce pays ont payé leur tribut à la résistance. C’est au nom de cela que moi, appiah, je me suis engagé en politique. Dans la période actuelle, Gbagbo Laurent est celui que nous avons choisi comme porte-flambeau de cette lutte. Mon alliance avec Gbagbo est fondée sur l’idéologie.  Donc quand je dis libérez Gbagbo, ce n’est ni par opportunisme, ni par rien d’autre que parce que simplement, il est le symbole de la lutte que nous menons. Pour la libération de Gbagbo, ce ne sont pas les partisans et partenaires seulement qu’il faut mobiliser mais c’est toute la Côte d’ivoire. Et il faut trouver des codes de mobilisation et mobiliser tous ceux qui sont idéologiquement proches de laurent Gbagbo. Ce n’est pas par la force qu’on s’est engagé avec laurent Gbagbo.

Donc le FPI a raison d’exiger la libération de Laurent Gbagbo pour booster le réconciliation ?

Le fpi a ses raisons. il y a une raison globale dans laquelle le fpi puise sa raison. Chacun de nous y puise sa part de raison. Je viens de vous expliquer la mienne. C’est par idéologie. Je veux dire que Gbagbo est un facteur essentiel  de la réconciliation nationale. Mais c’est parce qu’on a voulu tuer un symbole. C’est la célébration du symbole qui m’intéresse et non l’individu. pourquoi voulez-vous vous opposer à nos visions stratégiques, donc vous devez périr pour que nous avancions, c’est pour cela qu’on a voulu tuer le symbole qu’est laurent Gbagbo. C’est pourquoi très tôt, mon opinion à moi était de ne faire aucun quartier à ceux dont l’objectif était clair. Quand vous avez dégagé l’essentiel, le reste vient. nous avons beaucoup travaillé à l’in - ternational. C’est la mobilisation à l’international, d’ailleurs je rends hommage à ces militants parce qu’ils n’ont pas faibli. C’est donc un ensemble de facteurs et il n’y a pas de paternité à revendiquer. parce que c’est forcément un faisceau qui tire le reste. et qui permet de prendre conscience, car la conscience est un facteur impotant. C’est pourquoi,  le plus urgent est de se rassembler, avoir  une stratégie commune et non pas faiblir dans les demandes quelles que soient  les situations. L’un de nos buts majeurs en dehors du remembrement, du retour à la normale, c’est la libération de Gbagbo. on n’a pas cessé de le réclamer. C’est tout cela qui a concouru  et on a eu aussi des circonstances favorables, dieu merci. Ce travail médiocre le l’accusation à la Cpi nous a beaucoup aidé.  si je ne connaissais pas le fond du dossier, je croirais que quelqu’un a acheté o’Campo pour saboter le travail de l’accusation. Et dans la faiblesse actuelle qui reste la position de la Cpi par rapport à laurent Gbagbo, on peut compter 70% de l’incurie de 0’Campo.

Je voudrais vous ramener à la rencontre à laquelle vous êtes convié le vendredi, qu’attendez-vous du gouvernement ? Vous avez dit tout à l’heure que le combat que vous menez a donné quelques résultats, qu’est-ce qu’il reste donc à faire ?

Mais il reste l’essentiel. il ya certes des avancées notables, mais l’essentiel n’est pas acquis. la libération récente de la direction du fpi est une avancée notable. Quand on est en négociation, il ne faut pas minimiser les gains. Pour des raisons de correction, je dois donc noter que c’est une avancée importante, c’est un signal fort. Mais il reste encore des centaines de prisonniers politiques. la vie politique normale d’un pays, c’est zéro prisonnier politique. Et je signale qu’envers et contre tout, laurent Gbagbo l’avait compris. il avait choisi de n’avoir aucun prisonnier politique, même quand c’était justifié. il ya des gens qui ont commis des crimes graves dans ce pays. ils étaient parmi nous des ministres à qui on a fait des libéralités. ils étaient au gouvernement pendant une dizaine d’années, ils prenaient les frais de mission  de la Côte d’ivoire pour aller nous dénigrer. Je veux donc donner ce modèle en enseignement. C’est ce que Gbagbo a fait pendant qu’il était président. Certains d’entre nous pensaient que le président exagérait, parce qu’ils ne comprenaient pas suffisamment  les choix qu’il avait fait. lui-même, ayant subi des souffrances, il s’est dit que ce n’est pas normal  que des gens souffrent pour leur opinion. C’est pour cela que Gbagbo a refusé de mettre des gens en prison bien qu’ils le méritaient. des gens qui ont tué 60 gendarmes à bouaké, pensez- vous qu’ils ne méritaient pas la prison ? a la demande de Gbagbo, c’est moi qui ai rédigé toutes les lois sans exception, même celle de 1999, porte ma signature. et je n’ai pas cessé d’ailleurs d’être l’auteur de toutes les lois. Quand on parlait d’amnistie générale, les gens trouvaient qu’on exagérait. J’ai dit non, moi, j’ai rédigé  des lois pour amnistier des gens qui devraient être pendus.  et je vous le dis aujourd’hui, ceux qui ont apporté tant de dévastation dans ce pays, même s’ils  se repentent de tout le malheur qu’ils ont fait à ce pays, il faudra beaucoup de hauteur pour ana - lyser cela. et je suis persuadé que beaucoup prendront du recul quand ils s’apercevront de ce que j’ai dit au début. il faudra beaucoup, beaucoup de hauteur pour ne pas rester dans la vengeance. J’ai beaucoup apprécié lorsqu’à sa sortie de prison, Affi a affirmé que le fpi n’a aucun désir de vengeance. C’est beaucoup de hauteur. C’est pourquoi, nous recherchons la voie de remembrement du pays, car elle est supérieure à tout.

