Extrait du livre « Pour La Vérité et La Justice » Au chapitre 17 , de la page 169 à la page 172 Gbagbo décortique la classe politique française.

Vendredi 4 Juillet 2014 - 05:08


François Hollande, il venait me voir à mon hôtel chaque fois que j’étais à Paris. Je n’en ai jamais rien attendu, et je n’en attends rien. Les avocats de Ouattara ici, à La Haye, sont ses amis intimes, Jean  Paul Benoit, et Jean-Pierre Mignard. Ouattara ne les a certainement pas choisis au hasard. Il sait ce que lobbying veut dire ... Les socialistes français ont un complexe ... ils veulent faire croire qu’ils gouvernent comme la droite. Au début des années 2000, Villepin les a tous manipulés, en leur disant le monstre que j’étais... ils ont eu peur d’être éclaboussés, ils m’ont lâché. « Gbagbo  est infréquentable», a dit Hollande à ce moment-là ... Parce que je n’organisais pas d’élection ... dans un pays occupé par des hommes en armes, en état de guerre permanente, avec un corps électoral non défini du fait de l’absence de recensement à cause de la guerre. Pour parvenir à un véritable recensement, il me fallait la coopération à des rebelles et ils ne s’y sont engagés qu’en 2010. mais alors c’était un piège puisque que la société organisant le recensement a « couvert» l’inscription de dizaines de milliers de faux électeurs. C’était une société française obéissant aux Autorités françaises.
Les procès d’intention j’ai l’habitude, pour moi, rien ne change : en 1990, quand j’ai osé me présenter contre Houphouët, après mes années d’exil à Paris, dans les premières élections pluralistes, les plus gentils parmi « mes amis socialistes » me donnaient 1% ... J’ai eu 18,3 % ... Après, ils m’ont tous invité. ii y en a, pourtant, dont je ne dirai rien de mal, même s’ils ne m’étaient pas favorables, comme Dominique Strauss Kahn. il connaissait mieux Ouattara que moi, à cause du fmi. Je l’ai rencontré deux fois pour résoudre des problèmes quand il était président du fmi. Une fois à Ouagadougou avec les dirigeants de l’ouest africain de la zone CfA. Une autre fois, je lui ai téléphoné pour lui demander de venir pour parler de la crise de l’endettement et de la Côte d’ivoire. Il est venu. Nous avons eu une excellente séance de travail avec les ministres de mon gouvernement. Il est brillant, bosseur. Il maîtrisait bien les dossiers, et ça s’est bien passé avec lui. Il n’était ni arrogant, ni interventionniste dans nos dossiers africains. Je lui ai parlé avant les élections présidentielles françaises de 2012. Je lui ai demandé « s’il y allait » ii m’a répondu qu’il devait en parler avec Martine Aubry, qu’il voulait son avis. Il écoutait, entendait, même s’il n’était pas pour moi. Tout comme Jean-Louis Borloo, que j’ai rencontré à Yaoundé où je m’étais rendu pour le cinquantenaire de la réunification du Cameroun, à l’invitation de Paul Biya, le 20 mai 2010. Il m’a proposé que nous nous voyions. Je lui ai donné le numéro de ma suite au Hilton Yaoundé, et il y est venu, en toute simplicité. Nous avons échangé à bâtons rompus pendant trois quarts d’heure. Ces deux-là, jamais ils ne m’auraient fait bombarder ...
Avec Dominique Paillé, députe UMP, j’ai eu de bonnes relations aussi. C’est un homme ouvert, comme les deux premiers, avec une capacité d’écoute. Leur approche, ce n’est pas celle de mitterrand, de Chirac, et avant eux De Gaulle, qui avaient encore en tête des modes de pensée anciens. Les trois que j’ai cités connaissaient les dossiers, et leur culture leur permettait de ne pas être toujours cocardiers. même s’ils ne vous sont pas favorables, ils vous écoutent, vous entendent, vous respectent.
Sarkozy, c’est autre chose. Je l’ai rencontré pour la première fois à New York, à l‘ONU, en 2007. C’est robert Bourgi qui m’avait suggéré de faire le déplacement, pour voir le nouveau président, après tous les problèmes que j’avais eus avec Chirac. Je n’avais donc aucun a priori négatif, bien au contraire. il a quitté l’aire réservée aux cinq membres du Conseil de sécurité des qu’il m’a vu, et il est venu me serrer la main. « Président, ces élections, vous  les  faites  quand?», m’a-t-il jeté, comme ça. Je lui ai juste répondu qu’il fallait être patient, et que je n’étais pas seul en cause. La discussion s’est faite, debout, et elle s’est arrêtée là. Chez lui, à la place des idées, il y a l’arrogance. Georges W. Bush était le symbole achevé de ce type d’homme. Ce sont des hommes sans pensée profonde. C’est dans cette catégorie que je classe Sarkozy. ou Villepin. Des arrogants, qui utilisent leur arrogance en lieu et place de la pensée. C’est comme cela qu’ils croient montrer que la France est grande, alors qu’ils prouvent seulement qu’elle est devenue petite. Nous, nous sommes petits, et faibles, alors ceux qui ont de gros muscles croient qu’ils sont plus intelligents. Mais quoi ! C’est de notre pays qu’il s’agit !
Mais depuis la chute du mur de Berlin, la pensée politique s’est affaissée en occident. en Asie, en Amérique du Sud, en Afrique, il y a encore chez certains cette aspiration à donner du sens, à porter une vision ... Le spectacle de la vie politique française m’attriste. Vos débats publics et vos interrogations sociétales montrent l‘abaissement du niveau de la culture générale et de la pédagogie : le mariage pour tous? mais l’empereur César ne disait-il pas être « l‘homme  de  toutes  les femmes et la femme de tous les hommes »? L’occident s’effraye du djihad musulman, mais il y eut un djihad chrétien, au temps des ordres de moines guerriers, comme les templiers, et les Amériques ont été conquises et colonisées au nom des rois cathodiques et au nom du Christ... Le dernier véritable homme politique en France, parmi ceux que, j’ai eu à connaître au pouvoir, c’était Jospin. Il avait une pensée politique, une éthique. Chirac se contentait de gagner les élections, il ne gouvernait pas. J’ai connu Lionel Jospin quand il a été Premier ministre. Il a refusé l’intervention militaire française quand Bédié a été renversé, et il a bien fait. Il nous a laissés gérer seuls nos affaires, mettre en place notre Constitution, avancer. ni indifférence, ni ingérence, disait-il, je crois. Il mettait en pratique ses idées, ses principes, et il était intègre. Lui, au moins, on ne l’imagine pas téléphoner en Afrique pour demander du fric… Quand De Gaulle brave les grandes puissances pour dire que la France aura la bombe atomique, et donc son indépendance, quand Mitterrand parle de fusées à moyenne portée au Bundestag allemand, c’est une autre dimension de la politique. J’ai relu les œuvres de De Gaulle, et le livre de Roland Dumas sur Mitterrand, les temps ont bien changé ! Je n’en ai même jamais voulu à Mitterrand d’avoir toujours soutenu Houphouet-Boigny. ils avaient appartenu aux mêmes gouvernements, ils étaient amis. Houphouët rendait tous les services possibles à la France en Afrique. De plus, il y avait la guerre froide est-ouest, et tout le monde occidental soutenait Houphouët, et lui pardonnait tout: c‘était vraiment une autre époque

Source : « Pour la vérité et la Justice, Côte d’ivoire, révélations sur un scandale français », édition du moment.




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