FPI, CPI, Affi N'Guessan , Laurent Gbagbo: L’ambassadeur Koudou Kessié fait des révélations

Vendredi 14 Novembre 2014 - 03:11


Au centre l'Ambassasadeur Koudou Kessié
Au centre l'Ambassasadeur Koudou Kessié
La candidature du Président Gbagbo à la tête du Fpi est aujourd’hui effective. ? Quel message traduit-elle ?

Le premier message s’adresse  à la communauté internationale et à la Cpi pour leur dire que l’homme que la France a débarqué militairement du pouvoir,  puis déporté à La Haye et que la Cpi s’apprête à juger comme étant l’auteur d’un plan commun d’extermination de sa propre population n’est pas le bon. Cet homme qu’ils détiennent est plutôt celui que la Côte d’Ivoire réclame,  car c’est lui qu’elle a porté souverainement à la tête de l’Etat, lors de la  prési- dentielle de 2010. Ce message est le même que véhiculent toutes les manifestations répétées de la diaspora ivoirienne et africaine en Europe qui exige la libération de Gbagbo. En Côte d’Ivoire, elles sont de plus en plus nombreuses les associations politiques qui réclament sa libération. D’autres le réclament même comme leur futur candidat pour les présidentielles de 2015. Ici également au Royaume Uni, des organisations ont programmé une journée intitulée « 2 0 1 5 : Gbagbo candidat à la Présidence de la République de Côte d’Ivoire » .

Croyez-vous vraiment que ce type d’élan populaire est réservé à un dictateur ou un criminel génocidaire ?


C’est tout simplement l’expression de la popularité et de la légitimité de Gbagbo Laurent en Côte d’Ivoire. Nous savons tous fort bien le sort que les peuples réservent à leur bourreau. Tout près de nous, le cas de Blaise Compaoré, vomi et chassé par le peuple burkinabé, est plus que parlant. Les Ivoiriens ne sont pas devenus masochistes pour réclamer leur bourreau,  car à la vérité,  leur tortionnaire est celui qui a usurpé le fauteuil au sommet de l’Etat. Et c’était pour cacher la vérité électorale et éviter leur humiliation qu’ils ont refusé le recomptage des voix demandé par le Président Gbagbo. Voilà  le premier message que véhicule sa candidature à la présidence du Fpi. Le second message est interne et concerne le rassemblement, l’unité et la cohé - sion au sein du parti. Il s’agit de ramener la cohésion au sein du parti,  grâce au rassemblement autour de l’Homme qui a toujours su faire et continue de faire l’una - nimité en son sein. Le troisième message cible l’objectif qui est de mettre ici et maintenant à l’agenda du Fpi,  le combat pour les libertés et la libération de la dictature du régime  de M. Ouat - tara. En effet, au moment où le Président Affi a ruiné la cohésion et le fonctionnement démocra - tique interne au parti par des pra - tiques droitières, solliciter Laurent Gbagbo,  c’est avoir le souci de ramener tout le monde à
l’essentiel; c’est-à-dire au combat contre toute forme de domination sur la Côte d’Ivoire et en Côte d’Ivoire, combat qui ne peut s’ac - commoder de la présence de pri- sonniers politiques, de celle de Gbagbo à la Cpi, de l’exil extérieur de milliers d’Ivoiriens et de l’exil intérieur de milliers d’autres dans leur propre pays, dépossédés de leurs biens, de leurs terres et de leurs plantations au profit de nou - velles colonies de peuplement.


Vous avez parlé des pratiques droitières du Président Affi. Pouvez-vous être plus précis ?


Vous savez, la gauche comme la démocratie se fondent sur deux principes : la règle de la soumission de la minorité à la majorité, et les larges débats contradictoires au terme desquels une résolution ou une décision est prise et qui engage tout le monde. Tous les hommes de gauche et les démocrates mettent un point d’honneur à les respecter. Or le camarade Affi, au lieu de se soumettre à ces principes démocra - tiques a préféré s’y soustraire. En effet, le camarade Affi, a été régulièrement mis en minorité tant au Secrétariat Général qu’au Comité central sur des sujets importants dont notamment, la levée du mot d’ordre de boycott du recensement de la population et de l’habi- tat qu’il souhaitait ; l’engagement du Fpi à la Cei sans débats et par sa seule volonté; l’organisation de la lutte par des mouvements de masse et d’envergure pour libérer le Président Gbagbo. Plutôt que de se soumettre aux points de vue majoritaires, il n’a fait que ce qu’il a voulu, méprisant les principes rappelés plus haut. Et pour ne plus être en minorité, lors des débats des organes de direction, il n’a rien trouvé de mieux que de modifier mécaniquement la majorité en faveur de ses positions en nommant ses hommes, c’est-à- dire ceux dont les positions lui sont d’avance acquises. Il ne s’est en outre pas cru obligé de mettre en application certaines résolutions des organes de direction statutairement au-dessus de lui, comme la Convention et le Comité central pour ce qui concerne les actions de masse en vue de la libération des prisonniers politiques et à leur tête, le Président Laurent Gbagbo. Tout simplement parce qu’il n’était pas d’accord avec ses positions. Ensuite, en lieu et place de l’organisation de la lutte de masse et d’envergure décidée par le Comité central, il a engagé le parti dans une direction contraire, celle de la collaboration et de l’entrisme qu’il a maquillée dans la formule floue « entrer dans le jeu politique » . Il a même fait du quotidien ‘’Notre Voie ’ ’, notre instrument commun de communication et de lutte, son porte-voix. L’opposition interne à la ligne de mise sous tutelle de Notre Voie s’est traduite malheureusement déjà par la livraison de deux unes le même jour. La une « Gbagbo dit oui à l’appel de Mama » qui déplaisait, a conduit son équipe à monter une deuxième une. Le Président Affi dit qu’on l’accuse injustement d’avoir trahi Gbagbo et le parti et il s’en défend, disant et se dédisant. Mais, indépendamment de tous les actes et toutes les déclarations qui confortent l’accusation de trahison portée par nombre de camarades contre lui, il devrait plutôt se convaincre qu’aujourd’hui, il n’a plus la confiance des militants dont la plupart se disent qu’il ne dit pas tout sur la direction qu’il prend quotidiennement et qui est contraire aux fondamentaux du parti. Une autre question concerne les élections de 2015 auxquelles il appelle à participer coûte que coûte, sans qu’il ne prenne aucune précaution élémentaire comme celle qui porte par exemple sur les conditions d’un scrutin équitable.


Mais participer aux élections, n’est-ce pas une obligation pour un parti politique ?

 Un parti politique ne prend pas part aux élections à n’importe quel prix, car celles-ci ne sont pas une fin en soi. L’élection n’est qu’un instrument démocratique pour porter au pouvoir ceux qui sont en phase avec le peuple au regard de leur programme politique. Si les conditions de la transparence et du jeu démocratique ne sont pas réunies, il faut se battre pour les arracher. Le Fpi alors dirigé par Gbagbo Laurent a battu le pavé pour arracher la Cei, l’urne transparente, le vote à 18 ans, le bulletin unique, etc.  Aujourd’hui, la composition de la Cei par laquelle est née la grave crise postélectorale est la même et le Président Affi engage malgré tout le Fpi  à la Cei  et il veut conduire le Fpi  aux élections de 2015, parce qu’on lui a dit que le Fpi mourrait s’il ne va pas à ces élections. C’est devenu comme son combat personnel, tournant ainsi le dos aux recommandations du Comité de médiation, devenues résolutions du Comité central, et qui avaient pourtant prescrit de façon prémonitoire que les grandes questions relatives aux élections et à la Cei  notamment, devraient faire l’objet d’un débat aux instances et que le Président Affi  devrait s’abstenir d’engager le parti sans ses débats et sans un consensus en son sein. Pourquoi n’attend-il pas alors que le congrès tranche ses questions et pourquoi préfère-t-il faire des tournées solitaires sur ces questions ? Vous comprenez donc tout l’enjeu du débat et du congrès : la cohésion, la gouvernance, la démocratie interne et la ligne de notre parti. La lutte contre toute forme de domination sur la Côte d’Ivoire et en Côte d’Ivoire inscrite dans nos statuts qui sont notre Constitution,  ce n’est pas par l’entrisme, le collaborationnisme ou la participation qu’elle se fera. Ecoutez, moi j’ai combattu le syndicalisme de participation ou de participation responsable dans le cadre et à la tête du Synares avec d’autres organisations syndicales comme le Sycassci (santé), le Synesci (enseignement secondaire), le Saepci (enseigne -ment primaire), le Syninfo (information), le Synadci (Douanes), le Synaseg (électricité) et autres. C’est la foi dans l’autonomie, l’indépendance et non dans la participation et la collaboration qui m’a conduit avec d’autres camarades à créer le même jour et en quelques heures, dans un congrès extraordinaire que j’ai eu l’honneur de diriger, la Fesaci (Fédération des syndicats autonomes de Côte d’Ivoire) pour consacrer ainsi l’autonomie et l’indépendance du mouvement syndical qui devait aussitôt s’engager avec les autres forces sociales et politiques dans le combat pour réclamer la justice, la liberté et la démocratie. J’ai par ailleurs combattu le collaborationnisme et l’entrisme dans le milieu politique syndical estudiantin en France, précisément à l’Uneci et la Feanf. Ce n’est donc pas Affi et ses alliés qui me convaincront aujourd’hui du bienfondé et du bienfait en politique de l’entrisme, du collaborationnisme et de la participation. Non, qu’on ne nous ramène pas en arrière.

Mais vous avez parlé plus haut de décisions sans débats, or par ses tournées actuelles, le Président Affi n’est-il pas en train de consulter les militants avec qui, il débat ?

Les canaux de débats avec les militants pour former des décisions ce sont les Assemblées générales, les sessions du Comité central, la convention et le congrès. Il organise ces tournées de façon solitaire, sans avoir eu l’aval ni du secrétariat exécutif, ni du secrétariat général. Il les a ignorés avant de s’y engager et il débite dans ses rencontres des théories hors de tout entendement. C’est par exemple au cours de ces tournées qu’il a déclaré que le combat pour la libération du Président Gbagbo s’apparentait aux pleurs et jérémiades d’un enfant s’accrochant au cercueil de son père qui de toute façon serait enterré. Où va-il, où court t-il donc si vite? Il ne nous le dit pas et je crois qu’il ne l’a même pas dit à ceux qui sont avec lui ? Je pense modestement qu’au moment où la mobilisation se fait autour du Président Gbagbo pour la présidence du parti, le camarade Affi gagnerait à rentrer dans le jeu politique du Fpi plutôt que de demeurer dans celui du pouvoir.

Mais des militants se demandent si confier la présidence du Fpi au Président Gbagbo, c’est-bon pour lui ?

Je suis vraiment agacé d’entendre cela comme si pour eux, Gbagbo était mal placé pour dire ce qui est bon pour lui. La décla - ration de Me Altit, son principal avocat à la Cpi, devrait maintenant faire taire ces ca marades qui se croient plus royalistes que le roi. Il a dit ceci et je cite : «  Le procureur re proche à des cadres du Fpi de se mettre sous les  auspices du Président Laurent Gbagbo, mais pour nous c’est une bonne chose, car cela confirme la légitimité du Président Gbagbo, cela montre qu’il est dans le débat politique, et cela facilitera la réconciliation nationale » . L’on veut nous culpabiliser sur le futur afin de nous maintenir dans l’immobilisme. Une telle position n'est pas soutenable et ne doit en aucune manière nous conduire à renoncer  à la lutte,  car renoncer à lutter pour ne pas mécontenter le bourreau, c’est nous faire son complice. Le parti a été maintenu dans l’immobilisme au nom de ce qu’il ne fallait pas contrarier le pouvoir. Nous devons l’en sortir, car nous sommes convaincus que c’est grâce au rapport de forces créé par les mobilisations de masse que nous couperons nos chaînes et celles du Président Gbagbo. Personne n’est contre la négociation et le dialogue, mais il faut savoir que la négociation et le dialogue n’ont de chance d’aboutir que si le rapport de forces est en notre faveur.

Mais disent encore certains, vous rabaissez le Président Gbagbo en le proposant comme candidat à la présidence du Fpi ?

 Ce n’est pas comme cela que les choses s’analysent, car en politique, ce type de considération n’a pas de place. Pour les besoins de la cause,  j’évoquerai deux exemples pour éclairer ceux qui tiennent encore de tels propos. Celui de M. Sarkozy en France et celui de Poutine/Mevdev en Russie que j’ai déjà développé abondamment dans une autre interview. Après avoir été Président de la République française, l’ancien Président français M. Nicolas Sarkozy est candidat à la présidence de l’Ump son parti politique. Personne ne dit qu’il se rabaisse. En Russie, depuis 2008, M. Vladimir Poutine et M. Medvedev se succèdent l’un à l’autre au poste de Président ou de Premier ministre. Ses deux Présidents successifs de la Russie se sont-ils sentis rabaissés ou diminués pour être devenus Premier ministre l’un de l’autre ? Non, arrêtons avec cela. Le Président Gbagbo est sollicité par la base de notre parti et c’est la preuve de sa grande légitimité et du fait qu’il est encore très cher au cœur de nombreux Ivoi- riens qui le réclament et n’attendent que son retour. Qui mieux que Gbagbo peut conduire le camp Gbagbo aux négociations de paix et de réconciliation nationale avec en face, Ouattara pour le camp Ouattara, et en présence de la France ? Qu’ils libèrent Gbagbo et le reste suivra.

Mais comment le Président Gbagbo qui n’est donc pas encore libre va-t-il diriger le Fpi de sa prison ? Disent enfin certains.

 Ce n’est pas nouveau car de M. Houphouët- Boigny, du couple Bédié (Président de l’As - semblée nationale) –Ouattara (Premier ministre) au couple actuel Ouattara (chef d’Etat) -Bédié (compagnon), Gbagbo a été emprisonné et le bateau Fpi n’a pas chaviré, il n’est pas resté sans un commandant à la barre. Vous vous souvenez sans doute que le camarade Sangaré Aboudramane a toujours su tenir le gouvernail du Fpi en l’absence du titulaire. C’est d’ailleurs pourquoi, je suis vraiment peiné par certains propos. Pour tout dire, j’ai reçu un vrai choc en lisant les propos du Président Affi qui a mis Gbagbo dans un cercueil ou qui annonce encore, en substance que Gbagbo a fait son temps et que maintenant il lui revenait de faire le sien. Ce sont les mêmes qui disent que les blancs sont trop forts, que le régime de Ouattara est trop fort, qu’il nous faut composer avec eux, ou qu’il nous faut être gentil avec eux afin qu’ils soient gentils en retour avec nous. Ils se fourvoient et en même temps, ils fourvoient les militants. Pour nous, le Président Gbagbo n’a qu’un genou à terre et nous avons le devoir de battre le pavé afin qu’il se relève ; que lui et les autres sortent de prison et que les exilés rentrent à la maison afin de redonner le souffle et le pouls réguliers qui manquent aujourd’hui, à la Côte d’Ivoire.

Le mot de la fin ?

 Je réitère mon appel aux uns et aux autres et en particulier au Président Affi et aux camarades qui sont avec lui afin que tous nous nous rassemblions autour du Président Gbagbo à la tête du Fpi pour relever les nouveaux et nombreux défis qui nous attendent.

Interview réalisée par Charlotte Gabo

Le Temps N ° 3339 du mardi 11 novembre 2014


 




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