Pour vous, que devons-nous retenir de l’essentiel ?

L’essentiel est de récupérer le pays et le sortir des bras de ceux qui veulent l’occuper.

Et comment comptez-vous vous y prendre ?

Il faut être soudé pour remporter toute les victoires possibles, politiques ou particulières. parce qu’aucun individu et aucun parti ne remportera aucune victoire à lui tout seul. Je vous invite à regarder ce que Gbagbo a fait. C’est parce qu’il a su mobiliser les ivoiriens qu’il a remporté les élections de 2000. Car  ce ne sont pas les militants qui votent mais les citoyens.  Le message de Gbagbo a été très simple. Vous voulez que les ressources de ce pays appartiennent aux ivoiriens pour régler  les problèmes ? voulez-vous que nous ayons un peu de liberté, le choix ? il ya 5 millions de jeunes dans la rue qui ont été séduits par ce discours. En 2000, j’étais à l’époque au PIT, mais j’estimais que Gbagbo était celui qui était le plus en avance par rapport à la lutte de la gauche. Et c’est pareil en 2010. Lequel candidat aspirait à plus d’autonomie et  à plus de liberté ? C’étais bien sûr Gbagbo Laurent. Et je le dis clairement. Ceux qui gouvernent à présent nous auraient beaucoup gênés s’ils avaient un message concurrent du nôtre. Mais ce n’est pas le cas. ils se sont constitués comme des supplétifs de ceux dont l’objectif est ce que je vous ai signifié. On n’a pas le même point de vue, encore moins les mêmes intérêts. C’est pourquoi je ne cherche pas à leur faire comprendre. Je cherche des accords. Est-ce qu’il y a un minimum de choses pour que la Côte d’ivoire souffre moins ? est-ce que nous pouvons verser nos contra - dictions en politique et non pas sur le terrain militaire pour tuer inutilement les gens ? les élections ont des codes ; ils sont internationaux. la pensée doit être libre et les gens doivent circuler, il ne doit pas y avoir de menace. C’est pourquoi, on demande de débarrasser le pays de toutes les forces irrégulières. Ce n’est pas une opinion des ‘’gbagoistes’’, mais c’est parce que c’est la norme internationale. Quant à la demande la liberté de manifestation, ce n’est pas une opinion intimiste. C’est parce que la norme veut que les partis soient libres de fonctionner. Il faut laisser les partis s’organiser et faire des manifestations normalement.
 
Justement Monsieur le ministre, vous avez repris langue récemment avec le Fpi pour revoir vos stratégies.   

Ce n’est pas un phénomène récent. il y a des moments où c’est spectaculaire. Mais nous n’avons jamais cessé de discuter avec le FPI.


Monsieur le ministre, vous êtes ju - riste, ancien député. Récemment un certain nombre de lois ont été vo - tées. Notamment sur l’apatridie, le foncier rural…

