INTERVIEW: Zasso Patrick dit '' Englobal '' « Ce que les autorités ghanéennes m'ont dit sur Blé Goudé »

L'affaire Blé Goudé continue de faire réagir. Dans l'entretien qui suit, c'est Zasso Patrick alias '' Englobal '', exilé et proche de Blé Goudé, qui dit sa part de vérité.

Samedi 26 Janvier 2013 - 08:16


INTERVIEW: Zasso Patrick dit '' Englobal '' « Ce que les autorités ghanéennes m'ont dit sur Blé Goudé »
On vous sait très proche de Charles Blé Goudé qui a été récemment arrêté au Ghana et extradé en Côte d'Ivoire. Quel commentaire faites-vous de cette situation?
Avant tout commentaire, je voudrais d'abord remercier les autorités ghanéennes pour tous leurs efforts à l'endroit des réfugiés ivoiriens et inviter les Ivoiriens au calme, à la sérénité et au respect de la décision des autorités ghanéennes. Blé Goudé a été extradé chez lui et nulle part ailleurs. Surtout, ne perdons pas de vue que le Ghana, depuis le début de la crise, nous a accueillis et protégés jusqu’à maintenant.
Les autorités ghanéennes, malgré toutes les menaces qu'elles recevaient du régime de Sarkozy, de l'Onu et du pouvoir Ouattara, sont restées dignes. Je crois même que ces autorités sont plus conscientes de nos difficultés que nous-mêmes. Ce que nous vivons aujourd’hui, le Ghana l'a aussi vécu. Donc, il faut éviter de mener ce débat avec passion et chercher à comprendre pourquoi les autorités ghanéennes ont fait rentrer Blé Goudé en Côte d'Ivoire, et non à intoxiquer l'opinion nationale et internationale. Selon des informations que j'ai reçues de certaines personnalités proches de l'actuel pouvoir, avec lesquelles je garde de bonnes relations, des dispositions ont été prises pour garantir la sécurité de Blé Goudé. Des chefs d’État de la CEDEAO, de l'UA, des personnalités de l'actuel pouvoir français, ont été informés avant cette décision des autorités ghanéennes. C'est à Ouattara de montrer qu'il veut vraiment la paix, le Ghana a fait sa part.
 
A vous entendre, on peut dire que Blé Goudé a été livré par les autorités ghanéennes?
 
Avant de répondre à cette question, j'aimerais vous rappeler que j'étais le porte-parole des refugiés ivoiriens de la diaspora dont le président est M. Brown, que je voudrais remercier sincèrement pour nous avoir permis de mettre en place cette association. Il a usé de ses contacts pour nous permettre de rencontrer le coordonnateur de la sécurité nationale actuelle du Ghana, qui, à son tour, nous a permis de rencontrer feu le président Atta Mills, l'ex président Rawlings et d'autres personnalités ghanéennes, afin de parler des conditions de vie des réfugiés ivoiriens et de la sécurité des cadres pro-Gbagbo au Ghana. Nous avons été associés à tout ce qui concernait les réfugiés ivoiriens et à toutes les négociations entre le Ghana et le pouvoir d'Abidjan, pour le retour de la paix.
 
Le Ghana a été constamment menacé par le régime de Sarkozy, le pouvoir Ouattara et la communauté internationale, depuis le début de la crise, mais ce pays n'a livré personne. Pourquoi le ferait-il maintenant? Pour moi, c'est sans doute un message fort à Ouattara pour dire que les chefs d'Etat africains doivent aujourd'hui protéger leurs jeunesses et non les traquer, les humilier, les maintenir en exil et chercher à les mettre en prison. car c'est eux l'avenir.
 
