Interventions militaires en Afrique : Pourquoi le Fpi soutient les bombardements français au Mali

Mardi 15 Janvier 2013 - 07:01


Interventions militaires en Afrique : Pourquoi le Fpi soutient les bombardements français au Mali
Le Fpi a produit hier une déclaration dans laquelle il a apporté son soutien aux bombardements français au Nord du Mali. Que s’est-il passé pour que les frontistes applaudissent à tout rompre ceux qu’ils ont voués aux gémonies hier ?

Ils ont été nombreux les Ivoiriens qui ont lu avec étonnement, hier, la déclaration de la direction du Front populaire ivoirien sur l’intervention militaire au Mali voisin. Qui l’aurait cru ? Le Fpi se réjouir de bombardements français dans un autre pays ? Quel discours au vitriol et autres propos infestes contre la France n’a-t-on pas entendu dans ce pays de la part des refondateurs et de leurs jeunes patriotes ? Et pourtant la scène se passe tout près de chez vous. Le même Fpi qui condamne systématiquement les interventions étrangères en Afrique a salué les bombardements au Nord du Mali. Mais ce soutien, loin des déclarations de principe démontre une fois de plus l’inconstance et l’inconséquence politique de ce parti et de ses principaux dirigeants. Comment se fait-il que le même Fpi qui a traité hier l’armée française de tous les noms d’oiseaux, après son intervention en Côte d’Ivoire se trouve aujourd’hui dans une posture où il applaudit l’intervention de cette même armée dans un autre pays ? Hier, en Côte d’Ivoire, la France, sous la houlette de la résolution 1975 de l’Onu, a fait décoller ses hélicoptères pour détruire les armes lourdes avec lesquelles Gbagbo se servait pour massacrer des civils. Aujourd’hui, c’est cette même France qui fait décoller ses rafales pour détruire les dépôts de munitions des djihadistes qui coupent des mains et détruisent des vestiges de l’humanité au Nord du Mali. Dans cette déclaration signée par son secrétaire général, Kodjo Richard, les frontistes estiment que « le Fpi ne saurait accepter la naissance d’un Etat théocratique ». Quel revirement de situation ?

A bas la France, vive la France

Les frontistes ont subitement oublié qu’au plus fort de la crise postélectorale, ils avaient vainement tenté d’instaurer un Etat théocratique en Côte d’Ivoire à travers le concept de ‘‘l’Eternel des armées’’. Les refondateurs, sous la houlette de Simone Gbagbo et Koré Moïse, avaient une vision manichéenne de la société ivoirienne. Il y avait d’un côté les ‘‘patriotes’’, qui étaient une sorte de race choisie et étaient considérés comme les enfants du pays. De l’autre côté il y avait les rebelles et autres fils d’immigrés qui ont décidé de vendre la Côte d’Ivoire à l’ancien colon et son vassal, le Burkina Faso. C’était la naissance d’un prosélytisme de type nouveau en Côte d’Ivoire avec les séances de prière organisées au palais présidentiel et dans les stades. Des pasteurs illuminés imposaient, sous nos yeux des jeûnes secs et des séances de prière au chef de l’Etat et à des personnalités politiques de premier plan qui n’avaient pas d’autres choix que de suivre ces ‘‘prophéties’’. La télévision d’Etat était devenue un instrument de propagande politico-religieux. On faisait passer des versets bibliques à réciter par tout le monde pour barrer la route au diable incarné par ceux qu’ils appelaient la ‘‘Coalition rebelle-Onuci-Ecomog-Licorne’’. Aujourd’hui, ce sont ces mêmes frontistes qui s’offusquent de l’attitude des islamistes qui veulent instaurer un Etat théocratique au Mali. De plus, comment les frontistes vont-ils appeler la même coalition qui combat ces islamistes au Mali ? Dans le cas ivoirien, les mêmes organisations sous-régionales, aujourd’hui adoubées par le Fpi, étaient également mobilisées pour faire partir l’usurpateur Laurent Gbagbo qui, comme les islamistes n’avait aucun soutien et aucune légitimité. Hier, les frontistes ont voué aux gémonies l’Union africaine, la Cedeao, l’Onu, la France et tous ceux qui voulaient restaurer la démocratie en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, le même Fpi applaudit à tout rompre l’intervention la France, de la Cedeao et de l’Onu.

Oh honte !

Les Ivoiriens ont encore en mémoire cette phraséologie nauséabonde d’une Simone Gbagbo tout feu, tout flamme au Palais de la culture. Hier, en Côte d’Ivoire, c’était « Oh honte à la communauté internationale. Oh honte à Ban Ki-Moon. Oh honte à Sarkozy. Oh honte à la Cedeao ». Aujourd’hui au Mali, c’est « Bravo à la France, bravo à l’Union africaine, bravo à la Cedeao ». Fait curieux, le Fpi demande à Alassane Ouattara, président en exercice de la Cedeao d’envoyer des soldats ivoiriens pour combattre au Mali. Or donc il y a des soldats valables en Côte d’Ivoire, capables de traquer des terroristes ? Qu’est-ce que le Fpi n’a pas dit et continue de dire sur les Frci ? « C’est une armée de supplétifs de l’ex-rébellion, ce sont des dozo, des mécaniciens, apprentis Gbaka » et tutti quanti. Aujourd’hui, le même Fpi veut qu’Alassane Ouattara envoie « ses soldats » pour traquer des terroristes.

Quelle inconséquence et quelle incongruité? Si ce n’est pas de la sorcellerie politique, cela y ressemble terriblement. En un mot comme en mille, le Fpi et ses dirigeants ont peur de l’isolement. Ne pas soutenir l’intervention militaire au Mali serait mal vu, surtout que des rapports d’enquêteurs de l’Onu ont dénoncé des connexions entre les pro-Gbagbo et les islamistes maliens pour déstabiliser la Côte d’Ivoire. Après la chute de leur mentor, les frontistes ont compris que le monde ne se limite pas au carré ivoirien. Il ne faut pas se leurrer, le Fpi n’est pas subitement devenu un fan-club de la France. Mais dans le cas malien, les socialistes ivoiriens n’ont pas d’autres choix que de soutenir la mouvance internationale. C’est la loi de l’adaptation naturelle. Le parti de Laurent Gbagbo n’a pas d’autre choix que de soutenir ceux qui leur ont enlevé le pain de la bouche.
Kra Bernard

Publié le lundi 14 janvier 2013  |  L`expression




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