Forum ICI 2014 : Les petits secrets d’un rendez-vous d’affaires

Mercredi 5 Février 2014 - 00:55


«ICI 2014 a connu un franc succès avec un taux de satisfaction de 84% enregistré», s’est réjoui le Premier ministre Daniel Kablan Duncan, président du comité intermi- nistériel du forum Investir en Côte d’Ivoire 2014. Pourtant, les objectifs et les raisons de l’organisation de ce rendez-vous d’affaires douchent cette autosatisfaction. Principalement du point de vue de la participation et du financement de l’événement. Les chiffres officiels (venant des autorités ivoiriennes, il faut les prendre avec des pincettes) parlent d’eux-mêmes. Le forum ICI 2014 a enregistré la participation de 2121 investisseurs individuels dont 1150 nationaux (donc 971 étrangers), 270 exposants dont 150 locaux (donc 120 étrangers). C’est-à-dire que ICI 2014 a été un «événement mondial» dominé par les locaux. Cela signifie aussi que  les pré-forums Investir en Côte d’Ivoire organisés du 11 au 13 octobre 2013 à Washington, et le 30 octobre à Londres,  n’ont rien donné. Ce, malgré le soutien inestimable de la Banque mondiale qui a mis à la disposition de la Côte d’Ivoire son vaste réseau d’investisseurs. «Il faut non seulement s’assurer que les investisseurs locaux sont informés de l’existence du forum ICI 2014, mais aussi et surtout s’assurer que le monde extérieur, soit les investisseurs étrangers, sont au courant de ce forum et qu’ils vont venir en masse et vont investir une fois qu’ils auront assisté à ce forum» avait indiqué la représentante de la Banque mondiale, Mme Cassandra Colbert. Au bilan, le réseau de la Banque mondiale n’a fourni que 107 participants (70 venant des Etats-Unis et 37 du Royaume-Uni).
Du côté de la France - tout l’espoir du comité d’organisation -, certaines sources in- diquent que les hommes d’affaires français n’étaient pas du tout décidés à faire le déplacement d’Abidjan. «Ils connaissent le milieu et savent qu’il y a trop de scories à corriger. Notamment le niveau élevé de corruption, l’insécurité galopante, la rareté de terrains industriels, la fiscalité inappropriée. Ce sont les membres de Ubi- France et de la Chambre de commerce et d’industrie française en Côte d’Ivoire qui ont participé au forum. Ceux qui sont arrivés par le gros avion commercial ne dépassent pas la centaine. Le gros porteur, c’est de  la pub négociée par Mme Dominique Ouattara avec Air France. Un coup de pub censé montrer la forte participation des investisseurs français au forum. La vérité a très vite supplanté le mensonge. L’accent a été davantage mis sur l’arrivée de l’avion que sur la présence des investisseurs. Ça ne pouvait que foirer. Vous avez dû remarquer qu’après la visite du site, le Premier ministre n’a pas fait de déclaration à la presse contrairement à son habitude. Il était en co- lère comme quelqu’un qui a été trompé», commente un membre de l’organisation. Comment alors boucler le budget du forum monté à 3 milliards FCFA si le taux de participation ne répond pas aux attentes du comité d’or- ganisation ? Le commissariat général a réduit le coût de participation pour les investisseurs étrangers. Le résultat n’a pas été probant.  Et le temps presse. La solution trouvée dans l’urgence a été de mettre les entreprises ivoiriennes à contribution. «Nous avons sauvé l’organisation du forum. Ce sont les entreprises ivoiriennes qui ont soutenu la presque-totalité du  budget de l’organisation. Chaque entreprise a contribué pour au moins cinq à dix millions qu’elle soit publique ou privée, sans compter d’autres décaissements pour assurer  les billets d’avion, l’hébergement, le transport sur site, la restauration, et certaines commodités que vous pouvez imaginer. En plus, injonction  a été faite à certaines entreprises d’occuper un espace pour exposer, même si elles n’en trouvaient pas la nécessité. Et elles devaient débourser près de quatre millions pour tenir un stand. C’est pourquoi on a pu observer des exposants monter des stands même après l’ouverture officielle du forum», témoignent des hommes d’affaires nationaux qui s’interrogent sur l’opportunité d’organiser un tel événement si c’est pour que les nationaux constituent l’ossature des investisseurs. La présence burkinabé, 130 participants  (la deuxième participation derrière la France : 252 participants) est la surprise du forum. Une surprise démystifiée par un membre du commissariat général : «C’est une partici- pation politique marquée par la présence du Premier ministre jusqu’à la fin du forum. Avez-vous vu une entreprise burkinabé exposer ? Ne pensez-vous pas que le Burkina Faso a plus besoin d’investissements que la Côte d’Ivoire ? Pourquoi ces investisseurs burkinabés ne mettraient-ils pas leur argent au profit de leur pays ? C’est un soutien-remplissage, pas plus», explique un membre du commissariat général. Le forum ICI 2014 s’est achevé. Comme tous les forums organisés jusqu’ici. On regarde vers ICI 2016. Rien de nouveau sous le soleil.
J-S Lia

Corruption et insécurité bloquent les investisseurs

Selon le directeur général du Cepici, Esmel Essis Emmanuel, et commissaire général de ICI 2014, les intentions d’in- vestissements entre partenaires privés se chiffrent à 280 milliards FCFA. Celles concernant le secteur public s’évaluent à 163 milliards FCFA. Un comlité de suivi a été créé pour suivre la matérialisation de ces intentions. Parce qu’une intention n’est qu’une promesse. Les exemples de la table ronde du groupe consultatif pour le financement du Pnd 2012-2015) et le forum sur l’investissement agricole (pour le financement du  Pnia) sont assez édi- fiants des promesses sans lendemain. Dans le cadre précis des investissements, une intention se transforme en acte concret dès lors que l’environnement des affaires s’y prête. Quid alors de la Côte d’Ivoire ? Depuis la sanglante accession d’Alassane Ouattara au pouvoir en avril 2011, le comportement des hommes d’affaires est passé d’attentiste à dégoût. C’est pourquoi les grands groupes commerciaux ne se sont pas encore décidés à s’installer véritablement en Côte d’Ivoire. Ils viennent juste pour faire des affaires et retournent. A l’exemple des groupes Bouygues, Bol- loré, Louis Dreyfus etc. dont la présence en Côte d’Ivoire est liée aux contrats avec ce pays. La faute à un haut niveau de corruption tant dans l’administration publique qu’au sommet des décisions. Il est vrai que le phénomène de la corruption n’est pas nouveau. Mais c’est sous le régime Ouat- tara qu’il s’est développé  à une vitesse vertigineuse. Si bien que dans le classement de la Fondation Mo Ibrahim sur la gouvernance africaine en 2013, la Côte d’Ivoire occupe le 44e rang sur 52 pays. Dans l’espace Cedeao, l’administration ivoirienne occupe la 15e place sur les 16 pays de la zone. Quant à l’indice de perception de la corruption 2013 de l’Ong Transparency International, le pays se classe au 136e rang sur 177 pays classés dans le monde. Et dans l’espace Uemoa, la Côte d’Ivoire occupe la dernière place, c’est-à-dire 8e sur 8 pays classés. Quel investisseur consciencieux serait -t- il pressé d’investir dans un environne- ment où il faut mettre la main à la poche avant d’obtenir des autorisations ? Qui va se hâter à mettre son argent dans un en- vironnement nourri au gré à gré ? Il y a aussi l’épineux problème de l’insécurité. Si à l’apparence, la situation est jugée «tolérable », les tueries sans raison de populations civiles, les braquages de véhicules et de domiciles, les agressions armées,  se vivent au quotidien tant à Abidjan qu’à l’intrieur du pays. Une insécurité qui est majoritairement l’œuvre de personnes illégalement armées proches et protégées par le pouvoir, qu’il s’agisse des ex-rebelles devenus Frci ou des combat- tants «volontaires». Dans un tel environnement sécuritaire, l’investisseur n’a pas d’autre choix que d’aller voir ailleurs. Là où il y a la stabilité et la paix. Là où il peut investir en toute quiétude. «En 2011, au sortir de la crise, les investisseurs ont attendu. En 2012 et 2013, ils ont un peu investi. Là, ils s’arrê- tent. Ils ne savent pas ce qui va se passer en 2015, année de la prochaine élection présidentielle », remarque un économiste cité par AFP. Il revient donc au gouvernement de don- ner des gages de bonne gouvernance pour rassurer les hommes d’affaires. Il s’agit quand même de 443 milliards FCFA ! Pas ces rafistolages qui consistent à élargir des prisonniers politiques. Il ne fait pas de doute que les hommes d’affaires vont attendre de voir plus clair avant de transformer leurs intentions en actes. Et dans le contexte sociopolitique ivoirien, c’est bien parti pour ne pas être pour demain.
 J-S L.
Source: Notre Voie N°4633  du mardi 4 février 2014





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