Grogne sociale/ Acculé de toute part, le régime tente d’éteindre le feu avec des promesses

Samedi 6 Décembre 2014 - 08:30


Grogne sociale/ Acculé de toute part,  le régime tente d’éteindre le feu avec des promesses
Depuis  quelques mois,  le quotidien des Ivoiriens est rythmé par des mouvements sociaux.  Réunis au sein du Conseil syndical du ministère de l’Economie et des Finances, (Consymef.Ci),  les agents des Douanes, du Trésor, des Impôts, ont en  moins  d’une journée, réussi à faire plier l’échine au gouvernement. La grève a certes été suspendue, mais elle pourrait reprendre en cas d’échec des négociations.  C’est avec une grosse colère que des éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) et des démobilisés sortis des casernes ont paralysé l’activité socio-économique le mardi 18 novembre 2014. Bouaké, Daloa, Man, Korhogo, Bouna, Abobo, Plateau, Akouedo (dans le district d’Abidjan) étaient en ébullition. Acculé, le  régime a  non seulement ouvert des négociations séance tenante,  mais il a aussi promis de  verser  les arriérés de primes le 05 décembre 2014. Tel un serpent de mer, des revendications corporatistes de  même nature ont refait surface chez les Gardes pénitentiaires le jeudi 27 novembre 2014. 2000 d’entre eux bloquent le fonctionnement des 33 prisons que compte la Côte d’Ivoire. Ils réclament au gouvernement,  le respect de ses engagements à travers le paiement des primes de contagion (liées aux maladies), des primes de risques estimées à 120.000 fcfa. Les grévistes réclament entre autres, le paiement de leurs arriérés de salaire allant d'octobre 2012 à juin 2013. Entre temps, au ministère de la Fonction publique et  de la Réforme administrative, 2000 fonctionnaires  déclarés fictifs  ont manifesté bruyamment pour réclamer leur réintégration.

Les débrouillards et désœuvrés dans la danse

Le 25 novembre 2014, les producteurs de sachets en plastique prenaient la rue. Objectif, dénoncer le décret relatif à l’interdiction de l’utilisation et de la commercialisation desdits sachets. Fortement éprouvé en si peu de temps, le pouvoir fébrile, a donné dans la violence. Les manifestants ont été dispersés à coup de gaz lacrymogène. Des arrestations et des blessés ont été déplorés. Le jeudi 27 novembre 2014, des manifestations éclatent à Odienné. On enregistre une perte en vie humaine, le commissariat de police ainsi que la brigade de gendarmerie sont saccagés.  Conséquence d’une violente riposte des populations, suite au décès dans la cellule du commissariat de Comara Moustapha, appréhendé quelques heures plutôt par la police d’Odienné.  Visiblement, les Ivoiriens ne réussissent plus à contenir leurs ras-le-bol. Et pourtant, depuis sa prise de pouvoir, le régime Ouattara a tenté d’étouffer les manifestations et autres meetings qui pourraient dénoncer sa gestion opaque des affaires de l’Etat. Des villes et même des quartiers du district d’Abidjan sont interdits d’accès à l’opposition. Leurs manifestations bien que autorisées, sont par la suite réprimées dans le sang. La société civile qui n’embouche pas le même clairon que le régime en place est embastillée. La preuve, le 2 décembre Camara Oumar, secrétaire général du Syndicat national des enseignants du privé laïc de Cote d’Ivoire (Syneplaci)  est interpellé par la police pour trouble à l’ordre public alors que sa structure avait marqué un arrêt de travail pour inviter  le gouvernement à porter  un  regard sur l’enseignement privé.

Promesses comme solution

Face aux  fondateurs d’établissements scolaires privés, l’Etat s’est engagé à éponger sa dette estimée à 50 milliards de fcfa. Face à la menace de fermeture des établissements privés le 18 novembre, le gouvernement s’est voulu compréhensif et généreux. Il s’est alors  engagé à solder les 25 milliards de Fcfa d’arriérés de subvention de scolarité. Aux Frci, le régime  promet  de reverser 20 milliards de fcfa au titre des primes et autres arriérées de salaires dès le 5 décembre 2014. La question des grades et des baux sera un lointain souvenir ont-ils soutenu. Idem pour les gardes pénitentiaires à qui les autorités ont promis de régler le cas des 2000 transfuges des ex-combattants et les primes de contamination. Les instituteurs adjoints qui exigeaient un reclassement catégoriel ont eu « satisfaction ». Le gouvernement à travers le ministère de l’Education nationale et de l’Enseignement technique a dit « oui » à toutes leurs revendications.

 Il n’y a pas d’argent .          

A malin, malin et demi dit le dicton. Toutefois que les fonctionnaires, les acteurs du secteur privé ou même les consommateurs se sont soulevés,  Ouattara a réussi d’une façon ou d’une autre,  à se tirer d’affaire. Il faut s’en réjouir pour la stabilité du pays. Le hic, c’est que les solutions qu’il propose ne sont basées que sur des promesses. Cela a le mérite de lui faire gagner du temps. Mais pendant combien de temps pourra t-il contenir la colère des Ivoiriens ? Quand on sait que les moyens financiers annoncés pour apaiser les « grognons » ne sont en réalité, pas disponibles. D’où pourrait sortir les 20 milliards de fcfa réclamés par les Frci. Juste avant cette échéance, nous indiquent nos sources, le régime d’Abidjan aurait payé environ  6 milliards de Fcfa.  De quels moyens disposent le gouvernement pour prétendre solder  50 milliards de fcfa de gap dans l’enseignement privé et  25 milliards de Fcfa au titre des arriérés de subventions de scolarités. L’économie ivoirienne si fragile peut-elle supporter les charges additionnelles que sont le reclassement des instituteurs adjoints, la prise en charge des primes de risques des gardes pénitentiaires, leurs baux et les arriérés de salaires de 2000 d’entre eux ? Difficile de le croire parce qu’a la vérité,  ce régime  n’en a ni la possibilité, ni les moyens.

 Paterne Ougueye Yves

yves _ oug@yahoo.fr

Le Temps N ° 3358 du jeudi 4 décembre 2 014




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