Hollande s’oppose à une modification de la constitution qui rendrait à nouveau Ouattara éligible

Jeudi 4 Décembre 2014 - 11:14


Hollande s’oppose à une modification de la constitution qui rendrait à nouveau Ouattara éligible
L’essentieL
Contexte
Les déclarations de François Hollande ont donné une réalité incontestable à l’inéligibilité d’Alassane Ouattara en octobre prochain, lors de la présidentielle de 2015.

Enjeu
Cette déclaration touche là où le chef de l’Etat ivoirien a le plus mal, lui qui est obligé de modifier la constitution s’il veut briguer un second mandat en 2015. Et, cela visiblement l’énerve au plus haut point.

Il y a des imprévus comme ça qui ressemblent, à première vue, à un simple  détail mais qui, au finish, se révèle comme une épine majeure sous les pieds de celui qu’il va déstabiliser immanquablement. Telle est en effet l’histoire de la déclaration de François Hollande. Car au départ, le président français ne s’adressait pas à notre vizir national mais aux autres dirigeants africains qui, pour se maintenir au pouvoir, ont décidé de modifier la constitution de leur pays. La Côte d’Ivoire ne semblait donc pas concernée. Et pour cause, Ouattara est au pouvoir en Côte d’Ivoire et rien ne semble lui résister. De plus, entre lui et le président français c’est le grand amour. Abidjan n’a jamais autant satisfait un président socialiste, lequel a d’ailleurs profité de sa visite officielle pour tancer  l’opposition du grand deus ex machina, l’enjoignant d’aller aux élections au risque de disparaître. Ouattara a donc un nouveau protecteur à l’Elysée et ses partisans exultent de plus belle comme sous Nicolas Sarkozy. Et c’est sans doute pour cette raison que personne n’a vu venir cette déclaration. Mais lorsqu’elle vint, Ouattara en perçut clairement le danger. Pourquoi ? Parce que le chef de l’Etat ivoirien a un vrai problème qui ne s’appelle pas comment faire pour être le candidat unique du RHDP. En fait, il est inéligible parce que c’est l’article 48 de la constitution pris à l’époque par le Président Laurent Gbagbo qui l’avait rendu éligible. Depuis quelques mois, Faustin Kouamé, ancien ministre de la justice d’Henri Konan Bédié n’a de cesse de le  rappeler, sauf à modifier la constitution ivoirienne. Et c’est en ce moment là que la déclaration de François Hollande devient problématique pour le numéro un ivoirien. Que dit cette déclaration ? Selon François Hollande, « Quand on fait voter des peuples pour des Constitutions à travers des référendums, on ne peut pas les modifier impunément. Quand un chef d'Etat reste plusieurs mandats de suite, et qu'à un moment il est fixé une limite d'âge ou il est fixé un nombre de mandats qui ne peut pas être dépassé, il ne peut pas en être décidé autrement. C'est ce qui s'est passé au Burkina", a-t-il insisté. Jusquelà, on ne voit pas clairement la menace viser Alassane Ouattara, sauf que RFI n’est pas dupe des arrangements qui ont été opérés en Afrique du Sud et aux termes desquels le président du RDR et son homologue du PDCI ont été déclarés éligibles. L’ancien président ivoirien d’alors, Laurent Gbagbo en l’occurrence, avait fait une déclaration à la nation pour rendre ses deux adversaires éligibles, le premier frappé par l’article 35 et le second pour avoir atteint la limite d’âge. La déclaration précisait alors qu’ils ne sont éligibles que pour l’élection de 2005 reportée à 2010. Il ne reste donc plus à Ouattara qu’à modifier la constitution s’il veut être candidat à sa propre succession. Or après avoir obtenu la candidature unique du RHDP au prix de mille et une turpitudes et déporté la plupart de ses adversaires vers divers exils, y compris dans des goulags intérieurs et des prisons plus ou moins légales, la déclaration d’Hollande constitue la pire des  mauvaises blagues pour Ouattara. C’est donc pour cela que lorsqu’il est interrogé par la radio du monde ce mardi 2 décembre, il éructe une colère à peine contenue contre le président français. « “Il nous appartient nous africains de saisir les aspirations de nos peuples, notamment de la jeunesse, mais nous n’accepterons pas de leçons extérieures”, répond-il au journaliste de RFI. Le candidat de la communauté internationale qui se fend d’un nous Africains inédit ? En fait, pourquoi un tel homme qui s’est toujours targué d’être l’ami des occidentaux, s’empressant à satisfaire le moindre de leurs intérêts, peut-il s’énerver autant devant la première critique de son ami Hollande ? Eh bien, parce que le renversement de Blaise Compaoré par la rue a commencé ainsi. Pour se maintenir au pouvoir, le beau Blaise avait d’abord voulu changer (à nouveau) la constitution. Ensuite, il s’est refusé, lorsque ce genre de critiques lui a été faite, d’écouter ses anciens potes de la communauté internationale en leur montrant que seule la volonté des burkinabés lui importe. Mais à la fin, il était exfiltré par des militaires français. D’abord vers la Côte d’Ivoire et ensuite vers le Maroc. Donc cette déclaration du président français n’est pas un petit détail dans la relation entre Abidjan et Paris. Elle est lourde de conséquences. Et Ouattara se voit déjà livré à la merci de ceux qu’il a traînés de prison en prison.


Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°781 du 03 décembre 2014
 




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !