INTERVIEW: / Tiburce Koffi dit ses vérités au Pdci- Rda et à son président.

Samedi 6 Mai 2017 - 22:01


1- Le couple Pdci-Rdr, dont l'union vous est toujours apparue hypothétique, bat de l'aile en ce moment. Les deux ne s'entendent pas sur la question de l'alternance en 2020 comme le prévoyait « l'appel de Daoukro ». Quel est votre commentaire de cette situation qui occupe l’actualité en ce moment en Côte d’Ivoire ?
 
 Une rectification : « L’Appel de Daoukro », que j’ai bien lu, étudié, analysé et passé au peigne fin, ne parle pas d’alternance. Beaucoup de gens parlent de ce parchemin sans l’avoir lu. C’est le texte le plus antidémocratique que je n’ai jamais vu : un individu, à lui seul, remet en cause les décisions d’un Congrès ; et les gens lui obéissent. Aveuglément. Sans aucun esprit critique ! Depuis cet épisode, j’ai mieux compris pourquoi le Président Bédié a dit qu’il n’avait pas d’amis, mais des suiveurs ! Un homme politique ivoirien m’a même dit qu’en réalité, le Président Bédié s’attendait à ce que les hauts cadres de son parti s’insurgent contre cet Appel. Cela aurait été pour lui le signe qu’ils sont prêts à aller à la conquête du pouvoir. A sa grande déception, ils l’ont suivi, comme des moutons ! Je n’ai jamais dit que l’union entre le Pdci et le Rdr était impossible. Ces deux partis se réclament de l’héritage du Président HouphouëtBoigny. Donc leur union relève du possible ; en tout cas, c’est davantage possible, en comparaison avec l’Alliance que le Fpi avait contractée de 1994 à 1999 avec le parti d’Alassane Ouattara en vue de pouvoir chasser Bédié et le Pdci du pouvoir. Vous voyez bien que ce n’est pas la première fois dans l’histoire du pays qu’un parti s’associe avec celui de Ouattara pour chasser du pouvoir, par la violence militaire, un président légalement élu et en place. Ce que, moi, j’avais trouvé impossible et inacceptable, c’est la proposition du Président Bédié d’effacer le sigle Rda pour créer Pdci-Rdr. C’est écrit noir sur blanc dans « L’Appel de Daoukro. »
 
 2 - En quoi est-ce impossible ?
 
 Idéologiquement, c’est inconciliable. Ensuite, le signe Rdr est le symbole de la fracture historique. Si le Rdr estime qu’il n’y a plus de contradictions, qu’il revienne tranquillement à la maison sans que le domicile familial ne change d’appellation. Un autre argument a été que le sigle RDA (Rassemblement démocratique africain) synthétise la mémoire de l’action historique et panafricaine d’Houphouët-Boigny. Le supprimer revenait donc à tuer cette mémoire. Alors ils ont dit que leur parti unifié s’appellerait Rhdp. Je leur ai dit aussi que ce n’était pas possible car deux partis au moins, au sein de ce Rassemblement, ne se sont pas d’inspiration houphouétienne : l’Upci de Gnamien Konan et le Mfa d’Anaky. Vous savez, la fusion a ses règles. A mon avis, les Présidents Bédié et Ouattara seraient franchement mal avisés de supprimer l’appellation Pdci-Rda du visuel graphique et politique de la Côte d’Ivoire. Héritiers de l’illustre homme, leur rôle historique est de veiller à la conservation de son héritage et non de l’effacer. Ce serait indécent de leur part. Qu’ils laissent ce rôle à une autre génération d’hommes politiques ivoiriens. Dans mon livre criminalisé, je leur ai dit qu’ils ne sont pas des refondateurs, ni des rénovateurs, mais des Restaurateurs, et qu’il ne faudrait pas qu’ils se trompent de rôles. Ils n’ont pas le droit d’effacer le sigle Rda. Le problème en Afrique, c’est qu’on a souvent l’impression que nos chefs ne savent jamais où et quand s’arrête leur rôle. Notre rôle à nous autres, est de leur rappeler ces choses, quitte à les fâcher. Même HouphouëtBoigny n’était pas parvenu à comprendre que passées les années 1970 ou, au plus tard les années 1980, sa mission était terminée.
 
