Interview (2ème Partie) Docteur Feumba Samen:" Pourquoi n'y a t-il que des africains qui sont jugés par la CPI..."

EBURNIENEWS.NET a rencontré cet grand intellectuel panafricaniste pour vous. Dans cette deuxième partie de l’interview, Docteur Feumba Samen fustige les parodies de justices qui sont orchestrées contre le couple Gbagbo et prévient «En Côte d’Ivoire, en une seule nuit de Mars 2011, les rebelles du couple Ouattara-Soro ont fait au moins 1000 morts à Duékoué. Sans compter d’autres massacres sur l’ensemble du territoire. Alors, qu’ils s’appellent Ouattara, Soro, Wattao, Chérif Ousmane, Fofié, Loss ou Vétchio, ces chefs de guerre auront le châtiment qu’ils méritent au nom des enfants tués/décapités». Ci-dessous, la deuxième partie de l’interview.

Vendredi 5 Août 2016 - 11:29


Docteur Feumba Samen
Docteur Feumba Samen

 Eburnienews: Quels commentaires faites-vous du procès en cours contre lui et sur les charges qui sont retenues contre lui?

 

 Docteur Feumba Samen: Un non-sens. Une honte à la gent humaine. Une catastrophe juridique. Cependant, ce procès aux charges sans preuves est un vrai coup de fouet dans la prise de conscience des Africains. Les analyses des politiques, chercheurs, et intellectuels sérieux sur la CPI sont plus explicites. Un petit chapelet illustratif répondra sûrement à votre question.

 Sur le “deux poids deux mesures. Commençons par Jean Ping, ancien président de l’Union Africaine–qui n’était vraiment pas “ami-ami” avec le président Gbagbo–qui, sur les ondes d’une radio coloniale affirmait, “on a l’impression que la Cour pénale internationale ne vise que les Africains. Cela signifie-t-il que rien ne se passe par exemple au Pakistan, en Afghanistan, à Gaza, en Tchétchénie? … Alors pourquoi n’y a-t-il que des Africains qui sont jugés par cette Cour?” Sur ce registre, le président Tchadien Idriss Déby Itno, à peine désigné président en exercice de l’Union Africaine fin Janvier 2016 critiqua la politique de “deux poids deux mesures” de la CPI qui “s’acharne beaucoup plus sur l’Afrique, sur les chefs d’Etat Africains, y compris des chefs d’Etat en exercice, alors qu’ailleurs dans le monde, beaucoup de choses se passent, beaucoup de violations des droits de l’Homme flagrantes, mais personne n’est inquiété.”

 Hailemariam Desalegn, premier ministre Ethiopien et président en exercice de l’UA, accusait en Mai 2013 la Cour de se livrer à “une sorte de chasse raciale.” Le 5 Septembre 2013 le Parlement kenyan avait voté une résolution demandant le retrait du pays de la CPI. A la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, fin Septembre 2013, le président Rwandais Paul Kagamé critiquait la CPI, qui, “au lieu de promouvoir la justice et la paix,…a sapé tous les efforts de réconciliation et n’a servi qu’à humilier les Africains.” Bien avant cette prise de position, dénonçant l’“agenda caché” de la CPI, il évoquait que les “partisans de la CPI sont apparemment sourds aux critiques qui s’élèvent de plus en plus contre la partialité de ce tribunal envers l’Afrique.” Et rejetait cette institution criminelle avec des termes justes. “Nous ne pouvons pas soutenir une CPI qui condamne les crimes commis par certains et pas d’autres, une CPI qui s’impose sur les processus démocratiques là où la volonté du peuple souverain s’est dégagée.” Ici, sans le dire, le président Rwandais faisait allusion au cas Ivoirien où Gbagbo élu par son peuple est en procès à La Haye alors que le couple Ouattara-Soro et leurs tueurs dorment, je suppose en paix chez eux et sans cauchemar.

 Sur le Côté daltonien. Richard Goldstone, ancien procureur pour les Tribunaux Internationaux pour le Rwanda et la Yougoslavie, a admis dans un article publié par l’Association internationale du barreau que la CPI semblait accorder une attention démesurée à l’instruction des crimes commis en Afrique, aux dépens de situations semblables ailleurs dans le monde. Feu Me Verges traitait la CPI de Cour daltonienne.

 Sur le retrait. L’idée fait son chemin. Même si la proposition en faveur du retrait des pays Africains de la Cour pénale internationale, faite par le président kenyan Uhuru Kenyatta en Janvier 2016, adoptée à Addis-Abeba, est retardée dans son exécution par des pays soumis aux colons comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal, et le Nigeria. Mais le processus est irréversible. La Namibie a annoncé son retrait. Le Kenya et l’Afrique du Sud dont les parlements ont voté pour leur retrait sont presque déjà hors de cette institution coloniale qui est, selon une analyse réfléchie du président Ougandais Museveni un “outil pour cibler les dirigeants Africains.” Tout ceci conjuguer au propos du président Zimbabwéen Robert Mugabe qui dit que “Nous ne voulons pas du tout la CPI dans cette région–Afrique,” et au refus de l’Afrique du Sud puis du Rwanda de livrer le président Soudanais Omar El-Béchir à La Haye. A ces propos, il faut ajouter le désir du président Equato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema de voir “les Africains élever une voix commune pour instituer leur propre Cour pénale ” afin de “briser ce diktat de l’Occident.” Ces prises de position ne trompent pas. Rien ne stoppera la sortie des pays Africains de ce camp de concentration.

 Sur la réflexion des intellectuels. La conférence internationale sur “La Cour Pénale Internationale et L’Afrique: une discussion sur la légitimité, l’impunité, la sélectivité, l’équité et la responsabilité” organisée par la faculté de droit de l’université de Gimpa à Accra, au Ghana, les 17 et 18 Mars 2016 et le colloque de Namibie sur la CPI, montrent selon leurs conclusions qu’“aucun argument sérieux ne s’oppose au retrait des pays Africains de la CPI” comme l’a indiqué le professeur Felix Tano.

L’impact Gbagbo. Ainsi vu, le procès du Woody illustre donc le plus la manipulation de la CPI–instrument de l’impérialisme par les puissances occidentales. Ceci dit, Gbagbo à la barre de la CPI, c’est l’ingérence fragrante de la France et des Nations Unies, en appui à une rébellion pour déstabiliser un régime légal, exiger la déportation de son leader démocratiquement élu, et user de divers artifices pour l’y maintenir, qui est en procès.

 En d’autres termes, la CPI est en train de faire le procès des occidentaux, de leurs institutions militaire et civile, mais aussi et surtout son propre procès, qui dévoile déjà aux yeux du monde sa faillite et sa perte prochaine. En vérité, le procès de Gbagbo est extrêmement instructif. Il met dos au mur les tenants du désordre mondial qui courent à leur perte. Montrent que les impérialistes ne font plus peur depuis l’arrestation, la déportation, et le procès en cours du président Gbagbo.

 

 Eburnienews: quels sentiments vous animent devant la décision du juge Cuno Tarfusser de ne plus retransmettre une partie du procès contre le président Gbagbo.

 

 Docteur Feumba Samen: Le procès d’un homme tant médiatisé comme étant le plus grand criminel de son époque, qui se tient derrière les rideaux, montre que les actes d’Accusation sont criblés de défaillances. Explique qu’ils ont été constitués sous influence. Et qu’enfin, plusieurs intérêts se cachent derrière cette Affaire Gbagbo.

 Cuno Tarfusser est dont lui aussi victime de la légèreté du dossier d’Accusation et de la pression de l’occident. Sur plan opérationnel, deux axes de réflexion au moins permettraient de comprendre sa décision. Un. Quel que soit la force de l’interrogatoire et du contre-interrogatoire, Tarfusser connaît d’un côté la faiblesse du dossier d’Accusation dont la Défense est en train de déchiqueter, et de l’autre, peut-être le verdict disproportionné commandé par ceux qui lui font jouer le rôle pour lequel il est payé dans ce cirque. Deux. Quel que soit le côté où le verdict s’inclinera, libération ou condamnation, l’occident, surtout la France, l’obligée de l’OTAN, ne veut pas étaler au grand jour, son complot contre le président Gbagbo.

