FPI/ Congrès, démocratie interne, financement du Parti, présidentielle de 2015: Révolte et vérités de Guigui Claudel

Le 22 septembre dernier, au cours d'une conférence de presse, Guigui Claudel interpella la direction de son parti, le Front Populaire Ivoirien, sur la nécessité de la tenue d'un Congrès. Face au mutisme des instances dirigeantes de son Parti sur la question, il persiste et dénonce l'insuffisance de démocratie au sein du F¨PI.

Lundi 25 Novembre 2013 - 12:00


Guigui Claudel lors de sa conférence du 22 septembre 2013
Guigui Claudel lors de sa conférence du 22 septembre 2013
Civox: Le 22 septembre dernier, vous avez tenu une conférence au cours de laquelle vous avez abordé certaines questions essentielles relatives  à votre Parti, le Front Populaire Ivoirien (FPI). Vous avez interpellé les responsables de votre Parti sur la nécessité de la tenue d'un Congrès. Pensez vous avoir été entendu, avez vous eu des échos favorables?

Guigui Claudel: Je pense avoir été entendu, même si, par rapport aux échos que j'ai, la question n'a pas été abordée au dernier Conseil du Comité central. Mais je pense que la question du congrès s'impose. Pour moi, quand une direction est élue pour un mandat, à la fin de ce mandat, elle doit  pouvoir rendre compte. Et j'ai soulevé la question du congrès, parce qu'il est  important, pour les militants que nous sommes, que la direction, élue pour 3 ans, nous rende compte du travail effectué, au terme de son mandat. Je l'avais dit à l'époque, le président Affi a été porté à la tête du parti en 2001 pour trois ans, conformément à notre Statut. Et depuis son élection, nous sommes en 2013, aucun signal n'est fait pour la tenue d'un Congrès.  Et moi, militant, qui suis régulièrement les activités de mon Parti, je m'interroge. J'ai le droit de poser cette question fondamentale du Congrès, parce que c'est au Congrès qu'un bilan global  est fait pour rendre compte aux militants du travail qui a  été effectué.

Civox: Selon le Statut du FPI, quel Organe est habilité à convoquer le Congrès?

G C: Les textes sont clairs: .Titre II, Chapitre I, Sous Section 1, Article 27,le congrès se réunit tous les trois ans en session ordinaire sur convocation du Secrétariat général.

Civox: Le Secrétariat Général a t-il l'exclusivité de la convocation du Congrès?

G C: Comme je l'ai dit tantôt, c'est le Secrétariat Général qui convoque le congrès. Mais il peut aussi se tenir en session extraordinaire sur convocation soit du comité central ou, soit des deux-tiers(2/3) des Secrétaires généraux de Section. ,,.

Civox: En dehors de vos réclamations, quelles actions entreprenez vous concrètement pour réaliser vos vœux?

G C: Tout ce que je peux faire en tant que militant, c'est de continuer à interpeller la direction du Parti. Je pense que quand on parle de démocratie,  quand on parle de transparence, on doit pouvoir se l'appliquer. La démocratie que nous réclamons dans notre pays, nous devons pouvoir nous l'appliquer. Le FPI est un Parti démocratique , le FPI s'est battu pour la démocratie avec son premier président-fondateur. La démocratie doit donc  s'appliquer dans nos propres rangs! Cela veut que nous devons  appliquer nos propres textes. J'ai vu les résumés des travaux de la dernière réunion du Comité central, dans lesquels on parle de beaucoup de choses. J'y ai retenu la redynamisation des structures, la remobilisation des ressources. Mais nul part, on y parle du Congrès. Et on fait un programme qui va jusqu'à en 2015. Nul part n'y est inscrit l'organisation d'un congrès pour faire le bilan de ce qui a été fait depuis 2001 jusqu'en 2013. Cela m'inquiète en tant que militant.  Il n'y a pas de transparence. Je souhaite que mon parti qui se bat depuis tout le temps pour la démocratie puisse se l'appliquer. On doit pouvoir dire à n'importe quel militant du FPI  ce qui a été fait de 2001 à 2013?. Pourquoi regarder  2015 en occultant  ce qui été fait jusque là? C'est cela vraie question.  Et  je pense que nos dirigeants doivent avoir à l'esprit que les militants s'interrogent.

Civox: Vous venez d'évoquer les dernières résolutions du Comité central. Dans ses décisions, il est dit dit que l'un des objectifs du Parti c'est de préparer la présidentielle de 2015. Pensez- vous que le FPI, dans les conditions actuelles, est vraiment prêt pour aller à cette élection?

G C: Premièrement, les conditions ne sont pas remplies pour aller à cette élection. Deuxièmement, je pense que le FPI doit pouvoir s'interroger, doit pouvoir faire sa mue. Le FPI doit pouvoir revoir ses textes. Et je me réjouis que lors de la dernière réunion du Comité central, on ait évoqué la question d'une révision de l'idéologie du FPI. Moi, je le dis, et je continue à le dire, le FPI, à un moment donné s'est certainement détaché de ses militants, de la population, du peuple! L'élite du FPI s'est éloignée de son idéologie. A ma dernière conférence, j'avais dit que nos responsables s'étaient éloignés des militants, du peuple. Donc  je me réjouis que dans la dernière réunion du Comité central, l'on évoque la nécessité du contact avec le peuple. Troisièmement, je dis que notre Parti, pour être beaucoup plus crédible doit s'assoir pour dire ce qui n'a pas fonctionné en son sein depuis plus d'une dizaine d'années. Il ne faut pas se contenter de faire une multitude de nouvelles  nominations pour dire qu'on est en train de redynamiser le Parti; c'est pas vrai. La direction doit remettre sa légitimité en jeu, en  soumettant son bilan à l'appréciation des militants,  afin qu'ils lui renouvellent ou lui refusent leur confiance. .La direction actuelle est en place depuis 2001, nous sommes en 2013, cela veut dire que 9 ans sont passées et nous n'avons pas de Congrès. Tous les Partis politiques en Côte d'Ivoire préparent leurs Congrès respectifs. Le PDCI a fait le sien. Le FPI en tant que Parti démocratique normal doit pouvoir faire son Congrès. Mais nous voyons qu'aux yeux de la direction, cela n'est pas à l'ordre du jour.Pourquoi? J'insiste donc, en tant que militant, je ne suis d'ailleurs  pas seul, à réclamer la tenue d'un congrès pour rendre compte au militant de ce qui a fonctionné  ou n'a pas fonctionné. C'est cela qui est important.Le colmatage des brèches par le Comité central n'est pas important. Je remarque quatrièmement, que le Comité central parle dans son dernier rapport d'offensive diplomatique. C'est bien tout ça. Mais je pense que quand on met en place une certaine forme de représentation à l'extérieur, qui devrait  logiquement, faire du lobbying auprès des partis frères , et qu'elles ne le font pas, on doit pouvoir les  interpeler toutes. A quoi servent-elles? Ce sont des questions fondamentales auxquelles ont doit pouvoir répondre. Et c'est au Congrès qu'on doit pouvoir répondre clairement à ces questions. Voilà ce qui, en mon sens , doit être fait.

Civox: La tenue du Congrès doit-elle  être un préalable à la participation du FPI à la présidentielle de 2015 ?

G C: Je dirais oui, parce que,  pour moi, mon parti, le FPI n'est pas à mesure de participer à n'importe quel scrutin. Le FPI, en tant que parti politique organisé ne peut pas se permettre d'aller aux élections en 2015.  Les conditions de sécurité ne sont pas réunies. Notre Parti est toujours brimé. Le FPI n'est pas représenté à l'Assemblée nationale, parce que les conditions n'étaient pas réunies.  Et jusqu'à présent les conditions ne sont toujours pas réunies. Le FPI se bat donc pour que les conditions réelles soient réunies pour participer à n'importe quel scrutin. Aujourd'hui, le camp qui est au pouvoir parle des élections en 2015, nous sommes en 2013, bientôt en 2014; il est temps certainement qu'on s'apprête en s'organisant nous-mêmes. Le FPI doit pouvoir s'organiser avant de penser à aller à des éventuelles élections dans des conditions qui seront meilleures, parce qu'il ne faut pas aller à des élections où on perd ou gagne à l'avance. C'est pour cela que j'insiste sur le fait que notre Parti  doit pouvoir s'organiser lui-même, doit pouvoir faire sa mue, doit pouvoir savoir qu'est ce qui  a fonctionné au sein du FPI... Nous devons être réorganisés pour aller à des élections présidentielles.

Aujourd'hui, on entends certains militants dire que sans Gbagbo il n'y aura pas d'élection présidentielle. Etes vous  dans cette logique?