 3 - Cette alliance qu’est le RHDP, né surtout pour chasser Gbagbo n’était-elle pas aussi solide que cela, pour résister à la question du partage du pouvoir (et évidemment de l’alternance) ?
 
 S’entendre pour chasser du pouvoir un adversaire commun est une chose. Gérer et partager équitablement le pouvoir en est une autre. Le Front républicain d’hier en a déjà fait l’expérience. L’alternance est une chose possible. C’est la manière dont le Pdci la conçoit qui pose problème. Ce n’est pas le Rdr qui fait réellement obstruction. 
 
4 - Comment ça ? Expliquez-nous bien.
 
 Il faut le dire au risque de choquer : à l’observation de la gestion de ce second mandat, j’estime que le Pdci affiche une attitude inacceptable, voire intolérable. A peine M. Ouattara élu, le Pdci posait déjà la question de l’alternance, et non celle de la bonne gestion du pouvoir. Il m’est revenu que le Président Ouattara avait déjà relevé le caractère peu élégant, voire indécent de ce comportement. Et il aurait signifié cela au Président Bédié. Et il avait raison : le plus important et urgent, ce n’est pas l’alternance, mais la qualité de la gestion du pouvoir. M. Ouattara gère en ce moment un mandat difficile, très difficile. Inutile d’énumérer les crises sociales, politiques, éthiques et sécuritaires de tous ordres qui altèrent le rendement et la qualité de ce second mandat dont j’avais déjà perçu le piège. Bref, la côte de popularité du chef de l’Etat est mise à mal et, avec elle, celle de son parti. Mais que constate-t-on ? Ce ne sont que les cadres du Rdr qui montent au créneau pour défendre la gestion du Président Ouattara et requalifier son image. Tout se passe comme si le Pdci ne se sentait pas concerné par les immenses problèmes qui plombent le pays et le pouvoir gouvernant. Son président Henri Konan Bédié est tranquille à Daoukro ; leurs cadres sont ministres, Conseillers spéciaux, Conseillers économiques et sociaux ; c’est-à-dire payés à ne rien faire ; ils occupent d’important postes de Direction générale au sein de l’appareil administratif. Mais c’est M. Ouattara seul et le Rdr qui sont décriés, et qui se battent pour redresser la barre et contrecarrer l’opinion. Non, non, le Pdci ne sent pas concerné par tout cela. Il attend tout bonnement qu’à la fin du mandat, le Rdr lui fasse la passe. Comme dans une partouze quoi ! Comme ça. Sans coup férir. Sans mener aucune bataille. Sans avoir apporté un soutien réel et effectif au Président Ouattara. Et ils pensent que le Rdr ne voit pas ça. Ils pensent que le Rdr ne perçoit pas cette duplicité, ces actes de désinvolture qui trahissent en réalité un désengagement vis-à-vis de la gestion politique du pays. En réalité, ils ne sont pas solidaires de ce pouvoir. Et le Rdr le sait. Et c’est tout cela qui, combiné à bien d’autres paramètres, pourrait rendre problématique cette histoire d’alternance.
 
 5 - Il se trouve pourtant que, entre les présidents Bédié et Ouattara, tout semble aller pour le mieux. Avez-vous la même impression ? 
 
Je ne suis pas dans leurs confidences, et certainement que je ne le serai jamais. Ensuite, je ne suis pas en Côte d’Ivoire. Mais c’est tant mieux que tout aille au mieux entre eux, pour le meilleur des mondes !
 
