Gestion des finances publiques: La Côte d’Ivoire sous tutelle du Fmi

Lundi 9 Décembre 2013 - 13:08


«Ce n’est pas parce que le baobab se dresse majestueux au milieu de la forêt qu’il n’y a pas de termite à l’intérieur», enseigne le sage. Comme pour dire que ce n’est pas parce que Alassane Dramane Ouattara est en train d’achever les chantiers de Laurent Gbagbo et qu’il s’égosille en auto-proclamation que la Côte d’Ivoire ne traine pas de convulsions internes. La Côte d’Ivoire a bel et bien des problèmes (de très gros problèmes) au regard de ses finances. A telle enseigne que le gouvernement a écrit au Fmi pour lui demander de mettre la Côte d’Ivoire sous sa tutelle. C’est- à-dire que c’est le Fmi qui gère désormais l’argent du pays. La preuve, dans la lettre d’intention n° 0980/MPMEF/CAB/CT-TK du  21 mai dernier destinée au directeur général du Fmi, Christine Lagarde : « Le gouvernement consultera les services du Fmi, de sa propre initiative ou à la demande du directeur général du Fmi, avant l’adoption de toute autre mesure additionnelle qu’il jugera nécessaire, ou en cas de modifications à apporter aux politiques contenues dans le Mémorandum. Le gouvernement s’engage également à coopérer pleinement avec le Fmi pour atteindre les objectifs du programme». Plus prosaïquement, Alassane Ouattara et son équipe ont honteusement sollicité une assistance tech - nique du Fmi dans certains domaines. Notamment veiller à la viabilité de la dette publique,  évaluer et suivre les souscriptions de la Côte d’Ivoire à des accords de prêts financés par le partenariat public-privé (autant dire que la Côte d’Ivoire ne peut plus choisir le financement du partenaire de son choix), profiler la dette intérieure pour l’apurement de ses arriérés. Cette assistance du Fmi a également pour mission de contrôler la gestion des garanties de l’Etat (convention de bail et les conditions de prêts faisant l’objet de garantie avant d’en souscrire), faire réduire la masse salariale pour la ramener au niveau de con - vergence de l’Uemoa qui est de 35% des recettes fiscales (autant dire que l’augmentation salariale promise par Alassane Ouattara est com - promise. A moins qu’il licencie massivement à la Fonction publique), suivre la réalisation de la réduction de la subvention aux secteurs des hydrocarbures, de l’électricité (ce qui contribuera inévitablement à élever la cherté de la vie des ménages et des entreprises). Comment expliquer ce tutorat tout aussi incompréhensible que honteux (à l’image du prêt Congo) juste quelques mois après l’obtention du point d’achèvement de l’Initiative Ppte ? C’est que tout ce que le gou vernement a communiqué sur le pays depuis ce fameux 11 avril 2011 se révèle n’être que de la pure propagande et de la démagogie.

Rien ne va plus dans les finances publiques

Lors de son passage devant les députés à l’occasion du rectificatif budgétaire, la ministre en charge de l’Economie et des Finances déclarait que le budget s’exécutait normalement. Pourtant, le point 8 du rapport de la troisième revue 2013 du FMI note que le déficit budgétaire global est de -3,4% du Pib, un taux élevé et hors norme selon le critère de convergence en la matière de l’Uemoa (étant donné que le plafond admis est de -3%°). Un score inadmissible car intervenant moins d’un an après l’annulation massif d’une partie de la dette extérieure. Le point 9 du même rapport souligne que le critère de plafond zéro relatif aux nouveaux emprunts extérieurs non concessionnels n’a pas été respecté. Cela veut dire que le gouvernement a emprunté au-delà d’un seuil fixé d’accord partie avec le Fmi. Mais financièrement asphyxié, le gouvernement ne trouve d’autre solution que de  s’endetter de plus en plus à des guichets non conventionnels, sous la bienveil - lance du Fmi (100 milliards FCFA du prêt Congo, 5 milliards FCFA de garantie en faveur de Air Côte d’Ivoire, 25 milliards FCFA de la banque d’export-import chinoise pour financer la construction du barrage hydroélectrique de Soubré). Il est à remarquer que le gouvernement s’endette à des conditions et à un rythme qui favorisent le surendettement et compromet dangereusement l’avenir des finances publiques. Subséquemment, ceteris paribus, il devient de plus en plus difficile pour la Côte d’Ivoire de mobiliser des ressources extérieures. Et comme le Trésor public n’a pas pu émettre ses bons et effets en novembre et décembre 2012, le gouvernement n’a pu réduire ses dettes de façon conséquente, comme fixé en objectif. Ce qui fait que les arriérés se sont accumulés. Pour marquer qu’il y a véritablement un problème de trésorerie en Côte d’Ivoire, le volume de la dette flottante (dette de court terme) a doublé à fin décembre 2012. Ce volume est passé de 99 milliards FCFA à 204 milliards FCFA (soit une augmentation de 0,75 % du Pib), selon le point 9 du rapport. Autre problème, le compte courant des opérations avec l’extérieur est déficitaire de 2% du Pib, en 2012, et représente un montant de 252 milliards FCFA contre un excédent de 387,1 milliards FCFA en 2011, comme le souligne le point 5 du rap - port. Ce qui représente en moins d’un an une chute ver - tigineuse de mobilisation de devises étrangères néces - saires aux opérations de change en devises égale à 639,1 milliards FCFA. C’est un dérapage énorme. A titre de comparaison, cet indica - teur macroéconomique était excédentaire de 1566,9 milliards FCFA en 2009 et de 125 milliards FCFA en 2010, soit un gain en devise excédentaire de 1691,9 milliards FCFA entre 2009 et 2010 sous Laurent Gbagbo. Que dire des marchés publics où la procédure de gré à gré devient la règle absolue ? Le point 23 du rapport du FMI dénonce la gestion et l’attribution des marchés publics qui se fait à partir de la présidence de la République. Un signe patent de mauvaise gouvernance de la part du chef de l’Etat (alors que sous la tutelle technique du ministère de l’Economie et des Finances, l’Autorité nationale de régulation des marchés publics garantissait la transparence dans la passation des marchés sous Laurent Gbagbo). Feu le président Houphouët- Boigny aimait à dire qu’en politique, on ne résout pas les problèmes, on les déplace tout simplement. Alassane Ouattara qui proclame être son disciple (quand ça l’arrange) a coopté cet adage. Ainsi, au lieu de s’atteler à corriger tous ces dérapages, il sollicite et obtient du Fmi des dérogations pour endetter davantage le pays.
 
Des résultats maquillés

Alors, le gouvernement obtient le relèvement supplémentaire de 50 milliards FCFA à 400 milliards FCFA du plafond des prêts non concessionnels, entre 2013 et 2014. C’est-à-dire que la Côte d’Ivoire est autorisée à emprunter jusqu’à 400 milliards FCFA, en 2014, au-delà d’un seuil maximum négocié avec le Fmi. Du coup, sont annulés tous les avantages liés au Ppte qui ouvraient de grandes perspectives positives à la Côte d’Ivoire de ne s’endetter qu’à des guichets concessionnels. Cette dérogation du Fmi amène le pays à accroître sa capacité à s’endetter à n’importe quelle condition. Ce qui pourrait, comme avant le point d’achèvement du Ppte, compromettre l’avenir des finances publiques. A la longue, la Côte d’Ivoire va s’endetter à des guichets «margouillats» avec le sou - tien du Fmi. On  se rappelle que lors de sa dernière revue, le Fmi a félicité le gouvernement ivoirien pour être à jour au niveau de sa dette extérieure. Ce n’est qu’un maquillage. En fait, en ce qui concerne la dette extérieure, tout prêt consenti avec l’étranger, et remboursé en FCFA n’est pas considéré comme une dette extérieure.  Cette procédure a pour rôle essentiel d’améliorer les statistiques du taux d’endettement extérieur par rapport au Pib.  Cette pratique correspond à une dis - simulation des engagements de l’Etat, des mauvaises performances et de la viabilité de l’endettement du pays. Le régime Ouattara est à l’heure du maquillage tous azimuts des indicateurs macroéconomiques. Quel crédit accordé encore à ce pouvoir même quand ses membres disent simplement «bonjour».

J-S Lia liasylve@yahoo.fr

Source: Notre Voie N°4587 des samedi 7 & dimanche 8 décembre 2013




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