Certaines personnes croient fermement que l'arrestation et l'extradition de Blé Goudé est un deal qu'il a conclu avec les autorités ghanéennes et ivoiriennes pour rentrer en Côte d'Ivoire. Qu'en dites-vous?
Je ne pense pas que ce soit un deal, et je m'explique. L’année dernière (2012 ndlr), nous avons été convoqués d'urgence par le coordonnateur de la sécurité nationale du Ghana, suite à une liste que le pouvoir Ouattara a envoyée à feu le président Atta Mills. Sur cette liste, figuraient les noms de Blé Goudé Charles, en tête de liste, le Commandant Abehi, le ministre Lida Kouassi, le ministre Koné Katinan et d'autres noms, ainsi que des informations les concernant et la ferme volonté du pouvoir Ouattara de mettre la main sur eux. Blé Goudé était le plus réclamé par le régime d'Abidjan. Mais les autorités ghanéennes ont démontré aux autorités ivoiriennes que Blé n'était pas sur leur territoire ; cela sur la base des listes officielles d'enregistrement des réfugiés ivoiriens.
Mais le pouvoir Ouattara a insisté pour dire que ce sont certains exilés pro-Gbagbo, avec lesquels ils ont des contacts, qui l'auraient informé de la présence de Blé Goudé sur le territoire ghanéen. Le régime d'Abidjan a ensuite demandé au président Atta Mills de lui donner l'autorisation de venir prendre Blé Goudé où il l'avait localisé au Ghana. Ceci a mis Atta Mills en colère parce qu'il a considéré cela comme une violation des lois ghanéennes. Il s'y est naturellement opposé. Après cela, le régime de Sarkozy a dépêché des émissaires au Ghana pour que Atta Mills livre Blé à la Côte d'Ivoire. C'est pour ces raisons que j'ai été convoqué par la sécurité nationale, parce que les mêmes pro-Gbagbo les auraient informés que je suis l'un de ses collaborateurs directs.
Les autorités ghanéennes m'ont demandé de coopérer. Mais cette coopération qu'elles me demandaient n'était pas dans le but de livrer Blé Goudé, mais elles craignaient qu'il ne soit enlevé ou assassiné au Ghana. J'ai répondu que je ne savais pas où se trouvait Blé et que les seuls contacts que j'ai, concernent les réfugiés ivoiriens dans les camps. C'est ce qui m’amène à vous dire que ce n'est pas un deal, parce qu'il y a longtemps qu'il était recherché. Nous avons aussi été informés des instructions données à toutes les frontières pour le capturer, même dans les aéroports de tous les pays du monde.
 
Vous qui connaissez bien Blé Goudé, est-il possible qu'il ait organisé cette opération ?
 
Personnellement, je ne crois pas qu'il ait pu organiser cela. Pour moi, c'est un message que les autorités ghanéennes ont envoyé à Ouattara. Pour elles, il est temps que les Ivoiriens partent régler leur problème. Ces autorités ghanéennes ont eu tout le temps d'étudier le dossier de Blé Goudé. Ses meetings de mobilisation, ses discours ont été passés au scanner. Alors, j'invite le pouvoir Ouattara à comprendre ce message des autorités ghanéennes et à libérer Blé Goudé ainsi que les autres détenus, pour donner un coup d'accélérateur au processus de réconciliation.
 
Quand et où avez-vous vu Blé Goudé pour la dernière fois?
 
 J’étais constamment en communication avec lui. Même la veille de son arrestation, nous avons eu à communiquer.
 
Vous a-t-il parlé d'un retour en Côte d'Ivoire qu'il préparait ?
C'est pour cela que je suis à l'aise quand je vous dis que ce n'est pas un deal, parce que son intention n’était pas de rentrer en Côte d'Ivoire dans la situation actuelle.
 
Des membres du Cojep, le mouvement politique de Blé Goudé, estiment qu'avec cette arrestation, tous les exilés devraient revenir en Côte d'Ivoire, parce qu'il ne reste plus rien à faire en exil. Qu'en pensez-vous ?
 
Pour moi, c'est la seule solution, retourner chez nous pour reprendre la lutte.
 
Justement, d'autres voient dans cette extradition une trahison de la lutte par Blé Goudé. Quel est votre avis ?
Vous savez, ceux qui le disent rêvaient à ce que Blé Goudé soit tué dans cette crise. Malheureusement pour eux, il est en vie. Même sous Gbagbo,  ils n'ont jamais cessé de combattre Blé Goudé en qui ils trouvent un adversaire gênant pour leurs intérêts égoïstes. Cela faisait pratiquement plus de deux ans que Blé vivait dans la clandestinité depuis que Gbagbo a été arrêté. Ces gens qui accusent les autres d'avoir trahi, auraient mieux fait d'aller occuper le terrain à Abidjan. Alors qu'ils sont libres de tout mouvement, je crois qu'il serait sage pour eux de se ressaisir, car la lutte ne se mène pas dans les hôtels climatisés, les résidences, les bars et les plages d'Accra. Un combattant, c'est le terrain, et je crois qu'il serait mieux pour eux de préparer leurs bagages pour rentrer à Abidjan.
 
 Vous parlez de retour, quand est ce que vous allez vous même revenir en Côte d'Ivoire ?
Pour ce qui concerne notre retour, cela dépendra de ce que le pouvoir Ouattara va réserver à Blé Goudé. Nous sommes prêt à venir, car nous ne devons pas continuer de rester en exil, alors que Gbagbo est à La Haye, la première dame Simone et les autres otages au Nord. Nous n'accepterons pas de jouer le jeu du pouvoir, qui consiste à nous éloigner pour mieux occuper le terrain. Nous devons réclamer la démocratie et le retour de Gbagbo, et nous sommes prêt à aller reprendre notre lutte et nos mobilisations pacifiques pour imposer la démocratie en Côte d'Ivoire. Car personne ne pourra le faire pour nous.
 
 
Propos recueillis par H. ZIAO
 
Source: L'Inter du 26 Janvier 2013




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