Guerre de succession et partage du butin dans les familles mafieuses. Le cas de la Côte d'Ivoire.

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Samedi 4 Février 2017 - 22:57


 
Débats et opinions. Contribution de  T. Briga
 
Les familles mafieuses sont soumises à un rite immuable. Les guerres de succession et de partage de territoire. Désormais Dramane Ouattara a perdu ce qu'il considérait à tort  d'ailleurs comme son aura. Le voici devenu la risée de son peuple, de ses  pairs  et du continent africain, même au-delà. L'homme le plus craint des satrapes africains francophones de son acabit, car selon  Fanny Pigeaud Mediapart du 11 août 2016, "ses pairs voient en lui la voix de la France qui l’a installé à la présidence de la République de Côte d'Ivoire." Dramane l’émanation pure et dure de la françafrique, intouchable jusque là, est devenu soudainement quelconque.
 
Quelques coups de boutoir de son complice de malfaisance du peuple ivoirien, Soro Kigbafori, par le truchement des soudards dont il possède la clef, la maîtrise et le maniement, a montré à la face du monde, le côté lâche et la couardise de Dramane Ouattara, celui-là même qui se proclamait incarner le courage. Soro a ébranlé le régime. Les postures hésitante, fuyante qu'il a adoptées face aux mutins de janvier 2017, ont contribué à mettre totalement le personnage à nu.
 
 
Dramane et Bédié sanctionnent
impunément jusqu'à l'os Soro
 
Le cas de Tiburce Koffi démis de ses fonctions pour avoir pris position contre l’appel de Daoukro est là pour le rappeler. Cette position courageuse aurait fait rentrer son auteur dans la postérité, si depuis, il ne s’était égaré dans des conjectures hasardeuses pour d’obscures raisons, peut-être alimentaires.
 
Il ne faut pas oublier les cas de Mabri Toikeuse, ministre des Affaires étrangères et son collègue Gnamien Konan de l'habitat, exclus comme des malpropres de leur ministère respectif. Ils ont retrouvé soudainement leur lucidité lorsque leurs intérêts ont été ignorés lors des attributions léonines des quanta et les choix des candidats(es) que le rhdp envisageait de soutenir pour ces législatives. Criant à l'injustice, ils ont décidé de présenter des candidats au nom de leur parti à l'intérieur du rhdp.
 
Encouragés par la passivité avec laquelle ces dégradés ont accepté leur sort sans s'opposer frontalement, ils ont cru qu'ils pouvaient également humilier Soro et le réduire à néant. D'où cette histoire d'avion sanitaire qui lui aurait été refusé pour des soins au Maroc. Avec Soro ils ont trouvé un adversaire à leur mesure. Ce dernier a préféré la place du boucher et non celle du veau. Il a donc sifflé la fin de la récréation.
 
 
Soro siffle la fin de la récréation
 
Bédié et Dramane, ces deux  Directeurs des Ressources Humaines (DRH) de la société Ivoire ont décidé d’écarter Soro, de l'éloigner en douceur de la présidence de l'assemblée nationale issue de la constitution pirate de 2016 élaborée par ces deux aigrefins. Celle-ci a été rejetée à plus de 90% par les ivoiriens qui se sont abstenus d’aller voter. Isoler Soro et probablement le livrer comme un vulgaire criminel à la CPI. Le but étant de constituer semble-t-il, un pendant, un contrepoids aux détentions arbitraires de Gbagbo et de Blé Goudé. Que Soro soit un criminel n'est pas discutable. Toutefois les tentatives de nos deux DRH autoproclamés, de l'éliminer du jeu politique, n'ont pas pu prospérer car elles ont été éventées par Soro Kigbafori lui-même.
 
A partir de là, il a suffi qu'il émette un sifflement pour que ses sbires, armés jusqu’aux dents envahissent les villes du pays sous des prétextes incongrus. Cette mutinerie sauvage qui sous d'autres cieux, aurait été matée et anéantie, a obtenu en un temps record tout ce qu'elle a voulu. D'abord Bédié et Dramane terrorisés par Soro ont, toute honte bue, ravalé leur honneur et sans coup férir adoubé immédiatement sa candidature pour la présidence de l'assemblée nationale.
 
Ensuite le pouvoir poltron de Dramane Ouattara, sans assise légitime et populaire pour le soutenir, a accordé des sommes faramineuses à ces bandits de grand chemin. Ces malfrats pour accomplir leur forfait, se sont parés d'une légalité factice de militaires en se proclamant "Forces Armées de Côte d'Ivoire". Dramane Ouattara coutumier du crime dont il a usé abondamment pour accéder au pouvoir a déploré ce mode de revendications. L'hôpital qui se moque de la charité, néanmoins il a cédé !
 
 
Le discours fanfaron d’Accra avorté
 
En cédant de la sorte sans combat ni opposition à ces mutins Dramane Ouattara a ouvert la boîte de Pandore et a créé un précédent. Il a également montré ses limites d'homme d'Etat  et exposé  son incapacité d’endiguer et d'affronter l'adversité. D’ailleurs, certains de ses voyous racontent la peur et supplications de Ouattara devant leur furia.  L'attitude de Dramane Ouattara durant cette mutinerie de janvier 2017 a fait découvrir quelques facettes du personnage.
 
Parti en invité d'honneur à l'investiture du Président ghanéen, élu, lui démocratiquement, il n'a pu attendre la fin des cérémonies. Il se murmure qu'il avait prévu de fanfaronner lors de cette cérémonie  d’investiture. Notamment en pérorant que les exilés ivoiriens pouvaient sans crainte pour leur vie rentrer, qu'il avait pacifié, réconcilié les ivoiriens et que le taux de croissance à plusieurs chiffres dû à son génie d’économiste, avait permis au pays de rejoindre le peloton de tête des pays émergents. - Foutaises quand tu nous tiens -
 
Ce projet d’un discours lénifiant et triomphant a donc avorté. Il a été abandonné. Car Dramane Alassane Ouattara lui-même a pris conscience que le ridicule a ses limites. Tenir un tel discours au moment même où en Éburnie se déroulaient des événements violents, relayés dans le monde entier, décrédibilisait une telle logorrhée, et rendait son auteur inaudible et ridicule.
 
 
Soro rappelle les clauses du
contrat à Dramane Ouattara
 
Ironie du sort, c'est lui qui s'est sauvé du Ghana, pour rentrer précipitamment tout penaud en Côte d'Ivoire. Il a été accueilli par son complice Soro. Celui là même qu'il voulait duper dans la répartition du butin né de leur braquage du pays. C’est ainsi que Soro a dû souffler dans les bronches d’Alassane Dramane Ouattara, pour lui rappeler les clauses de leur contrat.
 
Ces clauses prévoyaient sans doute  que la présidence de l'assemblée nationale lui revenait naturellement de droit tout comme la succession du poste de son mentor Dramane Ouattara. La création d’un poste de vice-président pour contourner ces clauses, la volonté de  l’évincer et faire de lui un simple député de base a été mal prise par Soro. Comme tout jeune mafieux ambitieux et blessé dans son orgueil il a décidé de punir Alassane Dramane Ouattara et de lui montrer que son arrivée et son maintien au pouvoir d'État en Côte d'Ivoire, dépendaient d’abord et avant tout de lui et de ses mercenaires.  
 
Quand Monsieur Glaser, rédacteur en chef de "La Lettre du Continent", clame sur Africa 24 que c’est Soro qui est à l’origine de la mutinerie de ces derniers jours pour le poste de président de l’assemblée, tout est dit.
 
Soro a poussé son avantage plus loin en exigeant que Dramane honore une dette privée, qu'ils avaient contractée quelques années auparavant entre 2002 et 2011, de cinq ou douze millions de francs CFA, plus une villa, à chacun des 8500 voire 12000 individus sans foi ni loi, pour les pousser à accepter d’être les supplétifs des vraies forces extérieures pour renverser le Président Koudou Gbagbo.  C'est la facture à payer pour les centaines de milliers d'ivoiriens tués.
 
 
Fait également singulier, il n'y a eu aucune résistance pour s'opposer à ces hors la loi, ces racketteurs, qui agissaient en contradiction avec la discipline militaire de laquelle ils se réclamaient.  On peut se demander où est cette armée de Dramane Ouattara qui à elle seule aurait vaincu les FDS prétendues lourdement armées, assiégée le palais présidentiel et capturé le Président de la République légitime, cette armée qui aujourd’hui est incapable d’arrêter ou repousser quelques crapules déguenillées ?
                                                                                         

 
Absences remarquées à Bamako,
Banjul, Dakar et Addis-Abeba
 
Alassane Dramane Ouattara, membre influent de la françafrique est resté cloîtré à Abidjan, alors que le sommet Afrique-France se tenait  du 13 au 14 janvier 2017, sans lui,  à Bamako au Mali à quelques encablures d'Abidjan. Cette position de fuite ne lui est pas nouvelle. Son confinement à l'hôtel de la République du golf en 2010 peut être mentionné pour mémoire.
 
Quelle humiliation pour ce Monsieur qui se croyait tellement puissant au point de clamer qu'il irait investir lui-même à Banjul en Gambie, un certain Adama Barrow, autre marionnette, qui  finalement a prêté serment à Dakar au Sénégal, sans Alassane Dramane Ouattara. Lui qui aime se montrer partout pour dit-on asseoir sa domination, être absent à un tel événement n’a fait qu’accentuer sa frustrante humiliation initiée par Soro.
 
L’instabilité qu’il a instaurée en Côte d’Ivoire depuis qu’Houphouët, qui, contraint l’a nommé premier ministre, a fini par le rattraper. Une fois de plus, le voici condamné à la fermer pour ne point faire de vague.  La peur l’a obligé à ne pas se rendre au 28ème sommet de l’Union Africaine d’Addis-Abeba  du 30 au 31 janvier 2017. Comme pour confirmer le pourrissement de la situation, des précautions sont prises, ainsi apprend-on que depuis le 17 janvier 2017 son épouse aurait quitté la Côte d’Ivoire pour la France.
 
