Et si nous n'étions pas des colonies ?Chassée d’Afghanistan, la France brille en Afrique où elle est restée, selon les coloniaux, «une puissance africaine»...

Jeudi 7 Février 2013 - 00:58


Lors de la visite de François Hollande au Mali le 2 février 2012
Lors de la visite de François Hollande au Mali le 2 février 2012
"Nous, nous sommes une colonie de la France, donc la France doit nous aider», "La France doit remplir son devoir et tuer les terroristes pour nous puisque c'est elle qui nous a colonisés", "C'est très bien que la France intervienne", "La France doit intervenir pour nettoyer le terrain", "L'intégrité du Mali est plus importante que toute idéologie, donc la France doit faire la guerre pour nous débarrasser du cancer islamiste ", "Quoi!? Vous voulez que la France laisse les terro - ristes coupés les mains aux Maliens?", "La France doit nous débarrasser de ces voyous"..., voilà quelques-unes des phrases qui résonnent dans certains milieux. Le 04 juillet 2012 déjà, Sadou Diallo, maire de la «ville» de Gao disait ceci sur RTL,: "La France est intervenue en Libye qui est une colonie de l'Italie. Nous, nous sommes une colonie de la France, donc la France a un devoir moral d'intervenir militairement au Mali pour nous aider. Si j'étais un intellectuel, j'allais porter contre eux, contre l'ONU...pour non-assistance à personne en danger". Il faut dire que ça vole bien bas : l'homme noir qui réinvente le "rôle positif de la colonisation?". Après la Côte d'Ivoire, la Libye, la Centrafrique où la France a guerroyé et guerroie, voici sonnée l'heure où le coloni- sateur prétendu chassé d'Afrique depuis les années 60, est prié de revenir. Les troupes militaires qu’il base dans les terri- toires indépendants dépendants dans l’indifférence quasi-absolue des africains sont priées de descendre dans l’arène pour nous. Qu'aurions-nous donc fait si nous n'étions pas un peuple-enfant dont le bon développement et la sécurité eussent été confiés aux colons, bons «Pères Blancs»? L'homme noir qui fête depuis 50 ans ses indépendances a trouvé une échappatoire: à chaque difficulté, il demande aux colons de qui il prétend avoir ravi les indépendances de le secourir, au nom même de leurs devoirs de tutelle et au nom du far - deau de l’homme blanc. En agissant ainsi, l'homme noir a perdu un des attributs les plus essentiels de la vie : la capacité de se défendre dont est doté tout être aussi bien végétal qu'animal. Dans les 1990, un groupe de Zouglou de Côte d'Ivoire chantait "Venez nous sauvez ooohhh, galère va nous tuer oooh". Ces paroles traduisent dans une terrible exactitude l'un des traits philosophiques africains à savoir que "nous ne pouvons pas grand’ chose nous-mêmes contre nos démons". Cette logique démissionnaire ne se limite pas uniquement à l'absence de moyens. Elle est aussi la traduction de l'image que l'Africain se fait de lui-même, c'est-à-dire un Etre dont la vie est plus que sacrée. Laquelle vie ne mérite en aucune circonstance être sacrifiée pour une cause qui serait hautement plus noble. L’homme noir ne dit-il d’ailleurs pas qu’une vie misérable vaut mieux que la mort ? Cette image se double de ce que l'homme noir se pense et se déclare Pharaon, un pharaon qui ne peut pas ou ne doit pas mouiller sa chemise ni pour sa terre, ni pour l'avenir de ses enfants, car ce pharaon est si beau, si fort, inventeur de toute chose quoique nu et n'ayant qu'un vague souvenir de son passé. Un tel Pharaon, peut-il se convaincre que la liberté a un prix qu’il est obligé de payer lui-même ?
Ainsi donc, à la pauvreté de nos moyens s'ajoute l'arrogance de la Race des Seigneurs qui n’a pour devoir que de charger ses esclaves des tâches desquelles ses traits pharaoniques la dérogent. Qui sont ces esclaves ? Occidentaux et Chinois.  Pendant que les premiers doivent faire des guerres gratuitement pour les africains, au nom d'un humanitarisme assassin, les seconds doivent leur fournir des routes, des hôpitaux, de l’eau potable...Aux Occidentaux, en tant que "nos colonisateurs" soumis à la toute puissance des colonisés, de veiller à notre sécurité, et aux pays émergents, notamment les Chinois de "développer" l'Afrique pour nous. Dans ce jeu de rôles distribués par le Pharaon, l'Occident qui est, depuis les razzias négrières transatlantiques, chargé du développement continental, aurait échoué si lamentablement que la tâche revient naturellement aux nouveaux venus, les Chinois et autres pays émergents drapés dans la vertu "d'un partenariat Gagnant- Gagnant". Comme si en termes de slogans, la colonisation occidentale n'est pas elle fondée sur le "gagnant-gagnant", l’idée du «win- win» des nouveaux venus est adorée aujourd'hui sous les tropiques car portée, nous dit-on, par de nobles pays qui seraient l'exact opposé des pays occidentaux. Ainsi donc, sous la coupe d'un groupe armé de 3 à 4.000 hommes au Mali, tout s'est effondré. Le soldat, ce fameux militaire africain qui inspire tant la crainte aux civils, chargé de défendre le pays s'est fondu dans la masse en enlevant son treillis qu'il a enfoui dans le sol ou qu'il a brûlé au préalable. Est-ce étonnant ? Tout le peuple noir n'est-il pas pris en otage et immobilisé par des groupuscules violentes pilotées par des individus sans foi, ni loi, dénommés "chefs d'Etat" ou "Chefs de la Rébellion"?  