Gbagbo Bouscule les Normes à la CPI

Mercredi 6 Juillet 2016 - 06:54


“Tout être différent, sortant de la norme, est considéré comme fou.” A dit Eric Cantona. Laurent Gbagbo est “différent.” Mieux, il est “sorti des normes.” Considéré comme un “fou” politique, il a été déporté à la CPI. Mais là-bas, Gbagbo bouscule tout sur son passage. De l’administration judiciaire, en passant par les magistrats et auxiliaires de justice de cette entité juridique international (?), tous ont perdu le sommeil.
Victime d’un côté de sa politique du refus au plan national du sectarisme au profit de la construction d’un Etat souverain, sa popularité de l’autre a été élevée puisqu’il n’a jamais abdiqué face aux carcans de la politique internationale. Et détraqué le système de la CPI.


Explosion du Serveur Web et du Standard Téléphonique


La première victime? Le serveur web de la CPI. Le 19 Février 2013 à l’ouverture de l’audience de confirmation/infirmation des charges, les infrastructures web de retransmission de la CPI n’avaient pas pu supporter la forte demande des panafricanistes. Mais aussi des endoctrinés qui voulaient le voir crucifier. Ainsi, “nombreux ont été ceux qui n’ont pas pu suivre entièrement en direct sur le site la retransmission du procès, car les infrastructures sous dimensionnés par rapport à la demande n’ont pas pu tenir tout le long du procès. Il y a non seulement eu beaucoup de mise en mémoire tampon signe de manque de capacité en réseau, mais avant la fin le serveur a tout simplement arrêté de diffuser car sur-sollicité.” Analysait Demba Traoré, Sr Web Architect.
Avant ce crash, il y avait eu un autre. Le standard téléphonique de cette juridiction internationale (?)avait pété suite aux nombreux appels de soutiens au président Gbagbo. Dans l’un comme dans l’autre cas, la CPI n’avait pas soumis son système de communication au test de simulation de résistance à la charge pour savoir comment leurs installations supporteraient une charge accrue de connexion simultanée de centaines de milliers voire de millions d’utilisateurs.
Une erreur de calcul politique. Les impérialistes, habitués à tuer politiquement, en cachette, leurs victimes par le biais de la CPI, après leurs mises en agonie par leurs media criminels, croyaient la répétition bien huilée pour s’appliquer au cas Gbagbo. Une preuve qu’ils avaient mal évalué le capital confiance du Woody. Cet homme imaginatif, libre penseur, engagé dans le débat d’idées à l’intérieur de sa famille politique y compris quand il était minoritaire, pourvu que la question discutée épouse une volonté réformatrice  de la nation.


Toujours Président dans le Prétoire


Gbagbo président? A l’audience du 11 Février 2016 le juge-président-partisan-Italien Cuno Tarfusser avait pris une décision interdisant à l’équipe de défense du président Gbagbo d’annexer dans le prétoire, le titre de “président” à son nom. Ceci à la demande expresse de Me Massida, représentante des victimes. Alors Cuno déclara, “je vais consulter mes collègues, mais jusqu’à ce que la décision soit prise, je vais vous demander de ne plus utiliser le terme ‘Président.’”
La Défense de Gbagbo en date du 22 Février 2016 nie aux juges la façon dont un accusé doit être appelé par sa Défense et d’autres parties de la chambre. Estimant la décision du juge politique et sans base légale, l’équipe de Me Altit argumente. “Refuser de permettre qu’on l’appelle président a une signification profonde puisque les juges défont alors un processus naturel et ce faisant envoient au monde un message: pour eux, Laurent Gbagbo ne ‘mérite’ pas d’être appelé président. Alors qu’appeler Laurent Gbagbo ‘président Gbagbo’ n’est pas un message politique, refuser de l’appeler ‘président Gbagbo’ est au contraire un message politique.”
Pour se donner bonne conscience après cette décision irréfléchie, Cuno, répondant à l’objection de la défense, ajouta. “La chambre convient que vous avez parfaitement raison…Un titre reste attaché à jamais…Mais, nous sommes ici dans une salle d’audience et les accusés sont tous égaux devant la loi.”
Sans que le juge-président-Cuno lève cette décision, le substitut du procureur Alexis Demerdjian dès la reprise du procès le 14 Juin 2016 appelle Laurent Gbagbo, le “Président de la République.” Le bal est ouvert. Toutes les parties s’y mettent. Même le témoin-clef-super-protégé P. 520 qui selon Demirdjian, occupait à l’époque de la guerre un poste à responsabilités qui l’a conduit à demander, en échange de son témoignage devant la Cour, des garanties contre l’auto-incrimination, avait en plus de reconnaître à Gbagbo son titre de “président,” l’avait disculpé et accusé la rébellion agissant sous les ordres de leur chef d’état-major le général Soumaïla Bakayoko, d’avoir été plus armée que l’armée régulière.
Il éclaira aussi la Cour dans un “le président de la République,” que Gbagbo tenait absolument à la paix après les accords de Ouagadougou de 2007. “Autant que je me souvienne, le président de la République avait décidé que les groupes d’autodéfense soient dissous et désarmés…Il ne voulait plus qu’il y ait des groupes armés parce qu’on allait à la paix et aux élections.” Il insista qu’il “souhaitait absolument qu’il y ait la paix.”
Le ténébreux témoin-clef Joël Kouadio N’guessan, porte-parole du RDR, avait conjugué du 27 au 30 Juin 2016 “le monsieur le président de la République,” “le monsieur le président,” “le président de la République,” “le président,” … accrochés à Laurent Gbagbo ou Gbagbo. Le prétoire avec lui. Un extrait de son intervention accusant la France dans le conflit Ivoirien témoigne. “C’est l'armée Française appuyée par l'ONUCI qui a dégagé le président Gbagbo dans le cadre de combats et d'actions militaires.”
Gbagbo reste donc et demeure “Président” partout, même en caleçon ou nu. Comme disait le meilleur sapeur du Congo-Brazza Jo Ballard dans un autre contexte.


Témoins Dévoilés, Juges Dissidents, Rire des Accusés


Un président qui donne du tournis à la CPI et ses mandants. Le 5 Février 2016 l’effet Gbagbo frappe dans tous les sens. Une fuite de noms dévoilés par  le procureur Eric MacDonald, qui s’adressait en audience privée à la Cour, évoquant ces noms pour parler justement de la sécurité des témoins et de leur anonymat coule une douche froide sur la CPI. A cette affaire se greffe une autre. Le juge-président Cuno rejetant l’appel de la Défense par rapport à une décision qu’il avait rendue la veille et qui proscrivait l’utilisation de questions directives sous prétexte que les arguments présentés n’étaient pas suffisamment convaincants pour autoriser un appel de la décision contestée, se voit opposer un avis dissident de son collègue, le juge Geoffrey Henderson. Estimant que la décision pourrait faire qu’on accepte “de manière implicite les éléments de preuve présentés,” qui pourrait avoir une influence sur le procès. Pour Henderson, la Chambre serait “sur le droit chemin” si elle donnait la possibilité de faire passer cette décision en appel.
Avant lui, la juge belge Christine Van den Wyngaert de la Cour préliminaire, avait aussi exprimé sa dissidence sur l’affaire qui oppose Fatou Bensouda à Laurent Gbagbo. Dans un document historique de douze points, elle ouvrait son argumentaire par ceci. “Je suis dans l’incapacité de suivre mes collègues quant à leur décision de confirmer les charges contre Laurent Gbagbo sur la base de l’article 25(3)(a),(b) et (d). Pour les raisons explicitées dans cette opinion, je suis d’avis que les preuves restent insuffisantes.” Et “En conclusion,” elle écrivait, “je tiens à dire très clairement que, bien que je ne suis pas convaincue que les éléments de preuve versés au dossier suffisent pour traduire Laurent Gbagbo en justice pour les accusations en vertu de l’article 25 (3) (a), (b) et (d), je ne nie pas que des crimes horribles ont été commis contre des civils par les forces fidèles à Laurent Gbagbo. Cependant, en tant que juge de la Chambre de la Cour préliminaire, il est de mon devoir d’évaluer si les poursuites contre Laurent Gbagbo, telles que formulées par la Procureure dans le document amendé contenant les charges, sont suffisamment fortes pour aller au procès. C’est mon opinion réfléchie que, dans la mesure où les articles 25 (3) (a), (b) et (d) sont concernés, elles ne le sont pas.”
Cet enchaînement d’événements, surtout le discours en Dioula désossé de bon sens du témoin p. 547, ancien chauffeur routier, illettré, victime(?)du 16 Décembre 2010, sympathisant du RDR, parti auquel il ne croit plus, tout comme à Issiaka Diaby, président du Collectif des Victimes de Côte d’Ivoire–CVCI–qui n’ont “rien fait pour [sa] santé.” Lui faisaient “des promesses qu’ils ne tenaient pas.” Et ne croit pas non plus à la CPI dont il est venu soutenir pour condamner Gbagbo, font rire ce dernier et Blé Goudé.
MacDonald s’offusque. Prend la parole et les accuse de “rire.” Tarfusser leur demande d’arrêter car “rien ne doit transparaitre…Ils ne peuvent pas afficher leur désaccord.” Au témoin qui reproche à O’Shea de poser des questions qui n’ont pas de sens, le pauvre Tarfusser en profite pour tenter de rééquilibrer les choses en le sermonnant. “M. le témoin, ce n’est pas à vous de trancher si une question est pertinente ou non!”


Emotions à l’Epreuve


Mais tout sent la mauvaise foi chez ce magistrat-dictateur dont l’acception de l’expression de l’émotion dépend de qui l’exprime. Le 9 Mars 2016 Sam l'Africain, dans un témoignage pathétique avait, en évoquant l'humanisme du Président Gbagbo dont la diligente intervention avait permis de sauver sa mère d'une crise cardiaque, n'avait pu taire sa forte émotion. Tarfusser lui rappela qu'il se trouvait dans une Cour de justice et qu'il ferait mieux d’étouffer ses émotions. Par contre, reprochant au président Gbagbo et Blé de rire, Me O’Shea lui indiqua que le témoin lui aussi riait. Il rétorqua. “Le témoin est soumis à un stress c’est normal qu’il ait des émotions. Les accusés doivent eux s’abstenir.” Sam l’Africain n’était peut-être pas le témoin selon son calibre.
Qu’à cela ne tienne, Gbagbo continue de les déstabiliser. Il n’a pas fini de bousculer les normes injustes. Il le fera encore parce qu’il a “Commencé par changer en [lui ce qu’il voulait] changer autour de [lui]” comme disait en substance Mahatma Gandhi.


Feumba Samen


 




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