Gages pour le retour des exilés pro-Gbagbo: A quand l’annulation officielle des mandats d’arrêts internationaux ?

Mercredi 22 Janvier 2014 - 09:03


A quand l’annulation des mandats d’arrêt internationaux émis par le pouvoir depuis la fin de la crise postélectorale contre les pro-Gbagbo en lieu et place des professions de foi ? Il est plus jamais urgent de lever toute équivoque et de donner plus d’assurances au parti de Gbagbo qui a des raisons discursives d’être prudent au regard de la susceptibilité des nouveaux maitres d’Abidjan

A l’occasion de la cérémonie de présentation de vœux des différentes structures sous sa tutelle le vendredi 17 janvier dernier, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Hamed Bakayoko a souligné que l’arrivée de Marcel Gossio, ancien directeur général du Port autonome d’Abidjan sous le président Laurent Gbagbo qui a mis fin à son exil de trois ans au Maroc ou encore le retour annoncé d’un autre cacique du pouvoir Gbagbo, l’ex-ministre de la défense Alain Dogbou, montre incontesta- blement la volonté du régime d’Abidjan d’apaiser le climat sociopolitique. Selon Hamad Bakayoko, le gouvernement est résolument engagé dans une démarche de décrispation irréversible. «Celui qui arrive et qui veut faire la politique, qu’il le fasse avec les règles de l’art. Celui qui veut reprendre ses activités reprend ses activités», jure-t-il.
Près de 30 mandats d’arrêts internationaux lancés contre les pro-Gbagbo
Il ajoute que le régime s’est engagé à ne pas traquer et persécuter les pro-Gbagbo qui regagnent leur pays. A cet effet, il invite tous les autres encore en exil qui ont fui la politique de terreur installé à l’issue du 11 avril 2011 à mettre définitivement un terme à leur cavale. Un appel particulier à l’endroit du porte-parole du président Laurent Gbagbo en exil au Ghana où il a été traqué sans répit par le pouvoir l’accusant de crimes économiques puis de meurtres. «Je le disais à nos frères du Fpi, c’est vrai que la Côte d’Ivoire a émis un mandat d’arrêt contre Koné Katinan, mais s’il arrive demain à l’aéroport, on ne l’arrêtera pas. Parce que si on l’arrête, on dira que nous ne sommes pas sérieux et gentils. On dira que vous avez demandé aux gens de venir et vous les arrêtez. Je demande donc aux exilés de saisir cette opportunité pour retrouver leur famille, leur vie normale», promet le sécurocrate du régime de l’ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire internationale.  
Il est bon de rappeler que près de 30 mandats d’arrêts ont été lancés contre les responsables du pouvoir Gbagbo entre 2011 et 2012. On peut citer entre autres 4 mandats d’arrêt internationaux le 1er juillet 2011 contre Charles Blé Goudé, Ahoua Don Mello, Attey Philippe et Koudou Kessié. Le 15 juillet, soit deux semaines plus tard, de nouveaux mandats d’arrêt internationaux visaient 3 autres personnes dont Simone Djédjé Mama. Le 25 août 2011, 7 autres mandats d’arrêt internationaux ont été lancés contre Ouattara Gonzié, Richard Secré Kouamé, Charles Dosso, Messou Nyamien, Justin Koné Katina, Paul Antoine Bohoun Bouabré et Alphonse Mangly. 13 mandats d’arrêts internationaux ont été également émis contre plusieurs proches du président Gbagbo au nombre desquels figurerait Emile Guiriéoulou (la liste n’ayant pas été officiellement rendue publique). Cela fait au moins 27 mandats d’arrêt internationaux sans compter ceux adressés par le procureur de la république le 5 août 2011 aux Etats-Unis, à l’Angola, à l’Afrique du Sud et au Brésil, pour des infractions économiques ainsi que des commissions rogatoires en vue de geler leurs éventuels avoirs dans ces pays.
Aller au-delà de la profession de foi Conscient du scepticisme que pourrait éprouver le camp Gbagbo et les concernés eux-mêmes, Hamed Bakayoko tente de rassurer: «C’est le moment de prouver notre bonne foi». Bonne foi ? Mais pour prouver cette bonne foi dont parle le ministre de l’Intérieur, pourquoi le pouvoir n’annule-t-il pas purement et simplement les mandats qui pèsent sur plusieurs proches du président Gbagbo dont certains sont déjà passés de vie à trépas ? Certains n’ont-ils pas de raisons de douter et de se méfier des appels incessants à regagner Abidjan quand on connait la susceptibilité du régime et les volte-face spectaculaires auxquelles il a souvent habitué les Ivoiriens ? Il est clair qu’il est urgent d’aller au-delà des professions de foi littéraires et de donner des gages matériels probants.
Les raisons d’un scepticisme Ce pas à franchir est indispensable. C’est la levée de ces mandats d’arrêts internationaux aux origines uniquement politiques qui pourrait au moins accréditer les «garanties» et commencerait d’une part à rassurer les concernés et leur camp politique et d’autre part à dissiper tout doute raisonnable qui éviterait de penser à un traquenard politique planifié pour avoir tous ses opposants activement recherché il y a peu dans le même panier et les prendre d’un coup sans coup férir. D’ailleurs l’épée de Damoclès reste permanente particulièrement contre le porte- parole du président Laurent Gbagbo qui semble faire l’objet d’un acharnement particulier du pouvoir. «Si Katinan saisit cette fenêtre d’opportunité il ne sera pas arrêté mais si cette fenêtre se ferme le traitement sera différent», mettait encore en garde hier lundi 20 janvier 2014 Hamed Bakayoko à l’issue d’une rencontre avec le premier du Burkina-Faso Djibril Bassolé. Pourquoi cette focalisation particulière sur Katinan alors qu’il n’est pas le seul en exil ? Que cache cette insistante exhortation à rentrer alors que sa tête était mise à prix il y seulement moins d’un trimestre ? Appel à rentrer tout court ou traquenard ? On se souvient aussi que le régime Ouattara avait déployé en masse ses espions ainsi que de gigantesques moyens financiers allant jusqu’à la scénarisation de faux coup d’Etat pour traquer les exilés pro-Gbagbo au Ghana voisin dans un passé récent, sans succès. En outre, à Abidjan, malgré discours officiels d’appel à la réconciliation, plusieurs pro- Gbagbo (9) ont été arrêtés – la traque se poursuit même si elle se fait à un degré moindre aujourd’hui - dans la nuit du 31 décembre 2013 et jetés à la Maca. Alors, il faut donc éviter de mettre la charrue avant les bœufs. Si le régime est foncièrement sincère et véritablement animé par une volonté de décrispation politique avec de réels de gage vis-à-vis de l’opposition ainsi qu’une détermination de prendre en considération ses préoccupations – du reste pertinentes pour une sortie de crise – il doit commencer aussi par là : retirer d’ores et déjà les mandats d’arrêts.

Par Anderson Diédri


Le Nouveau Courrier N° 979 Du Mardi 21 Janvier 2014  






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