Ce procès à huis clos qui ressemble à une initiation maçonnique dans les ténèbres d’une caverne, infantilise les témoins à charge. Koné Gnangadjomon, témoin à charge P. 97, enseignant d’université et député de Dianra en a fait l’amère expérience. Cuno et le procureur Eric McDonald ont contraint et soumis ce “témoin adulte! Une personne qui a un niveau d’éducation” à déposer à huis clos. Ce dernier qui souhaitait “continuer sa déposition de façon publique” protesta en vain qu’il était “venu pour contribuer à la manifestation de la vérité” et “qu’il n’est pas opportun que cette audition se fasse à huis clos.”

Le juge passa outre cette demande. Une “volonté de mettre sous tutelle des êtres humains qui ont pris leurs responsabilités.” Alors qu’“Il ne revient pas au procureur [ni à Cuno], de façon théorique, d’apprécier l’état de sécurité du témoin” comme disait Me N’dri.

Vu les faits sus-évoqués, cette décision du 16 Juin ne m’a pas surpris. Certains de mes papiers prédisaient entre les ligne cette issue qui est la suite logique d’une affaire de crimes qui n’a jamais convaincu depuis la première comparution du président Gbagbo devant la Chambre préliminaire III de la Cour pénale internationale(?) le 5 Décembre 2011 sous la supervision des juges Silvia Fernández de Gurmendi, juge-présidente–révoquée– , Elizabeth Odio Benito et Adrian Fulford. Le “contexte et l’environnement” que Cuno évoque pour dit-il “assurer et préserver l’intégrité du procès tout en préservant la publicité des débats” n’expliquent pas les vraies intentions du magistrat.

Les clefs de l’imposture et de la décision de Cuno de continuer le procès loin des camera, se trouve peut-être dans la démission et le décès dans des circonstances encore non-élucidées du juge Allemand Hans Peter Kaul qui s’était opposé à la décision de Silvia Fernández de Gurmendi. Puis demandé l’arrêt des poursuites contre le président Gbagbo pour insuffisances de preuves.

 

Eburnienews: Pensez-vous que le président Laurent Gbagbo a des chances de recouvrer la liberté et si possible retourner aux affaires dans son pays?

 

 Docteur Feumba Samen: Hôte involontaire de la prison de Scheveningen, depuis Novembre 2011 le président Gbagbo est victime d’un acharnement politique. Par conséquent, son procès est plutôt politique que juridique. La partie s’annonce très serrée bien que, Ivoiriens, Africains, et panafricains, marquent régulièrement des points.

 Mais toute éventualité de voir le président Gbagbo libre rend fou Alassane Ouattara qui ne veut pas en entendre parler. Le Nigeria–ce géant au pied d’argile, manipulable à souhait par les Etats Unis, Le Sénégal, le Mali, tous légendairement soumis à l’occident, sont au nombre des Etats Africains dont la classe politique redoute la libération du Woody des geôles coloniales.

Il n’y a pas que ces menus fretins qui tremblent. Ceux qui ont organisé le complot antiGbagbo, bien que puissants, sont dans le même état d’esprit. Mais les juges, subordonnés au Capital international, ne sont pas assez courageux pour désavouer le bureau du procureur qui depuis Luis Moreno Ocampo s’est enfermés dans une position politique. D’ailleurs, les subtiles considérations politiques impérialistes avaient réussi à faire confirmer les charges du dossier d’Accusation rejeté en Février 2003 pour insuffisance de preuves.

 Malgré tout, sur cet ensemble, la diplomatie souterraine est en train de faire du chemin. Les idées changent. Les adversaires du président Gbagbo, adhèrent de plus en plus à ses idées politiques. La masse derrière lui grossie. Les souverainistes tous les jours gagnent de petites mais signifiantes victoires.

 Rappelons que de plus en plus des responsables de l’UE, et meme les députés de la droite Française–Les Républicains courent a la rencontrent le président Assad. Bientôt un sommet OTAN-Russie. Donc, “Si Assad est fréquentable, c’est que Gbagbo sera Libre et Fréquentable.”

