Gestion du pays: Ouattara déçoit de plus en plus ses soutiens

Aux affaires depuis le 11 avril 2011, le régime Ouattara, au-delà de sa propagande communicationnelle pour se voiler la face, déçoit de jour en jour ses soutiens internes et externes. Avec une gestion clanique du pays.

Samedi 3 Août 2013 - 06:47


Gestion du pays:  Ouattara déçoit de plus en plus ses soutiens
Un peu plus de deux ans après sa prise du pouvoir, Alassane Ouattara a du mal à convaincre, mieux, à rassurer ses soutiens extérieurs et internes sur ses capacités à conduire le pays, dans une dynamique de réconciliation véritable. Préoccupé qu’il est à neutraliser son opposition significative et à faire la promotion du rattrapage ethnique qui fonde ses actions. Un peu plus de deux ans après, les lieux de détention officiels et officieux enregistrent plus d’un millier de détenus politiques, dont 700 formellement répertoriés (des plus illustres et plus anonymes ivoiriens), les résidences de proches de Laurent Gbagbo encore occupées par les Frci au vu et au su de Ouattara et ses ministres, les manifestations publiques du Fpi interdites ou répri- mées… La démocratie version Ouattara s’est vite muée en une dictature rampante qui ne laisse quasiment rien sur son passage. Les emprisonnements d’opposants ne se comptent plus à l’heure actuelle. Jean- Yves Dibopieu, ex-membre de la galaxie patriotique, subit toutes sortes de traitements à la Dst, où il est détenu constamment au «Blindé». Le Dr Saraka, médecin de Blé Goudé, après avoir passé 104 jours en détention à la Dst, sans motif valable, a recouvré la liberté le dimanche 28 juillet dernier «grâce» malheureusement à son état de santé empirait. Le leader de la jeunesse du Fpi, Koua Justin, croupit à la Maca, pour ses critiques «virulentes» à l’égard du régime qui manifestement ne s’accommode pas du jeu démocratique. Face à la situation politique délétère, le conseil de sécurité de l’Onu, par la résolution 2112 (2013), adoptée à l’unanimité de ses 15 membres fin juillet, a invité prestement le régime Ouattara « à ménager un espace politique à l’opposition». En clair, l’Onu reconnait le musèlement de l’opposition par Ouattara, avec une chasse à l’homme qui ne dit pas son nom, dont l’objectif est de la «neutraliser» sur tous les plans.
Sous Ouattara, c’est l’impunité garantie Dans une telle atmosphère, à la limite de la confiscation des libertés publiques, les soutiens de Ouattara n’ont eu de cesse, diplomatiquement, de rappeler son régime à l’ordre, afin de tendre vers une décrispation de la vie politique en Côte d’Ivoire. Notamment, avec la multiplication des violations des droits humains depuis la fin de la crise postélectorale. En deux ans de gouvernance, ce sont plus d’une dizaine de rapports d’organisations nationales et internationales de défense des droits humains qui ont épinglé et/ou interpellé le régime Ouattara sur ces nombreuses violations. Hier «chouchou» des Ong de droits de l’homme, telles Amnesty International, la FIDH ou encore Human Rights Watch, Ouattara et ses hommes, aujourd’hui au pouvoir, sont les cibles privilégiées de ces organisations, parce que justement incapable de garantir le respect des droits les plus élémentaires de l’homme, comme le droit à la vie. On tue impunément sous Ouattara, sans être inquiété le moins du monde. Bien au contraire, si l’on n’est pas «promu» comme ces ex-chefs de guerre, présumés responsables de crimes de guerre et de crime contre l’humanité, bombardés commandants d’unités ou préfets militaires, l’on jouit d’une immunité délivrée par la justice des vainqueurs. Comme c’est le cas aujourd’hui pour les responsables du massacre de Nahibly. Qui plus d’un an après cette tragédie, continuent d’exercer tranquillement au sein des Frci de Duekoué, selon différents rapports d’Ong de défense des droits humains, dont la FIDH et Amnesty International. L’insécurité rapprochée dont les Ivoiriens sont victimes au quotidien est le fait d’une mauvaise politique du régime Ouattara qui ruse avec le processus de désarmement de ses ex-combattants et autres miliciens à sa solde. Le chef de l’Etat n’a-t-il pas lui-même ouvertement confessé, lors de son meeting à Korhogo le 8 juillet dernier, que le phénomène des coupeurs de route est le fait d’ex-combattants ?  C’est pourquoi, le Conseil de sécurité de l’Onu l’a invité à lancer «sans tarder le processus visant à désarmer et à démobi- liser 30 000 ex miliciens d’ici à la fin de 2013 et 65 000 ex-combattants d’ici à 2015». Pour l’Onu, le gouvernement ivoirien devrait accélérer la mise en œuvre de sa stratégie nationale de réforme du secteur de la sécurité et surtout traduire en justice les auteurs de violations graves des droits de l’homme ou d’atteintes au droit international humanitaire, ainsi que prendre des mesures concrètes pour prévenir les violences intercommunautaires. Ouattara entendra-t-il véritablement ces recommandations réalistes du Conseil de sécurité de l’Onu ? Lui qui passe le plus clair de son temps à faire croire que tout est normal en Côte d’Ivoire. Et pourtant par l’attitude de ses soutiens d’hier, avec les difficultés économiques que connait la Côte d’Ivoire malgré les fanfaronnades de croissance économique distillées par le régime Ouattara, les Ivoiriens comprennent de plus en plus que la lune de miel entre Ouattara et ces derniers n’est pas loin de prendre fin.

Par Frank Toti

Le Nouveau Courrier N° 844 Du Vendredi 02 Août    2013




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