Insécurité: L'Etat peut-il vraiment éradiquer les "Microbes" ?

Jeudi 11 Septembre 2014 - 11:16


Images d'archives: Des "microbes" mis aux arrêts
Images d'archives: Des "microbes" mis aux arrêts
Au nombre des multiples problèmes engendrés par la crise politico-militaire, qui a suivi la dernière élection  présidentielle, celui de l’insécurité est, incontestablement, l’un des plus préoccupants. Parce que touchant toutes les couches sociales sans exception, et lais- sant la plupart du  temps  des traces  indélébiles, sur les corps et dans les esprits des victimes. Le problème est devenu complexe, et a pris une dimension inédite, avec l’apparition  du phénomène des « microbes » : Des enfants constitués en bandes et armés, arrachant et s’appropriant par l’usage outrancier de la violence,  les biens des citoyens.  C’est à raison que certains leur trouvent des similitudes (petitesse et virulence)  avec  les parasites,  micro-organismes  pouvant infester le sang, et être à l’origine de pathologies nuisibles  pour l’organisme. Les informations les concernant et véhi- culées par les services de sécurité de l’Etat, les présentent en général, comme étant d’un âge compris entre 8 et 15/18 ans, issus de milieux défavorisés, originaires pour la plupart, des pays de la sous-région, et déscolarisés. Ce phénomène  se remarque particulièrement dans les communes d’Abobo,  Attécoubé et  Adjamé; mais aussi, avec toutefois une faible intensité,  à Yopougon, ainsi que  dans le pourtour de la commune de Cocody. Quelle est la cause du phénomène des « microbes » ?  Et  quelle est la politique appliquée par les pouvoirs publics, pour les vaincre ?  L’apparition des enfants criminels,  est liée à plusieurs causes,  dont la première est la défaillance de l’encadrement de base, qui est l’encadrement familial. Dans la mesure où la cellule familiale est le premier cercle à l’intérieur duquel se déroule la vie de l’enfant, c’est  dans cet espace  qu’il reçoit sa première éducation, et débute son rapport aux autres; ce sont, entre  autres,   ces  éléments de base, qui forgeront le caractère de l’enfant. Or dans le cas des « microbes », force est de constater que leurs foyers d’origine,  sont généralement inaptes à leur assurer l’encadrement adéquat dont ils ont besoin  et ce, pour diverses raisons: Le nombre pléthorique des personnes avec lesquelles ils sont élevés, sous le même toit ;  le manque de moyens des parents, frappés par la pauvreté, et par conséquent dans l’impossibilité  d’assumer convenablement leurs responsabilités à l’égard des enfants, etc.  Finalement,  livré à lui-même et n’ayant aucun repère, l’enfant passe par le  « laboratoire » de la rue et du quartier, pour acquérir l’armature psychologique et physique, sans laquelle la stature de «  dur » qu’il convoite, n’aurait aucune consistance. La guerre civile  avec  ses  effets  pervers, venue opportunément lui offrir l’occasion de renforcer sa capacité de nuisance, accentue  son immoralité, qu’il traduit dans une cruauté et  un  cynisme  bestiaux; lesquels sont exercés dans l’accomplissement de tâches spécifiques, au service de la cause qu’il a choisi de servir.  Mais  son sort n’ayant connu aucune amélioration après l’engagement dans le conflit armé, il lui a fallu avec son orgueil d’ancien combattant, trouver un exutoire, une occasion de dépassement de sa frustration, et d’existence. Son parcours du combattant aidant, l’enfant aguerri, a  pu alors postuler fièrement aux fonctions  du parfait « microbe » ; prêt à  des- cendre dans l’arène du crime, pour renouer avec ses anciennes habitudes. Les nombreux fumoirs implantés dans les quartiers, vont servir  de lieux de réunion à la  bande  à  laquelle il a adhéré, et  faciliter  l’indispensable conditionnement, au moyen de la consommation de  produits psychotropes ; avant le passage à l’action. Les jeunes criminels établiront un  mode opératoire, auquel ils imprimeront des variations, en fonction des conditions rencontrées. La bande pourrait par exemple,  fondre comme un essaim  d’abeilles  sur  sa  cible,  l’agresser, la dépouiller de ses biens,   se disperser et dis- paraître dans la nature  en un temps record ; comme elle pourrait opter pour la stratégie des mendiants, consistant à envoyer un ou deux des leurs,  simuler une demande d’aumône à la cible choisie, avant de lui brandir, par surprise, les armes sous les yeux, et de lui arracher ses biens. Dans tous les cas, si la victime de l’agression osait résister, elle subissait  un traitement impitoyable, pouvant  souvent la mener à  la mort. Les habitants des quartiers habitués  à  endurer les exactions de ces gangs de jeunes, sans voir venir le secours des forces de sécurité de l’Etat,  sont de plus en plus enclins à s’organiser, pour se défendre avec les moyens du bord. Et il est déjà arrivé que leurs actions de légitime défense, aboutissent à la mort de quelques-uns des jeunes agresseurs, comme cela s’est produit il n’y a pas longtemps, à Abobo. Cette solution de la loi du talion, digne d’une société  sauvage et inorganisée, bien qu’illégale, bénéficie de la tolérance des autorités publiques. La police nationale à qui incombe la mission d’assurer la sécurité des citoyens sur le terri- toire national,  affirme sa détermination à éradiquer le  phénomène des « microbes », dans l’ensemble du district d’Abidjan ; pour cela, elle a dit avoir mis en place une stratégie de lutte contre ces dangereuses bandes de mineurs.  Et  selon elle, cette tactique  porte ses fruits dans la commune d’Abobo. Ainsi  selon le commissaire Timité Vassindou,  chef du district de police de cette circonscription administrative, « la traque aux « microbes » a permis de mettre aux arrêts 122 gamins. Parmi eux, deux de leurs coordonnateurs, à savoir Abou « Tonneau » et Yacou « L’Ecomog », ont été condamnés à 20 ans de prison ferme. Ils séjournent tous deux à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA)… Cinq éléments des différentes bandes, ont perdu la vie lors des interventions de la police ».   Pour le Directeur Général de la police, le général Brindou Mbia, la lutte contre les « microbes » ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Bien au contraire, elle s’intensifiera jusqu’à l’éradication du phénomène. « Nous ne voulons pas diminuer les agressions des « microbes ». Mais éradiquer le phénomène. Nous sommes déterminés à atteindre cet objectif avec l’appui des populations qui ont compris la dangerosité de ces bandes. Elles ont commencé à collaborer avec la police ». Le Directeur Général de la police a, en outre, indiqué que «depuis l’apparition des « microbes », la police leur mène une guerre sans merci ; elle a ainsi, détruit des centaines de fumoirs, et  mis sur pieds des unités d’intervention anti-« microbes » dans chaque district ». Terrifiante réalité vécue par les habitants de certains quartiers d’Abidjan, le phénomène des « microbes » représente un danger pour l’ensemble des Ivoiriens. Parce qu’il concerne les jeunes, c’est à dire la composante la plus sensible de la population, celle sur qui repose l’avenir de la communauté nationale.  Même s’il est pour le moment  limité dans l’espace, il n’en demeure pas moins que la possibilité de son extension à d’autres villes et contrées, n’est pas à exclure. Par l’effet de la contamination, les  jeunes de ces localités pourraient se transformer, à leur tour, en de réelles menaces, difficiles à contrer. Certes, l’Etat  prend  au  coup par coup, des dispositions  pour combattre le  danger. Mais  les populations  ne  sont  pas  dupes, elles n’ignorent pas qu’en d’autres temps et circonstances, ces gamins  que les politiques ont armés et conseillés,  se sont rendus « utiles », en  commettant au nom  des chapelles  idéologiques nationales, d’abominables crimes de sang.  Avec quel état d’âme, quel courage et quelle efficacité, leurs mandants d’hier pourraient-ils les combattre aujourd’hui, eux qui pensent être couverts d’une certaine légitimité historique ? Par ailleurs, est-on sûr que les « microbes » ne pourront plus jamais être instrumentalisés dans des entreprises mortifères, par  ces  mêmes  politiques ?

DOCTEUR ESSIS AKO FELIX

Source: L’Eléphant déchaîné N°282 du mardi 9 au jeudi 11 septembre 2014 / 3ème année




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