Je suis totalement opposé et sur la mé - thode et sur le fond. une loi, quand on est en démocratie, ne doit pas être seu - lement constitutionnelle. elle doit être légitime. si on regarde de façon posi - tiviste, la loi, c’est la loi. Mais je vous dirai aussi que, du point de vue sud- africain, pour les blancs, l’apartheid était légal. et cela n’a pas empêché des combats féroces qui ont été engagés pour y mettre fin. parce que quand on s’est organisé pour avoir une loi, on n’a pas fini. il faut se demander si cette loi ressemble au pays. C’est cela la lé - gitimité. Quand les gens sont allés si - gner Marcoussis, et tous ses actes, il y avait forcément des objectifs secrets. on n’a pas été assez prévoyant. au - jourd’hui, on a le résultat.  si on est conscient et on n’a pas cessé de penser au pays, on ne peut pas comprendre et laisser même la moindre chance aux gens, d’avoir un succès moral quel - conque en votant des lois par stratégie sur des choses essentielles. la loi sur le foncier a été votée à l’unanimité du pays. politiquement parlant, cette loi est la seule du pays en son genre. Même la constitution n’a pas été votée à l’unanimité. Cette loi est donc plus forte en termes de légitimité que la constitution de 2000. tout le pays en - tier, visité par les députés, a dit : « oui, la terre appartient à ceux qui étaient là ». la Côte d’ivoire n’est pas l’in - ventrice de ce concept, elle date au moins de rome. J’ai entendu un diri - geant du pays déblatérer sur ce sujet. il dit que c’est dieu qui donne la terre et non nos ancêtres. dans ce cas, pour - quoi on n’est pas propriétaire des pays à tout hasard ? si on ramène cela à des
considérations plus pratiques, plus ob - jectives, on considère que les terri - toires sont un fait accompli. Même mal découpé à un moment donné, on re - connait cependant qu’il y a un tracé de ce qu’on appelle la république. en ce moment précis, qui était à l’intérieur, depuis longtemps ? C’est vrai qu’il y a eu beaucoup de mutations mais à un moment donné, les gens sont fixés dans un pays. Comme les gens sont fixés dans le Ghana actuel même plu - sieurs fois modifié. dans le burkina actuel même plusieurs fois modifié. dans le Mali actuel même plusieurs fois modifié. Ce sont eux qu’on ap - pelle Ghanéens, burkinabé, Maliens, etc. Maintenant on peut devenir ivoi - rien. C’est pour quoi dans tous les pays au monde, le chemin pour devenir le national du pays est tracé. le vrai pro - blème de la Côte d’ivoire est qu’il est constitué par les servants de l’objectif stratégique, ne l’oublions pas, comme étant un réceptacle de la pauvreté de la sous région. C’est un pays exutoire. houphouët avait déjà ce problème là ! il l’a géré avec tactique. Quand il don - nait les cartes d’identité jaunes aux gens ce n’était pas seulement pour qu’ils votent pour lui. C’est parce qu’il était contraint de recevoir les gens qu’on lui demandait de recevoir. où iront donc les 04 millions de Maliens, burkinabé s’ils n’étaient pas établis définitivement en Côte d’ivoire. la question n’est pas de savoir si on doit les mettre hors des frontières. là n’est pas le sujet. il ne vient à l’idée d’aucun ivoirien de le faire. personne ne l’a en - visagé, ni dans notre camp ni ailleurs. Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire cela. Quels sont les droits des ivoi - riens ? Quels sont les droits des étran - gers ? tels sont les questions essentielles. Gbagbo est allé même très loin contre l’avis de certains de ses col - laborateurs au nombre desquels j’étais. il a même supprimé la carte de séjour. il est donc allé plus loin que les autres pour supprimer tout titre de séjour. si cela n’a pas suffit aux gens, vous com - prenez que là n’est pas le sujet. C’est pourquoi nous avons dit à l’époque à Gbagbo de ne pas aller aussi loin parce que ce n’est pas le but qu’ils poursui - vent. nous avons affaire à deux contradictions. il y a la contradiction principale qui est la captation des ri - chesses, la soumission de tous les diri - geants et des peuples qu’ils gouvernent. et puis il y a les contradic - tions secondaires de ceux sur lesquels ils s’appuient. pour les mobiliser ils leur ont laissé ces avantages. Comme il y a une justice des vainqueurs, ce sont des lois de la défaite. nous subis - sons les lois de la défaite législative. C’est pareil pour les butins qu’ils ont ramassés dans nos maisons. Quelle aubaine dans ce pays d’avoir la tribu la plus nombreuse ? la tribu la plus nom - breuse ce n’est pas les baoulé qui ne font que 25 %. la tribu la plus nom - breuse est celle des burkinabé, des maliens, des béninois etc. puisqu’ils ont par ce moyen la nationalité ivoi - rienne, ils sont soudain propriétaires d’une bonne partie de la terre en Côte d’ivoire. attention à ne pas déformer mes propos. Ce que je dis ce n’est pas que les étrangers ne doivent par avoir accès à la terre de la Côte d’ivoire. Quand on a une vision moderne de l’économie, on n’a pas une vision au - tarcique. Je suis pour l’ouverture de la Côte d’ivoire à tous les talents, à toutes les compétences, à tous les dyna - mismes pour nous prêter main forte. il ne faut pas que les Ivoiriens perdent le droit de décider pour eux-mêmes de leurs dirigeants et de leur politique. Même si les ivoiriens doivent restés ouverts à tous les dynamismes guatémaltèques, chinois, burkinabé etc, la terre doit rester disponible pour tous les investisseurs. eile doit appartenir aux ivoiriens.
 