  

L’exemple de courage
 
Quand les rebellions successives commanditées, armées et financées par Monsieur Alassane Dramane Ouattara, lui-même en service commandé, ont attaqué le régime légal de la Côte d'Ivoire, l'armée régulière, (FDS) instruite, formée et consciente de son devoir a combattu pour protéger les institutions de la République. Elle aurait dû vaincre ces bandes de loubards, s’il n’y avait pas eu l’intervention de la Licorne c’est-à-dire les forces françaises auxquelles il faut ajouter celles de l'onuci, d'Ecomog... 
 
Quand en 2010-2011 des pluies de bombes étrangères tombaient sur le palais du Président Gbagbo et que  l'agresseur exigeait de lui, qu'il abdiquât en signant un acte de reddition,   il a refusé. Car pour le président légitime la question qui valait la peine était de savoir qui avait effectivement gagné les élections. Cette question est toujours d’actualité, même si la CPI ou la communauté internationale ne veut pas la mettre au premier plan dans ce simulacre de procès.
 
Contrairement à ce que les médias voulaient faire croire, Gbagbo ne fait pas partie de ce cercle de satrapes. En dépit de toute la campagne à son encontre, il est de notoriété publique que, malgré les recherches poussées, on n'a pas trouvé de comptes bancaires, ni biens mobiliers ou immobiliers de Gbagbo en dehors de la Côte d'Ivoire.
 
Nous connaissons les traitements subis à la fin de leur vie par les Bongo, Mobutu, d’authentiques et zélés serviteurs   de cette obscure organisation françafricaine. Même aujourd’hui qu’arrive-t-il à Sassou Nguesso du Congo Brazzaville, Obiang Nguema de la Guinée Équatoriale, les voici poursuivis pour des "biens prétendus mal acquis "  On passe sous silence la responsabilité de certains acteurs. Que fait-on des receleurs de ces biens mal acquis ?
Tous les biens déposés par les présidents africains dans les banques occidentales, lorsqu’ils décèdent, ces fortunes deviennent la propriété de ces pays hôtes. Que sont devenus les biens de Mobutu, Houphouët, Bongo … ?  Ont-ils été restitués à leurs pays respectifs ? Par quels moyens peut-on évaluer le montant de ces fortunes et par quel mécanisme peuvent-elles être rendues aux vrais propriétaires ?
 
Malgré les bombes, les menaces et les intimidations de toute nature, Gbagbo comme Allende au palais de la Moneda, sous les bombes putschistes, est resté stoïque.
 
 
Le contre-exemple
 
Or au moindre battement d'aile d'un papillon, Dramane sans l’appui de la France, devient un lion sans crocs. Car il n’existe pas d’armée en Côte d’Ivoire qui puisse lui être fidèle. D’ailleurs les rebelles d’hier qui devraient être jugés sont "anoblis". Ils sont promus et occupent désormais des postes de haut commandement militaire. Ils tiennent Dramane Ouattara sous la menace de leurs baïonnettes.  Il est devenu leur obligé et leur doit à ce titre les marques de gratitude  et de déférence.
 
  

La technique des rats ou l’art de la perfidie
 
Après les émeutes liées au coût prohibitif du kilowatt d'électricité, des individus dont on ignore l’identité et les motivations se sont présentés pour se mettre à genoux à Bouaké pour soi-disant présenter des excuses à Alassane Dramane Ouattara et implorer sa grâce et sa bonté, dans une mise en scène théâtrale et pathétique.
 
 Tout récemment encore, après avoir violenté le pays, désorganisé son économie et lui avoir soutiré des rançons sous le joug des armes, séquestré quelques ministres, paralysé le pays, on rejoue la même farce. Un certain Diallo Yacouba, qui se dit porte-parole des mutins, demande pardon aux populations de Bouaké.
 
Curieusement c’est toujours à Bouaké que tels actes de contrition ont lieu. Hélas, cette malheureuse ville de Bouaké portera à jamais les stigmates des maux que subit la Côte d'Ivoire. 
 
Cette technique est connue et utilisée par les rats qui se nourrissent en mordant les talons de leurs proies quand ceux-ci dorment. Mais après chaque morsure,  pour apaiser la douleur et éviter le réveil du mordu, le rat souffle sur la plaie qu’il a occasionnée... et il continue de mordre.
 
Ces pardons à répétition ressemblent, à cette ruse des rats. Il s’agit dans ces deux cas d’une trahison mûrement réfléchie.
  

Le fin mot de l’histoire
 
Aujourd’hui nous assistons à un jeu de pouvoir dangereux,  souvent feutré mais mené avec cynisme entre les deux auteurs de la rébellion et accessoirement Bédié, une sorte de pacte, où chacun croit pouvoir à court ou long terme, évincer l’autre, quitte à l’éliminer physiquement; pratiques connues dans leur univers. Balla Kéita,  Guéï Robert, Kas et plus récemment IB, pour ne citer que ceux-là..., à qui le tour  ?
 
Quoi qu’il en soit, il est à craindre, peu importe l'arrangement ou le vainqueur du moment, que le vrai et seul perdant ne soit la Côte d’Ivoire et son peuple.
 
 
T. Briga




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