Frontière ivoiro-libérienne: Un témoin raconte les deux jours de combats à Grabo

Lundi 19 Mai 2014 - 04:56


Contrairement à la déclaration de Guillaume Soro, qui affirmait avant- hier, que les hommes armés qui avaient investi le village de Fetai,- à 9 kilomètres de Grabo, dans le sud-ouest ivoirien-, avaient été rapidement contenus et repoussés par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), qui en étaient désormais à une opération banale de ratissage, il n’en était rien. Selon un ouvrier agricole joint hier à Grabo, où il venait de débarquer « tout a commencé mercredi matin vers 5h du matin. Les premiers coups de feu ont été en- tendus à la sortie du village, située vers le fleuve Cavally. Ma famille et moi, nous nous sommes aussitôt refugiés en brousse d’où nous pouvions apercevoir les assaillants. Les éléments des FRCI en poste à l’entrée du village, dès qu’ils ont entendu la puissance des détonations ont pris la fuite, en abandonnant leurs armes qui ont été récupérées par les inconnus armés. Dans la débandade, 5 soldats, ont perdu la vie quand d’autres ont été blessés. Seuls maitres du terrain, les assaillants ont pillé les habitations, incendié d’autres et même fait prisonniers parmi les habitants du village. Quand par la suite, les renforts sont venus  en fin de matinée, de San-Pedro, Tabou et même, dit-on de Man, les combats ont repris de plus belle et se sont poursuivis jusqu’à hier en fin de matinée. Les FRCI, bien qu’armés et désormais en grand nombre, avaient toujours du mal à venir à bout du commando d’assaillants, venus de l’autre côté du fleuve Cavally. » Et la source d’indiquer par la suite, que  lourdement armés, ces derniers auraient dicté, tout le temps, leur science aux FRCI. Maitrisant l’environnement, et servis par les conditions météorologiques favorables,-les marécages empêchant toute progression chez les FRCI-, les visiteurs ont longtemps régné sur le village de Fetai et ses environs. Et à en croire notre interlocuteur, le commando mystérieux aurait fait subir de lourdes pertes aux soldats FRCI. L’on parle de 3 morts enregistrés officiellement hier là où d’autres sources, médicales celles-là, annoncent plutôt 22 pertes en vies humaines. C’est en fin de matinée que les assaillants seraient retournés tranquillement comme ils sont venus. C’est en ce moment-là seulement que les troupes gouvernementales ont pu accéder au village vidé de ses habitants qui, aux premières heures de l’attaque, ont trouvé refuge en brousse. En effet, c’est en milieu d’après-midi que l’armée a annoncé avoir repris le contrôle de la situation, soit après deux jours de combat intenses. Des villageois ont indiqué sur les antennes de la BBC que contrairement aux fois précédentes, les assaillants ont présenté un armement lourd et ont opéré en toute sérénité comme s’ils ne craignaient pas une riposte des FRCI, qui dit-on, ont détalé, pour les plus chanceux, à la vue de l’ennemi, abandonnant derrière eux, armes, bagages et populations apeurées. Intervenant hier après- midi, en conférence de presse, sur le sujet, le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi, a dressé comme bilan : « 10 tués au niveau  de la population civile dont deux enfants, de 5 ans 7 ans et trois soldats FRCI ». Un coup que le ministre attribue à une quarantaine de bandits armés de Kalachnikov, et d’armes blanches et de qui écument depuis 2 mois la zone pour piller les cases, les récoltes et incendier les villages. » Il rappellera que L’attaque est survenue dans le village de Fetai à 9 kms de la localité de Grabo, dans la nuit de jeudi à vendredi. Une bourgade où la situation restait jusqu’à hier en début de soirée, précaire si on en croit le témoignage des populations locales qui ont confié à l’Agence France presse (Afp),  qu’elles entendaient encore des coups de feu sporadiques. Traumatisés par les combats, les populations ont quitté en masse Fetai, de même que tous les villages environnants. Un mouvement de déplacement qui a été également observé jusqu’à San-Pedro où les uns autres ont préféré trouver refuge pour plus de sécurité. Cette énième banderille d’un groupe armé inconnu, intervient au moment où les partisans du président Laurent Gbagbo attendent impatiemment la date du 10 juin prochain, où la cour pénale internationale (CPI) décidera oui ou non d’ouvrir la porte à un procès de l’ancien dirigeant ivoirien. De là à penser que la dernière pétarade de Fetai est une auto-attaque  simulée par le pouvoir d’Abidjan,- à l’effet de convaincre les juges de la chambre préliminaire 1 de garder encore en détention le président Laurent Gbagbo-, il n’y a qu’un pas que les uns et les autres ont vite fait de franchir du reste avant que le ministre Paul Koffi Koffi vienne dédouaner les pro-Gbagbo sur ce coup là. ▄

Géraldine diomandé
Source: Aujourd’hui / N°644 du Samedi 17 au Dimanche 18 Mai 2014




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