Il est grand temps de commencer par réfléchir sur ce que nous sommes devenus en tant que peuple au fil de l’histoire. L’homme noir, arrogant dans l’ignorance, dans la méchanceté, dans le cynisme et surtout dans l’indifférence se contente trop souvent d’être dans la négation et dans le refus de se voir tel qu’il est dans ses immenses faiblesses. L’homme noir nie qu’il soit resté esclave, il nie qu’il soit resté colonisé, il nie qu’il soit faible, il se limite, au mieux des cas, à s’indigner dans la dispersion contre toute attaque verbale voire physique conduite par ses adversaires qui aurait dû le conduire à se souder à ses congénères et à agir de concert avec eux.  En août 2012, nous écrivions ceci: "La condition nécessaire pour la vie est la capacité de se défendre. Quiconque perd son aptitude à se défendre n'a aucune chance dans un monde où seules dans les séries de dessins animés le Lion est ami avec la gazelle et où seuls dans les livres des témoins de Jéhovah on présente un paradis où tous les êtres y accédant sont amis. Les sociétés désarmées et dispersées n'ont qu'une fin: l'extinction ou la servitude. Avant même de penser à progresser, les peuples doivent éviter d'être asservis, et lorsqu'ils sont déjà asservis, leur priorité doit être de briser leurs chaînes, de libérer les énergies ainsi confisquées afin de les réorienter vers la satisfaction des besoins locaux." Que dire de plus à l’heure actuelle ? Nicolas Sarkozy à qui beaucoup d’Africains reprochaient son «l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire», répondait, par la voix de Henri Guaino, qu’il n’avait fait que dire la vérité et qu’il attend quelques années encore pour que ce célèbre dis - cours de Dakar rentre définitivement dans l’histoire. Aussi, Sarkozy invitait-il l’homme africain «immobile» dans son environnement à confier son destin, dans un pacte de servitude volontaire, à l’homme moderne angoissé, c’est-à-dire l’homme blanc qui n’avait pas attendu son consentement pour s’engager dans son œuvre de civilisation coloniale après celle accomplie au travers des chaînes de l’esclavage. Le président retraité a-t-il besoin de ce temps supplémentaire lorsqu’on voit qu’acculé, «l’homme africain» revendique son statut de colonisé qui impose à la France et à l’Occident alias la Communauté internationale l’obligation de le débarrasser des coupeurs de bras et de pieds, des destructeurs de mausolées et des porteurs de la Charia préalablement aidés par les mêmes de ses terres?  Chassée d’Afghanistan, la France brille en Afrique où elle est restée, selon les coloniaux, «une puissance africaine». Brocardé pour sa nonchalance et pour son impuissance face aux difficultés multiformes que vivent les français en ces temps de crise économique, François Hollande retrouve la virilité en Afrique où coup sur coup, il sauve le soldat Bozizé en Centrafrique et déclare la guerre au Mali, puis frappe en Somalie après avoir reçu en kyrielle de vassaux afri- cains à l’Elysée. Profondément divisée et aigrit contre un «gouvernement socialiste mou et flou" en France, globalement la classe politique française retrouve son unité voire son unanimité en Afrique. Oui, la France est une puissance africaine. Il faut être particuliè - rement aveugle pour ne pas le voir. Avec cette énième guerre joliment rebaptisée intervention, ce pays confirme cette puissance et, du fait des propos réjouis des uns et des autres, à commencer par ce qu’on appelle étrangement «les dirigeants afri- cains», il trouve un justificatif supplémentaire à sa présence sous les tropiques : «Si la France intervient, vous l’accusez d’intervenir et de colonialisme, si elle n’intervient pas, vous l’accusez de ne pas intervenir et d’être indifférente. Que voulez-vous au juste, ingrats africains?» Voilà la phrase qui va nous revenir à la figure ces temps- ci. Cette antienne va nous être resservie. Et nous serons bien obligés de l’encaisser, car nous sommes des lâches, des court- termistes aveugles et des dominés. Mais ces dominés là se pensent si beaux et si importants que leur terre ne mérite pas que leur vie lui soit dédiée. Après tout, diront les plus philosophes parmi nous, «n’est-ce pas un juste retour des choses?» Quoi, «un juste retour des choses?». Oui, en ce sens que «les Africains avaient fait des «guerres mondiales» aux côtés des Européens, c’est donc notre tour de les appeler au secours». Misère!!!  Dis-donc ! Dans les années Gnassingbé 1er au Togo, ripostant aux africains du Zaïre de Mobutu, père fondateur de "l'Animation", les africains de ce territoire chantaient "sans Eyadema que serait le Togo ? Sans Gnassingbé, le Togo serait perdu ! Sans Eyadema que serait le Togo ? Sans Gnassingbé, le Togo serait perdu !". Aujourd'hui, l'ambiance, d’une manière quasi-générale en Afrique, rappelle ces moments de délire et de démission collective organisée faisant reposer la vie et l'avenir de toute la masse sur les frêles épaules d'un homme, le Timonier. Ce Deus ex machina s'appelle aujourd'hui, selon les cas, la France, la«communauté internationale", la Chine, Jésus, Allah, la Bible, le Coran et quoi encore... Et si nous n'étions pas des colonies? Heureusement pour nous, nous sommes restés des colonies!  

13 janvier 2013  Komla Kpogli  http://lajuda.blogspot.com  

Source: Le Nouveau Courrier N°719 du Mercredi 06 Février 2013




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !