Ils veulent minimiser la décision des juges de la CPI: Les faux arguments des partisans de Ouattara

Mobilisation maximale ! Les spindoctors et autres «répondeurs automatiques» du RDR d’Alassane Ouattara et de la nébuleuse qui le soutient font feu de tout bois depuis avant-hier soir pour rassurer leurs troupes fanatisées. Mais leurs arguments, en plus de transpirer la haine et l’envie de «meurtre symbolique», sont fallacieux et ne résistent pas à l’analyse. Petite revue de groupe.

Jeudi 6 Juin 2013 - 03:52


                              Ils veulent minimiser la décision des juges de la CPI: Les faux arguments des partisans de Ouattara
On ne peut pas comparer les cas Gbagbo et Bemba Il est très superficiel de comparer la décision des juges qui a abouti à l’ajournement de la décision de confirmation des charges contre l’ex vice-président congolais Jean-Pierre Bemba à celle qui a été opposée à Fatou Bensouda pour ce qui est de «l’affaire Gbagbo». Pour une raison très simple. Dans le cadre de l’affaire Bemba, les juges avaient fait part à l’Accusation d’une préoccupation de nature technique. Ils lui demandaient d’inclure un mode de responsabilité pénale différent, celui de la «responsabilité de commandement», parce qu’ils savaient qu’il était impossible de prou ver une responsabilité directe. Dans le cas de Gbagbo, les juges ont montré, tout au long de leur document de plus de vingt pages, qu’ils n’avaient pas été convaincus par le fond de l’argumentaire du procureur et par la nature des «preuves» apportées. Ils l’accusent implicitement, en écho à la Défense, de ne pas avoir enquêté du tout et de s’être contenté de rapports d’ONG et de coupures de presse. La nature des preuves qui lui sont désormais demandées participera fatalement à déconstruire entièrement le fond de son raisonnement. Les juges lui demandent d’indiquer les divers endroits où se trouvaient les forces pro-Ouattara de novembre 2010 à mai 2011 et de dire ce qu’elles y faisaient. Cela revient à lui demander de prouver que les morts qu’il cite sont à dissocier du contexte de guerre civile qui régnait et relèvent d’une volonté manifeste de persécuter des groupes ethniques déterminés. Les juges veulent des détails sur «le plan commun» imaginaire qui avait prétendument pour but de massacrer une partie de la population. Ils veulent des preuves sur le contenu des réunions de la «cellule» qui était soi disant à l’ouvrage, des indications sur la manière dont cette «cellule» a communiqué les détails de son plan aux exécutants finaux supposés. Pour qui connait la réalité de la Côte d’Ivoire au-delà de la propagande pro-Ouattara relayée par des médias occidentaux complaisants ou naïfs, il est évident que c’est bel et bien une mission impossible qui a été «confiée» à Fatou Bensouda. D’autant plus qu’elle devra désormais prouver ses allégations sur Aboboà l’aide de données balistiques et médico- légales. Quand on sait que le RDR s’était précipité d’enterrer les «sept mortes d’Abobo» en se gardant de toute autopsie, comme le veulent pourtant les règles plus élémentaires, on doit admettre que le camp Ouattara a beaucoup de choses à cacher à ce sujet. Sur ce sujet mais pas seulement sur ce sujet.
Jean-Paul Benoît, l’avocat de Ouattara, l’enfonce ! Jean-Paul Benoît, l’avocat d’Alassane Ouattara chargé de «coincer» Gbagbo, a eu, sur RFI, des propos dont la logique peut se retourner contre son patron. «Je constate que la chambre préliminaire ne conteste pas la véracité des faits qui sont reprochés à Laurent Gbagbo. Simplement, la chambre préliminaire estime que la démonstration de la responsabilité de M. Gbagbo n’est pas suffisamment prouvée. Je trouve ce raison nement un peu insuffisant. En effet, à partir du moment où M. Gbagbo était le chef de l’Etat en exercice, le chef de l’Etat de fait […] c’est M. Gbagbo qui, en tant que chef de l’Etat, donnait les instructions. C’est M. Gbagbo qui emmagasinait des armes dans la résidence présidentielle, c’est M. Gbagbo qui donnait les ordres pour qu’on commence à bombarder l’hôtel du Golf où était le président nouvellement élu, Alassane Ouattara», a-t-il affirmé avec aplomb. Il n’a pas lésiné sur quelques contrevérités. L’hôtel du Golf n’a, par exemple, jamais été «bombardé» durant la crise post-électorale. De plus, le procureur auprès de la CPI n’a pas notifié un quel conque «bombardement» de l’hôtel du Golf dans les 45 incidents réels ou sup posés sur lesquels elle a bâti son argumentaire. Si l’on suit Jean-Paul Benoît, le seul fait d’être chef d’Etat en exercice devrait rendre Gbagbo mécaniquement responsable de tout ce qui peut être imputé à ses troupes. Une telle logique suivie de manière cohérente aurait dû l’amener à demander l’arrestation immédiate d’Alassane Ouattara.  Chef suprême des FRCI, c’est lui qui «donnait les instructions», notamment celles qui ont abouti aux massacres à caractère génocidaire du pays wê – si l’on s’en tient à ce raisonnement. Aujourd’hui chef de l’Etat en exercice, il devrait donc être considéré d’emblée comme pénalement responsa - ble du massacre du camp de déplacés de Nahibly !
Quand le président de la Coalition ivoi- rienne pour la CPI méconnait la présomption d’innocence Si Gbagbo ne va pas en jugement, ce serait une violation des droits des victimes – y compris au cas où sa respon - sabilité judiciaire n’est absolument pas prouvée : telle est la logique d’Ali Ouattara, le président de la Coalition ivoirienne pour la CPI. «Il est inquiétant de constater que les accusations por tées contre Gbagbo ne peuvent pas être entièrement justifiées aujourd'hui, car il y a de nombreuses victimes de la crise ivoirienne qui ont souffert et qui méri- tent justice (…) Le procureur doit saisir cette occasion sans délai pour trouver des preuves suffisantes pour couvrir les charges non confirmées aujourd'hui.» On peut donc être estampillé défenseur des droits de l’Homme et méconnaître à ce point la présomption d’innocence ! Dans l’esprit d’Ali Ouattara, il est tout simplement impensable que Gbagbo puisse être innocent des faits qui lui sont reprochés par Fatou Bensouda. Puisqu’il y a des victimes, il faut qu’une personne paie. Cette personne, c’est Gbagbo. Il faut trouver quelque chose pour pouvoir l’accuser. Subrepticement, l’on sort de la logique de la justice moderne pour Brou entrer de plain-pied dans la politique du bouc-émissaire.

Philippe Brou

Source: Le Nouveau Courier  N° 816 Du Mercredi 05 Juin 2013






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