 “” En définitive, il faut croire que ce procès se conclura par un acquittement. Ceci étant, l’objectif du président Gbagbo selon des confidences, n’est pas de revenir au pouvoir bien que la majorité des Ivoiriens ayant vu la catastrophe dont Houphouët, Bédié, et Ouattara, ont été et sont capables, lui préfère pour leur pays.

 

Eburnienews: Quels commentaires faites-vous sur la gestion du pouvoir du régime actuel en Côte d’Ivoire?

 

 Docteur Feumba Samen: Le coup d’Etat Franco-Onusien-Rebelles en Côte d’Ivoire a donné l’occasion au monde de briser le mythe Ouattara-démocrate, Ouattara-bâtisseur. Tous ceux qui croyaient à ces inepties sont maintenant situés qu’on leur a vendu un menteur. Un incompétent. La démocratie tant chantée pour justifier leur coup a été transformé en dictature hormonée de crimes. En plus, l’absence de vision politique de ces autocrates n’a pas aidé à la consolidation d’une République digne de ce nom. La corruption sociale et institutionnelle s’est durablement installée avec une privatisation organisée en famille, et un affairisme étroitement lié à la politique et au cercle régnant. L’audit des ministères et sociétés d’Etat indique que près de 60% des marchés publics sont irréguliers. La fronde généralisée contre ces usurpateurs est la preuve de la gestion chaotique de ces rebelles.

 Dans une imparable dérive vers l’acceptation et la pratique générale du comportement mafieux, le pays s’est détérioré du point de vue politique, institutionnel et social. Le super-supra-économiste (?) Ouattara qui ferait pâlir les feus Joseph Tchuindjang Pouemi et Georges Gango–Cameroun–, Hilaire Babassana–Congo/Brazza–, Samir Amin–Egypte–, Nicolas Agbohou–Côte d’Ivoire–, a conduit le pays au chaos économique. Amené la corruption à son paroxysme. Il ne s’agit plus de la petite corruption individuelle et traditionnelle souvent évoquée dans le passé. Mais d’une activité entrepreneuriale, avec des complicités à tous les niveaux de l’Etat, en commençant par Ouattara, sa famille, sa direction politique, et son entourage.

Persécutions et violences. Mensonge et promesses jamais tenues. violations des libertés individuelles et collectives. Emprisonnement et procès factices. Taux de croissance menteur et appauvrissant. Sont les seules réalisations du système du rattrapage ethnique de Ouattara.

 L’insécurité et la violence, identité du RDR, sont croissantes. Ces actes d’incivisme sont liés à l’impunité dont jouissent les pratiques illicites, et à la dégradation des institutions qui devraient veiller au respect de la loi. Ceci ne devrait d’ailleurs pas étonner. Ouattara ne respecte rien. C’est un anti-constitutionnaliste mafieux. Un seigneur de guerre incapable de construire une nation des communautés capables de vivre en paix.

 Empruntons à l’analyse de l’Argentin Carlos Gabetta, par rapport à son pays pour nous résumer. La Côte d’Ivoire “d’aujourd’hui est un pays riche avec des millions de pauvres et désemparés. Une société polarisée, en conflit et submergée dans la confusion; une société qui règle ses querelles, parfois avec violence, dans le cadre d’une République vidée de contenu, d’une démocratie de façade. Une nation décadente par rapport à elle-même, inachevée. ”

 

Eburnienews: Nous avons aussi remarqué que vous êtes l’un de nos rares contributeurs qui consacre des articles entiers à Simone Gbagbo?

 

Docteur Feumba Samen: Simone c’est l’exemplarité de la lutte pour la souveraineté des Nations. Donc, de l’espèce humaine. Une femme hors-norme. L’une des rares perles que l’Afrique de la fin de la colonisation(?) et de l’ère des indépendances(?) a connue. Une première dame qui n’entre pas dans le canon de ce que les occidentaux voudraient que nos femmes Africaines soient: Premières dames de salon ou ‘mascottes’ événementielles. Ou d’une manière générale, des femmes sans conviction. Bonnes à bercer les enfants à longueur de journée. Piler le mil. Faire les corvées d’eau et de bois de chauffe. Au mieux les singer.

Parce que Simone ne répond pas à ces critères, elle est diabolisée par l’occident. Pourtant, les femmes célébrées dans monde occidental, asiatique, latino-américain, ont pour beaucoup d’entre elles du Simone Ehivet Gbagbo par leur caractère, leur engagement, leur résistance, leur courage, leur patriotisme révolutionnaire,… Et d’autres qui sont entrées dans l’histoire de ces peuples sont moins glorieuses que Simone.

Alors, si ces femmes sont encensées, il n’y a pas de raison que Simone Ehivet soit placée dans un grenier juste par la volonté des impérialistes qui ont mis en mission leurs esclaves des media pour dénigrer, et créer la confusion et la haine sur le compte de cette héroïne. Incarnation des résistantes qui ne courbent pas l’échine.

Femme de conviction qui s’est toujours battu pour l’égalité, Simone Ehivet représente un modèle pour les générations présentes et futures. Son procès qui capte toute l’attention des média le prouve. Sa connaissance des méandres politico-économico-sociales de son pays qui lui permet de dominer son auditoire dans un procès où elle part avec peu de chances de l’emporter, confirme la détermination de cette battante infatigable.

 Son parcours sur plusieurs axes de bataille a déjà rendu tant de choses possibles. Il revient à tout Africain et panafricain, de faire connaître en Afrique et dans le monde le combat de cette héritière des grandes figures Africaines paysannes combattantes; légataire des intellectuelles engagées; et modèle de toutes celles qui prennent position pour une Afrique souveraine. C’est ça mon engagement pour Simone Ehivet Gbagbo, la première dame, victime de discrimination politique et sexuelle.

Pour toutes ces raisons, il est normal de s’activer autour d’elle pour qu’elle ne soit pas victime du “syndrome Winnie Mandela”: dénigrer, humilier, oublier, et rejeter comme inutile. Les media mercenaires préparaient une telle déchéance de la première dame Simone. En 2013 croyant tous à une liberté provisoire du président Gbagbo, avaient pondu des articles visant à éloigner son époux d’elle. L’impayable mais achetable Jeune Afrique écrivait, “ses proches [de Gbagbo], l’imaginent déjà rejoignant Nady Bamba, sa seconde épouse, qui vit entre les États-Unis et Accra avec leur fils de 11 ans, mais rarement aux côtés de l’ancienne première dame, Simone Gbagbo.” Si le président Gbagbo succombe à de telles trompettes, il enterrera son aura.

 

Eburnienews: Avez-vous déjà rencontré madame Gbagbo avant ou après son incarcération?

 

Docteur Feumba Samen: Non! Ce qui me permet de m’exprimer sans fard. Peut-être que je la rencontrerais dans un futur pas lointain. Puisqu’elle sera libérée. Aucune charge ne pèse sur elle. Il n’y a que la peur et la haine qui animent Ouattara qui la maintiennent en prison.

 

Eburnienews: Quelle réflexion vous inspire l’abandon des poursuites par les autorités burkinabé contre Blaise Compaoré et Guillaume Soro?

 

 Docteur Feumba Samen: Cet abandon des poursuites vient contredire ceux qui ont parlé de révolution Burkinabè en Octobre 2013. Ce coup de colère populaire malgré son caractère bruyant et violent n’avait rien dans le fond qui caractérise une révolution. Le vide idéologique au cours de ces moments où les Burkinabè avaient pris sur eux de jeter Compaoré dans la poubelle de l’Histoire, avait permis aux opportunistes de se repositionner dans ce brouhaha politique. Alors, cette décision judiciaire est la conséquence d’une insurrection inachevée. Mieux, le résultat concret d’une émeute. Ce qui pose à côté de ce problème idéologique, un problème politique.