Vous avez parlé de l’incurie de O’Campo. Est-ce qu’avec ce qui s’est passé le 03 juin à La Haye, vous croyez à la libération de Laurent Gbagbo ?  
                            
normalement dans une procédure de type français, Gbagbo serait déjà de - hors. Malheureusement nous sommes dans une procédure de type anglo- saxon où on peut être responsable sans être coupable.  Question très technique dont nous reparlerons certainement en d’autres circonstances. toute la stratégie de o’Campo, dieu merci, a consisté à rechercher des choses qui ne pouvaient exister. J’ai été Conseiller de Gbagbo. Mais il est impossible de trouvez des ordres directs de Gbagbo pour violer, pour tuer des gens. Gbagbo qui continuait de payer les rebelles quand ils étaient au Golf ne peut avoir donné pareil ordre. Je vous dis un secret, il a fallu supplier Gbagbo pour qu’il achète des armes. Gbagbo n’a jamais voulu faire la guerre. Même lorsqu’il avait les moyens politiques, diplomatiques, financiers, il ne l’a pas fait. on a fait la propagande sur les munitions de Mi 24 qui étaient pour - tant là depuis 2002. en 2004 il a fallu forcer son adhésion à l’offensive. Ce n’est pas le même là qui aurait envoyé des instructions pour tuer les gens à abobo alors que l’armée était en capacité d’écraser les rebelles dès le départ. on ne fait pas la guerre de façon inachevée. nos adversaires l’ont bien compris, c’est pour quoi leur stratégie était de nous écraser. et après la guerre, préparer le gel des avoirs et le reste, c’est une affaire stratégique. ainsi la seule chose sur laquelle je voudrais attirer leur attention, c’est peut-être la compréhension du contexte stratégique. nous sommes dans la même barque.  ils auraient pu dire : Gbagbo déplace-toi nous allons nous asseoir pour recevoir la domination. sur la tactique, je ne cherche pas leur adhésion. nous ne sommes pas les mêmes. Je cherche leur accord politique. Même avec ses pires ennemis, on trouve toujours des accords. C’est dans ce sens qu’on travaille. si on n’avait pas manqué certaines fenêtres, on aurait avancé davantage. Mais au - jourd’hui je n’en parle pas parce que je ne veux pas qu’on perde le temps dans des discussions inutiles parce que moi j’appartiens à une famille politique, la gauche, qui aime les contradictions. nous aimons cela. les gens prennent parfois nos discussions pour des adver - sités. l’on se retrouve complètement. là où les gens n’aiment pas la contra - diction c’est là-bas que ça pose des problèmes. regardez au pdci, ils ne sont pas habitués à la contradiction, donc ça leur crée des problèmes. nous pouvons nous affronter sévèrement mais nous demeurons les mêmes. vous ne devez pas être étonnés quand affi sort et qu’on se retrouve pour discuter. nous ne nous sommes jamais quittés en réalité. on va s’organiser. nos adversaires nous ont aidés à nous éclairer le chemin, à nous montrer que nous sommes les mêmes. nous allons nous retrouver et être plus forts qu’avant. Quand les journalistes me posent la question de savoir « appiah, et ta maison ?» je sais qu’il me la pose malicieusement. « oui, disent-ils, vous qui êtes les vendus quand vous êtes arrivés on vous a restitué vos maisons ? ». J’ai du expliquer à certaines personnes qu’il y a des gens bien pensants qui n’ont jamais été dévastés. ils n’ont même pas perdu une aiguille. Je ne veux pas citer de noms. appiah a perdu plus d’une dizaine de voitures. J’ai perdu pour des centaines de millions. Mais je vous dis que ce n’est pas ce qui est important. Mon cabinet a été entièrement dévasté. Celui que vous voyez est un cabinet de refuge. J’ai perdu tous mes marchés. les ivoiriens doivent se retrouver, sinon ils vont perdre leur pays. Et quand je le dis, je vais même au sein de la rébellion. Les ivoiriens doivent faire des efforts pour se regrouper et rechercher des victoires politiques sinon ils vont perdre leur pays. ▄

Réalisée par Audrey Touré, Myriam Bakayoko et Appolinaire Blé

Source: Aujourd’hui / n°449 du vendredi 06 septembre 2013




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