 6 - Il se trouve également que Bédié et Ouattara ont sommé leurs militants d'observer la loi de l'omerta sur cette question de l'alternance et de la succession qui sont des domaines réservés à leurs seules compétences. Qu'en pensez-vous ?
 
 Ils ont dû remonter les bretelles des gens du Pdci, pas celles des cadres du Rdr ; car eux continuent d’en parler, et en des termes fermes, sans équivoques, courageux et honnêtes : non à l’alternance. Et ils ont raison. La récente sortie du ministre Cissé Bacongo est claire sur la question. Et je suis d’accord avec eux. 
 
7 - Personnellement, Comment voyez-vous la succession du président Ouattara qui en réalité a annoncé son retrait en 2020 ?
 
Je vous ai déjà dit que je ne voyais pas au sein de leur appareil un cadre de haute stature capable de succéder à Alassane Ouattara ; à part Mme Dominique Ouattara. Mais je crois savoir qu’elle ne nourrit pas une telle ambition. Je me permets de dire « Dommage » 
 
 8 - Le Rdr prépare son congrès activement, avec la possibilité pour le président Ouattara de continuer à diriger son parti. Cela vous semble t-il normal ?
 
 Les partis politiques sont des associations privées. La limite d’âge pour être président du Pdci est de 75 ans. Le président de ce parti se nomme Henri Konan Bédié. Pourquoi est-ce la situation au Rdr qui vous paraît anormale ?
 
 9 - Selon vous, si le Rdr qui affiche de plus en plus sa volonté ferme de demeurer au pouvoir après 2020, brisait ainsi l'alliance avec le Pdci, quelle devrait être l'attitude du Pdci dans cette situation ?
 
 Je ne suis pas un donneur de leçons. Rien n’empêche le Pdci-Rda d’organiser une journée de pleurs immenses pour avoir perdu le soutien du Rdr. Mais au bout du compte, ils auront au moins appris une chose : le pouvoir politique ne se donne pas. Il se conquière. 
 
10 – Parlons plus sérieusement : que retenir ?
 
 Plus sérieusement, je ne comprends pas cette posture de mendiant dans laquelle se vautre le Pdci. Le Rdr va même jusqu’à leur dire qu’il n’existe aucun accord, aucun texte sur cette question. Et cela, depuis le début de cette affaire. Personne ne peut reprocher au Rdr de n’avoir pas été sérieux dans cette affaire. Ils ont toujours été clairs. Ils ont eu beau dire au Pdci qu’il ne s’agit pas de vouloir l’alternance, mais de savoir qui, du Pdci ou du Rdr ou du Rhdp, pourrait proposer un candidat crédible à même de conduire les destinées du pays. Rien à y faire : comme des obsédés, le Pdci répète : on veut l’alternance ! Mais enfin ! Ils veulent l’alternance pour quoi même ?
 
 11 – Pour diriger le pays, bien sûr. Diriger le pays ?
 
 C’est le Pdci qui, en toute souveraineté, a humilié ses propres cadres qui avaient osé dire « non à l’appel de Daoukro. » Ce sont les cadres du Pdci qui ont convaincu les militants de ce parti de ne pas voter pour un candidat issu du Pdci car, autrement, l’armée de M. Ouattara sévirait. Comme deuxième argument, ils leur ont dit que le Pdci ne possède pas de cadres aptes à diriger le pays. Il faudrait alors qu’ils aillent aujourd’hui expliquer à leurs militants que M. Ouattara n’a plus d’armée, ou bien que cette armée est devenue subitement très gentille au point de ne plus représenter un danger ; et qu’à présent, ils ont formé des cadres capables de gérer l’appareil d’Etat. Et lesquels ? Gnamien Konan de l’Upci a déjà dit qu’il sera candidat ; Mabri Toikeuse, depuis 2014, avait annoncé sa candidature pour 2020. Guillaume Soro, de même. Le Pdci a-t-il peur de dégager déjà une figure forte autour de laquelle se cristalliseraient déjà les énergies en vue de 2020 ? Non. C’est donc un faux débat que de chercher à diriger un pays alors que vous n’avez manifestement personne capable de le faire.
 
 12 - Des voix s'élèvent de plus en plus pour encourager Ouattara à se présenter. Que pouvez vous dire à ceux là et également pour vous qui l’avez fréquenté, le croyez-vous capable de trahir sa parole et donc être candidat pour un troisième mandat ?
 
 Fréquenté le Président Ouattara ! Encore un de ces nombreux mythes me concernant. Il m’arrive même de lire sur facebook, de la main de petits crétins, des gbagboïstes enragés et stupides, que je mangeais à la table de M. Ouattara, et que j’étais même entretenu par ce dernier. N’importe quoi ! Je n’ai jamais rencontré M. Ouattara. Cet homme ne me connaît pas physiquement. Ensuite la différence générationnelle, ainsi que sa forte carrure socio politique ne peuvent permettre que je le fréquente ! Je ne peux qu’être son administré, son subalterne, et non son camarade. J’ai été sensible à son combat de réhabilitation identitaire à partir de 2000 ; puis j’ai rejoint, en actes, son combat en 2010, sans jamais l’avoir rencontré parce que, outre sa cause qui m’avait paru défendable, son programme de gouvernement et son projet de société m’avaient séduit. Et je n’attendais rien de cet engagement. La preuve, je n’ai pas essayé de monnayer le combat que j’ai mené. Je l’avais fait par conviction, et en conservant toujours ma liberté d’exprimer mon désaccord quand je ne serai pas d’accord avec telle ou telle de ses option. Et c’est ce que j’ai fait. Apparemment il n’a pas aimé cela, et il a sévi. Normal. Mais c’est déjà de l’histoire ancienne. 
 
13 – Nous avons compris. Le croyez-vous capable de trahir sa parole et de briguer un 3ème mandat ? 
 
Comme nombre d’Ivoiriens, et même des cadres du Rdr, vous posez très mal ce problème. A mon avis, il est erroné de poser la probabilité de la candidature de M Ouattara en 2020 en termes de troisième mandat. Juridiquement, nous n’avons pas affaire à un 3ème mandat ; mais à un premier mandat sous la III è république. Ecoutez, à l’instar de la II è république, la III ème République n’admet pas trois mandats. M. Ouattara a brigué deux mandats sous la IIè république. En a-t’il déjà brigué sous la III è république ? Non. Dans l’hypothèse même d’une candidature de sa part, ce ne serait donc pas un 3è mandat, mais son premier mandat de la III è république. Que cela lui vaille au total trois quinquennats, est une chose ; mais ça ne revient pas, juridiquement parlant, à avoir brigué trois mandats (chose anticonstitutionnelle et illégale). Or, M. Ouattara est juridiquement autorisé à être candidat sous la III è république, le verrou de la discrimination par l’âge ayant été sauté. Il est bon d’expliquer, de bien expliquer ces choseslà aux Ivoiriens. Oui : rien, par rapport aux lois que nous nous sommes librement donné, n’interdit M. Alassane ouattara de briguer un mandat sous la III ème république. C’est légal. Je souhaite même qu’il soit candidat. A une autre occasion, je vous dirai pourquoi il serait aujourd’hui bon que M. Ouattara soit candidat à ce scrutin.
 
 14 - Mais il a donné sa parle de ne pas se présenter.
 
 Et alors ? Sa parole est-elle un acte juridique ?
 
 15 – Vous voulez dire qu’il peut se permettre de revenir là-dessus ? Et cela vous paraît normal ? 
 
Evitons l’angélisme politique, et examinons les choses froidement. M. Ouattara n’est pas le produit d’un hasard, ni le résultat d’une aventure individuelle. Lorsque ce technocrate de renom décide de s’engager en politique au cours des ces inoubliables années 1990, en Côte d’Ivoire, c’est sur appel d’une communauté : celle des enfants du nord de notre pays qui, se sentant brimés, ont vu en lui, leur rédempteur. Alassane Ouattara n’est pas devenu président de la république de Côte d’Ivoire du fait de son statut de technicien des Finances, mais par le désir et la volonté d’une communauté précise en Côte d’Ivoire. Et cette communauté a consenti les sacrifices matériels, logistiques, humains, pour la réalisation de ce grand rêve régional. Sous l’éclairage de mon maître Zadi, j’ai examiné ce phénomène que j’ai exposé dans « Côte d’Ivoire, l’agonie du jardin. » J’avais consacré à cette question cruciale, un chapitre entier. En 2010, le rêve s’est réalisé. Au prix de sacrifices inouïs. Aujourd’hui, ces enfants du nord sont aux commandes du pays. Ils ont occupé les espaces politiques, financiers, administratifs essentiels du pays. Dix années de pouvoir leur ont permis d’asseoir une surface financière et politique solide. Le Rdr est, aujourd’hui, la première force politique du pays. Leurs cadres et militants en sont conscients. Le Rdr a une base démographique et électorale très large. Ditesmoi, sur le plan historique, avez-vous connaissance d’une communauté contrôlant lem Commerce, la circulation de l’argent, détenant l’Exécutif et contrôlant, conséquemment la superstructure, renoncer à cette posture hégémonique pour offrir le pouvoir d’Etat à un Parti politique supposé frère ? 
 
16 – Donc sa parole n’était pas sincère ?
 
 Je n’ai aucune raison de douter de sa sincérité. Mais, sur la question, M. Ouattara a-t-il, avant de libérer une telle parole, consulté ceux par qui il est devenu Président de la République de Côte d’Ivoire ? C’est à eux, et non à lui seul qu’il revient de prendre une telle décision. C’est un homme qui ne s’appartient plus ; et il me semble qu’il a oublié ça. Le Rdr fera donc pression sur lui pour le faire craquer et le soumettre à la décision du parti. Il ne s’agira donc pas d’un acte de trahison de sa parole, mais de révision réaliste. Lisez la récente sortie médiatique du ministre Bacongo. Il affirme hautement ceci : « Nous n’avons pas mené ce combat presque bidécennal pour seulement deux mandats ! » C’est clair. Ils se battront pour conserver le pouvoir d’Etat. Et, pour y parvenir, ils ne détiennent, pour le moment, qu’une seule carte, un candidat crédible : Alassane Ouattara. Pourquoi renoncer au joker ?
 
 17 - Dans cette atmosphère, on parle de plus d'une probable candidature de Guillaume Soro. Ses lieutenants sont sur le terrain. Samedi, ils sont allés demander pardon aux wè de Duékoué pour ce qui s’est passé. Quelle est votre lecture de tout ça ? 
 
Qu’ont-ils fait pour aller demander pardon au Wê ? Ils reconnaissent donc les massacres commis ? Je croyais que c’était le président Laurent Gbagbo seul qui avait fait massacrer les populations de Côte d’Ivoire, raison pour laquelle il se trouve, seul, à La Haye. La Cpi vient donc d’avoir au moins un aveu. Il faudrait alors espérer qu’elle fera son travail, sans complaisance. Guillaume Soro candidat ? Pourquoi pas ? En quoi ceux qui s’affichent présidentiables aujourd’hui sont-ils mieux fondés et mieux outillés que lui pour prétendre à cette haute fonction ? Il a été ministre d’Etat sous la Primature de Charles Konan Banny, Premier ministre nommé par Laurent Gbagbo qui a hautement affirmé qu’il a été le meilleur de tous ses Premiers ministres ! C’est Soro qui a réalisé le désarmement de la rébellion — c’est toujours M. Laurent Gbagbo qui l’a affirmé et nous l’a appris. C’est sous sa Primature que s’est réalisé le génial Accord de Ouaga (APO) qu’il a su mener à bon port : amener Laurent Gbagbo à aller à l’élection présidentielle, nous permettant ainsi de nous débarrasser de lui. Tel était l’objectif essentiel de la rébellion. Guillaume Soro est donc présidentiable. Mais n’est pas pour ses raisons-là que je pense qu’il est. Il est présidentiable car c’est grâce à lui que tous ces dirigeants et cadres nouveaux suffisants et pleins d’arrogance, sont à ces postes. Lequel d’entre eux a osé revendiquer la rébellion ? Qui, mieux et plus que lui a risqué sa vie pour cet avènement ? Que reste-il d’autres à faire, à ce jeune homme qui, finalement, n’aura peut-être pas eu de jeunesse véritable ? Sa vie entière se conjugue sous le sceau de l’engagement politique et du risque permanent. Ce sont des qualités de dirigeant de haut niveau, ne vous y trompez pas. 
 
18 - Quelle personnalité du Pdci voyez-vous comme candidat en 2020 avec ou sans le RHDP ? l y a que Charles Konan Banny et Essy Amara ont été récemment décorés, marquant ainsi leur retour au sein du parti.
 
. MM. Charles Konan Banny et Essy Amara ne sont jamais retournés au Pdci-Rda. Pour une raison, toute simple : ils n’ont jamais quitté ce parti. C’est l’appareil de communication du Pdci qui a distillé l’information intentionnellement erronée qu’ils avaient quitté le Pdci. Il l’avait fait dans leurs campagnes de dénigrement contre MM Banny et Essy Amara pour le compte de « l’Appel de Daoukro », en racontant aux militants que ces deux personnalités avaient quitté le Pdci. Donc il ne fallait pas leur donner leurs voix. Aujourd’hui, on leur donne des décorations. Et pour justifier cela, ils font insinuer que l’ambassadeur Essy et le Président Banny sont retournés au Pdci ! Je connais ces deux personnalités. Essy Amara est resté attaché à la mémoire du Président Houphouët-Boigny à un point que vous ne pouvez imaginer. Et M. Banny a toujours dit que le Pdci est la maison de son père. Le terrain sur lequel est construit le siège de Cocody serait même une propriété des Banny ! Hormis M. Camille Alialli, aucun cadre actuel du Pdci ne peut se prévaloir d’attachement et de fidélité à ce parti plus que Jean Konan Banny, Charles Konan Banny et SEM Essy Amara. C’est même leur faire injure que d’écrire qu’ils sont retournés au Pdci. Le Pdci est leur héritage. Et ils en sont les vrais gardiens. 
 
19 - Une nouvelle alliance, EDS est né face à ce bloc avec pour ambition de reprendre le pouvoir en 2020 pour le compte des pro-Gbagbo. Qu’en dites-vous ?
 
Qu’ils règlent d’abord leurs dissensions internes avant d’envisager de reprendre le pouvoir d’Etat. Je ne sais pas quel ivoirien doté de bons sens pourrait se hasarder encore à confier la direction de la Côte d’Ivoire aux refondateurs, ou ce qu’il en reste. Mais ils peuvent se permettre de rêver. Ont-ils tiré les enseignements du passé ? Ah ! J’oubliais : eux n’ont jamais commis d’erreur. Ils ont très bien dirigé la Côte d’Ivoire. Ce sont les rebelles et le Président Jacques Chirac, puis Sarkozy, qui les ont empêchés de travailler. Or les rebelles sont toujours là ; et cette fois-ci, ils sont au pouvoir. Donc, les refondateurs peuvent attendre…
 
 20 - Il est de plus en plus question d'une libération provisoire à accorder à votre ami Laurent Gbagbo, incarcéré à la Cpi. Y croyez-vous ? Si oui, que dites vous de sa possible fuite avancé comme argument qui coince d’ailleurs cette mise en liberté ? 
 
Gbagbo fuir ? C’est ridicule. S’il ne l’a pas fait hier sous les bombardements, ce n’est pas maintenant qu’il va le faire. Libération ? Je n’ai pas encore trouvé de nom de prisonniers de la Cpi en liberté provisoire. Mais il est certain que serait souhaitable.
 
 21 - Aujourd’hui quelle est votre lecture de son procès après le passage de certains témoins importants comme la hiérarchie militaire.
 
J’ai déjà donné mon point de vue sur ce procès lors d’une émission sur TV5 Monde. C’est un simulacre de procès qui ne fait que renforcer et bonifier l’image de Laurent Gbagbo martyr. Et ceci est une erreur. L’avoir même transféré à La Haye fut une erreur. L’y maintenir et le juger dans des conditions de jugements inéquitables l’est tout aussi. C’est une affaire qui est devenue de plus en plus gênante.
 
 22 - Un mot sur l'acquittement récent de Simone Gbagbo par la justice ivoirienne. Croyez vous qu’on devrait la gracier également ?
 
 C’est, assurément, un petit signe d’apaisement. Mais cela ne règle pas pour autant le problème. Cette dame a encore près de 15 années de peines à purger. Ce n’est pas trop pour une va-t’enguerre et une xénophobe aux propos teintés de nationalisme exacerbé. Mais c’était notre Première Dame ! Dommage ! 
 
23 - Quelle est l'actualité de Tiburce Koffi ? A quand le retour au pays ?
 
 Jazz, écriture, théâtre, scénarios, bibliothèques, visites de musées, voyages, tout cela à n’en plus finir. La Culture tous azimuts quoi ! Quelques travaux de recherche académiques aussi, à achever. Mon retour est lié à des conditions de sécurité générale et de possibilités de mieux- être. Je n’ai aucune assurance sur la question, pour le moment. Et puis : retourner au pays pour y faire quoi ? Ronronner dans un désert culturel et intellectuel ? Subir la loi du « silence on développe » ? Non merci. Ca ne me tente vraiment pas. Pour sûr, je sombrerais dans la folie ou le crétinisme. 
 
24 - Un mot de fin
 
Je vais vous surprendre par une réflexion qui pourrait être une révélation, si elle s’avérait : il n’y a qu’une seule condition pour laquelle le Président Ouattara pourrait ne pas faire acte de candidature : si le futur candidat du Pdci se nomme Henri Konan Bédié. Je crois savoir que c’est pour cette possibilité que « l’Appel de Daoukro » a été fait, et qui signifierait ceci : « Je te donne deux mandats ; et toi, tu m’en donnes un, pour clore ma vie politique ». Pour ce, il faudrait une clause constitutionnelle pour faire sauter le verrou de l’âge. C’est fait. On a même mis en place, outre un Premier ministre, un Vice-Président qui, tous, vont alléger la tâche du nouveau Président. De toute évidence, cette nouvelle Constitution a été faite pour préparer la venue d’un nouveau Président relativement âgé. En 2020, Henri Konan Bédié aura juste 85 ans ! Ce ne sera jamais trop tard en Afrique pour être Président de la République. HouphouëtBoigny était nonagénaire quand il allait en compétition avec, en face, son fils Laurent Gbagbo ! Le Président Bédié est encore lucide. On dit même que c’est en réalité lui qui dirige le pays. Récemment, un cadre du Rdr m’a dit ceci, à Paris : « M. Bédié, c’est le patron de notre patron ; et toi, Tiburce, tu te permets de le critiquer dans tes écrits. C’est pourquoi tu as été limogé. Sinon, nous avons lu ton livre ; tu ne t’es pas attaqué à Alassane Ouattara, mais au Président Bédié ! Fais attention. » 
 
Tiburce Koffi




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