Il faut faire attention. Le président Gbagbo est dans un piège, tout comme tous les ivoiriens. Quelqu'un disait que c'est la politique qui a envoyé Gbagbo à La Haye. Tout le monde a vu que réellement Gbagbo n'a rien à voir avec la CPI. La communauté internationale s'est braquée contre la Côte d'Ivoire pour amener Gbagbo là où il est. En réalité, Gbagbo a gagné la présidentielle de 2010. Mais aujourd'hui il se trouve à la Haye, tout seul, quand bien que cette communauté internationale reconnait que des gens qui soutenaient le camp Ouattara ont eu à faire des exactions, des meurtres; mais ils ne sont pas inquiétés. Donc chaque ivoirien, chaque militant, chaque patriote, qui aime son pays, qui aime Gbagbo doit pouvoir comprendre que c'est n'est plus une histoire de justice, c'est de la politique. Ce  n'est pas un problème de sinon Gbagbo ne serait plus à la CPI. Car la CPI a  elle-même reconnu que les preuves contre lui ne sont pas suffisantes. Chacun doit pouvoir   analyser pour dire qu'il faut être faire le combat autrement! C'est pourquoi j'interpelle les uns et les autres pour dire: "Attention, est ce que les gens ne sont pas en train d'emmerder,ou  fatiguer, ou épuiser le président Gbagbo?" Nous avons connu l'histoire de Mandela, considéré comme le plus criminel, qui a fait 27 ans de prison, et qui, à la fin, a eu un prix Nobel. A peine sortie de prison, il gagne les élections, il est idolâtre. Tout cela doit pouvoir faire en sorte que chaque ivoirien prenne conscience: Gbagbo, qui n'a rien fait de mal, se retrouve à la CPI. L'occident qui lui a fait du mal, ne veut-il pas simplement l'écarter parce que c'est un panafricaniste? On doit en tirer les conséquences pour dire : "Attention, si nous voulons dire que sans Gbagbo on ne veut plus rien faire, est-ce que cela fera avancer le combat ? " Ne faut-il pas réfléchir autrement. Tout cela suscite des questions et interpelle chacun de nous sur le fait qu'il faut peut-être mener le combat autrement. Votre question m’amenè à interpeller un certains nombre de personnes qui, de façon frileuse ou de façon symbolique ou nostalgique, pensent que Gbagbo va être libéré, quand un SMS circule. Attention, je dis attention à tout le monde et à tous les patriotes,  attention à ce qu'on est en train de faire! Est-ce que les gens veulent que Gbagbo reviennent en Côte d'Ivoire. Peut-être qu'ils veulent le libérer, mais ils ne souhaitent peut-être pas qu'il revienne aux affaires. Donc c'est à nous de faire attention à tout cela! Je veux dire qu'il faut s'assoir réellement  pour pouvoir analyser toutes ces questions.

Vous interpellez les militants et les sympathisants sur le fait qu'il va falloir prévoir tourner la page Gbagbo, vu qu'il est incarcéré pour des raisons politiques et qu'il n'est pas sûr qu'il soit libéré de si tôt.

En fait, je ne dis pas cela. Il y a deux choses que j'ai dites dans ma réponse: Premièrement, je dis que Gbagbo n'est pas fini. Deuxièmement, je dis que Ouattara est au pouvoir en Côte d'Ivoire.Ce monsieur était dans l"opposition", quand il a dit  qu'il serait au pouvoir en Côte d'Ivoire. Il a la caution de la Communauté internationale. Si on ne communalise pas toutes nos forces, est ce qu'il ne va pas se permettre de rester encore au pouvoir jusqu'en 2020, c'est la première question à laquelle il faut répondre. Troisièmement, je ne dis pas de tourner la page Gbagbo. Je dis que Gbagbo est détenu à la CPI pour des raisons politiques. Cela est une réalité, chacun sais que la justice, si elle est réelle, doit pouvoir libérer Gbagbo. Mais nous ne sommes pas dans un monde de justice, en tout cas pour ce qui concerne le président Gbagbo.  Il est à la CPI, tout a été démontré qu'on ne lui reproche rien. Néanmoins, il est à la CPI! Malgré nos pressions, Gbagbo est toujours maintenu à la CPI. Alors il faut en tirer les conséquences. En 2015,  Ouattara s'annonce candidat. Nous étions au pouvoir hier, ce monsieur nous a battu avec l'aide de la Communauté internationale, et aujourd'hui au pouvoir, il a encore l'aide de la Communauté internationale avec lui. Voilà une réalité à laquelle on doit faire fasse. On doit se mettre ensemble pour dire: "des différents calculs, qu'est ce qu'on fait?, Si Gbagbo n'est pas libéré demain, on fait quoi?" Nous approchons de 2015, toute la communauté internationale attend les élections de 2015. Ouattara candidat, Gbagbo à la Haye , on fait quoi? On laisse encore ce monsieur à la tête de la Côte d'Ivoire? C'est une réflexion que doit mener chaque ivoirien.

Je vous vois souvent entouré d'un groupe, je pense que vous êtes bien organisé. Peut-on dire que Guigui Claudel est le chef de fil d'un courant en naissance au sein du FPI?

