Fête du 1 er mai: Le capitaliste nègre et la plèbe

Mardi 30 Avril 2013 - 07:47


Fête du 1 er mai: Le capitaliste nègre et la plèbe
Du haut de sa gloire, le capitaliste nègre orthodoxe n’a jamais  cessé de célébrer le fossé dressé entre lui et la plèbe. Entre les deux, c’est le jour et la nuit. Ses enfants sont tenus à mille lieues de ceux de la plèbe. Il est interdit un mélange ou une fusion entre ces deux classes. L’une a les moyens de prolonger sa vie en renouvelant de façon incessante son sang, l’autre très chétive, ne cherche qu’un menu morceau pour s’accrocher à la vie. Les deux classes n’ont pas la même morale. Ce qui est anathème chez l’une est bénédiction chez l’autre. Elles n’ont pas non plus les mêmes valeurs. Le capitaliste nègre, comme ses collègues blancs, a les moyens de commandement. Il est l’impérium. Il engage la plèbe. Lui impose des contrats léonins. Lui impose des heures de travail et des tâches à cheval entre l’inacceptable et l’indécent. Lorsque la plèbe se révolte et au bout de mille morts obtient une fête, le capitaliste ne décolère pas. Il ne peut décolérer car le profil qu’il cherche par l’exploitation de la plèbe se trouve réduit. Humaniser la plèbe  ! Abomination, dit le capitaliste.
Une fois la force de la plèbe imposée, le capitaliste éternellement porté sur son nombril, change de fusil d’épaule. Il a plusieurs tours dans son sac. Comment maintenir la plèbe dans la précarité sans qu’elle ne le sache? Il a un argument  : la crise économique. Qu’elle a le dos large cette crise  ! Dans la crise, on trouve un peu de tout. Critères de convergence de l’Uemoa, immobilisme du Smig, conditions de travail difficiles, inadéquation entre le salaire et la dictature des prix des produits, flambée des prix etc. Il suffit donc qu’il arbore cet argument pour que la plèbe  sache que le bonheur n’est pas pour demain. Clochardisée, la plèbe ne se rassasie que du mystère qui entoure le salaire du capitaliste ainsi que celui de ses collaborateurs. Elle ne voit que l’infâme jeu mêlant affairisme et spoliation avec en toile de fond, l’odeur du cacao et du pétrole.
A  la crise économique s’ajoute le mépris. Le capitaliste a toujours méprisé les plus petits. Pourtant c’est d’eux qu’il tire sa richesse, sa sève nourricière. Autant il est formellement interdit aux enfants du capitaliste de fréquenter ceux de la plèbe, autant le capitaliste s’interdit toute rencontre avec la plèbe. Ce schisme social révoltant est flagrant depuis deux ans. Il y a d’un côté la société des riches, incarnée par le capitaliste nègre et de l’autre, celle des pauvres représentée ici par le syndicat de la plèbe. Certains capitalistes nègres, par delà nos frontières, font l’effort de rapprocher les deux pôles. Mais chez nous, l’idée n’est point à l’ordre du jour. Le capitaliste nègre maintien sa posture de dominant. Il plastronne dans les lambris dorés sans jamais recevoir un seul représentant de la plèbe.
A l’occasion de la fête arrachée de haute lutte par la plèbe aux capitalistes, ceux qui sont les plus orthodoxes gardent la ligne. Il n’est pas question de se tenir en face de ces moins que rien pour écouter leurs jérémiades. On pourrait même dire qu’ils ont la rancune tenace. Ils ne tolèrent pas l’affranchissement de la plèbe. Ils ne peuvent en conséquence tolérer leurs revendications. Cela correspond bien à la vérité historique qui entoure la fête du travail  : un combat entre le bourgeois et le pauvre, l’employeur et le salarié, le capitaliste et la plèbe. Nous sommes dans l’un des épisodes de cette lutte salvatrice. Ici, le capitaliste nègre a, par délégation de pouvoirs, confié au Primus inter pares, le soin d’écouter la plèbe sans pour autant répondre favorablement à ses revendications. Il n‘a aucun pouvoir de décision. Il n’est qu’un simple agent d’exécution. Une sorte de factotum juste là pour faire de la figuration. Hier un Primus avait reçu les revendications. Aujourd’hui un autre Primus les recevra mais cette fois-ci, la réception se fera sous l’empire d’une onction décrétale. Nonobstant ce passage de témoin entre Primus, on note que les livres blancs sont toujours restés blancs. Cette année ils seront bonifiés. L’année prochaine la bonification sera portée au grade supérieur. Le mauvais traitement de ces livres blancs trouve sa justification dans le statut du destinataire desdits livres. Il est en effet un capitaliste qui penche plus pour ses intérêts que pour ceux de la plèbe. Il n’existe aucune intimité entre lui et la plèbe. Or pour mieux comprendre la basse classe il faut être plongé au cœur de ses réalités. Il faut pleurer avec elle, rire avec elle. Mission impossible pour un capitaliste qui exècre les plus petits. Pour ne pas avoir à les affronter et s’inventer un petit sentiment de pitié, le capitaliste préfère ne pas les recevoir. Il ne fera que lire les livres blancs. Or entre lire passivement et entendre la plèbe, la voix crue, exprimer ses souffrances, il y a une nette différence. La voix de la plèbe crée le sentiment humain. La lecture passive engendre un cœur  glacial, impénétrable. Le capitaliste nègre préfère le cœur glacial parce que là ou est le malheur de la plèbe, là se trouve son bonheur. Comme toujours d’ailleurs !
Dieu nous garde.

Alain Bouikalo
Juriste




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