Ils n'entendent point tolérer en Afrique des régimes pratiquant des politiques conformes à l'intérêt des peuples…

1984-2014.Voici 30 ans, avec l’année qui s’achève, paraissait le tout premier ouvrage critique sur le régime néocolonialiste fantoche d'Houphouët signé par un auteur ivoirien, en l'occurrence notre collaborateur Marcel Amondji. Pour marquer cet anniversaire, nous offrons à nos amis lecteurs la « conclusion » de « Félix Houphouët et la Côte d'Ivoire. L'envers d'une légende »[1]. Ceux qui reliront cet ouvrage ou qui le découvriront à cette occasion verront qu'il n'a presque rien perdu de son actualité.
La Rédaction

Vendredi 2 Janvier 2015 - 13:45


Ils n'entendent point tolérer en Afrique des régimes pratiquant des politiques conformes à l'intérêt des peuples…
 Conclusion de « Félix Houphouët et la Côte d'Ivoire. L'envers d'une légende »

""Le prodige serait une légère poussée contre le mur. Ce serait de pouvoir secouer cette poussière." Paul Éluard

Les colonisateurs n'ont pas été particulièrement portés à manifester de la considération pour les idées, les actes ou la vie de leurs adversaires, qu'ils soient ou non des monarques prestigieux, des guerriers pleins de bravoure ou des organisateurs politiques éminents. Le destin de F. Houphouët n'infirme pas cette règle. Il ne serait vraiment exceptionnel et différent que si, grâce à lui, la Côte d’Ivoire avait pu échapper au traitement que les puissances impérialistes réservent aux pays faibles. Or, malgré toute la bonne volonté de son dirigeant, le pays n'a pas échappé au lot commun. Considéré sous l'angle des rapports traditionnels de l'Afrique avec les puissances impérialistes, avec quelques particularités, le sort de la Côte d’Ivoire et du peuple ivoirien est le même que celui de la plupart des pays et des peuples du continent, aujourd'hui comme hier.
C'est une politique délibérée qui a empêché l'Afrique d'aborder le XXe siècle avec des formes d'organisation issues, à la fois, de son propre passé, de ses propres besoins et des exigences de l'époque. Les impérialistes voulaient des peuples désespérés et sans mémoire. Ils usèrent de tous les moyens pour parvenir à leurs fins : la ruse, la trahison et la force ouverte. Les armes qui servirent à soumettre l'Afrique sont les mêmes qui firent la guerre de 1870 ou celle de 14-18. Les Africains ne pouvaient leur opposer que des lances et des flèches. S'ils firent souvent preuve d'une immense force morale, elle leur coûta plus en vies humaines qu'elle n'en coûta à leurs adversaires.
Aucun autre continent n'a connu, en aussi peu de temps, un si grand nombre d'assassinats de dirigeants politique de qualité avant même qu'ils aient pu développer toute la mesure de leur volonté d'action. A notre époque, Rwagasore fut l'un des premiers, suivi par Um Nyobé, Lumumba, Moumié, Mondlane, Mahgoub, Cabral, etc., etc. Ces meurtres continuaient les méthodes de la fin du siècle dernier, par lesquelles les puissances européennes réduisirent les peuples africains à leur merci.
La colonisation eut pour conséquences et pour conditions le démantèlement de communautés entières ; la négation des valeurs qu'elles cultivaient et de leurs droits humains les plus élémentaires ; le meurtre ou le bannissement des dirigeants les plus irréductibles parce que les plus lucides et les plus capables ; l'avilissement des autres. Puis, pendant des décennies, le labeur servile de millions d'hommes et de femmes gonfla le patrimoine des bourgeoisies métropolitaines, cependant que leurs propres pays, couverts à profusion d'emblèmes étrangers, étaient à l'abandon.
Au moment où l'indépendance devint inéluctable, on recommença à abattre massivement les têtes de l'Afrique, afin de la maintenir dans l'état où il convenait aux monopoles coloniaux qu'elle demeurât.
Il faut sans cesse réfléchir à ce fait. Au Centrafrique, l'abbé Bocanda disparaît dans un accident suspect d'aviation, et tout est changé. Ce pays qui a vu naître un homme si généreux est mûr pour tomber sous la coupe d'un Bokassa après le piteux intermède de David Dacko. Patrice Lumumba est assassiné, et une poignée d'hommes seulement avec lui, et le Congo est livré pour des années à la chienlit avec ou sans casquette. Au Ghana, l'élimination télécommandée de Kwame Nkrumah suffit à plonger son pays dans une incertitude qui ne paraissait pas avoir de fin, jusqu'à ce que Jerry Rawlings et ses compagnons tentent leur action de redressement en cours.
L'histoire de la Guinée, après son refus mémorable du diktat de De Gaulle, fut continuellement troublée par des provocations et des agressions qui culminèrent dans le débarquement du 22 novembre 1970. C'était une opération préparée et exécutée avec la participation de tous les centres impérialistes. Si Sékou Touré avait été renversé alors, ou tué, ce pays se serait trouvé brutalement sans tête en dépit de la pléthore des candidats à son remplacement. Les impérialistes se servaient des Barry Ibrahima et des Nabi Youla pour renverser S. Touré. Cependant, aucun des fantoches n'était du tout assuré d'être l'homme qui serait choisi en fin de compte. L'affaire des stratèges de Paris, Bonn et Washington n'était pas de porter l'un ou l'autre au pouvoir ; c'était seulement de s'emparer de la Guinée et de ses richesses, en se servant de leur ambition. En raison même de la puissance de l'organisation des masses guinéennes et de leur vigilance, l'objectif de ces entreprises ne pouvait pas consister en une simple substitution d'hommes, mais en la démoralisation de tout un peuple. S. Touré ne gênait que parce qu'il avait su insuffler dans les masses guinéennes la volonté de résister aux chants des sirènes impérialistes.
Il est clair, à considérer l'évolution désastreuse du Mali depuis la chute de Modibo Keita ; la quarantaine imposée au Bénin depuis 1972 ; les actions de diversion perpétrées en Angola, en Ethiopie ou au Mozambique ; les complications artificielles de la question namibienne ; le soutien constant et multiforme au régime de l'apartheid ; les difficultés internes suscitées aux régimes Mugabé, Oboté et Rawlings ; et les manœuvres sournoises en vue de paralyser l'OUA ; il est clair que les impérialistes n'entendent pas tolérer en Afrique des régimes libres pratiquant des politiques conformes à l'intérêt des peuples dans les conditions de notre époque.
En revanche, le régime ivoirien est leur coqueluche.
La Côte d’Ivoire n'a pas été toujours ce paradis. F. Houphouët lui-même n'a pas toujours inspiré du respect et de l'amour à ceux qui, aujourd'hui, le portent aux nues. Entre 1945 et 1950, quand la Côte d’Ivoire se tenait à l'avant-garde du mouvement anticolonialiste de l'Afrique noire, des dizaines d'Ivoiriens furent massacrés. F. Houphouët, qui était le principal dirigeant de ce mouvement, était l'objet d'une haine implacable de la part de ses actuels laudateurs. Ses qualités dont on fait parfois remonter les manifestations à sa prime enfance, ne furent, cependant, reconnues qu'après 1950.
En 1950, le mouvement anticolonialiste ivoirien était vaincu. La répression avait frappé massivement les militants de la base, mais elle avait été sélective en ce qui concerne les dirigeants. Les plus radicaux, considérés par les autorités coloniales comme des extrémistes irrécupérables, étaient frappés d'une espèce d'incapacité définitive à participer à la direction du pays. F. Houphouët en revanche, soigneusement isolé des influences de l'opinion publique ivoirienne et entouré de conseillers français, était porté au pinacle.

 

Ils n'entendent point tolérer en Afrique des régimes pratiquant des politiques conformes à l'intérêt des peuples…




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