 Sur l’aspect politique, Salif Diallo, Simon Compaoré, Rock Marc Christian Kaboré, et les autres qui ont récupéré la phase civile de l’insurrection préparée par Open Society, ont été à un certain degré co-acteur du CDP, ce monstre à tuer les partis politiques d’opposition, et de sa machine à épuration humaine, le RSP. Ils ne sont donc pas moins responsables que Compaoré de la déconstruction du Faso au sein duquel, les gueules critiques ne faisaient pas de vieux os. Pour ces raisons, Ils ne peuvent pas prendre des décisions qui dérangent

 Aussi, la France qui a mis Compaoré au frais en attendant de voir l’orientation politique des nouvelles autorités, a également maintenu dans l’armée des officiers amis de ce fantoche, prêts à remuer le pays pour le ramener. Pour leur propagande d’action, il y aussi des journalistes, prisonniers des relations sociales, redevables au système Compaoré, prêts à lui prêter encore leur plume et micro. Tant que ces structures et d’autres n’auront pas opéré leur mue, les nouvelles autorités prendront difficilement de décisions déterminantes.

 En fin de compte, l’annulation des mandats d’arrêt ne vise nécessairement pas à protéger Compaoré et Soro. Mais sûrement certains parmi ceux qui les ont initiés et leur entourage. Mais en attendant, deux options s’offrent aux Burkinabè. Soit ils lancent une vrai révolution, soit ils attendent en souffrant, que la saison de juges justes arrive pour “reprendre et corriger les actes pour les rendre valides” et se saisir non seulement de Compaoré et Soro, mais aussi de Ouattara. L’attente cependant risque d’être longue.

 

 Eburnienews: Pensez-vous que le camp Ouattara et plus particulièrement Guillaume Soro seront jamais poursuivis pour les crimes commis par la rébellion ivoirienne?

 

 Docteur Feumba Samen: Il ne s’offre très souvent aux chefs de guerre et criminels que deux options. Soit ils sont tués sur le terrain–IB Fodey Sankoh, Jonas Savimbi, Chamil Bassaïev…. Soit ils finissent poursuivis et emprisonnés–Hissein Habré, Charles Taylor.

A Srebrenica, on nous a parlé de 8.000 Bosniaques assassinés par les milices serbes en 1995 en ex-Yougoslavie. Le président Yougoslave avait été jugé. Au Rwanda, on nous a enseigné qu’il y avait 5000 morts par jour. Ceux qui ont tenu les machettes ont été jugés. Pas les commanditaires. Les émeutes du stade de Conakry en Septembre 2009 avait fait 157 morts. Le président Dadis Camara a été victime d’un putsch dit-on pour cela.

En Côte d’Ivoire, les statistiques des crimes rebelles sont lourdes et posent un problème politique et juridique majeur. Notons qu’en une seule nuit de Mars 2011, les rebelles du couple Ouattara-Soro ont fait au moins 1000 morts à Duékoué. Sans compter d’autres massacres sur l’ensemble du territoire.

 Alors, qu’ils s’appellent Ouattara, Soro, Wattao, Chérif Ousmane, Fofié, Loss ou Vétchio, ces chefs de guerre auront le châtiment qu’ils méritent au nom des enfants tués/décapités, des bébés brulés au sein, des populations exterminées, des femmes enceintes éventrées, des femmes violées, des terres confisquées, des personnes handicapées psychologiquement, mentalement, et physiquement à vie.

 Alassane Ouattara, confessait le 7 Avril 2011 au Golf Hotel, que “tous les auteurs de violations des droits de l’homme seront poursuivis.” Cela se fera dans son camp en commençant par lui. Puisque, “tant qu’existe le peuple Ivoirien, les crime rebelles sont imprescriptibles.”

 

 Eburnienews: Avez-vous un message à lancer aux africains?

 

 Docteur Feumba Samen: Je souhaiterais que les Africain(e)s, qu’ils soient sur le continent ou ailleurs dans le monde, restent Africains et prennent part à la libération du Continent. Qu’ils enseignent à leurs enfants l’Histoire vraie de l’Afrique, et ses valeurs; non la falsification que leur vend l’occident. C’est ainsi qu’ils cultiveront dans les cœurs de la future génération le sens du sacrifice, le patriotisme, et l’intérêt pour la défense de leur continent.

 

 

 Propos recueillis par Kangah Assamoi

NB: Le titre est de civox.

 





Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !