Henri Tohou séjourne à la Maca depuis vendredi:Les dessous d’une arrestation politique

L’ex-candidat malheureux de l’élection présidentielle d’octobre 2010, Henri Tohou, président du parti socialiste du peuple (Usp), croupit à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) depuis le vendredi dernier. Les raisons brandies par les autorités policières et judiciaires pour le conduire dans l’univers carcéral montrent clairement que le régime d’Abidjan a des sentiments à fleur de peau. Les dessous d’une arrestation politique

Mardi 7 Janvier 2014 - 04:50


Image d'archive: Henri Tohou  en cravate rouge
Image d'archive: Henri Tohou en cravate rouge
L’argument officiel des autorités policières et judiciaires qui a occasionné le transfert du sieur Henri Tohou à la Maca, c’est qu’il s’est rendu coupable d’une escroquerie portant sur la somme de 2 millions Fcfa appartenant à Sompohi Bah qui n’est autre que son chargé de mission. Les 2 millions Fcfa en question, selon des sources proches du dossier, devaient servir à établir des documents administratifs pour une tournée de collecte de fonds qu’envisage Henri Tohou et son chargé de mission auprès de la diaspora Wê en Europe afin de venir en aide à leurs compatriotes éprouvés par la crise à l’ouest de la Côte d’Ivoire. C’est dans l’attente de voir lesdits documents régulièrement établis que survient, sur une plainte expresse du chargé de mission, la mise aux arrêts par la police, le jeudi 3 décembre 2014, d’Henri Tohou au quartier Maroc, dans la commune de Yopougon.

Les circonstances d’une arrestation spectaculaire   

Du 13 au 30 décembre, comme chaque fin d’année, le président de l’Usp, expliquent ses proches, choisit une paroisse pour intercéder, à jeun, en faveur de la Côte d’Ivoire qui traverse une situation socio-politique difficile. Cette année, c’est la paroisse «Nouvelle Jérusalem», une église du Christianisme céleste, non loin du «Carrefour Obama» au quartier Maroc, dans la commune de Yopougon, qui l’accueille. C’est d’ailleurs à la sortie de cette paroisse, le 30 décembre 2014 aux alentours de 22 heures, qu’il est témoin d’un drame, à savoir la chute d’un taxi-compteur avec ses occupants, dans un gros trou, emporté par les eaux de ruissellement. C’est lui qui, par instinct patriotique, alerte les commissariats de police du 16ème et 17ème arrondissement, les pompiers et l’Opération des Nations-Unies en Côte d’Ivoire (Onuci) afin d’épargner des vies en danger. Arrivé sur les lieux du drame, les sapeurs pompiers n’ont pas pu sauver les victimes du taxi. Sollicitée pour prêter main forte aux soldats du feu, l’Onuci a rétorqué que ses hommes ne peuvent pas faire mouvement sur le lieu tant qu’elle n’est pas officiellement saisie par les autorités ivoiriennes. Affligé par l’immobilisme des autorités compétentes qu’il a eues au téléphone, notamment le ministère de la Sécurité qui a établi le contact entre lui et le directeur des opérations de sécurité, et le directeur de la protection civile, l’ex-candidat à la présidentielle d’octobre 2010 n’a pas hésité à s’ouvrir à la presse pour témoigner de ce qu’il a vu et de ses dif- férentes démarches. Dans ses propos rapportés par le Nouveau Courrier n° 964 du jeudi 2 janvier 2014, Henri Tohou, à propos de l’accident tragique, révèle : «Rien n’a été fait et les occu- pants du taxi-compteur ont péri dans cet accident.  Je suis bouleversé de voir mes compatriotes périr sans assistance, en pleine ville. Il faut une enquête nationale pour comprendre le fonctionnement de nos services d’urgence, pour revoir le mécanisme de coopération entre les forces étrangères d’assistance et les services nationaux d’urgence et aussi sanctionner si possible. Cela est une exigence de la responsabilité de tout Etat.» Est-ce cette sortie qui a déclenché l’ire des sécuro- crates du régime Ouattara contre l’ex- candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2010 qui, depuis le 30 décembre 2013, était pourtant en contact régulier avec les collaborateurs du ministre Hamed Bakayoko ? Cette éventualité n’est pas à écarter d’autant plus que ce même jeudi 2 décembre 2014, date de la parution de l’article, selon des sources proches du témoin du drame, Henri Tohou est joint par le directeur de la protection civile qui voulait avoir une idée exacte de sa position au moment où il lui passe le coup de fil. L’objectif des deux interlocuteurs étant de rassurer les populations en réussissant à repêcher – à défaut de sauver leurs vies – les corps des occupants du taxi victimes du drame. Quelques minutes plus tard, Henri Tohou reçoit un autre coup de fil, celui de Sompohi Bah, son chargé de mission avec qui il prépare la mission européenne. Il lui demande l’endroit où le trouver. Le président de l’Usp lui donne également la même réponse communiquée au directeur de la protection civile qui vient à peine de le joindre, c’est-à-dire à la paroisse «Nouvelle Jérusalem», à proximité du lieu du drame. Les instants d’après, Sompohi Bah retrouve son président Henri Tohou. Mais il n’est pas seul. Il est en compagnie d’un élément des Frci qui saisit aussitôt Henri Tohou par la ceinture et le traine de l’autre côté de la voie sans autre forme de procès. Il l’engouffre dans le véhicule de police stationné en bordure de route et le conduit manu militari au 16ème arrondissement de police.

Le dossier Henri Tohou prend une autre tournure et termine à la Maca

Dès qu’il arrive au commissariat de police du 16ème arrondissement, Henri Tohou se voit notifier par le lieutenant Traoré, officier en charge de son dossier, le délit d’escroquerie portant sur la somme de 2 millions Fcfa dont il se serait rendu coupable. Cette somme, poursuit-il, appartient à Sompohi Bah, son chargé de mission qui aurait déposé plainte à son commissariat. L’ex-candidat à la présidentielle d’oc- tobre 2010 tombe des nues. Il s’étonne que les autorités policières qui étaient régulièrement en contact avec lui, depuis le 30 décembre, sur la question du drame du taxi-compteur l’interpelle maintenant (ce 2 janvier) sur des faits d’escroquerie qui ne tiennent pas la route. Cependant pour éviter des règlements de compte politiques qu’ils soupçonnent, des proches d’Henri Tohou parmi lesquels figure son épouse, alertés, se proposent de rendre le ‘‘dû’’ à Sompohi Bah. Mais  souhaitent que la transaction se fasse lundi, jour ouvrable, étant donné que c’est le début du week-end – Henri Tohou a passé la nuit du jeudi au vendredi au poste de police –, mais le chargé de mission oppose un refus catégorique. Il exige son argent liquide ici et maintenant. Le lendemain, l’officier en charge du dossier fait savoir à Henri Tohou que «cette affaire dépasse ses compétences» étant donné qu’il aurait reçu des instructions de son ministère (ministère de l’Intérieur) indiquant qu’il doit saisir le parquet sans délai. Ce qu’il fait dans les heures qui suivent. Au tribunal de Yopougon où il est conduit, en l’absence du doyen des juges, c’est l’un des collaborateurs de celui-ci qui le reçoit autour de 19heures, le vendredi 3 décembre, et lui notifie – tout en s’opposant à sa libération pour un règlement du contentieux à l’amiable – sa volonté de le placer sous mandat de dépôt. Henri Tohou sera donc déféré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan tard dans la nuit du 3 janvier 2014. Quant à Sompohi Bah, les démarches entreprises par Le Nouveau Courrier pour avoir sa version des faits sont demeu- rées vaines. Aucun contact transmis au quotidien n’est également fonctionnel.

Par Saint-Claver Oula  

Source:  Le Nouveau Courrier N° 967 Du Lundi 06 Janvier 2014
                                                                                                                                                                                                                                                                       




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