Ecoutez, je ne dirais pas que j'ai mis un courant en place! Simplement , il faut savoir que je ne suis pas seul dans la pensée que je véhicule. C'est toute une équipe qui pense la même chose, c'est une équipe qui pense à la démocratie interne au sein du FPI, c'est tout une équipe qui pense au renouveau de notre pays, au renouveau au sein de notre Parti. Et quand je dis qu'il nous faut réellement redynamiser notre propre Parti par la tête, et quand je dis qu'il faut réellement que la direction du parti nous rende compte, Guigui Claudel n'est pas seul, c'est tout un  groupe de militants actifs qui pensent cela réellement, qui pensent que notre parti doit pouvoir réellement s'organiser. Quand on dit qu'il faut redynamiser les structures, cela doit d'abord commencer par la tête! C'est cet appel que je lance à cette direction qui est en place.  Le programme qui a été tracé par le dernier Comité Central est bien beau; mais nous militants nous sommes nombreux qui disons la même chose, nous attendons que le parti rende compte aux militants . Je vois que le parti a lancé un appel à dons, ce que d'ailleurs j'ai fait ici en France, en remettant des dons au Parti d'une valeur de  8000 euros. Et la Direction a lancé un appel pour que chaque militant puisse donner au parti. C'est une bonne chose, c'est une bonne action. Mais je me rappelle que l'Etat de Côte d'Ivoire a aidé le Parti de 2004 à 2010. A quoi a servit cette aide? La transparence, rien que la transparence, ça peut aider les FPI à avoir beaucoup plus de sympathisants et de militants.


A vous entendre parler, depuis un certain temps, vous êtes beaucoup révolté contre la direction de votre parti, peut-on dire que vous tenez un discours de frustré ou  de jaloux?

Je m'attendais à cette question. Pour ceux qui me connaissent, ils ne peuvent imaginer un seul instant que je tiens un discours de militant frustré ou jaloux. Je pose des questions réelles. Je dis clairement que certaines personnes qui veulent riposter à Guigui Claudel, qu'elles essaient de savoir qui est Guigui Claudel?  Parce qu'il y a certaines personnes qui se disent politologues, qui disent des choses , que Guigui Claudel serait à la périphérie du FPI, qu'il n'est pas militant du FPI. Mais qu'ils aillent demander à ces personnes qui les envoient : "qui est Guigui Claudel?" , avant de pouvoir répondre à Guigui Claudel. Je ne suis pas un frustré. Je  ne dit que la vérité. Guigui Claudel, simplement, pose des questions réelles. Je suis militant du FPI. Pour ceux qui ne le savent, j'ai été responsable du Parti en France, en tant que Secrétaire de Section élus en Ile-de-France de 1998 à 2004 . Mais diantre, pourquoi quand on pose des questions véritables pour le fonctionnement de son Parti on est accusé de jalousie. En quoi suis- je  jaloux, quand je pose la question de discipline? En quoi suis-je jaloux, quand je réclame un congrès? , Le président du Parti est élu pour trois ans. Quand je pose le problème, il n'est pas question de jalousie. Quand je pose le problème d'indiscipline au sein du Parti, il n'est pas question de jalousie. Guigui Claudel ne peut pas être jaloux de quoique ce soit. En tant que militant, je pose le problème de la transparence. Barack Obama disait: "dans les pays nous voulons des institutions fortes et non des institutions fortes". Je me rends compte que depuis que le président Affi est sorti de prison, nous avons besoin d'hommes forts et non d'institutions fortes. Le président Affi était en prison et le Parti était mort: aucune activité, parce qu'il n'y a pas de moyens. Et je me rends compte que le président Affi sort de prison et il y a tout un programme qui est fait et auquel on satisfait! En tant que militant, je me réjouis de cela! Mais je m'interroge. Pourquoi doit-on lier la vie d'un Parti, le fonctionnement d'un parti à une personne? C'est cela la question fondamentale. Et quand on dit cela, ce n'est pas être frustré.  Le président Affi était en prison, le parti ne fonctionnait pas.  Il sort de prison, le parti fonctionne. Si demain il n'est pas là, le parti ne fonctionnera pas! Cela n'est pas normal.  Le président Gbagbo a dit que s'il tombe, il faut enjamber son corps pour continuer la lutte. Cela voudrait dire qu'il avait mis en place des structures fortes, pour que le Parti puisse continuer à fonctionner en son absence. Mais je me rends compte que malheureusement que quand le président Affi était en prison, le parti était mort. Il sort de prison , il y a des marches partout. Tant mieux pour nous en tant que militants, mais est ce que cela rend service au FPI, voilà la question fondamentale !

Interview réalisée par Zéka Togui




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