Gestion du contentieux électoral : Quand Hamed Bakayoko parle de respect des institutions

Mercredi 28 Mai 2014 - 08:03


«Aujourd’hui, nous sommes dans un processus qui est ouvert. La communauté internationale, les ONG suivent tout ce qui se passe et des ONG très crédibles qui viennent, regardent tout le processus et disent que les élections sont sincères ou le sont pas. Donc ce n’est pas un président de Commission, ce n’est pas une CEI qui peut par une volonté manifeste changer le cours du scrutin. Je pense qu’il faut qu’on se fasse confiance (…) Moi j’ai confiance en la capacité d’une CEI dans les dispositions de ce projet de loi d’assurer l’indépendance parce que cette indépendance là est plus dans l’interdépendance en débat des uns et des autres puisque chacun est là, chacun voit, chacun peut dénoncer. C’est plus ça qui permet de garantir la transparence (…) Et en plus, il y a un juge des résultats qui est le Conseil constitutionnel qui peut donner un avis sur ces questions-là». C’est la déclaration faite le mardi 20 mai dernier par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Hamed Bakayoko, devant la Commission des affaires générales et institutionnelles (CAGI) de l’Assemblée nationale lors de l’examen du projet de loi controversé sur la réforme de la Commission électorale indépendante (CEI). Il répondait au député de Port-Bouët, Kouadio Konan  Bertin (KKB) qui a indiqué quelques minutes plus tôt que l’institution électorale, dans sa mouture actuelle ne pouvait être indépendante afin de garantir la transparence du scrutin à venir. Une déclaration pleine d’enseignements.

Respect sélectif des institutions

 D’abord, à l’endroit de tout ceux qui contestent l’inféodation de la Commission électorale au régime, particulièrement l’opposition, le sécurocrate d’Alassane Ouattara soutient que celle- ci ne sera pas la seule à arbitrer les élections à venir. Mais qu’il y a un juge suprême, le Conseil constitutionnel, qui pourra éventuellement, réhabiliter les résultats. Mais pourquoi, alors que le Conseil constitutionnel, qui juge en dernier ressort et dont la décision est «sans appel», avait annoncé les résultats définitifs des élections présidentiels de 2010 donnant le président Gbagbo vainqueur, le camp Ouattara qui joue les défenseurs des institutions aujourd’hui n’a-t-il pas accepté ce verdict qui prenait le contre-pied de ceux favorables à l’actuel de l’Etat et proclamé par le président de la CEI au GQ de ce dernier au Golf Hôtel ? Hamed Bakayoko invite chacun à avoir une confiance aveugle dans les institutions parce que ceux qui les incarnent aujourd’hui ont été nommés par… Alassane Ouattara. Curieuse attitude de patriotisme sélectif. Aussi, de quelle confiance parle le ministre de l’Intérieur quand il évoque l’indépendance de la CEI actuelle alors que le régime veut garder la présidence de l’institution en plus d’être surreprésenté ? Si le pouvoir n’avait pas un agenda caché et n’évoquait pas l’indépendance de la CEI comme un simple slogan vide de tout sérieux, il ne se serait pas montré réfractaire aux propositions de l’opposition et n’aurait donc fait aucune difficulté à les valider. Malgré la réécriture du projet de loi qui est finalement passé de 13 à 17 membres pour la Commission centrale, l’ouverture attendue ne s’est pas opérée. Le camp Ouattara a conservé et même renforcé son hégémonie sur la CEI. Le régime n’a pas donné de gage de sa volonté d’une CEI équilibrée mais sur indépendante ; ce qu’il ne voulait d’ailleurs pas. Gbagbo n’a-t-il nommé des présidents de la CEI pro-Ouattara – Robert Beugré Mambé puis Youssouf Bakayoko ?

Hamed Bakayoko veut distraire l’opinion

Parlant de la supervision des élections, Hamed Bakayoko soutient que c’est la communauté internationale et des ONG «très crédibles» qui suivent et certifient les résultats. Contrairement à la communauté internationale, qui avait ouvertement affiché son parti pris en faveur d’Alassane Ouattara et démontré qu’elle était plus préoccupée à éjecter Gbagbo du pouvoir qu’à superviser les élections à travers notamment le mandat de certification de l’ONU, des ONG se sont nettement démarqué de cette ligne. La mission d’observatoire électorale de l’Union Africaine  conduite par l’ancien Premier ministre togolais Joseph Koffigoh et plusieurs ONG avaient relevé des fraudes massives qui avaient gravement entaché la sincérité du scrutin dans la zone nord, anciennement sous le contrôle de la rébellion. Le chef de la mission d’observation électorale européenne, Cristian Preda, admettait le 31 janvier 2011 qu’ «il y a eu des menaces de mort et il a fallu retirer notre équipe présente à Yamoussoukro, qui n’a donc pas pu observer le déroulement du second tour».  Que le ministre de l’intérieur ne tente pas de distraire l’opinion. Le passé récent permet à l’opposition de douter de la sincérité du régime d’Abidjan à organiser des élections transparentes d’autant plus qu’il déroule progressivement le rouleau compresseur pour se maintenir au pouvoir : lois controversées sur la nationalité, l’apatridie, la Commission électorale indépendante…  En tout cas, le projet de loi sur la réforme de la CEI devait être adopté sans coup férir ce mercredi 28 mai en plénière à l’Hémicycle. Les autres députés, particulièrement du Pdci qui avaient tenté une fronde vont visiblement s’aligner. D’autant plus que la machine à intimidation et trafic d’influence du Rdr ayant déjà balisée le terrain lors du vote en Commission mardi dernier, la plupart des députés, en béni-oui-oui, vont voter sans broncher… à l’exception, on peut le présager,  des KKB et quelques députés indépendants. C’est de cette manière que le Rdr arrache le vote des lois au Parlement depuis la loi sur le mariage jusqu’à celle sur la CEI en passant par les lois sur le foncier rural, l’acquisition de la nationalité «par déclaration», et l’apatridie. Mais le fait est que c’est le chef de l’Etat lui-même qui a institué cette sorte de mandat impératif qui doit pré- valoir au Parlement. Puisqu’il avait dissout le gouvernement à l’issue de la fronde du Pdci et de l’Udpci le 13 novembre 2012 lors du vote en Commission de la nouvelle loi sur le mariage, prétextant d’un manque de solidarité au sein de l’Alliance Rhdp. Le décor est depuis lors planté.

Par Benjamin Silué    

Source: Le Nouveau Courrier N°1038 Du mardi 27 Mai  2014
 
   




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !