FPI: Y a-t-il une vie après Gbagbo ?

Dans exactement neuf jours, la cour pénale internationale va livrer son verdict dans l’affaire Gbagbo devenue une question politique depuis que la CPI maintient le concerné enfermé, tout en jugeant insuffisantes les preuves de Fatou Bensouda. La Côte d’Ivoire retient donc son souffle mais le FPI aussi, relativement divisé sur les actions à entreprendre. Dans ces conditions, une question pourrait mettre tout le monde d’accord puisqu’elle peut au moins clarifier les positions des uns et des autres. A savoir, au FPI, ya-t-il une vie après Gbagbo ?

Jeudi 5 Juin 2014 - 05:31


Les facebookeurs ont repris depuis quelques jours à leur compte le débat sur la double confrontation attendue au comité central du FPI avant de savoir si oui ou non le mot d’ordre de boycott du recensement général de la population et de l’habitat va être levé comme en rêve le gouvernement. Ce débat a aussi vite viré, sans que rien n’en fasse une nécessité, au pour ou contre le président du FPI Pascal Affi N’guessan. Mais la vraie polémique est ailleurs. Le président du front populaire ivoirien a en effet repris hier ses tournées à l’intérieur du pays, précisément dans le bafing où il doit passer une semaine avant de rencontrer le vendredi prochain Simone Gbagbo, deuxième vice- présidente du FPI, emprisonnée dans le goulag d’Odienné depuis l’arrestation de son époux le 11 avril 2011. L’épouse de l’ancien président ivoirien est toujours menacée par une extradition des autorités ivoiriennes à la cour pénale internationale où son époux Laurent Gbagbo est pris en otage depuis novembre 2012. Soufflant le chaud et le froid, le gouvernement vient encore d’affirmer que les libérations de pro-Gbagbo at- tendues ne concernent pas l’ex- première dame en raison justement des menaces de la CPI. Le 22 mai dernier, une promesse de libération de 150 prisonniers sur les quelque 800 encore détenus avait pourtant  provoqué quelqu’émoi au sein du parti, puisque Affi N’guessan a justifié dès lors que le FPI devait tout faire pour ne pas gêner ces libérations qui ont débuté avant-hier par celle de 50 pro-Gbagbo. Parmi ceux-ci, figure le président de la SOAF Jean-Yves Dibopieu et personnalité bien connue au sein de la galaxie patriotique. Le gouvernement qui promet égale- ment de dégeler 50 comptes d’anciens proches de Gbagbo a enfin libéré, hier après-midi, le domicile de Marcel Gossio, rentré d’exil il ya de cela quelques mois. Tout cela, on l’imagine, devrait accroître la pression sur Pascal Affi N’guessan qui doit désormais convaincre le comité central de lever le boycott du RGPH. Mais ce débat dessert la question Gbagbo, reléguée au second plan local alors que la diaspora, notamment française, multiplie depuis trois ans les manifestations pour la libération de Gbagbo. Ses animateurs organisent en effet chaque fin de semaine des marches et sit-in dans les rues parisiennes. D’ailleurs, un grand sit-in est prévu ce samedi devant l’Ambassade de Côte d’Ivoire à Paris pour réclamer la libération de l’ex-président dont le procès connaîtrait un rebondissement notable si une confirmation des charges avait lieu le 13 juin prochain, date à laquelle le verdict des juges de la chambre préliminaire I est attendu. Mais si en dépit des grandes divisions qui parcourent ses rangs la diaspora continue de faire de la question Gbagbo le trognon de son action, au FPI des cadres reprochent vivement au président du FPI de ne pas en faire assez au regard de ce qui s’est passé lorsque Nelson Mandela était détenu en Afrique du Sud. « Pendant 27 ans, l’ANC n’a jamais varié sur la question Mandela pourtant condamné à perpétuité par le tribunal blanc qui semblait imbattable à cette époque comme la communauté internationale aujourd’hui. D’ail- leurs, même après sa mort, il continue de régner sur l’ANC. C’est avec sa photo que Jacob Zuma a battu campagne, montrant que même mort, Mandela fait campagne pour lui. Alors, comment ça se fait que les gens ici ont honte de parler de Gbagbo ? Nous avons crié leur nom pour qu’on les sorte de prison et dès qu’ils sont dehors, ils trouvent que ce n’est plus une bonne chose ?  Ils doivent crier le nom de ceux qui sont encore en prison pour qu’on les libère à leur tour», a commenté un haut cadre du parti dont nous protégeons l’anonymat. Mais on voit bien qu’un tel discours vise forcément le président du parti qui préfère militer pour que tous les 800 prisonniers politiques soient libérés et pour que tous les comptes des personnalités concernées par le gel des avoirs fassent l’objet d’une levée des sanctions. Mais qui montre clairement que la question Gbagbo doit être mise en veilleuse. Affi N’guessan le répète même à l’envie, indiquant par ailleurs que c’est ce que veut Gbagbo lui-même. Depuis sa prison à La Haye, Laurent Gbagbo a quand même tenu à appeler l’un des initiateurs de l’association « Les amis de Gbagbo », le week-end dernier, pour remercier tout le groupe et l’ encourager dans leurs différentes actions. Mais avant cela, Gbagbo avait déjà reçu des personnalités de la diaspora dans sa cellule pour les engager à l’union ; ne dédaignant visiblement pas les soutiens qui se multiplient dans les capitales occidentales. Comment peut-on théoriser, dans de telles conditions, que l’ex- président ivoirien espère un silence radio à Abidjan où les visuels le montrant disparaissent peu à peu des espaces que fréquentent les militants. Neuf jours avant la décision des juges, qu’est-ce que le FPI a prévu? Qu’a-t-il fait en amont pour faire basculer, le 13 juin prochain, la décision des juges en faveur de son fondateur ? Les détracteurs du président du parti affirment que rien n’a été fait. Selon eux, la direction se prépare même à l’après Gbagbo. Que serait celui-ci ? Difficile de répondre. En attendant, le FPI n’est plus un paisible cours d’eau depuis que la stratégie de pacification du président Affi n’a pas apporté les espoirs qu’elle était sensée faire naître. Mais il ya surtout le maintien de Gbagbo à La Haye qui provoque la colère de la majorité des militants pressés de le voir rentrer à la maison. Dans l’hypothèse d’une confirmation de charges, chaque responsable risque fort d’être tenu de  montrer d’abord pattes blanches à ceux-là.▄   Y
Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°657 du Mercredi 04 Juin 2014




Tags : FPI, Gbagbo

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